THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 4 PARTIE 9

Les sentiments de chacun (9)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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— Abel ! Ça va ?!

— Ouais… à peu près !

Abel répondit à Lynfia tout en envoyant valser un squelette d’un coup de pied.

Leur formation en arc, qui encerclait partiellement l’ennemi, avait été brisée. Au lieu de battre en retraite, Leo avait reformé un dispositif circulaire autour de lui. L’ennemi les encerclait presque entièrement, mais ils parvenaient ainsi à conserver leur puissance de combat et à tenir leur position.

En contrepartie, aucune pause n’était possible. Les chevaliers impériaux et les aventuriers de haut rang comme Lynfia et Abel donnaient tout ce qu’ils avaient pour maintenir la ligne.

— Combien de temps on va tenir comme ça, Lynfia ?

— Je pense qu’on va bientôt devoir agir…

— Donc toi non plus, tu ne sais pas, hein…

Abel balaya les alentours du regard.

Peu à peu, leurs effectifs diminuaient à mesure que les blessés s’accumulaient. Personne n’était mort, puisqu’ils étaient ramenés vers le centre protégé de la formation, mais à ce rythme, il n’y aurait bientôt plus assez de combattants valides.

— Ce serait bien que ceux qui sont partis aient la décence de revenir… murmura Lynfia.

— Compte pas sur ces lâches.

Environ mille personnes avaient choisi de rester combattre aux côtés de Leo. L’autre millier avait fui lorsque la ligne s’était effondrée. La plupart des fuyards étaient des chevaliers, tandis que les aventuriers étaient majoritairement restés.

La différence de mentalité entre ceux qui s’étaient engagés volontairement dans la quête de raid et ceux qui obéissaient aux ordres de leurs seigneurs sautait aux yeux.

Bien sûr, de nombreux chevaliers avaient tenu bon. Mais il était difficile de ne pas penser à ce qu’aurait été la situation avec les effectifs complets.

Ce qui irritait particulièrement Abel, c’était l’absence de plusieurs chevaliers de la Garde impériale censés protéger Leo.

— Bordel ! J’aurais jamais dû accepter cette mission ! Depuis que je suis là, c’est humiliation sur humiliation !

— Alors pourquoi tu restes ?

— Tu te fous de moi ? Je suis un aventurier. Jamais je renie une mission que j’ai acceptée !

— Mais là, ça dépasse clairement le cadre de la mission, non ?

— On devait protéger ton village. Et protéger ce prince, c’est notre meilleure chance de régler ce problème, tu crois pas ?

Les membres de son groupe approuvèrent.

Contrairement à Abel, qui faisait partie des meilleurs, ses compagnons étaient couverts de blessures. Pourtant, ils affichaient tous un sourire.

Ils savaient qu’il ne servait à rien de tirer une tête d’enterrement dans une situation pareille.

— Chef ! Quand tout sera fini, tu lui réclames une prime en plus !

— Grave ! On n’est pas assez payés pour ça !

— Compte sur moi !

Pendant qu’ils plaisantaient, Leo, au centre de la formation, fixait le nord.

— Ils arrivent… murmura-t-il.

Un régiment de cavalerie apparaissait à l’horizon.

C’étaient une partie des chevaliers qui avaient battu en retraite.

— Ouvrez la formation ! On lance l’assaut sur Bassau ! Continuez à vous battre !

Leo s’élança en tête, tandis que la cavalerie venue du nord perçait à travers la horde et rejoignait ses forces.

— Hein ?! Qu’est-ce qui se passe ?! Ils sont revenus ?!

— C’était le plan de Son Altesse Leonard.

— Son plan ?!

— Il a compris que tous ceux qui reculaient n’étaient pas forcément des déserteurs. Il a envoyé des chevaliers de la Garde impériale les rallier et les ramener.

— Sérieux… imaginer ça en plein chaos…

— C’est parce qu’il n’a jamais envisagé la fuite. Du coup, il a pu réfléchir à la suite.

— Alors qu’abandonner aurait été tellement plus simple…

— Oui… quelqu’un comme lui mérite peut-être vraiment le trône, ajouta Lynfia.

Elle se mit en mouvement pour rejoindre l’avant.

Leo ouvrait la voie, les chevaliers élargissaient la percée, et les aventuriers suivaient.

Leur objectif : Bassau… et la sphère noire.

 

 

***

 

 

— Votre Altesse ! Repliez-vous ! Nous pouvons tenir !

— Rien n’est sous contrôle !

Leo fauchait les squelettes avec une fureur impressionnante.

Le moral était remonté. Il aurait pu laisser le commandement aux chevaliers impériaux. Avec les renforts, leur élan ne faisait que croître.

Mais Leo continuait d’avancer.

— Repliez-vous au moins derrière la ligne !

— Hors de question ! C’est moi qui les ai entraînés dans ce danger ! Et ils sont restés ! Parce que je suis avec eux ! Qui suivrait un chef qui donne ses ordres à l’arrière ?!

Le chevalier resta sans voix.

Le prince qu’ils connaissaient, poli et mesuré, n’était plus là.

Devant eux se tenait un véritable commandant de guerre.

— Votre Altesse…

— Taisez-vous et suivez-moi ! On perce ici !

Leo accéléra encore.

Les renforts fusionnèrent avec eux. Bassau, autrefois lointaine, devenait une cible atteignable.

— Bassau est proche ! Donnez tout ce qu’il vous reste !

Soudain, une lame fondit sur lui.

Il para, mais son cheval s’arrêta.

Et avec lui… tout le monde.

Ils étaient entourés.

S’arrêter signifiait mourir.

Leo tenta d’avancer, mais un homme lui barra la route.

— Qui es-tu ?

— Heh… bonne question.

Un homme vêtu de noir.

Ses yeux étaient entièrement noirs.

Quelque chose clochait. Mais surtout…

Sa maîtrise de l’épée était terrifiante.

Même aidé par les chevaliers impériaux, Leo ne parvenait pas à le toucher.

— Mais c’est quoi ce monstre ?!

— Comment il peut être aussi fort ?!

— Qui es-tu ? répéta Leo.

Les squelettes… n’attaquaient pas cet homme.

— Tu veux mon nom ? Donne-moi le tien d’abord.

— Leonard Lakes Adler. Huitième prince impérial d’Adrasia.

— Ah. De la royauté. Alors je vais me présenter. Je suis Baram.
Pour vous autres humains… un démon.

— Un démon ?!

Les démons… des êtres du monde démoniaque. Bien plus puissants que les humains.

Et l’un d’eux se tenait devant lui.

— Ne me dis pas que ces monstres viennent du monde démoniaque ?

— Exact. Ce n’est que l’avant-garde. Un portail a été ouvert au centre de cette ville. Bientôt, une armée de démons arrivera. Vous ne verrez pas demain.

— Alors on fermera ce portail !

Leo attaqua.

Baram arrêta sa lame sans effort.

— Abandonne. C’est impossible.

— J’ai justement décidé de ne jamais abandonner !

— Trop tard.

— Pas forcément.

Une voix claire.

Et l’instant d’après—

Le bras gauche de Baram fut tranché.

Il recula aussitôt.

— Femme… qui es-tu ?

— Liselotte Lakes Adler. Maréchale impériale. Et la grande sœur de Leo.

— Lise…?!

Leo resta figé.

Sa cape bleue flottait. Sa présence… inchangée.

C’était exactement la Lise qu’il connaissait.

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