THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 4 PARTIE 8
Les sentiments de chacun (8)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis que la sphère noire s’était élevée dans le ciel au-dessus de Bassau. Durant tout ce temps, Leo et ses hommes avaient continué à repousser l’armée de squelettes, et plus de deux mille chevaliers et aventuriers étaient venus les rejoindre.
— Relevez la première ligne ! Que ceux qui viennent de combattre aillent immédiatement se reposer !
Sur l’ordre de Leo, les combattants qui retenaient les squelettes en première ligne se replièrent, tandis qu’un nouveau groupe prit leur place.
Ils combattaient en trois rotations afin de contenir l’avancée des squelettes, dans l’espoir de gagner au moins un peu de temps. Pourtant, le nombre de squelettes qui surgissaient de Bassau continuait d’augmenter. À un moment, Leo avait réussi à encercler la moitié de la ville, mais désormais, c’étaient eux qui se retrouvaient à moitié encerclés.
— Votre Altesse, vous devriez vous reposer vous aussi, dit Lynfia en l’encourageant à suivre ses propres ordres.
Elle l’avait vu diriger les troupes sans la moindre pause.
Mais Leo refusa.
— C’est un moment critique. Je ne peux pas me permettre de m’écarter maintenant.
Il comprenait mieux que quiconque l’évolution de la bataille, et donc la précarité de leur situation. Lorsque les chevaliers territoriaux et les aventuriers étaient arrivés, ils avaient profité de leur supériorité numérique pour encercler à moitié Bassau. Mais ensuite, le nombre de squelettes était monté en flèche, et des morts-vivants plus puissants avaient commencé à apparaître de temps à autre.
Les monstres qui sortaient de Bassau n’apparaissaient pas au hasard. Ils surgissaient en réponse aux actions des troupes de Leo.
Leo n’avait plus le moindre doute à ce sujet. Cela signifiait qu’au moindre faux pas, s’ils laissaient une ouverture, ils risquaient d’être submergés. Tant que la plus infime possibilité de ce genre existait, il devait rester vigilant.
Si les monstres perçaient leur ligne de défense, une immense quantité de squelettes se disperserait dans toute la région Sud. Et puisque tous les seigneurs territoriaux des environs avaient envoyé leurs chevaliers aider Leo à combattre, ils seraient incapables de défendre leurs propres terres contre l’invasion de monstres.
Si cela arrivait, le Sud sombrerait dans un chaos historique, et l’armée serait forcée de se mobiliser pour rétablir l’ordre. Les défenses frontalières de l’Empire s’en trouveraient affaiblies. Les nombreux pays guettant la moindre faille dans l’armure d’Adrasia ne manqueraient jamais une telle occasion d’attaquer.
— Mais si vous vous effondrez d’épuisement, la ligne de bataille s’effondrera avec vous, insista Lynfia.
— Je vais encore bien. Si j’atteins vraiment ma limite, je promets de le dire.
— Très bien. Dans ce cas, puis-je au moins vous emprunter quelques minutes ? La Garde impériale devrait pouvoir prendre le commandement un court instant.
— D’accord. Mais pourquoi ? Quelque chose ne va pas ?
— Plusieurs chevaliers se trouvaient parmi les habitants de Bassau qui ont réussi à fuir la ville. L’un d’eux vient de se réveiller et dit vouloir vous parler de quelque chose.
— Je vois. J’écouterai ce qu’il a à dire. Il sait peut-être quelque chose sur cet étrange phénomène.
Leo confia le commandement des combattants aux chevaliers impériaux, puis se dirigea vers le camp installé derrière les lignes de bataille. Là se reposaient plusieurs chevaliers, aventuriers et simples citoyens trop blessés pour bouger. Sa destination était une tente située à la lisière du camp.
— Oh, Votre Altesse, le salua avec surprise un homme âgé à l’intérieur, qui commença à se lever.
— Ne vous occupez pas de moi, répondit Leo en levant une main pour l’arrêter. Continuez vos soins.
Cet homme était un médecin qui exerçait à Bassau. Il faisait aussi partie des rares personnes ayant choisi de rester sur place afin de soigner les blessés. Grâce à ses soins, le chevalier présent dans la tente avait réussi à reprendre conscience, mais il avait perdu sa main droite et portait une profonde blessure au ventre.
— Bonjour. Je suis Leonard, huitième prince impérial. Êtes-vous le chevalier souhaitant me parler ?
— V-Votre Altesse… Je vous en prie… vous devez sauver notre seigneur…
— Vous parlez du seigneur de Bassau ?
— Oui… Notre seigneur… le comte Sitterheim… a été contraint pendant de longues années… À cause de cela… Bassau a servi à une organisation de traite humaine… Il y avait une prison dans le sous-sol du manoir du comte… où les enfants enlevés étaient enfermés…
C’était une confession choquante. Leo fronça les sourcils, mais garda le silence. Il sentait que ce que le chevalier s’apprêtait à dire ensuite était encore plus important, et qu’il valait mieux ne pas l’interrompre.
— Le comte Sitterheim a déclenché une révolte et s’est rendu au sous-sol… pour sauver les enfants… Je l’ai accompagné… mais j’ai été blessé en chemin… et l’un de mes camarades chevaliers m’a transporté dehors… Peu après… la sphère est apparue depuis le manoir…
Le chevalier fut brusquement pris d’une violente quinte de toux et cracha du sang.
Le médecin l’essuya, mais le chevalier ne fit que gémir et tousser davantage. Malgré cela, il tendit la main gauche vers Leo. Celui-ci la saisit et la serra fermement.
— Je vous en prie… sauvez-le… Et s’il est trop tard pour lui… sauvez au moins Rebecca…
— Rebecca ? répéta Leo.
— Elle a… une lettre de notre seigneur… Je vous en prie, réhabilitez l’honneur du comte Sitterheim… Nous avons été contraints de coopérer avec eux…
— Si tout cela est vrai, alors je mettrai ma propre réputation en jeu pour restaurer votre honneur. Pour l’instant, reposez-vous et rétablissez-vous.
— Merci… Votre Altesse… Merci… Merci…
La lumière quitta les yeux du chevalier, et sa main se relâcha dans celle de Leo. Le médecin secoua la tête. Le chevalier avait rassemblé ses dernières forces pour transmettre cette ultime supplique.
Leo resta quelques instants là, tenant sa main.
— Votre Altesse, dit finalement Lynfia.
— Donc, le comte est entré dans le sous-sol de son manoir, et la sphère noire est apparue ensuite. Cela signifie que cette sphère noire est liée d’une manière ou d’une autre à ce sous-sol.
— La possibilité la plus probable serait les enfants qui y étaient prétendument retenus, supposa Lynfia.
— Oui. Il y a de fortes chances qu’ils possèdent une grande quantité de mana ou d’autres capacités spéciales. Quelque chose a peut-être déclenché ce phénomène chez l’un d’eux.
— Si c’est le cas, cela ne prendra pas fin tant que nous n’aurons rien fait contre cette sphère noire.
— Oui.
Leo serra une dernière fois la main du chevalier, puis la posa sur sa poitrine. Il souhaita ensuite bonne chance au médecin et quitta la tente.
Dehors, la première chose qu’il vit fut la sphère noire, dominant mollement le ciel au-dessus de Bassau.
Il se tourna vers Lynfia.
— Si cette sphère noire est sortie du manoir, il ne serait pas si surprenant qu’il y ait quelqu’un à l’intérieur, tu ne crois pas ?
— Je suppose que non, répondit Lynfia avec hésitation. Mais ne me dites pas que vous comptez aller vérifier ?
— Bien sûr que si. Je suis venu ici pour sauver les enfants enlevés. Ce sont les victimes dans cette affaire, et je veux les aider.
— Je suis heureuse de vous entendre dire cela. Et quand j’imagine que ma sœur pourrait se trouver là-dedans, moi aussi, j’ai une envie désespérée de me précipiter pour faire quelque chose. Mais pour l’instant, vous devez prendre des décisions plus rationnelles. Vous êtes une personne importante, qui pourrait un jour devenir empereur.
— Et c’est précisément pour cette raison que je dois sauver ces enfants. Je veux devenir un empereur capable d’agir lorsqu’il souhaite aider les gens. Mais je ne deviendrai jamais cet empereur si je laisse une menace aussi petite me forcer à abandonner ceux qui ont besoin d’aide. Les humains sont des créatures d’habitude. Si je les abandonne maintenant, je sais que je le referai un jour. Alors je ne reculerai pas.
Leo sourit alors à Lynfia, et celle-ci se rappela aussitôt Al le jour de leur départ, lorsqu’il lui avait remis la bourse d’argent. Malgré leur ressemblance physique, les deux frères étaient complètement différents.
Et pourtant, la détermination de Leo, ainsi que la résolution qui brillait dans ses yeux, lui rappelaient son frère aîné.
Elle comprit soudain en quoi ils se ressemblaient.
Les deux frères possédaient la même source fondamentale de motivation.
— Vous êtes vraiment des jumeaux, murmura-t-elle.
— Hmm ? Je viens de te rappeler mon frère ?
— Oui, énormément. Vous et Son Altesse Arnold agissez tous deux par souci des autres.
— Je ne sais pas pour mon frère, mais c’est un compliment trop généreux pour moi. Je connais simplement mes propres faiblesses, voilà tout. Je suis une créature d’habitude, et je suis déterminé à ne pas prendre de mauvaises habitudes.
Leo répondit avec un sourire amer.
Comme ce serait agréable, pensa-t-il, de pouvoir compartimenter les choses et changer facilement d’état d’esprit.
Il se jugeait incompétent sur ce point, et c’était pour cela qu’il avait passé sa vie à étudier avec assiduité. Il savait que s’il s’arrêtait un jour pour se détendre et s’amuser comme Arn, il ne parviendrait jamais à reprendre.
À l’inverse, Al n’étudiait que lorsqu’il estimait en avoir réellement besoin, ce qui était, d’une certaine façon, la marque d’un véritable génie. C’était pourquoi Leo enviait Arn, même s’il savait qu’il ne le devrait pas.
Mais le temps des souhaits inutiles était terminé.
— Je ne suis pas mon frère, poursuivit Leo. Il m’est impossible de réagir avec souplesse face aux événements. Ma mission d’ambassadeur me l’a douloureusement fait comprendre. Alors je continuerai d’avancer sans jamais dévier. Quand j’ai décidé de venir ici, je me suis juré d’aller jusqu’au bout de cette affaire, à ma manière.
— Je comprends, répondit pensivement Lynfia. Dans ce cas, je vous accompagnerai. Mais le moment d’agir ainsi n’est pas encore venu, n’est-ce pas ?
— Exact.
Lorsque Leo regarda la ligne de front, il vit que ses troupes commençaient à être repoussées. De nouveaux monstres apparaissaient de plus en plus souvent en plus des squelettes, ce qui signifiait que leur armée augmentait non seulement en nombre, mais aussi en qualité.
Lancer une attaque maintenant et sacrifier des vies serait téméraire. Leo était assez intelligent pour le comprendre. Il était déterminé à sauver tous ceux qui étaient en danger, et n’avait aucune intention de laisser passer cette chance. Mais il n’avait pas davantage l’intention d’agir lorsqu’il n’existait aucune possibilité de réussite.
Pour l’instant, il fallait maintenir la situation.
Tôt ou tard, l’occasion d’agir viendrait.
Faisant confiance à cette certitude, Leo retourna donner ses ordres depuis le dos de son cheval, tout en maniant lui-même son épée de temps à autre sur le champ de bataille.
Cependant, tous les autres ne partageaient pas la conviction et la détermination inébranlables de Leo.
— Urgh !
— Aaaaargh !
Certains combattants commençaient à faiblir sous l’effet de l’épuisement et à perdre leur motivation. Leo fit ce qu’il put pour leur apporter du soutien, mais bientôt, des fissures commencèrent à apparaître sur toute la ligne de front.
Peu après, Leo reçut l’annonce fatale.
— Attention ! Le flanc gauche a été percé !
— Bon sang ! Envoyez les troupes auxiliaires !
— C’est trop tard ! Nous devons fuir !
— Courir ne servirait à rien. Ils nous rattraperaient par-derrière.
Leo saisit un cor auprès de l’un des chevaliers impériaux et y souffla plusieurs fois, puis lança son appel :
— Qui parmi vous a le courage de devenir un héros aux côtés de Leonard Lakes Adler ?! Qui peut encore manier son épée ?! Qui peut encore courir ?! Qui peut encore se battre ?! Peu importe que vous soyez chevalier, aventurier ou simple citoyen ! Ici et maintenant, que tous ceux qui n’ont pas encore perdu leur esprit combatif me rejoignent !
Il leva son épée bien haut dans les airs et souffla de nouveau dans le cor.
Le son résonna au loin.
Lise l’entendit faiblement et sourit.
— Tout le monde, on accélère ! cria-t-elle aux mille cavaliers derrière elle. Le champ de bataille est proche !
Sa cape bleue flottait dans le vent tandis qu’elle filait au galop.
Dans la région Sud, un groupe de combattants courageux et déterminés commençait à se rassembler.