THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 4 PARTIE 10

Les sentiments de chacun (10)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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Revenons un peu en arrière, au moment où Leo rejoignait le deuxième groupe, séparé du reste des troupes après l’effondrement de la ligne de front, et se frayait un chemin vers Bassau à travers l’armée de squelettes.

Lise put enfin apercevoir Bassau au loin.

— Il y a des monstres partout.

— Mais là-bas, certains essaient encore de percer.

Elle ne pouvait en être certaine, car ils étaient encore assez loin.

Malgré tout, Lise était certaine que Leo était là. Alors qu’elle accélérait son cheval, Lise ferma les yeux.

Son petit frère qui avait serré les dents et l’avait arrêtée. Son petit frère qui était franc dans ses convictions. Même maintenant, il essayait probablement encore de faire ce qui était juste.

Il n’y avait qu’une seule chose qu’elle pouvait faire en tant que sœur aînée.

— Nous chargeons !

— Oui, Votre Excellence !

Lorsque Lise lança la charge, un millier de cavaliers s’élancèrent derrière elle.

Ce n’étaient ni des aventuriers ni des chevaliers. Il s’agissait d’un régiment de cavalerie d’élite qui combattait depuis longtemps sous les ordres de Lise.

Elle n’avait pas besoin de faire de grands discours pour remonter leur moral.

Chacun d’entre eux était un soldat prêt à donner sa vie pour elle. Même si elle leur ordonnait de mourir, ils obéiraient sans hésiter.

— Commandant ! Nous allons utiliser ça !

— Compris !

Après avoir reçu l’ordre, le commandant de régiment leva la main droite. Voyant ce signal, une centaine de cavaliers à l’arrière s’avancèrent vers l’avant.

Chacun d’entre eux était armé d’une arbalète. Cependant, ce qu’ils tenaient entre leurs mains n’était pas une simple arbalète.

Un tube circulaire était fixé à la base de l’arbalète et un petit joyau était incrusté en son centre.

— Le [prototype d’arbalète rotative magique] est prêt, Maréchale !

— Bien. Éliminez tout ce qui se met en travers de mon chemin.

— Compris ! VISEZ LES MONSTRES DEVANT VOUS ! PAS BESOIN DE BIEN VISER ! IL N’Y A QUE DES ENNEMIS DEVANT NOUS ! APPUYEZ SUR LA DÉTENTE, ET LES FLÈCHES TROUVERONT LEUR CIBLE ! FEU !

Répondant à l’ordre du commandant de régiment, une centaine de soldats appuyèrent sur la détente en même temps.

En maintenant la détente enfoncée, les flèches furent rapidement tirées de l’arbalète grâce à la puissance magique contenue dans le joyau.

Le tube circulaire contenant les flèches fixé à la partie inférieure de l’arbalète fit automatiquement tourner les flèches vers le haut, permettant ainsi un tir rapide.

Les flèches tirées à une vitesse inimaginable frappèrent les squelettes les uns après les autres, pulvérisant leur corps.

Profitant de l’ouverture ainsi créée, Lise chargea.

— C’est une bonne arme, mais le problème, c’est quand on a fini de tirer.

— C’est le problème du développeur. Tout ce qu’on peut faire, c’est passer commande.

Le défaut du prototype d’arbalète rotative magique est qu’une fois que la puissance magique stockée dans le joyau était épuisée, elle ne pouvait plus être tirée à la main et ne pouvait plus être utilisée que comme arme contondante.

Lise effectuait des essais de cette arme à l’arrière tout en entraînant les nouvelles recrues.

Mais contre toute attente, elle avait l’occasion de la tester sur le terrain, dans un véritable champ de bataille.

— Lorsque nous rédigerons le rapport sur cet incident, demandons-leur de rendre le chargeur remplaçable. Son utilisation sera très limitée s’il s’agit d’une arme à usage unique.

— Oui. Passons également commande d’armes anti-monstres.

— C’est une bonne idée, Maréchale.

Tout en discutant, Lise et le commandant de régiment levèrent leurs armes et ouvrirent la voie à leurs hommes.

Conçue à l’origine pour abattre des humains, l’arbalète rotative se révélait peu adaptée aux squelettes. Comme ces derniers pouvaient continuer à bouger sans ressentir aucune douleur jusqu’à ce que leur noyau soit détruit, l’arbalète rotative était vraiment peu efficace contre eux.

— Hum… Ça fait longtemps que je n’ai pas fait ça.

À la tête d’un petit groupe de ses subordonnés, elle chargea l’ennemi.

Elle avait l’habitude de le faire assez souvent dans le passé, mais elle n’en avait plus l’occasion que très rarement aujourd’hui. Outre le fait qu’il n’y avait pas d’ennemi à charger, sa position ne lui permettait pas de le faire.

Au contact de la haine brute de ses ennemis, elle continua d’avancer, sans leur laisser le moindre répit, progressant avec prudence sur ce chemin fragile vers la victoire.

C’est vrai.

— C’est le champ de bataille !

Sur ces mots, Lise afficha un sourire féroce tandis qu’elle se frayait un chemin à travers l’armée ennemie.

Voyant cela, le commandant de régiment qui servait Lise depuis longtemps se souvint de l’image de la princesse maréchale qui faisait rage sur le champ de bataille et qui était l’objet de la crainte de nombreuses nations étrangères.

À la mort du prince héritier, elle avait perdu sa férocité et s’était uniquement concentrée sur la défense des frontières.

En voyant cette Lise d’autrefois, éclatante sur le champ de bataille, le commandant de régiment sentit son cœur se serrer.

— Qu’est-ce qui se passe ? Commandant ! Quelle lenteur !

— Oui, Maréchale ! J’arrive tout de suite !

Appelé par Lise, le commandant de régiment la suivit immédiatement. C’est alors que la silhouette de Leo apparut enfin dans son champ de vision.

 

 

***

 

 

— Grande sœur…!?

Voyant la stupeur sur le visage de Leo, Lise esquissa un petit sourire. Quand elle vit Arn, elle pensa qu’il était enfin devenu adulte. Cependant, cette impression était encore plus forte chez Leo.

À le voir combattre en première ligne, il avait tout d’un général, avec ce charisme capable de pousser les hommes à se battre pour lui.

Son apparence ressemblait à celle du jeune prince qu’elle avait autrefois juré de soutenir en tant que général.

— On dirait que ce n’était pas que des paroles en l’air, hein…

« Nous deux, nous pouvons surpasser notre frère aîné. »

Arn l’avait dit. En regardant Leo tel qu’il était actuellement, elle pouvait voir que ce n’était pas que des paroles en l’air.

Son image lui faisait penser à ce qui se passerait si Leo, si rigide, était soutenu par Arn, si flexible.

— Tu as grandi ?

C’est peut-être pour cela que Lise avait dit cela avec joie, même s’ils étaient actuellement face à l’ennemi.

— Euh, ah… Oui, un peu.

— Je vois. C’est une bonne chose. Tu dois grandir encore plus. Jusque-là, je te protégerai.

Lise regarda alors Baram dont la main gauche avait été coupée.

Baram tenta d’attaquer plusieurs fois pendant que Leo et Lise discutaient, mais à chaque fois, le bras droit de Lise réagissait pour le contrer.

— Même si tu dis que tu es un démon, tu ressembles vraiment à un humain, hein.

Lise observa le sang rouge qui coulait du bras gauche de Baram, sans que la plaie se régénère.

Même une blessure pareille aurait dû se refermer aisément chez un monstre de haut rang, pourtant le démon devant elle ne montrait aucun signe de régénération.

Lise en tira une conclusion.

— Alors tu possèdes un humain, hein ?

— Tu as l’œil… Mais en quoi cela te serait-il utile ?

— Cela signifie qu’il n’est pas encore trop tard.

— Je n’en suis pas si sûr. Si tu es venue ici en renfort, cela signifie que la partie est terminée.

Sur ces mots, Baram leva sa main droite restante vers le ciel. Puis, une lumière noire commença à briller au bout de son doigt.

De la ville de Bassau, des monstres morts-vivants de haut rang, tels que des squelettes de trois mètres de haut et des zombies dragons au corps pourri, émergèrent.

— Il serait sage de s’enfuir rapidement, vous ne croyez pas ?

Sur ces mots, Baram devint transparent et disparut.

Lise et Leo, qui étaient restés derrière, furent contraints de prendre une décision.

— Comme je le pensais, la différence de force entre nos forces est trop grande.

— Mais si nous battons en retraite ici, je ne sais pas quand nous aurons une nouvelle occasion d’approcher Bassau.

— … On dirait que tu as déjà pris ta décision, hein ?

— Je n’ai pas l’intention de battre en retraite. Si ce démon doit appeler des renforts, c’est maintenant que nous devons nous battre. Si nous le laissons partir, il disparaîtra sûrement dans le monde des humains.

— As-tu la garantie que tu peux gagner ?

 

— Aucune. Mais cela restera vrai même si nous battons en retraite ici. Peu importe la taille de notre armée, le démon invoquera autant de monstres qu’il le faudra pour nous égaler en nombre. C’est peut-être une crise, mais c’est aussi notre chance.

Lorsque Leo dit cela avec tant de détermination, Lise sourit à nouveau. Elle coupa alors en deux l’énorme squelette qui se précipitait vers eux.

— Allons-y alors. Ne te laisse pas distancer, d’accord ?

— Bien sûr.

— À L’ATTAQUE ! NOTRE CIBLE EST BASSAU !

— CHARGEZ !!

C’est ainsi que Leo et Lise chargèrent ensemble vers Bassau.

 

 

***

 

 

Peu après que Leo et Lise eurent commencé à charger vers Bassau, le groupe de Lynfia et Abel rejoignit enfin le groupe de tête.

Cependant, plus ils s’approchaient de Bassau, plus la résistance de leurs ennemis devenait forte.

— Kuh !?

Le nombre d’ennemis autour d’Abel et Lynfia commença à augmenter et leur progression ralentit d’elle-même.

Si cela continuait ainsi…

Une telle anxiété commença à germer dans le cœur de Lynfia.

Puis, une boule de feu tirée par un zombie dragon atterrit près de Lynfia.

Elle fut projetée par le choc et se retrouva séparée du groupe de tête.

— Guh…

Résistant à la douleur, Lynfia se releva en s’appuyant sur son épée.

En regardant autour d’elle, elle réalisa qu’elle avait été projetée au milieu de l’armée de squelettes. Ceux-ci s’approchaient peu à peu d’elle.

Quand elle essaya de bouger, elle remarqua qu’elle ne pouvait plus contrôler son corps. À ce moment-là, un sifflement monta de sa poche.

C’était un sifflet fabriqué à partir d’un arbre spirituel que le vieux nain lui avait donné.

Ce n’est pas une mauvaise chose de compter sur quelqu’un. C’étaient les mots que le vieux nain lui avait dits à l’époque. Elle se disait qu’elle ne pouvait pas appeler ses alliés dans un lieu aussi saturé de mort.

Cependant, l’idée qu’elle ne pouvait pas mourir avant d’avoir retrouvé sa sœur était plus forte.

— Je vais compter sur lui !

Lynfia attrapa le sifflet et souffla dessus. Mais aucun son ne sortit.

Elle souffla plusieurs fois, mais rien. Peut-être était-il défectueux.

Pensant que c’était tout à fait possible, elle expira et remit doucement le sifflet dans sa poche.

Mais le sifflet émit un son. Il résonna au loin.

Jusqu’à la capitale impériale.

Gardant son sang-froid, Lynfia saisit son épée magique et fit face aux squelettes qui approchaient. À ce moment-là, tous les squelettes près de Lynfia furent projetés en l’air en un instant.

— !? Qu’est-ce que…?

Elle crut que le zombie dragon avait de nouveau lancé une boule de feu dans sa direction, mais elle se détendit enfin lorsqu’elle entendit une voix derrière elle.

— Ça va, mademoiselle l’aventurière ?

— Pourquoi… êtes-vous ici…?

— J’ai entendu parler d’une quête de raid. J’ai amené les autres avec moi.

À ce moment-là, des aventuriers venus de la capitale impériale se précipitèrent vers l’armée de squelettes depuis l’énorme portail de téléportation qui s’était ouvert derrière Lynfia.

Des centaines d’aventuriers apparurent les uns après les autres et vainquirent les squelettes autour d’eux.

Au centre de ces aventuriers se tenait son plus grand sauveur.

— Si tu peux te tenir debout, viens avec nous. Il est temps de se faire de l’argent.

— Oui ! De l’argent !

Sur ces mots, Lynfia suivit l’aventurier masqué.

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