THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 4 PARTIE 5

La conquête du dragon des mers (5)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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Revenons quelques jours en arrière. Leo, qui accompagnait la flotte de Rondine, était arrivé au Grand-Duché d’Albatro. Afin de ne pas éveiller inutilement les soupçons, seuls son navire et ceux du roi de Rondine entrèrent dans le port, où les attendait le Grand-Duc d’Albatro.

— Je suis heureux que vous soyez venu, roi de Rondine.

— Je ne pouvais pas rester les bras croisés face à une telle situation d’urgence, Grand-Duc.

Sur ces mots, les deux hommes se serrèrent fermement la main.

Pour les dirigeants de deux pays opposés depuis si longtemps, ce simple geste avait quelque chose d’historique. Les flottes des deux nations, qui se surveillaient encore avec méfiance, se détendirent légèrement en voyant leurs souverains se rencontrer sans incident.

Leo et Elna, qui assistaient eux aussi à cette rencontre pour la première fois, furent soulagés d’avoir franchi la première étape.

— On dirait qu’on a passé le premier cap, hein.

— Oui. Il faut maintenant décider comment affronter le dragon des mers.

Leo et Elna suivirent les deux Grands-Ducs vers le château tout en échangeant à voix basse.

Mais soudain, Elna se retourna vers la mer. Sa main avait déjà rejoint la poignée de son épée. Elle la dégaina aussitôt.

— Elna !?

— Soldats, soyez vigilants ! Protégez Son Altesse et Leurs Majestés ! Il arrive !

À l’ordre d’Elna, les chevaliers impériaux se mirent immédiatement en mouvement pour escorter les souverains.

Presque au même instant, une tornade surgit en mer.

Elle se forma entre les flottes de Rondine et d’Albatro, avant d’en engloutir une partie.

Tout le monde resta sans voix devant ce phénomène anormal.

Après avoir avalé près d’un tiers des deux flottes et les avoir réduites à l’état d’épaves, la tempête disparut aussi soudainement qu’elle était apparue.

Puis il surgit.

— Le dragon des mers… Léviathan…!?

C’était un dragon au long corps couvert de magnifiques écailles bleues, semblables à de l’eau cristalline.

Il possédait une paire d’ailes et deux bras. Ses pattes, elles, devaient être immergées sous la surface. C’était un dragon adapté à la mer. Sa silhouette rappelait celle d’un serpent, mais il était bien trop immense pour n’être qu’un simple reptile. La partie visible de son corps mesurait déjà plus de cinquante mètres. Sa taille dépassait de loin celle décrite dans les légendes, et son apparition plongea tous les témoins dans la stupeur.

Indifférent à leur terreur, Léviathan ouvrit lentement la gueule. Puis il cracha une gigantesque sphère d’eau.

Elle n’avait rien de comparable avec ce que la magie aquatique ordinaire pouvait produire. Comprenant aussitôt le danger, Elna donna un ordre.

— Évitez-la !

Les capitaines firent confiance au jugement de la chevalière impériale et évacuèrent les Grands-Ducs qui se trouvaient à proximité.

Elna s’échappa également avec Leo. Presque au même instant, l’endroit où ils s’étaient tenus fut frappé par la sphère d’eau.

Un fracas assourdissant retentit, et un immense cratère se forma, comme si une météorite venait de s’écraser là.

En voyant cela, Leo et Elna pâlirent. Ce n’était pas seulement parce qu’ils avaient failli mourir. Ils venaient de comprendre ce qui arriverait à la ville si le combat se poursuivait ici.

— Elna ! Prends le commandement et évacue la population !

— Leo ! Et toi, qu’est-ce que tu vas faire ?

— Je vais sortir en mer avec un navire ! Il faut au moins l’éloigner de la ville, sinon elle sera détruite !

— Ne sois pas imprudent ! Qu’est-ce que tu comptes faire avec un seul navire ?

— Les flottes sont en pleine panique ! Elles ont besoin de quelqu’un pour les commander !

— Ce ne sont pas nos flottes ! Et ce sont des gens qui se battaient encore entre eux il y a peu ! Si tu t’y prends mal, tu risques de te faire tirer dans le dos au milieu de la confusion, tu comprends !?

— Mon frère a pris ma place et a bâti cette alliance pour moi ! Je ne vais pas rester là à la regarder s’effondrer !

Sur ces mots, Leo se mit à courir.

Elna tenta de l’arrêter, mais elle n’en eut pas le temps. La deuxième sphère d’eau de Léviathan arrivait déjà. Elle passa au-dessus de sa tête en direction du centre-ville, et Elna dut la dévier. La sphère s’écrasa près du premier cratère et en creusa un nouveau.

— Je me demande combien de temps je vais pouvoir tenir…

Elna murmura ces mots en regardant son bras droit engourdi et son épée bien-aimée. Si seulement elle pouvait utiliser l’épée sacrée…

Cette pensée en tête, Elna commença à donner ses instructions. Tout en protégeant les deux Grands-Ducs et les citoyens contre les projectiles d’eau, elle organisa l’évacuation.

 

***

 

— Capitaine ! Lancez la contre-attaque !

— Contre ce monstre énorme ? Nos canons ne sont que des lance-pierres face à lui, vous savez !

— Faites-le !

— Vous êtes vraiment déraisonnable, Votre Altesse ! NOUS AVANÇONS ! PRÉPAREZ-VOUS, BANDE DE SALAUDS !

Sur l’ordre de Leo, le capitaine plaça son navire en position d’attaque et fit tirer les canons magiques. Mais les tirs ne laissèrent pas la moindre égratignure sur les écailles du dragon. Malgré cela, Leo ordonna à l’équipage de poursuivre l’attaque. Puis il saisit l’amplificateur de voix magique.

— À toutes les flottes de Rondine et d’Albatro présentes dans les environs ! Je suis le huitième prince de l’Empire, Leonard Lakes Adler ! Nous attaquons Léviathan afin d’attirer son attention ! S’il reste dans vos flottes des navires qui n’ont pas peur du dragon des mers, suivez notre exemple ! Même un faible tir suffira ! Nous devons l’éloigner du port ! Y a-t-il des navires prêts à couler avec moi ?

Un navire répondit aussitôt à l’appel de Leo. Dès qu’il aperçut le navire de Leo, il vira vers Léviathan et se dirigea vers lui pour lui prêter main-forte.

— Permettez-moi de vous accompagner, Votre Altesse.

C’était le navire qui avait arrêté Arn lorsqu’il avait tenté d’entrer dans le port. Le capitaine du navire de Leo fut le premier à le reconnaître.

— Votre Altesse ! C’est le navire de l’autre fois !

— L’autre fois ?

— Celui qui est venu nous arrêter quand nous avons voulu entrer dans le port !

En entendant l’explication du capitaine, Leo se rappela ce qu’Arn lui avait raconté.

Cependant, comme Arn s’était contenté de lui dire qu’il était entré dans le port, Leo n’avait pas d’autre choix que de suivre le mouvement.

— Le navire de l’autre fois, hein…

— S’il y avait des circonstances particulières, tu aurais pu me les dire plus tôt, grommela Leo dans sa barbe.

Mais il savait très bien que c’était tout à fait le genre de son frère. Si Arn ne lui avait rien dit, c’était sans doute parce qu’il n’avait pas jugé cela indispensable.

— Il y a vraiment beaucoup de choses qu’il ne me dit pas…

Tout en marmonnant cela, Leo attendit avec impatience de l’entendre de sa bouche. Aux yeux de Leo, Arn avait toujours été un frère exceptionnel. Il aimait donc apprendre ses exploits inattendus. Et plus encore les raconter.

Vous voyez ? Mon frère est formidable, n’est-ce pas ?

Tandis qu’il pensait cela, les navires du Grand-Duché d’Albatro se rassemblèrent autour de lui. Comme pour ne pas se laisser distancer, les navires de Rondine commencèrent eux aussi à les rejoindre.

En voyant cela, Leo poussa un long soupir et donna ses ordres.

— Braves navires des deux pays, je vous remercie. Lancez une attaque simultanée ! Attirez l’attention de Léviathan vers nous !

Ainsi, une flotte improvisée commença à tirer sur Léviathan.

Mais Léviathan gardait toujours les yeux rivés sur la capitale d’Albatro. Leo avait réussi à rallier les navires et à les pousser à l’attaquer, mais le dragon continua à tirer ses sphères d’eau sans leur accorder la moindre attention. Au port, Elna parvenait à modifier leur trajectoire, mais cela ne les faisait pas disparaître pour autant.

Les sphères d’eau déviées s’écrasaient dans des zones désertes, pulvérisant bâtiments et terrain à l’endroit de l’impact. Au milieu de ce paysage infernal, une jeune fille errait dans la succursale de la Guilde des Aventuriers.

Le bâtiment avait déjà été partiellement détruit, et le personnel avait depuis longtemps évacué les lieux. Pourtant, la jeune fille s’y rendit.

La salle de communication à distance s’y trouvait. C’était de là qu’avait été signalée, peu auparavant, l’apparition du dragon des mers. Dans cette pièce, la jeune fille, Eva, tomba à genoux.

— S’il vous plaît… S’il vous plaît… peu importe qui vous êtes… sauvez mon pays… Si cela continue, mon pays sera détruit ! Le dragon des mers dévorera tout notre peuple ! N’importe qui… sauvez notre pays… Acceptez notre requête et abattez le dragon des mers pour nous !

Eva avait abandonné ses escortes et s’était séparée des citoyens en fuite pour venir jusqu’ici. Elle savait que la Guilde possédait une salle de communication à distance capable de contacter les autres succursales. Elle continua donc à supplier avec ferveur, comme si elle priait une divinité. Les aventuriers étaient désormais les seuls sur qui elle pouvait compter.

Un aventurier de rang SS de la Guilde pourrait peut-être faire quelque chose dans une telle situation. C’était ce qu’elle croyait, et Eva continua d’implorer de l’aide. Mais son geste dépassa largement ses propres attentes.

Ses supplications furent diffusées dans toutes les succursales de la Guilde des Aventuriers du continent. Lorsque le bâtiment avait été partiellement détruit, la salle de communication avait basculé en mode de diffusion générale. À l’origine, ce mode servait à signaler d’urgence les crises les plus graves à toutes les succursales de la Guilde.

À présent, l’appel d’Eva résonnait à travers tout le continent. Sa voix n’était pas seulement entendue par le personnel de la Guilde, mais aussi par tous les aventuriers présents dans chaque succursale. Après avoir entendu son appel, certains voulurent faire quelque chose pour l’aider, mais ils n’avaient aucun moyen de rejoindre le sud. Il en allait de même dans la succursale de la capitale impériale.

— Bon sang !

— On ne peut vraiment rien faire ?

— Tais-toi ! Ce n’est pas en criant ici que ça changera quoi que ce soit !

— Quoi ? Une femme nous demande de l’aide, tu sais !

— Et comment ça va l’aider que tu t’énerves comme ça ?

Les aventuriers qui buvaient dans la salle avaient entendu l’appel au secours de la jeune fille et maudissaient leur impuissance.

Ils cessèrent bientôt de jurer et noyèrent leur frustration dans l’alcool, attendant que quelqu’un élève enfin la voix.

Mais Eva continuait de supplier. Comme il s’agissait d’un mode réservé aux urgences, sa voix se diffusait dans toute la succursale.

Même le personnel affichait une expression douloureuse. C’est alors qu’un homme entra dans la Guilde. Il avança au milieu de la succursale et répondit à son appel.

— J’arrive tout de suite. Attendez-moi.

Pour Eva, cette réponse était totalement inattendue.

Elle n’aurait jamais pensé que quelqu’un lui répondrait vraiment. Et encore moins qu’il lui dirait arriver tout de suite. Alors qu’elle se demandait ce que cela signifiait, une fissure apparut près d’elle. De cette fissure émergea un homme vêtu d’une robe noire et portant un masque argenté.

— Qui…?

— Je suis Silver, aventurier de rang SS affilié à la succursale de la capitale impériale. Je suis venu répondre à ta demande.

Cette voix, elle aussi, fut naturellement diffusée dans toutes les succursales de la Guilde des Aventuriers du continent.

Et à cet instant, de nombreux aventuriers acclamèrent l’arrivée de leur représentant.

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