THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 4 PARTIE 4

La conquête du dragon des mers (4)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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— Père ! Traugott a quelque chose à vous demander ! Je vous en prie !

— Insolent ! Ne fais pas irruption en pleine réunion ! Baisse d’un ton !

— Hiiiii !!?? M…mes excuses !!

— Haa…

Trau avait ouvert les doubles portes de la salle du trône avec fracas, prêt à faire une entrée remarquée, avant d’être immédiatement foudroyé par son père. Sous le choc de cette réprimande soudaine, il était aussitôt ressorti.

Cela avait dû être terrifiant.

— Haa… Haa… J’étais entré avec un bam…

— Eh bien, si vous le dites…

Décidément, cet homme n’avait aucun talent littéraire.

Comment le mot bam pouvait-il décrire la situation ? À vrai dire, c’était plutôt lui qu’on venait de chasser avec fracas.

Finne affichait elle aussi un sourire crispé.

Sérieusement… C’était le fils de l’impératrice, et il n’était pas stupide. S’il n’avait pas eu ce genre de personnalité, je n’aurais pas été surpris de le voir prendre une part active à la guerre de succession.

Épuisé, j’ouvris doucement la porte de la salle du trône.

Il y avait naturellement des gardes, mais personne ne tenta de m’arrêter. Avec mon apparence actuelle, il n’existait sans doute personne, dans la capitale impériale, qui ne connût pas Silver.

— Veuillez m’excuser, Votre Majesté impériale.

 

— Hmm… Voilà un invité inhabituel.

— Moi, Silver, suis venu demander audience à Sa Majesté impériale.

— Une audience ? Si tu étais passé correctement par les portes du château, j’aurais déjà dû recevoir un rapport, non ?

— En raison de l’urgence, j’ai dû enfreindre certaines règles pour pénétrer dans le château.

— Ce château est le cœur de l’Empire. Si quelqu’un y entrait sans autorisation, il ne serait pas étonnant qu’il soit immédiatement condamné à mort, tu sais ? Ce n’est pas une simple entorse au règlement. Es-tu venu ici pour me tuer ? Ou bien veux-tu insinuer que tu pourrais m’assassiner quand bon te semble ?

— Votre prudence est inutile. Si vous aviez été un souverain stupide, je n’aurais jamais pu entrer dans le château de cette manière. Un souverain avisé tel que Votre Majesté sait parfaitement comment me traiter, et vous devez avoir pris toutes les précautions nécessaires pour rendre votre assassinat impossible. Voilà pourquoi, malgré l’impolitesse de ma démarche, j’ai choisi de solliciter une audience officieuse de cette façon. Je vous prie de m’en excuser.

Les étages supérieurs du château de l’épée impériale, autrement dit les appartements de l’Empereur, étaient protégés par une puissante barrière qui rendait la magie de transfert inutilisable.

Avec les chevaliers impériaux postés pour les garder, quiconque envisageait de tenter un assassinat dans un tel endroit aurait sans doute besoin de se faire examiner la tête.

Si j’essayais sérieusement, pourrais-je y parvenir ? Peut-être. Mais ce château recelait quantité de dispositifs spéciaux dont j’ignorais tout. Il devait aussi exister des issues de secours prévues en cas de tentative d’assassinat.

Si je manquais mon coup et le laissais s’échapper, cette fois, c’est moi qui serais pourchassé jusqu’au bout du monde.

Je n’avais aucune intention de tenter une chose aussi stupide.

— Si vous ne pouvez vraiment pas me pardonner, alors je vous demanderai d’effacer la dette que vous avez contractée envers moi lorsque je vous ai sauvé la vie la dernière fois.

— Hum, bien. Alors, es-tu ici pour parler de la situation dans le sud ?

— Oui. D’une manière ou d’une autre, un secret de la Guilde des Aventuriers a été transmis à l’Empire. La Guilde souhaite que l’Empire évite toute initiative inutile fondée sur cette information.

Lorsque j’insistai sur les mots « d’une manière ou d’une autre », mon père sourit d’un air satisfait. Il était donc au courant. En ce moment même, Erik, Gordon et Zandra se tenaient devant lui. L’un d’eux avait dû lui transmettre l’information.

— C’est assez cruel de qualifier cela d’inutile. Est-ce mal d’essayer d’aider le sud ?

— Peu m’importe. J’ignore ce que la Guilde en dira, mais si vous prenez la bonne décision, vous pourrez certainement sauver beaucoup de gens. Ce qui m’inquiète, c’est que vous preniez la mauvaise.

— Comme on pouvait s’y attendre d’un aventurier de rang SS. Tu ne manques pas d’arrogance. Qui es-tu pour décider de ce qui est bon ou mauvais pour l’Empire ?

— Ce n’est pas moi qui en déciderai, mais le résultat. Il suffira de l’observer pour savoir clairement si votre choix était le bon ou non.

Je soutins un instant le regard de mon père.

C’était peut-être irrespectueux, mais en tant qu’aventurier de rang SS, j’avais le droit de me comporter ainsi. Ma présence contribuait à protéger l’Empire contre de nombreuses menaces monstrueuses. Si un événement semblable à celui qui se produisait actuellement dans le sud survenait à l’intérieur même de l’Empire, le peuple ne céderait pas immédiatement à la panique, précisément parce que j’existais.

C’est pourquoi certains écarts, comme fixer ainsi l’Empereur, étaient tolérés. De toute façon, connaissant le caractère de mon père, il ne punirait personne pour un simple manque de respect.

— Alors, écoutons cela. Qu’est-ce qui est juste, et qu’est-ce qui ne l’est pas ?

— Ce n’est pas à moi de l’expliquer. J’ai déjà suffisamment joué les messagers. À partir de maintenant, ce rôle revient aux deux personnes derrière moi.

Sur ces mots, je reculai d’un pas. Trau et Finne s’avancèrent alors devant mon père. En reconnaissant Finne, l’expression de celui-ci s’adoucit légèrement.

— Tu as l’air d’aller bien, Finne.

— Oui, Votre Majesté. Veuillez me pardonner d’avoir sollicité votre audience de cette manière.

— Ce n’est rien. Toi, tu peux venir me voir quand tu veux.

Il avait l’air d’un père qui venait de recevoir la visite de sa fille bien-aimée. Cela dit, Finne n’était plus assez jeune pour prendre ces paroles au pied de la lettre et venir lui rendre visite à sa guise. Je ne songeais même pas à utiliser cela à notre avantage dans la guerre de succession.

Mon père était un empereur capable de punir sans hésiter quelqu’un qui avait commis une faute, même s’il l’appréciait beaucoup. Même s’il favorisait Finne, il ne ferait rien pour nous uniquement pour cette raison.

— Merci pour vos aimables paroles.

— P…Père. Je…

— C’est Votre Majesté impériale, Trau.

— Ah, Votre Majesté impériale. Permettez-moi d’être direct. Je vous prie de me nommer votre représentant et de m’envoyer dans le sud.

Alors que Finne avait commencé par le saluer afin de faire bonne impression, ce quatrième prince, incapable de lire les intentions de son interlocuteur, gâcha aussitôt l’atmosphère.

Enfin, peut-être avait-il simplement jugé qu’il serait inutile de se livrer à de petites manœuvres diplomatiques face à mon père. C’était du moins ce que je voulais croire.

— Continue à parler dans ton sommeil quand tu dors, gros porc.

— Je n’aime pas que tu aies interrompu une réunion.

— Si tu te mets en travers de mon chemin, je t’écraserai.

Les trois personnes restées silencieuses jusqu’alors exprimèrent aussitôt leur mécontentement.

Pris à partie par les trois, Trau tressaillit légèrement avant de leur répondre, mais il ne semblait toujours pas comprendre l’ambiance.

— Ce ton et ce regard n’ont pas changé, Dame Zandra… C’est peut-être pour cela que vous n’avez toujours pas trouvé de mari ?

— Tu veux finir réduit en bouillie et donné en pâture aux cochons ?

— Hiii !!?

Ils osaient dire ce genre de choses devant Père ? Tous les deux ? Alors que la tension montait peu à peu, Finne toussa doucement afin d’attirer l’attention sur elle. Puis elle prit la parole.

— Puis-je parler ?

— Je vous en prie.

— Merci beaucoup. C’est moi qui ai persuadé Son Altesse Traugott. Je l’ai fait parce qu’une intervention militaire dans le sud ne serait pas bénéfique pour l’Empire.

— Oh ? Finne parle donc d’affaires militaires.

— Ce n’est peut-être qu’une réflexion superficielle de femme, mais je vous demande de bien vouloir m’écouter jusqu’au bout. Même si l’Empire envoyait des troupes pour aider le sud, celles-ci mettraient plusieurs jours à arriver. Si le dragon des mers était vaincu entre-temps, notre déploiement deviendrait inutile. Et même si nos troupes arrivaient à temps, elles auraient affaire à un dragon des mers. Je crains que même notre flotte ne soit facilement détruite. Depuis l’Antiquité, nous n’avons pas déployé de troupes pour exterminer un dragon. La raison en est simple : face à un dragon, la qualité importe davantage que la quantité. Je pense donc qu’il serait plus bénéfique pour l’Empire d’envoyer Son Altesse Traugott en tant que représentant de Sa Majesté, et de permettre à Dame Elna d’utiliser son épée sacrée pour combattre le dragon dans le sud.

Les arguments de Finne étaient solides, mais, comme prévu, elle ne les avait pas élaborés seule. Elle avait eu une intuition similaire, mais elle n’aurait pas été capable de présenter son raisonnement de façon aussi logique. Avant de venir ici, j’avais demandé à Lynfia de réfléchir aux arguments susceptibles de convaincre l’Empereur, puis de les transmettre à Finne, car c’était à elle d’exposer cette proposition.

— Hum, je vois. C’est logique. Mais, Finne, pourquoi devrais-je nommer Trau comme représentant ?

— Les trois autres princes et princesses ont un statut trop élevé. Le rôle du représentant désigné cette fois-ci se limitera à remettre l’épée sacrée. Si nous confions cette tâche à l’un des trois autres princes ou princesses, cela nuira sans aucun doute à sa réputation. Pardonnez-moi de le dire ainsi, mais si nous laissons cette mission entre les mains de Son Altesse Traugott, nous n’aurons pas à nous en soucier.

— Les paroles de Dame Finne sont cruelles… mais comme vous êtes mignonne, je vous pardonne. Après tout, la beauté est justice.

 

— Trau, calme-toi un peu…

Mon père réprimanda Trau en se tenant le front, comme pour contenir un mal de tête. Bien sûr qu’il avait mal à la tête. Moi aussi, j’avais mal à la tête.

— Votre Majesté impériale. J’ai une question à poser à Dame Blaue Möwe.

— Je t’y autorise.

— Blaue Möwe. Si nous suivons votre raisonnement, n’obtiendrions-nous pas le même résultat si je menais l’armée en emportant l’épée sacrée ? Pourquoi refusez-vous si obstinément d’utiliser l’armée ? Insinuez-vous que la porteuse de l’épée sacrée et notre armée impériale perdraient ensemble contre le dragon des mers ?

— Non, Votre Altesse Gordon. Il ne fait aucun doute que notre armée remporterait la victoire. Cependant, cela prendrait trop de temps. Heureusement, nous avons le seigneur Silver avec nous ici. Lui peut emmener immédiatement le représentant et ses escortes vers le sud grâce à sa magie de transfert. Ce sera plus rapide que d’envoyer notre armée. De plus, nous avons à notre disposition la plus puissante porteuse de l’épée sacrée et le plus puissant aventurier de l’Empire. Avec ces deux personnes réunies, il ne sera probablement pas nécessaire d’envoyer notre armée. Bien sûr, la réputation de l’Empire s’en trouvera renforcée sur tout le continent, et l’Empire n’y perdra rien.

Parfait.

Gordon semblait avoir utilisé sa tête pour argumenter, pour une fois. Mais dans cette situation, ils n’avaient aucune chance de gagner.

Il n’existait pas de meilleur moyen de faire appel aux intérêts de l’Empire. L’Empire ne subirait aucun préjudice et sa réputation s’en trouverait améliorée. De plus, comme Finne l’avait déjà dit, la seule tâche du représentant consistait à livrer l’épée sacrée. Celui-ci n’apparaîtrait donc que comme un simple mandataire. La fierté et la réputation de ces trois-là étaient trop élevées pour qu’ils puissent accepter un rôle aussi limité.

Cependant…

— Ce ne sont que des sophismes. La renommée de l’Empire ne résonnera à travers le continent que si nous sauvons le sud par nos propres moyens. Épargnez-moi une coopération avec la Guilde des Aventuriers. Si cela doit se passer ainsi, alors que la Guilde règle cette affaire seule.

— Hum, Erik. Qu’en penses-tu ?

— Je suis d’accord avec Finne. Ce serait l’option la plus avantageuse pour l’Empire. Si nous faisons ce que propose Zandra, nous détériorerons nos relations avec la Guilde et alimenterons en plus la rumeur selon laquelle Votre Majesté serait étroite d’esprit.

Comme on pouvait s’y attendre de la part d’Erik. Il avait évalué la situation et rejoint aussitôt le camp des vainqueurs. En prime, il en avait profité pour attaquer Zandra. Zandra fixa Erik d’un regard noir, mais celui-ci l’ignora complètement. Pendant ce temps, Gordon regardait notre père droit dans les yeux.

— Votre Majesté impériale. Laissez-moi m’occuper de tout. Je profiterai de cette occasion pour conquérir la région sud en votre nom.

Ses mots étaient directs et ne dissimulaient aucune de ses intentions. Gordon déclarait clairement qu’il voulait profiter de cette occasion pour envahir le sud. En réponse, mon père se contenta d’un sourire amer.

— Tu es vraiment honnête. Mais je n’ai pas besoin du sud pour le moment. Si tu le veux, tu pourras le prendre lorsque tu deviendras empereur. Nous suivrons la proposition de Finne et réglerons cette affaire ainsi. Pour l’instant, conquérir le sud ne présente pas grand intérêt, et nous n’avons rien à gagner à y envoyer nos troupes.

— Mais, Père !

— C’est Sa Majesté impériale, Zandra.

 

— Kuh ! Votre Majesté impériale ! Nous n’avons pas non plus besoin de compter sur la Guilde des Aventuriers !

— La dernière fois, nous avons appris une dure leçon en nous mettant la Guilde à dos. Cette fois, nous allons profiter de la réputation de Silver et coopérer avec elle. Après tout, il a fait tout ce chemin jusqu’ici pour nous. Ce serait plus facile si Elna était avec toi, n’est-ce pas ?

— Oui, ce serait très difficile si je devais agir seul.

— Alors, c’est décidé. Trau, approche.

Sur ces mots, mon père retira la bague qu’il portait au doigt.

Il s’agissait d’une bague magique transmise de génération en génération par les empereurs. Elle n’avait aucun effet particulier lorsqu’on la portait, mais elle permettait de déléguer une partie de l’autorité impériale à quelqu’un d’autre. En d’autres termes, c’était un objet utilisé pour désigner un représentant.

— Traugott Lakes Adler, écoute mon ordre. Rends-toi dans le sud et remets l’épée sacrée à la descendante du héros.

— Oui, Votre Majesté.

Comme prévu, il ne se mit pas à débiter des absurdités. Je poussai un soupir, car j’avais été un peu nerveux.

À cet instant, un messager entra dans la salle du trône.

— Au rapport ! Un dragon des mers a été aperçu dans le Grand-Duché d’Albatro ! La Guilde recherche actuellement Silver !

— Il est donc apparu…

— Je vais assigner un chevalier impérial à sa garde, mais Silver, prends soin de mon fils.

— Soyez rassuré. Je le ramènerai sans une égratignure.

— Si je dois avoir un garde, j’aimerais autant que ce soit une jolie fille.

— Votre chevalière impériale préférée se trouve actuellement dans le sud, alors contentez-vous d’elle.

— Une femme à la force monstrueuse comme elle est hors de ma portée.

Si Elna entendait ça, elle serait sûrement furieuse.

C’est avec cette pensée en tête que Trau et moi nous dirigeâmes vers la succursale de la Guilde des Aventuriers dans la capitale impériale.

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