THE INSIPID PRINCE T1 – CHAPITRE 3 PARTIE 4
La bataille pour défendre Kiel (4)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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Je me rendis auprès de Leo.
Cela dit, se déplacer vers une personne précise restait particulièrement difficile. Je ne pouvais donc pas viser avec une précision parfaite. Comme je n’avais pas parfaitement ajusté mon déplacement, je me mis à voler dans sa direction en soulevant un nuage de poussière sous mes pieds.
Comme prévu, Leo avait déjà commencé à bouger. Il fonçait en direction de Kiel, escorté de ses chevaliers. J’atterris à une certaine distance devant lui, et j’attendis qu’il me rejoigne.
Au bout d’un moment, Leo remarqua ma présence et arrêta son cheval.
— …Silver, c’est bien ça ?
— Oui, c’est moi. Enchanté, Votre Altesse Leonard.
— Je n’ai pas le temps pour les présentations. Si tu es apparu ainsi, j’imagine que tu viens en renfort, pas vrai ?
— C’est bien mon intention. Cependant, vous devriez renoncer à vous précipiter ainsi.
— Que veux-tu dire ? demanda Leo, d’un ton inhabituellement tendu.
Il devait avoir appris que le tsunami avait frappé, et voulait rejoindre Kiel au plus vite. C’était précisément pour cette raison que j’avais choisi d’apparaître devant lui.
Je ne pouvais pas le laisser foncer tête baissée vers cette horde de monstres, avec seulement ce petit groupe de chevaliers à ses côtés.
— Avec un tel nombre de monstres attaquant Kiel, même accompagné des chevaliers impériaux, ce serait comme verser de l’eau sur une pierre brûlante[1]
— Vous ne le saurez pas tant que vous n’aurez pas essayé ! Il y a sûrement au moins une vie que nous pouvons sauver !
— Voilà une pensée admirable… Mais on ne sauve pas des vies à la seule force de ses sentiments. Les chevaliers qui vous entourent en ont bien conscience, n’est-ce pas ?
Leo jeta un regard à ses hommes.
Son expression sembla vaciller légèrement en découvrant le sérieux gravé sur leurs visages. J’en profitai pour insister une dernière fois.
— À partir du moment où le tsunami est déjà en cours, il vous faut une véritable armée pour l’arrêter.
— Et où pourrais-je trouver une telle armée… ? Tu veux dire que je dois rester en retrait parce que je suis impuissant ? Là-bas se trouvent mon père, ma sœur, et tous les citoyens. Il y a des gens que je dois protéger ! Si je les abandonne, je ne me le pardonnerai jamais !
— Haa… Je ne me souviens pas avoir dit que vous deviez les abandonner.
Je vous dis simplement qu’il vous faut davantage de moyens militaires avant d’agir.
— …?
Leo était en colère. Mais, en entendant mes propos détournés, il sembla peu à peu se calmer. Finalement, je décidai de couper court.
— Prince Leonard, les chevaliers de l’Est ne se résument pas à ceux de l’ordre impérial qui vous entourent.
— …Vous me dites de faire appel aux seigneurs de la région ?
— Quelle proposition insensée ! Mobiliser les chevaliers de ces seigneurs locaux, même sur ordre d’un prince, dépasse largement vos prérogatives ! Même en supposant qu’ils ferment les yeux et acceptent de céder leurs troupes, combien de jours pensez-vous qu’il faudrait pour les réunir tous ?
Le capitaine des chevaliers répondit d’un ton agacé.
Il devait considérer cela comme irréaliste. Et à raison, rassembler tous ces chevaliers prendrait effectivement plusieurs jours.
Mais si c’était moi qui m’en chargeais… alors, c’était faisable.
— Laissez-moi m’occuper du comment. La véritable question est de savoir si Son Altesse souhaite vraiment agir. Vous pourriez être réprimandé une fois l’affaire close. Êtes-vous prêt à l’accepter ? Êtes-vous sincère lorsque vous dites vouloir sauver votre famille… et vos citoyens ?
— … Si je peux les sauver, peu m’importe ma position. Tu peux mobiliser les chevaliers en mon nom. Dis-moi ce que je dois faire.
— Votre Altesse !?
— C’est une urgence. Si c’est pour protéger Sa Majesté, je peux endurer n’importe quoi. Il n’y a aucun problème. Maintenant, Silver… dis-moi comment les sauver.
— … Une décision admirable. La méthode est simple. Je vais ouvrir un portail magique sur la colline proche de Kiel. À travers ce portail, vous prendrez la parole. Expliquez la situation à ces chevaliers… et guidez-les vers la porte.
C’était une méthode absurde.
Sans la moindre preuve qu’il était réellement un prince, il lui faudrait convaincre des chevaliers, désorientés et méfiants, de franchir un portail magique venu de nulle part. Leur maître immédiat était leur seigneur. Et si ce seigneur leur interdisait d’agir… tout serait fini.
Tout dépendrait donc de Leo. S’il ne parvenait à rassembler qu’une poignée de chevaliers, je perdrais un temps précieux… et une quantité non négligeable de magie. Mais cela valait la peine d’essayer. Le festival était encore en cours.
Karlos, actuellement premier, serait sans doute disqualifié — tout comme moi, en deuxième position. Leo et Gordon seraient alors à égalité pour la troisième place. S’il parvenait à rallier les chevaliers et à repousser les monstres, il avait une chance réelle de l’emporter. Et en réorganisant les forces désorientées, nous pourrions aussi mettre fin à cette crise.
La seule incertitude concernait la capacité de Kiel à tenir jusque-là. C’est précisément pour cela que j’y avais envoyé Elna. De ce côté-là, il ne devrait pas y avoir de problème. Et si même Elna venait à échouer, charger avec la maigre troupe de Leo ne changerait rien de toute façon.
— Qu’allez-vous faire ? Vous hésitez ?
— C’est vrai… Je n’ai pas vraiment confiance. Mais je vais le faire. Mon frère me dirait sûrement d’essayer, après tout.
— Je n’imagine pas le Prince Insipide dire une chose pareille.
— C’est que tu ne le connais pas. Mon frère est quelqu’un de très déterminé, tu sais. Même en ce moment… je suis sûr qu’il a déjà décidé d’agir.
En l’entendant, mes yeux s’écarquillèrent sous mon masque. Jamais je n’aurais imaginé que Leo pensait cela de moi. Mais cela ne me dérangeait pas.
— Je vois… Essayez.
Sur ces mots, je joignis les mains. Le sort que je lançais à présent n’était pas une téléportation à usage personnel. C’était une magie conçue pour ouvrir un passage, un couloir entre deux lieux, permettant à d’autres de le traverser.
En l’espace de quelques instants, un portail menant à la colline fut créé.
Il était suffisamment large pour que dix personnes puissent y passer en même temps. Personne ne sauterait de son plein gré dans un tunnel magique aussi instable et déformé. C’est pourquoi je fus le premier à le franchir.
Sans hésiter, Leo me suivit.
Ma vision se troubla brièvement… puis je me retrouvai sur la colline.
— C’est donc ça, la magie de transfert…
— Le plus dur reste à faire.
Après m’être soufflé ces mots pour me donner du courage, j’ouvris un portail identique dans les sept principales villes entourant Kiel.
Désormais, tout dépendait de Leo.
— J’ai amplifié votre voix grâce à un sort. Vous pouvez commencer.
— …Chevaliers de l’Est qui m’entendez, écoutez-moi. Je suis Leonard Lakes Adler, le huitième prince de l’Empire.
Leo parlait lentement.
Il savait qu’il n’avait pas le droit à l’erreur. Sans se précipiter, il veillait à ce que chacun entende distinctement ses paroles.
Il restait calme. Peut-être que ça pouvait fonctionner.
— En ce moment même, un tsunami a frappé l’Est, et Kiel se trouve en plein cœur de sa trajectoire. La situation est critique. Je suis en train de rassembler des chevaliers pour m’y rendre. Si vous entendez ma voix, entrez dans le portail magique à proximité et rejoignez-moi. Vous n’avez pas besoin de demander la permission à votre seigneur. Je veux que vous preniez cette décision de vous-mêmes. J’assumerai l’entière responsabilité.
Malgré la fin de son discours, Leo inspira profondément… puis tira son épée.
Il déclara d’une voix plus forte, vibrante d’ardeur.
— Protégez les habitants de Kiel ! Chevaliers qui possédez encore un cœur ! Chevaliers qui avez encore du courage ! Ceux qui partagent mes idéaux, rejoignez-moi ! J’attends votre décision avec impatience !
Alors qu’il achevait son discours, Leo ressemblait à son père sur le champ de bataille. Les chevaliers impériaux autour de lui, sans doute touchés eux aussi, le fixaient avec admiration.
Mais Leo, lui, ne regardait que le portail, le regard grave. Personne ne passait.
Alors que je pensais que nous avions échoué… un jeune homme apparut de l’un des portails. Il semblait quelque peu désorienté par sa toute première téléportation, mais dès qu’il aperçut Leo, il descendit précipitamment de son cheval… et s’inclina profondément.
— Chevalier de Hesse ! Hans, à votre service ! Je suis venu me joindre à vous, Votre Altesse Leonard !
— Tu as bien fait, Hans. Je t’en suis reconnaissant.
— Non ! C’est moi qui devrais vous remercier ! Depuis que j’ai appris que Votre Altesse visitait les villages de la région, je souhaite combattre sous vos ordres, Prince Leonard ! Et je ne suis pas le seul à le penser ! Les autres sont en train de se rassembler pour ça ! Je vous en prie, attendez-les !
Ce qui attirait les regards, ce qui rassemblait les hommes sans les contraindre… c’était le charisme. Et en cet instant, selon cette définition, Leo en était l’incarnation même.
À travers les portails magiques, les chevaliers affluaient, les uns après les autres. Et enfin…
— Je me nomme Folker, seigneur d’Ulm ! J’ai amené cinq cents chevaliers pour me joindre à vous, Votre Altesse !
Un vieil homme apparut à cheval.
Il devait bien avoir dépassé la soixantaine. Son corps était robuste, mais ses cheveux grisonnants ne pouvaient cacher le poids des années.
— Folker… Je suis heureux que vous vous joigniez à nous. Mais êtes-vous certain que cela ne posera pas problème ?
— J’ai à la fois le cœur et le courage ! Y a-t-il quelque chose qui vous inquiète ?
— … Non. Si tel est votre choix, alors je n’ai rien à redire. Merci de vous joindre à nous. Combattez à mes côtés. Je compte sur vous.
En croisant l’éclat de détermination dans les yeux de Folker, Leo lui répondit avec un sourire. Peut-être pris au dépourvu, Folker écarquilla les yeux, avant de répondre d’une voix retentissante :
— Ha, haha ! Permettez-moi de vous montrer ma puissance !
— Je m’en réjouis d’avance.
Les Chevaliers de l’Est s’étaient peu à peu rassemblés, et leur nombre dépassait désormais les trois mille. Ils étaient peut-être désorganisés, mais leur moral était au plus haut. Car aucun ordre ne les avait forcés à venir, ils étaient là de leur propre chef.
En les voyant, je ressentis un profond soulagement.
Avec ça, il ne devrait plus y avoir de problème.
— Silver. Merci pour ta coopération.
— Je n’agis que pour le bien du peuple, en tant qu’aventurier. Et il est encore trop tôt pour me remercier. Vous pourrez le faire… une fois que nous aurons sauvé Kiel.
Sur ces mots, je me téléportai à Kiel à l’aide d’un sort de transfert.
Et là, ce que je vis au-dessus de la ville… relevait du pur délire.
[1] Proverbe japonais signifiant « faire quelque chose qui est voué à l’échec ».