THE INSIPID PRINCE T1 – CHAPITRE 3 PARTIE 5

La bataille pour défendre Kiel (5)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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— J’ai peur !

— Tout va bien, Votre Altesse. Les chevaliers seront bientôt là.

À l’intérieur du manoir, Finne tentait de calmer Krista en lui caressant doucement les cheveux. Les servantes s’approchèrent d’elle avec un air inquiet.

— D…Dame Finne… Euh…

— Qu’y a-t-il ?

— C’est… les habitants du village demandent à entrer dans le manoir…

L’empereur leur avait formellement interdit de quitter leurs maisons.
Mais, inquiets à cause de la bataille qui faisait rage tout près, ils cherchaient refuge dans la demeure du seigneur local.

Finne ne leur en voulait pas le moins du monde.

— Et la comtesse ?

— Elle n’a pas réussi à se décider… alors elle a dit que c’était à Son Altesse Krista et à Dame Finne de trancher…

— Je vois… Votre Altesse. Que souhaitez-vous faire ?

— … Je ne sais pas… mais j’ai peur…

Krista s’agrippa fermement aux vêtements de Finne, le visage contracté par l’angoisse. Finne lui répondit en serrant doucement cette petite main.

Le seigneur combattait actuellement aux côtés de l’empereur. Et pour l’instant, la comtesse ne pouvait pas prendre de décision, car c’était à Krista que revenait l’autorité.

— Je comprends… Alors… allez-vous abandonner les personnes qui partagent vos sentiments ?

— Ce n’est… pas bien…

— Pourquoi ?

— …Mon frère serait fâché.

— Oui. Son Altesse serait en colère, n’est-ce pas ? Alors, que diriez-vous de faire entrer dans le manoir les personnes âgées, les enfants, et les malades ?

— D’accord…

— Je vais sortir un moment. Vous irez bien toute seule ? Tout le monde est inquiet. Je dois aller les rassurer.

— … Hum…

Krista paraissait toujours bouleversée, mais Finne la fit s’asseoir sur une chaise avec un sourire rassurant. Elle quitta ensuite la pièce, après avoir demandé à une servante de s’occuper d’elle.

Puis elle se dirigea vers l’entrée.

Là, elle aperçut les gardes en train de dégainer leurs épées contre la foule.

— Rentrez chez vous, tout de suite ! N’avez-vous pas entendu l’ordre de Sa Majesté ?

— Je vous en supplie, laissez-nous entrer !

— VOUS… !

— ARRÊTEZ ÇA IMMÉDIATEMENT !

Dans cette situation dangereuse, Finne cria aux gardes.

Bien qu’elle fût elle-même la fille d’un duc, elle jouissait d’un statut tout à fait particulier. Connue sous le nom de princesse Blaue Möwe, un titre que l’empereur lui avait personnellement attribué, elle était traitée comme un membre à part entière de la famille impériale.

Et ici, la voix de la royauté faisait autorité.

Les soldats relâchèrent aussitôt la garde et s’agenouillèrent.

— D…Dame Finne…

— Ce contre quoi vous devez brandir vos armes, ce ne sont pas les gens, n’est-ce pas ?

— Oui, vous avez raison. Pardonnez mon imprudence…

Satisfaite de leur réponse, Finne porta son regard vers la foule rassemblée devant le portail. Ils n’étaient pas seulement une centaine ou deux. On y distinguait des roturiers, des nobles venus pour le festival, des marchands… tous affichaient une profonde inquiétude.

— Je me nomme Finne von Kleinert. Peut-être me connaissez-vous mieux sous le nom de Blaue Möwe.

En prononçant ces mots, elle montra l’ornement en forme de mouette bleue qu’elle portait. Symbole de beauté éternelle, c’était un présent de l’empereur lui-même.

Ceux qui savaient à quel point l’empereur chérissait cette fille du duc comme sa propre enfant s’agenouillèrent aussitôt, dans un mouvement unanime.

Cependant, parmi la foule, quelques jeunes hommes commencèrent à bousculer les autres pour se frayer un passage.

— Oh ! Dame Finne ! C’est moi ! Gied !

Pour Finne, c’était une voix qu’elle aurait préféré ne jamais entendre.

Celle de l’homme qui avait levé la main sur Arnold, son ami d’enfance. Un acte qu’elle ne pouvait ni oublier, ni pardonner. Gied von Horsvath et ses acolytes affichaient un large sourire en la voyant.

Ils repoussaient sans vergogne les autres civils, certains qu’elle les laisserait passer. Sans avoir pris part au combat, ils étaient restés en lieu sûr, à l’abri, tout en arborant un air suffisant. En les regardant, Finne eut l’impression que le noble sang qui coulait dans ses veines venait d’être souillé. Jamais elle n’avait ressenti cela face à son père. Même les frasques de son bon à rien de frère ne lui avaient jamais inspiré un tel dégoût. Mais Gied avait rendu le mot « noble » vide de tout sens.

Le respect se mérite. Voilà pourquoi Finne l’ignora.

— Nous accepterons les enfants, les personnes âgées et les malades.
Les personnes valides, veuillez vous rassembler dans le plus grand bâtiment que vous trouverez et en barricader l’entrée. Un tsunami n’est qu’un monstre gigantesque en mouvement. Il ne vise pas les êtres humains. Même dans l’éventualité où les monstres pénétreraient dans Kiel, il suffirait de gagner un peu de temps. Je vais ouvrir la porte maintenant.

— D…Dame Finne ? C’est moi ! Gied ! Vous ne m’avez pas oubli…

— Je me souviens parfaitement de vous. Seigneur Gied, de la maison ducale de Horsvath.

— Ah, j’en suis ravi. Alors… pouvons-nous entrer ?

Il tenta d’entrer dans le manoir comme si cela allait de soi.

S’il s’agissait d’Arnold, la décision la plus sage aurait été de le laisser entrer.
Après tout, il n’était pas judicieux de se faire un ennemi dans une telle situation. Mais Finne choisit de ne pas le faire. Même si cela allait à l’encontre du souhait d’Arnold. Et ce, pour une raison bien précise.

— Aie un peu honte ! Tu n’as même pas envisagé de te battre aux côtés de Sa Majesté et tu as préféré chercher un endroit où te mettre en sécurité ! Tu n’as pas honte devant tes ancêtres, fondateurs de la lignée de la maison Horsvath ?

— Quoi… ?! Toi ! Pour qui te prends-tu ?

— Peu importe qui je suis. Les seules personnes autorisées à entrer dans le manoir sont les enfants, les personnes âgées et les malades. Les autres, veuillez vous rendre ailleurs. C’est la décision de Son Altesse Impériale Krista. Si vous insistez pour perdre davantage de temps, vous pourrez toujours faire appel à Sa Majesté plus tard. Cependant, je me demande bien qui sera puni pour cela, car pour moi, c’est clair comme de l’eau de roche.

— Argh ! Ne t’emballe pas sous prétexte que Leonard te soutient ! Souviens-toi de cela ! Je ne te le pardonnerai jamais !

Sur ces mots, Gied quitta les lieux avec ses hommes.

Après avoir regardé son départ, Finne poussa un long soupir, puis ordonna d’un sourire aux gardes d’ouvrir la porte.

Voyant cela, les villageois confièrent sans protester leurs enfants, leurs anciens et leurs malades aux soins du manoir avant de s’éloigner.

Une fois l’accueil terminé, Finne retourna à l’intérieur et ordonna que l’on barricade les entrées.

— Fermez tout aussi solidement que possible ! Lorsque les monstres arriveront, nous les retiendrons ensemble. Tant qu’on les ralentit suffisamment, ils finiront par changer de direction.

— Oui, Dame Finne !

— Dame Finne ! Son Altesse Krista vous demande !

— J’y vais immédiatement. Ne vous inquiétez pas, tout le monde. Les chevaliers viendront sans faute nous secourir.

Finne adressa ces mots à tous d’un ton aussi enjoué que possible. Elle pensait qu’au moins elle devait garder le sourire. En vérité, c’était la seule chose qu’elle était encore capable de faire.

En tant que fille de duc, elle savait user d’un peu de magie, mais elle n’était douée que pour les sorts de guérison. Les magies de combat, souvent employées au front, lui étaient étrangères.

Elle ne pouvait se battre aussi brillamment qu’Elna.

Cela la chagrinait. Elle avait quitté son territoire pour se rendre utile à Arnold, mais jusqu’à présent, elle n’avait rien pu faire pour l’aider. Pour Finne, protéger Krista représentait la première mission qu’Arnold lui avait confiée. C’est pourquoi elle s’était promis de ne jamais la quitter, quoi qu’il arrive. Mais…

— Si on ne récupère pas la flûte, les monstres continueront à affluer !

En entendant Krista crier, Finne se souvint brusquement de leur conversation avec Arnold. Krista avait affirmé que Kiel serait encerclé par des monstres. Et c’était exactement ce qui était en train de se produire. Puisqu’Arnold avait pris ses paroles au sérieux, Finne jugeait naturel d’en faire autant.

 Elle serra alors la fillette dans ses bras.

— Votre Altesse. Tout ira bien. Je vais aller chercher cette flûte. Pouvez-vous me dire où elle se trouve ?

— Non… Vous allez mourir…

— Ce n’est pas grave. J’ai toujours eu de la chance, vous savez. Et puis, si cela devient vraiment dangereux, le seigneur Arn viendra sans doute me sauver.

— … Vraiment ?

— Oui, c’est vrai. C’est pour cela que je vous le demande. Où puis-je trouver cette flûte ?

— … Je l’ai vue tomber de la tour de l’horloge… C’est elle, la cause…

— Je comprends. Je vais aller la chercher.

Sur ces mots, malgré les protestations de la servante, Finne se dirigea vers la tour de l’horloge, le plus haut bâtiment du centre-ville.

***

Elle s’élevait à plusieurs dizaines de mètres de hauteur et constituait l’une des principales attractions touristiques de Kiel, un précieux point de repère. Finne gravit les marches de la tour de l’horloge, le souffle court.

De son côté, Elna livrait un combat acharné contre Sam et Dean dans le ciel.

— Tss ! C’est tellement énervant !

Dean renonça à attaquer Elna de front. Il n’était pas impossible pour eux deux de la vaincre ensemble, mais cela prendrait trop de temps. Il était temps de recourir à des moyens détournés.

Dean sortit la flûte magique permettant de commander les monstres, [Hameln]. S’il augmentait le nombre de monstres, Elna, en tant que chevalier, serait contrainte de protéger l’empereur. Dans ce cas, Dean et Sam pourraient prendre le dessus. Afin d’attirer davantage de monstres vers Kiel, Dean porta Hameln à sa bouche.

Cependant, Elna comprit instinctivement qu’elle ne pouvait le permettre et se précipita vers Dean pour l’attaquer.

— Argh !?

Dean parvint à esquiver son attaque, mais Hameln tomba de sa main et s’écrasa sur la ville de Kiel. Le voyant, Dean se lança à sa poursuite.

— Merde ! Reviens ici !

Cette flûte ne lui appartenait pas. C’était un objet confié par leur complice.
Dean s’en était servi pour monter un plan avec Karlos afin de provoquer cet incident. Cependant, leur complice leur avait strictement ordonné de s’en débarrasser ensuite. C’était la condition de leur collaboration. Sans cet informateur, il leur serait difficile de s’échapper, voire de survivre.
Détruire cette flûte était une question de vie ou de mort.

C’est pourquoi Dean la poursuivit désespérément. Voyant cela, Elna comprit à son tour que quelque chose n’allait pas et fonça après lui.

Tous deux s’affrontèrent plusieurs fois dans les airs, tandis que la flûte tombait rapidement vers le sol. Et lorsqu’elle approchait de la tour de l’horloge, une main blanche surgit et l’attrapa.

— !!?

Attrapant la flûte qui chutait d’un geste vif, Finne réussit tant bien que mal à rester à l’intérieur de la tour de l’horloge.

Elle poussa un soupir de soulagement en constatant qu’elle avait pu l’intercepter, mais elle entendit bientôt la voix aiguë d’Elna.

— Fuis ! Finne !!

En levant les yeux, elle vit Dean lancer une masse de pouvoir magique en direction du clocher. Elle perdit l’équilibre et bascula.

Mais Finne ne s’en soucia pas. Elle avait accepté le danger depuis le début.

C’est pourquoi elle lança la flûte en direction d’Elna, qui arrivait à toute vitesse.
Voyant cette dernière attraper la flûte avec un air stupéfait, Finne lui sourit.

— Ah… Je sers enfin à quelque chose.

— Maudite sois-tu !

Furieux, Dean projeta une nouvelle boule de magie sur Finne, qui tombait dans le vide. Elle n’avait aucun moyen d’échapper à l’attaque en plein vol.

— FIIINNNNEEEEE !!? hurla Elna.

Confiante qu’Arnold serait entre de bonnes mains avec Elna, Finne ferma les yeux. À cet instant, une lueur surgit dans le ciel, mais elle n’eut pas le temps de s’y attarder.

Elle s’était préparée à mourir. Elle avait accepté ce sort et fermé les yeux.
Mais la douleur qu’elle attendait… ne vint jamais. Au contraire, elle sentit une chaleur. En ouvrant les yeux avec appréhension, Finne découvrit qu’elle était enlacée par un aventurier portant un masque argenté.

Sa surprise la priva de mots. Elle n’avait dit à Krista qu’il viendrait que pour la rassurer. Jamais elle n’aurait cru qu’il viendrait réellement la sauver.

Et au même instant, quelqu’un d’autre était tout aussi stupéfait. C’était Dean.

— Espèce de salaud… Comment as-tu pu annuler ma balle magique ? Qui es-tu ? Dis-moi ton nom !

— …Je suis Silver, aventurier de rang SS de la branche de la capitale impériale de la guilde des aventuriers. Et je suis venu vous arrêter.

Le masque argenté caractéristique et la robe noire.

L’aventurier connu comme le plus fort de toute l’histoire de l’empire était apparu.

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