THE INSIPID prince t1 - chapitre 2 Partie 1

Festival de Chasse des Chevaliers

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei

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Même lorsqu’on était l’enfant de l’empereur, cela ne signifiait pas qu’on pouvait le voir tous les jours. La raison en était simple : l’empereur, qui régnait sur un empire aussi vaste, était constamment occupé. Presque chaque jour, il tenait conseil avec ses sujets, et seuls ceux qui occupaient des postes importants pouvaient y assister.

Le « Conseil privé », seul conseil impérial auquel les enfants de l’empereur pouvaient assister, était normalement réservé au deuxième prince. Cependant, ce jour-là, les princes et princesses de la capitale impériale avaient reçu l’ordre d’y participer.

— C’est inhabituel. Je me demande ce qui se passe.

Ce n’était même pas quelque chose qui se produisait une fois par an. Il devait y avoir une annonce importante. Je ne m’attendais pas à ce qu’il mette fin à cette guerre de succession sanglante. Au contraire, c’était un homme convaincu que seul celui qui triompherait d’une lutte aussi féroce méritait de devenir le prochain empereur. Il était empereur avant d’être père. Certains auraient dit que c’était le devoir d’un souverain de préparer un successeur capable de préserver et développer un empire de cette envergure.

Pour cela, il acceptait de fermer les yeux sur certains sacrifices.

— Une annonce, hein… J’espère que ce sera une bonne nouvelle.

— Je parie dix contre un que ce sera une mauvaise.

Tout en échangeant ainsi, nous nous dirigeâmes vers la salle du trône.

***

— Merci à tous d’être venus.

— Nous sommes honorés par votre convocation, Votre Majesté.

Tout le monde s’inclina devant l’homme blond assis sur le trône. Le 31e empereur de l’Empire d’Adrasia, Johannes Lakes Adler. Même à cinquante et un ans, il paraissait encore dans la quarantaine. Il était l’empereur régnant d’un empire vieux de plus de six siècles et notre père.

Autour de lui ne se trouvaient que des hauts fonctionnaires et des officiers supérieurs. Tous leurs regards étaient tournés vers nous, les enfants impériaux. Nous étions onze ce jour-là.

— Neuf princes et deux princesses. Personne ne semble manquer. C’est dommage que ma fille aînée soit encore à la frontière. Mais bon, passons. Je suis heureux de vous voir, mes enfants.

En comptant notre frère aîné décédé, notre père avait treize enfants. Il nous observait avec satisfaction. L’aîné aurait eu vingt-huit ans, le plus jeune en avait dix. Il était rare que nous soyons tous réunis ainsi. Parmi nous, un homme à la carrure massive prit la parole.

— Votre Majesté. Quelle est l’occasion aujourd’hui ? S’il s’agit d’une guerre, envoyez-moi sans hésiter. Je mettrai toute la puissance de l’Empire au service de votre cause pour écraser l’ennemi.

C’était un homme aux cheveux roux, vêtu d’une armure lourde. Le troisième prince, Gordon Lakes Adler. Il était l’un des généraux de l’Empire, et parmi les « princes », celui qui possédait la plus grande force militaire. Certains le décrivaient comme impressionnant, mais pour moi, le mot le plus juste était « arrogant ». C’est un homme qui se prend très au sérieux.

La faction belliciste et les hauts gradés de l’armée sont ses principaux alliés. S’il devenait empereur, l’Empire poursuivrait sans doute une politique d’expansion agressive.

Il mènerait probablement l’Empire dans des guerres contre les autres grandes puissances, jusqu’à unifier le continent sous sa bannière. Ce serait un bon empereur pour ceux qui rêvent de conquête. Mais pour ceux qui aspirent à la paix, il serait un cauchemar.

— Gordon. Tu ne changeras donc jamais.

— Tu ne parles que de guerre. Il n’y a donc plus rien dans ta tête ? Regarde, Sa Majesté est aussi troublée, tu sais ?

Voyant leur père esquisser un sourire amer, une femme aux longs cheveux verts prit la parole. Vêtue d’une robe noire, c’était la deuxième princesse, Zandra Lakes Adler. Son visage était magnifique, mais ses yeux dégageaient une aura malsaine. Elle laissait une impression de sévérité, presque inquiétante. Peut-être que sa personnalité était aussi mauvaise que le suggéraient ses yeux.

Et en vérité, cette impression n’était pas trompeuse. Parmi nos sœurs aînées, c’était sans aucun doute la plus brutale. Peut-être était-ce pour cette raison qu’elle s’était plongée dans les arts magiques interdits, les ressuscitant un à un.

C’est cette dévotion aux arts occultes qui faisait d’elle une figure populaire auprès des magiciens. Si elle devenait impératrice, l’Empire deviendrait sans doute une superpuissance magique. Mais cela signifierait aussi tolérer des recherches inhumaines.

— Hihi. Une magicienne fragile comme toi ne peut sans doute pas comprendre. Pour un guerrier, combattre et mourir sur le champ de bataille est un honneur. Si tu me refuses cela, je t’écraserai.

— Oh ? Quelle chose dangereuse à dire. Si tu tiens tant à ton honneur, dois-je t’en faire cadeau, emballé avec un joli ruban ?

L’atmosphère devint immédiatement tendue.

Je me demande bien qui est le plus dangereux ici.

Vous venez pas tous deux de vous menacer de mort ? Bon, ils ne pousseraient pas les choses aussi loin devant l’empereur.

Ces deux-là avaient des nerfs d’acier. Alors que je pensais cela, un homme aux cheveux bleus toussa légèrement.

— Veuillez pardonner l’impolitesse de mon frère et de ma sœur, Votre Majesté.

En disant cela, il s’inclina respectueusement. Parmi les enfants impériaux, il était celui qui se tenait le plus souvent aux côtés de l’empereur.

Grand, les yeux aiguisés derrière ses lunettes, c’était le deuxième prince, Erik Lakes Adler. Seul enfant autorisé à siéger au Conseil privé, il occupait le poste de ministre des Affaires étrangères. Ce génie dirigeait la diplomatie de l’Empire. Intellectuellement, il surpassait même l’ancien prince héritier.

C’était aujourd’hui l’homme le plus proche du trône.

S’il devenait empereur, l’Empire serait sans aucun doute gouverné avec stabilité. Mais sous son règne fondé sur la raison, le peuple se sentirait certainement étouffé. Et cet homme pragmatique ne tolérerait jamais qu’une rébellion prenne racine.

S’il accédait au trône, nous serions tous éliminés. Voilà pourquoi nous n’avions pas d’autre choix que de participer à cette guerre de succession. Tandis qu’Erik s’excusait calmement, Gordon et Zandra le fusillaient du regard.

C’était finalement lui qui avait récolté la tempête.

— Ce n’est pas grave. La compétition est une bonne chose. C’est ce que j’ai fait quand je suis devenu empereur, après tout. Cela finira par se transformer en un véritable massacre. Tout le monde ici le sait.

L’empereur approuvait ça, convaincu que c’était pour le bien de l’Empire.

— C’est pourquoi j’ai imaginé un moyen pour que tout le monde puisse rivaliser. C’est la raison pour laquelle je vous ai tous réunis aujourd’hui.

— S’il s’agit d’une compétition de force, c’est exactement ce que je veux.

— Eh bien, calme-toi, Gordon. Ne simplifie pas les choses. Que ferais-tu si tu devais rivaliser avec ton frère de dix ans ? C’est pour cela que, pour la première fois, je songe à faire revivre un festival abandonné depuis des décennies.

— Un festival, Votre Majesté ?

Entendant la question d’Erik, l’empereur acquiesça, un sourire audacieux aux lèvres. Dans sa jeunesse, il avait été un guerrier dont le nom résonnait sur les champs de bataille. L’armée qu’il commandait passait pour invincible. Ce côté de sa personnalité transparaissait souvent dans ce genre de sourire téméraire.

— Le Festival de Chasse des Chevaliers.

C’était un festival où les différents ordres de chevaliers impériaux s’affrontaient selon la rareté et la taille des monstres qu’ils avaient abattus. Autrefois, il était régulièrement organisé, à l’époque où l’Empire était encore infesté de monstres. Mais aujourd’hui, il ne l’était plus, car les aventuriers étaient devenus trop compétents.

Il souhaitait faire revivre ce festival. L’ordre des chevaliers impériaux constituait l’élite militaire de l’Empire.

Contrairement aux chevaliers au service des seigneurs féodaux, ils obéissaient directement à l’empereur. Ils représentaient l’atout majeur de l’Empire.

Lorsque l’armée se heurtait à un obstacle, c’étaient eux que l’on envoyait pour assurer la victoire. Ils étaient l’épée de l’empereur, et leur loyauté n’allait qu’à lui seul. Si un festival mobilisait une force aussi précieuse, il devait avoir une grande importance.

— Je vois. Les monstres sont très actifs, ces derniers temps. Mais la guilde des aventuriers va-t-elle autoriser cela ?

Le travail des aventuriers consistait à protéger les habitants du continent contre les monstres. Autrement dit, leur principale mission était la chasse aux monstres. Bien sûr, ils recevaient aussi d’autres requêtes, mais la majorité restait liée à ces créatures. Pour eux, un festival qui les privait de leur gagne-pain ne devait pas être bien accueilli.

— Pas d’inquiétude. J’ai déjà obtenu l’autorisation du siège de la guilde. Leurs succursales dans l’Empire ne parviennent plus à gérer les monstres rares apparus récemment. Il semblerait qu’ils aient réellement besoin de notre aide. J’ai aussi entendu dire que le duc Kleinert s’en inquiétait. Considérez cela comme une coopération avec la Guilde.

Je ne pouvais pas accepter cela. Ce qu’il venait de dire à propos de la Guilde. La raison pour laquelle les succursales étaient implantées dans des zones à faible densité de monstres, c’était que l’Empire payait leurs frais de fonctionnement. C’était comme si, chaque fois qu’un monstre apparaissait, l’Empire disait simplement : « Tenez, il y a un monstre. Débarrassez-nous de ça. »

Cependant, la succursale installée sur le territoire du duc Kleinert n’avait pas rempli son rôle. Silver n’avait pas résolu l’incident au nom de la guilde. Il avait choisi une autre méthode pour mener sa mission à bien. On ne pouvait donc pas dire que la guilde avait rempli son devoir.

Compte tenu de tout cela, l’échange réel entre eux aurait plutôt ressemblé à ceci :

— Comment ça, vous n’avez même pas réussi à vous occuper d’un seul monstre alors que nous vous avons versé autant d’argent ?

— Nous sommes désolés…

— Je veux organiser ce Festival de Chasse aux monstres. Vous allez l’approuver, n’est-ce pas ?

— Non, euh… c’est… obtenir une autorisation, c’est un peu…

— Hein ? Alors donnez-nous de bons aventuriers.

— C’est…

— Quoi ?

— …Nous approuverons le Festival…

Quelque chose dans ce genre, j’imagine.

C’était bien le père de ces enfants malfaisants, après tout. Il était inconcevable qu’il n’ait pas utilisé ce qui s’était passé dans le duché de Kleinert comme levier de négociation. Le siège de la guilde devait être dans une position délicate, pris entre les aventuriers locaux et l’Empire.

Eh bien, il était vrai que des monstres qui n’étaient jamais apparus auparavant sur le territoire impérial s’étaient manifestés récemment. Et en plus, il s’agissait de monstres de haut niveau.

Si rien n’était fait, les dégâts se propageraient vite à la population, aux récoltes, voire aux aventuriers eux-mêmes. En ce sens, faire appel à l’ordre des chevaliers impériaux pour les traquer était une stratégie intelligente.

Avec un festival, on pouvait générer des revenus, remonter le moral des troupes et rassurer la population. Comme on pouvait s’y attendre de la part de l’empereur, il avait conçu une stratégie efficace. Cependant, le problème, c’était qu’il prévoyait aussi de nous impliquer directement dans ce festival.

— Je comprends. Autrement dit, vous voulez que nous menions l’ordre des chevaliers à la chasse aux monstres, c’est bien cela ?

— Comme on pouvait s’y attendre de ta part, Erik. Tu as deviné. J’ai réparti les chevaliers entre vous. Vous pouvez partir chasser les monstres avec eux, ou bien rester ici à attendre les résultats, cela m’est égal. Quoi qu’il en soit, je veux que ce festival soit spectaculaire.

Sur ces mots, l’empereur mit fin à la conversation.

S’il s’était donné la peine de répartir lui-même les chevaliers, c’était sans doute pour empêcher que certains de ses enfants n’accaparent les meilleurs éléments.

Par ailleurs, lorsqu’il avait dit que nous pouvions soit accompagner les chevaliers, soit rester en retrait, cela pouvait passer pour une forme de considération envers ceux qui n’étaient pas doués pour le commandement.

Mais en vérité, les chevaliers ne jureraient jamais fidélité à un prince incapable de se tenir à leurs côtés sur le champ de bataille. C’était un défaut fatal pour quiconque aspirait au trône.

L’empereur voulait sûrement dire que, même si nous ne pouvions pas nous battre, nous devions au moins avoir la volonté de nous tenir sur le même front.

Si nous n’en étions pas capables, alors nous ne méritions pas la couronne, n’est-ce pas ?

— Votre Majesté. Je comprends pour le festival, mais j’ai une question à vous poser.

— Qu’y a-t-il, Gordon ?

— Quelle sera la récompense pour le vainqueur ? Si c’est quelque chose de dérisoire, cela ne suffira pas à nous motiver.

— Muhaha, c’est vrai. Que veux-tu ?

— Bien sûr, je veux le siège du prince héritier.

Gordon répondit sans la moindre hésitation.

Zandra le foudroya du regard. Si un regard pouvait tuer, il serait déjà mort. Erik semblait, en apparence, rester calme, mais il devait être passablement agacé.

— Tu es vraiment direct, hein. Très bien. En réponse à ta franchise, je vais l’être aussi. Je ne désignerai pas le prochain prince héritier à l’issue d’un simple festival.

— Naturellement. Si un prince héritier était désigné dans un cadre aussi frivole, nous deviendrions la risée des autres nations.

— C’est vrai, Zandra. Mais cela ne signifie pas que je ne vous récompenserai pas. Je nommerai donc le gagnant ambassadeur plénipotentiaire. Le pays dans lequel il sera envoyé sera déterminé après examen des évolutions diplomatiques.

Tout le monde retint son souffle.

Si un prince ou une princesse était nommé ambassadeur plénipotentiaire, il serait au minimum considéré comme un candidat à la succession dans le pays d’affectation. Il pourrait aussi y nouer des alliances et étendre l’influence de l’Empire.

Pour ceux qui participaient à la guerre de succession, c’était une récompense irrésistible.

Pour Erik, en tant que ministre des Affaires étrangères, ce poste serait certes moins utile, mais il ne pouvait l’ignorer. Cela porterait atteinte à sa fierté que d’autres candidats empiètent sur son autorité diplomatique. Tant qu’il aurait quelque chose à perdre, Erik resterait probablement actif et prudent.

L’ordre des chevaliers était l’élite de l’Empire. Ils donneraient probablement leur maximum, quel que soit le prince ou la princesse à qui ils seraient assignés.

Mais au final, tout dépendrait de l’attitude du dirigeant. Les choses allaient se compliquer. C’est ce que je pensai, tandis que je commençais à réfléchir à un plan pour permettre à Leo de l’emporter.

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