THE INSIPID PRINCE T1 – CHAPITRE 1 PARTIE 5

Duché de Kleinert (5)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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De retour dans la capitale impériale, je me rendis immédiatement chez Leo.

Leo savait que j’étais parti travailler pour lui, mais il ignorait tout de ma relation avec Silver. Je devais régler cette partie du problème.

Je me dirigeai vers la chambre de Leo d’un pas pressé, mais au moment où j’arrivais, quelqu’un en sortit. Quelqu’un que je n’étais pas ravi de voir.

— Oh, salut, Marie…

— Bonjour, prince Arnold.

La servante me fit une petite révérence. C’était Marie Wilcke, avec des cheveux bleu clair coupés aux épaules et des yeux bleu clair sans émotion, comme des cristaux.

Marie était une femme aux multiples talents, travaillant comme servante personnelle de Leo tout en jouant un rôle de secrétaire grâce à ses compétences.

Elle avait seize ans et était issue d’une famille modeste. Elle avait rencontré Leo alors qu’elle cherchait du travail, et grâce à ses compétences, elle s’était vu confier de plus en plus de responsabilités, devenant la servante et la conseillère la plus proche de Leo.

Tout ce qu’elle faisait, c’était pour Leo, et je ne l’aimais pas du tout. La raison était…

— Euh… Leo est là ?

— Oui.

— …

C’était une femme extrêmement taciturne et dépourvue de toute expression.

J’avais l’impression que ces traits de caractère ressortaient particulièrement lorsqu’elle était en ma présence. De son point de vue, elle n’appréciait probablement pas beaucoup un bouffon irresponsable comme moi.

En général, plus ma réputation était mauvaise, meilleure était celle de Leo, mais certaines personnes avaient également une mauvaise opinion de Leo en raison de son lien avec moi. Cela ne devait pas plaire à Marie. J’interprétais sa réticence à me parler comme une façon voilée de me dire qu’elle aurait aimé que je sois un peu plus compétent.

— Il y a eu du nouveau pendant mon absence ?

— Oui. Beaucoup de gens commencent à soutenir le prince Leonard, surtout ceux qui sont nés roturiers. J’étais justement en route pour mener l’enquête.

 

— Hum. Eh bien, Leo n’a jamais été du genre à se soucier du statut des autres. Merci, et continue ton bon travail.

— Merci. Si vous voulez bien m’excuser.

Sur ces mots, Marie passa devant moi, toujours impassible.

Mais une pensée la fit s’arrêter, et elle se retourna pour me regarder droit dans les yeux.

— Votre Altesse.

— Oui ?

— Vous êtes devenu un peu plus… audacieux ces derniers temps. Pour la première fois, vous me rappelez, très légèrement, le prince Leonard.

Marie s’inclina puis s’éloigna. Qu’est-ce que cela signifiait ?

— Marie a toujours été perspicace. Je vais devoir faire attention à elle.

J’ajustai mon expression faciale et ma posture pour paraître pitoyable, puis je me rendis dans la chambre de Leo.

— Quand je pense que mon frère a aussi un lien avec Silver… Je sais que tu as beaucoup de relations, mais je ne savais pas que tu connaissais une personne aussi importante.

— Ce n’est pas une connaissance. C’est lui qui m’a contacté. Il m’a dit qu’en gage de confiance, il allait nous aider à rallier le duc Kleinert à notre cause. C’est pour cela que j’ai inventé cette histoire selon laquelle Silver s’était déplacé parce que tu lui avais demandé de l’aide. Je suis désolé de devoir obtenir ton accord après coup.

Après lui avoir rapporté ce qui s’était passé dans sa chambre, je lui expliquai la situation concernant Silver.

Si je ne faisais pas croire que c’était Silver qui avait pris l’initiative, cela rendrait les choses plus difficiles pour moi à l’avenir.

Tôt ou tard, ma relation avec Silver sera découverte.

Je devais également me préparer à cette éventualité.

— Ce n’est pas grave. Mon frère, tu as aussi une opinion sur la question, n’est-ce pas ?

— Oui. Je ne t’en ai pas parlé tout de suite parce que je ne faisais pas entièrement confiance à Silver. Mais il a fait ce qu’il avait dit. Je pense qu’on peut lui faire confiance pour l’instant. Cependant, il est certain que c’est un homme plein de mystères. On ne connaît pas non plus ses raisons de coopérer avec nous. Il serait plus sage de ne pas lui faire totalement confiance pour le moment.

— Je vois… J’aimerais bien le rencontrer, moi aussi.

— Je lui transmettrai, mais comme il a fait l’effort de me contacter, je ne pense pas que cet homme ait l’intention de te rencontrer directement pour le moment. Je sais comment le joindre, mais cela dépendra de lui s’il répond ou non. Comme il n’agit pas selon nos ordres, je pense qu’il faut le considérer comme un joker qui agit à sa guise, alors ne comptons pas trop sur lui.

— Je comprends. Mais grâce à lui, le duché de Kleinert a été sauvé et le duc nous a également accordé sa coopération, n’est-ce pas ?

Je pense donc que c’est quelqu’un de bien.

— Tout le monde est quelqu’un de bien avec toi…

Abandonnant toute discussion, je soupirai. J’avais l’impression de soupirer beaucoup ces derniers temps. La raison était évidente, puisqu’il y a une autre personne qui possédait le même type de personnalité que Leo.

— Au fait, j’ai entendu dire que le duc avait envoyé quelqu’un pour nous aider. Mais qui a-t-il envoyé ? Le duc ne peut pas venir ici en personne, après tout…

— Oui, c’est vrai. Sebas, peux-tu l’appeler pour moi ?

— Oui, Votre Altesse.

Je demandai à Sebas, qui se tenait dans un coin, d’aller chercher Finne, se trouvant dans la pièce voisine.

— Enchantée de faire votre connaissance, Votre Altesse Leonard. Je suis la fille aînée du duc Kleinert, Finne von Kleinert. Je vous prie de prendre soin de moi.

Finne pinça gracieusement l’ourlet de sa jupe et fit une révérence. Sans se laisser surprendre, Leo lui répondit avec une aisance parfaite.

— Je suis le huitième prince, Leonard Lakes Adler. Je n’aurais jamais pensé avoir l’occasion de parler à la Blaue Möwe en personne. Vous êtes encore plus belle de près. C’est un honneur de vous rencontrer enfin.

— Quelle personne talentueuse ! C’est un honneur de rencontrer le petit frère du seigneur Arnold. Je suis soulagée de constater que Votre Altesse est aussi bienveillante que le seigneur Arnold me l’avait décrit.

— Mon frère a parlé de moi ? C’est intrigant. Puis-je entendre ce qu’il a dit ?

— Oui, avec plaisir. Ah, je vais préparer du thé.

— Merci.

Il leur fallut moins d’une minute pour discuter à cœur ouvert.

Mon frère est vraiment effrayant. Sa capacité à se mettre les gens dans la poche est déjà un talent en soi.

Ils n’avaient pas énormément de sujets en commun. Aussi, la conversation finit naturellement par dériver vers moi. Je ne pus qu’afficher une mine crispée en entendant mon nom revenir dans leur échange. Leo sembla s’en apercevoir, car il me ramena aussitôt dans la discussion.

— À propos, mon frère. Quelle sorte de coopération envisages-tu avec Finne ?

— Disons que je vais la nommer négociatrice. Et plus tard, je lui demanderai de faire fréquemment le trajet entre son domaine dans la capitale et notre maison. Cela montrera que le duc Kleinert est de notre côté. C’est tout pour l’instant. Ah, je lui ai déjà parlé de Silver. Tu n’as pas à t’inquiéter à ce sujet. Elle sait que j’ai trompé sa famille, et elle continue malgré tout à coopérer avec nous.

— Vous me faites passer pour une méchante… Il est vrai que notre maison a mis messire Silver en colère, mais il est également vrai que vous, Seigneur Arnold, avez joué le rôle de médiateur entre nous. Ne pourrait-on pas en rester là ?

— C’est une bonne idée. Je suis d’accord. Mon frère a tendance à trop se dévaloriser.

— Aaah…

On aurait dit que Leo s’était dédoublé. Cela dit, si nous voulions rallier davantage d’alliés, nous avions tout intérêt à nous entourer de personnes comme elle. Même si, pour moi, cela risquait surtout de multiplier les ennuis.

— C’est mon style, ne t’inquiète pas pour moi. Plus important, Leo, as-tu rassemblé des alliés dans la capitale ?

— Euh… difficile à dire. Les personnes influentes dans la capitale ont déjà été prises par ces trois-là, après tout.

J’avais tenté de changer de sujet en demandant à Leo où en étaient ses démarches, mais sa réponse correspondait exactement à ce que j’imaginais.

Même lorsque le soutien du duc Kleinert serait connu, seuls les nobles encore neutres pourraient réellement être approchés. Ceux qui s’étaient déjà ralliés à l’un des trois rivaux ne changeraient probablement pas de camp.

Pour l’instant, toutefois, notre alliance avec la maison Kleinert n’était pas encore de notoriété publique. La situation restait donc conforme à mes attentes.

— Euh… Je ne connais pas très bien la situation dans la capitale impériale, alors… pouvez-vous me parler des trois rivaux dont vous parliez ?

— Tu ne lui as pas dit ?

— Elle n’a pas arrêté de poser des questions sans rapport avec le sujet pendant le trajet, alors je n’ai plus assez d’énergie pour lui expliquer.

— Je suis désolée…

— Ce n’est pas grave, c’est normal qu’il soit troublé. Après tout, c’est quelqu’un qui évite toujours ce genre de conversation.

— Ah bon ?

— C’est parce que c’était trop compliqué à esquiver.

— Oh…

Je jetai un coup d’œil à Finne, qui paraissait peinée, puis je pris trois joyaux dans la pièce et les disposai sur la table pour faciliter mon explication.

— Voici nos trois rivaux. Le premier est ce joyau bleu : le deuxième prince, Erik Lakes Adler, âgé de vingt-huit ans. Il bénéficie du soutien de la majorité des ministres et est réputé pour son intelligence. Le second, ce joyau rouge : le troisième prince, Gordon Lakes Adler, vingt-six ans. Engagé sur le front, il est considéré comme la plus grande force militaire de l’Empire et incarne la faction armée. Enfin, ce joyau vert : la deuxième princesse, Zandra Lakes Adler, vingt-deux ans. Elle excelle en magie et jouit du soutien d’un grand nombre de mages à travers l’Empire. Ces trois-là visent le trône tout en étendant leur influence. D’autres membres de la famille impériale nourrissent également des ambitions, mais aucun ne peut rivaliser avec eux.

— Je vois…

— Les fonctionnaires, les militaires et les magiciens. Chacun dispose d’une base de soutien solide. Les nobles, eux, tiraient parti de cette division pour renforcer leur propre position. Voilà à quoi ressemble, aujourd’hui, la guerre de succession. Tout a commencé trois ans plus tôt, lorsque notre frère aîné, le prince héritier, a perdu la vie au combat.

— Mon père disait que si le premier prince était encore en vie, une guerre de succession comme celle-ci n’aurait jamais eu lieu au vu de sa sagesse.

— Tout à fait.

S’il avait encore été en vie, cette situation absurde n’aurait jamais existé. Au contraire, c’était précisément sa mort qui avait ouvert la voie aux autres. Je me souvenais encore de l’injustice que j’avais ressentie.

Il était à la fois digne et courageux, doté d’un caractère exceptionnel, comme une version accomplie de Leo.

Un homme comme lui aurait-il vraiment pu tomber sur un champ de bataille ? Une enquête officielle avait été menée sous l’autorité directe de l’empereur, et avait conclu à l’absence de complot.

Et pourtant… je ne pouvais m’empêcher de penser que quelque chose nous échappait. Mais s’attarder sur les morts ne nous serait d’aucune aide.

— Cette personne n’est plus là, et nos trois frères et sœurs aînés sont impitoyables envers leurs ennemis. Leo, à moins que tu ne prennes la place de notre frère aîné et ne deviennes empereur, il n’y aura plus d’avenir pour nous.

— Je sais. Mais serai-je capable de le faire…

— Sois rassuré. Je te garantis que tu peux le faire.

Je tapotai vigoureusement le dos de Leo, ce qui le fit tousser.

— …Hé, ça fait mal.

Après cela, nous passâmes encore un moment à bavarder. Juste au moment où nous allions nous séparer…

— Excusez-moi.

Marie revint, plusieurs documents à la main.

— Merci, Marie. Je te présente Finne Von Kleinert, la fille du duc Kleinert.

— Enchantée.

— Enchantée également. Je m’appelle Marie. Je suis la femme de chambre du prince Leonard. J’ai beaucoup entendu parler de la très chère Blaue Möwe. Vous êtes encore plus belle que le disent les rumeurs, et vous semblez également très perspicace. C’est sans doute pour cela que vous êtes ici ?

— C’est exact. La famille Kleinert nous apporte son soutien. Tout cela grâce à Arnold, ici présent.

— Oh, arrête. Tu me fais rougir.

— Excellent travail, Votre Altesse.

Malgré ma réponse en plaisantant, Marie me félicita avec sérieux. J’essayais encore de trouver quoi répondre lorsqu’elle montra les documents qu’elle avait apportés à Leo.  

Dès qu’il vit les papiers, le visage de Leo s’assombrit.

— Le comte Seyfried et le baron Bormann, que nous avions prévu de rallier à notre cause, ont été débauchés respectivement par Dame Zandra et le prince Gordon.

— Bon sang. C’est l’argent qui a fait pencher la balance ?

— Oui. Il semble qu’ils aient tous deux reçu des sommes considérables.

— Nous n’avions aucune chance de gagner une partie d’argent contre ces deux-là, étant donné leurs relations avec de grandes entreprises. Il n’y a rien à faire.

— Je suis vraiment désolé. Je voulais vraiment avoir au moins le baron Bormann dans notre camp.

Le baron Bormann était un noble de la cour. Il ne possédait aucun territoire, mais venait d’une famille noble occupant des fonctions importantes dans la capitale impériale. La famille avait servi dans l’armée pendant de nombreuses générations, et le baron Bormann lui-même était l’assistant du ministre de la Défense, qui était le principal responsable de la logistique militaire.

Si Gordon, qui bénéficiait déjà d’un fort soutien de l’armée, avait réussi à mettre le ministre de la Défense dans sa poche, cela signifiait que la majorité de l’armée serait entre ses mains.

Le ministre de la Défense actuel semblait peu disposé à prendre part au conflit pour le trône et refusait de rencontrer les héritiers, mais qui savait combien de temps cela durerait.

Alors que nous rassemblions nos forces, les autres faisaient de même, et même plus rapidement.

— Cela ne se passe pas aussi bien que je l’avais espéré.

— Mais nous progressons. La prestigieuse maison Kleinert est de notre côté, et nous avons ici la célèbre Finne. Les choses vont devenir plus faciles pour nous à partir de maintenant.

— Oui ! Je ferai tout ce que je peux pour aider !

— Je vais m’allonger. J’ai mal au dos à cause du trajet à cheval jusqu’au territoire des Kleinert.

— Ne fais pas le vieux.

— Essaie donc de faire le trajet toi-même. Tu verras ce que je veux dire.

Nous plaisantâmes ainsi, profitant de ce bref moment de répit.

 

***

 

Trois jours s’étaient écoulés depuis l’arrivée de Finne dans la capitale. Après avoir présenté ses respects à l’empereur, elle avait rendu visite à mon frère et moi avec assiduité. Ses visites étaient bien sûr observées par de nombreuses personnes, et des rumeurs commencèrent à circuler selon lesquelles le duc Kleinert avait envoyé Blaue Möwe pour aider le prince Leonard.

À mesure que ces rumeurs se propageaient, elles s’embellissaient de plus en plus.

Les habitants de la capitale, qui adoraient les histoires d’amour, étaient bien partis pour créer une histoire d’amour entre Leo et Finne, mais ce n’était pas nécessairement une mauvaise chose. Chaque jour qui passait, de plus en plus de gens apprenaient que le duc Kleinert soutenait Leo.

Un jour, Finne vint me voir avec une demande.

— Pourriez-vous me faire visiter la capitale ?

Je savais pourquoi elle me demandait cela. Je connaissais beaucoup mieux la capitale que Leo. Mais il y avait un problème.

— Je peux me promener dans la capitale sans que personne ne me remarque, mais toi…

— Je vais me déguiser !

Avec beaucoup d’assurance, Finne sortit une paire de lunettes et les mit.

C’était apparemment son idée du déguisement, mais cela ne la déguisait pas du tout. Moins de gens la reconnaîtraient peut-être, mais les lunettes ne cachaient en rien sa beauté.

En fait, elles ne faisaient que renforcer son charme intellectuel, lui donnant l’air d’être à la fois belle et intelligente. Il y aurait sans doute beaucoup de gens qui trouveraient cela encore plus attirant. Mais on ne pouvait pas vraiment dire qu’une personne qui pensait qu’une paire de lunettes était un déguisement était particulièrement douée sur le plan intellectuel.

— Non.

— Pourquoi ?!

Comme Finne insistait de plus en plus, je soupirai. Apparemment, elle n’avait aucune idée de sa beauté, malgré le fait que recevoir en cadeau la parure de mouettes bleues revenait à être déclarée la plus belle femme de tout l’empire.

— Je ne veux rien faire qui me fasse remarquer. Je n’y réfléchirai que si tu peux te fondre davantage dans la masse.

Je me disais en silence que c’était probablement impossible tout en essayant de la dissuader. Ce n’était pas une très bonne idée que Finne et moi soyons vus ensemble à ce moment-là. Les rumeurs concernant Finne et Leo commençaient tout juste à se répandre. Il ne fallait pas que le Prince Insipide soit mêlé à tout ça.

La matinée s’écoula ainsi, jusqu’à midi, lorsque Finne vint dans ma chambre avec un sourire confiant.

— S’il vous plaît, faites-moi visiter la capitale !

— Non. Tu te fais trop remarquer.

— Je vais me déguiser !

Comme auparavant, elle sortit avec assurance un vêtement. C’était une cape grise à capuche, une tenue de voyageur. Finne enfila la cape sur sa tête et ses épaules.

Son visage étant complètement caché, personne ne pourrait la reconnaître au premier coup d’œil.

— Qui a eu cette idée ?

— C’est Sebas qui me l’a recommandé !

— J’aurais dû m’en douter… Bon, il faut aussi qu’on te trouve un garde du corps. On s’en occupera plus tard.

— Sebas a dit que je n’avais pas besoin de garde du corps tant que j’étais avec vous !

— …

Pourquoi mon intendant ne pensait-il qu’à me contrarier ? J’avais prévu de passer la journée à terminer une liste de tous les nobles neutres que je pensais pouvoir rallier à notre cause… Mais le regard plein d’espoir de Finne me fit fléchir.

— D’accord. On peut sortir déjeuner.

— Super !

— Mais on ne peut pas rester trop longtemps, d’accord ? Je sais que tu dois avoir beaucoup de gens qui veulent te voir.

— Non, personne ne m’a rien demandé.

— Hum, c’est probablement parce que tu es la préférée de mon père. Je suppose que tout le monde hésite à faire le premier pas.

Ce n’était pas que l’empereur envisageait Finne comme une épouse potentielle. Il l’aimait simplement comme un père aime sa belle-fille.

Cependant, cela était encore plus dangereux, car quiconque osait la courtiser sans succès risquait de s’attirer les foudres de l’empereur.

Sa relation avec Leo était également une raison probable pour laquelle les autres nobles l’évitaient. Se rapprocher de Finne signifiait nécessairement se rapprocher de Leo. Apparemment, aucun des nobles n’était prêt à prendre un tel engagement.

— Peu importe. Allons-y, alors. Mais on rentre à la maison quand je te le dis, d’accord ?

— D’accord ! Merci beaucoup ! répondit Finne avec un sourire radieux.

 

***

 

Les rues de la capitale étaient toujours animées.

Finne observa un moment l’effervescence, puis se tourna vers moi.

— Seigneur Arnold. Qu’est-ce que c’est ?

— C’est un magasin d’évaluation. Cet endroit a un certificat, donc leurs frais sont assez élevés. Et tu peux m’appeler Arn.

— Ça ira ? Utiliser un surnom ?

— Ça me poserait problème si quelqu’un découvrait mon identité par hasard, alors appelle-moi simplement Arn.

— …Même si je continue de vous appeler ainsi après ?

Finne me regarda avec un air légèrement interrogateur. Peu de gens m’appelaient Arn. Cependant, si elle le souhaitait, je n’avais aucune raison de l’en empêcher.

— Fais comme tu veux.

— Oui ! Seigneur Arn !

— Pourquoi as-tu l’air si heureuse ?

Tout en étant surpris qu’une chose aussi insignifiante puisse lui procurer autant de joie, je continuai à lui faire visiter la capitale.

En chemin, nous déjeunâmes dans un restaurant que j’aimais bien. Ensuite, je lui fis découvrir quelques lieux importants de la ville. À un moment donné, nous avons vu des enfants jouer et utiliser des sorts d’eau très rudimentaires pour s’éclabousser les uns les autres.

— Ça me rappelle de bons souvenirs. Je jouais comme ça avec les enfants du quartier.

— Vraiment ?

— Oui. Je m’échappais souvent du château. Je revois encore parfois mes anciens amis, même si c’est plus difficile aujourd’hui.

— On dirait que ce sont de vrais amis, si vous êtes restés proches malgré la différence de statut. Je vous envie. Je n’ai pas beaucoup d’amis…

— Ici, dans la capitale, tu peux t’en faire autant que tu veux. Il y a beaucoup de monde, des gens bien et des moins bien. Il suffit de trouver ceux en qui tu peux avoir confiance, et tu auras des amis. Ce n’est pas parce que tu es ami avec quelqu’un depuis longtemps que c’est forcément mieux. Ce n’est pas la durée d’une amitié qui compte.

— C’est… très perspicace.

Finne s’arrêta de marcher pour réfléchir à mes paroles. J’aurais préféré qu’elle ne le fasse pas, je n’avais rien dit d’intéressant.

Alors que j’observais sa réaction excessive avec un sourire amer, certains enfants se mirent à courir dans notre direction. Trois d’entre eux semblaient poursuivre les autres, et ils décidèrent tous les trois d’utiliser la magie de l’eau en même temps.

Malheureusement, l’eau n’avait fait que mouiller légèrement les enfants qui s’enfuyaient, et à la place…

— Ha ?!

Finne, qui se trouvait directement dans la trajectoire de l’eau, avait été la plus touchée. Les multiples éclaboussures avaient trempé ses vêtements. Les enfants s’étaient immédiatement précipités vers elle.

— Hé, ça va ?

— Désolé !

— Non, non, ça va.

Finne leur avait souri en retour.

Au début, les enfants semblaient stupéfaits par son joli sourire visible sous sa capuche, mais leurs visages devinrent rapidement rouge vif lorsqu’ils remarquèrent autre chose. Finne semblait confuse par leurs regards.

Je suivis le regard des enfants et réalisai l’énorme problème qui se posait. Leur embarras était compréhensible. Cela avait dû être un choc pour eux.

— Finne, viens avec moi !

— Hein ? Que se passe-t-il ?

J’attrapai Finne par la main et l’éloignai précipitamment. Après avoir couru pendant quelques minutes, je nous cachai dans une ruelle. Finne me questionna entre deux halètements tandis qu’elle reprenait son souffle.

— Seigneur Arn… Que se passe-t-il ?

— On voit tout à travers tes vêtements.

— Quoi ?

Ne voulant pas m’étendre davantage, je détournai le regard et lui fis un signe de la main. Lorsque Finne baissa les yeux vers ses vêtements, elle comprit enfin la gravité de la situation.

— Oh, mon Dieu !

Finne rougit et tenta de se couvrir. Ses vêtements étaient devenus complètement transparents après avoir été mouillés, laissant apparaître ses sous-vêtements blancs. Elle parvint à utiliser sa cape grise pour cacher en partie son corps, mais pas tout.

— Je suppose qu’il va falloir t’acheter des vêtements. Je ne voudrais pas que tu attrapes froid.

— O…oh…?

— Mon ami a une boutique non loin d’ici.

Je pris la main de Finne et la conduisis à la petite boutique de vêtements en empruntant le chemin le plus désert possible.

— Oh, bonjour, Votre Altesse. Que puis-je faire pour vous aujourd’hui ?

Le commerçant était un homme aux goûts peu conventionnels en matière de coiffure et de vêtements. Cela faisait longtemps que je m’échappais du château en cachette pour venir m’habiller ici avant de sortir en ville. Grâce aux recherches menées par Sebas, je savais qu’il était tout à fait fiable et qu’il ne représentait aucun danger.

— J’aurais besoin de vêtements pour femme.

— Je vois. Et où comptez-vous aller habillé en femme ?

— Pas pour moi ! Euh, c’est pour elle. Montrez-moi simplement ce que vous avez.

— Oh ? C’est inhabituel de vous voir avec une compagne.

Pendant que nous parlions, le commerçant apporta plusieurs vêtements parmi lesquels choisir. Heureusement, il semblait avoir compris la situation délicate dans laquelle nous nous trouvions, car Finne portait une cape à capuche, et il ne nous demanda pas plus d’informations. J’appréciais sa discrétion.

Finne examina les vêtements, mais tout était destiné à des roturiers, et n’était pas du genre à être porté par la fille d’un duc. Elle regardait dans tous les sens, ne sachant pas quoi choisir.

Après un moment, elle prit la parole d’une petite voix.

— Que dois-je porter ?

— Choisis ce qui te plaît. Ce n’est que pour aujourd’hui.

— Seulement pour aujourd’hui ? Vous allez gaspiller des vêtements comme ça ?

— Je… Je ne pensais pas à ça exactement…

Pour une fille de duc, elle était étonnamment sensée. Le duc Kleinert avait vraiment bien élevé ses enfants. À part son fils, apparemment.

Quand je répétai à Finne de se dépêcher de choisir quelque chose, elle fronça les sourcils.

Finalement, après m’avoir regardé plusieurs fois, elle sembla trouver le courage de me redemander.

— Que… Que devrais-je porter, à votre avis ?

— Moi ? Hum, voyons voir.

Je voulais qu’elle porte quelque chose de sensé qui n’attire pas trop l’attention quand on nous verrait ensemble. Et aussi quelque chose qui corresponde à sa personnalité.

Je lui indiquai une robe blanche toute simple. Finne s’empara alors de la robe avec une rapidité surprenante et se rendit à l’arrière de la boutique pour l’essayer.

— Quelle jeune femme adorable, hein ?

— Ne va pas raconter à tout le monde que je sors avec une fille, tu m’entends ?

— Je ne dirai rien ! Je suppose qu’il y a une explication, car je ne vous ai presque jamais vu sortir avec une femme auparavant. C’est juste un peu surprenant, c’est tout.

— Il n’y a rien d’inhabituel à ce que je sorte avec une fille.

— Vous fréquentez des amis peu recommandables, mais je ne vous ai jamais vu avec une femme en particulier. Ne me dites pas que le moment est venu pour Son Altesse de se ranger ?

— N’y pense même pas.

Pendant que nous parlions, Finne ouvrit le rideau de la cabine d’essayage.

Son visage était toujours caché par sa capuche, mais je voyais bien que la robe blanche lui allait à ravir. Je trouvais qu’elle était généralement très jolie en blanc.

— Alors, qu’en pensez-vous ?

— C’est joli.

— Oui, cette robe vous va à ravir. Allez-vous payer comme d’habitude, Votre Altesse ?

— Oui. Sebas enverra quelqu’un plus tard. Désolé pour le dérangement.

— Pas de quoi. C’est grâce à votre clientèle que les voyous du quartier me laissent tranquille. Profitez bien du reste de votre rendez-vous.

— Rendez-vous ?!

— Je lui fais juste visiter la ville. Ne te fais pas d’idées.

— Quelle que soit la raison, un jeune homme et une jeune femme qui sortent ensemble en ville, ça s’appelle un rendez-vous !

Le commerçant nous taquina alors que nous quittions sa boutique.

Pendant un moment, Finne continua de rougir et d’agir bizarrement, apparemment incapable de se sortir la remarque du commerçant de la tête.

Je pris la décision de me venger de ce petit voyou la prochaine fois que je le verrais.

 

***

 

Malgré mon insistance pour ne pas rester dehors trop longtemps, la visite de la capitale prit beaucoup de temps. Juste au moment où je décidais qu’il fallait rentrer, Finne repéra une boutique d’accessoires.

— Haa… ne sois pas trop longue, d’accord ?

— Oui !

Comme elle me regardait avec des yeux suppliants, je lui donnai la permission d’entrer.

Elle ne formulait jamais directement de demande égoïste, preuve qu’elle avait le sens des convenances. Mais ses yeux, eux, parlaient pour elle, et ils savaient se montrer terriblement persuasifs.

Je ne comptais déjà plus le nombre de fois où elle m’avait entraîné ainsi dans une boutique.

Fatigué, je n’entrai pas avec elle. Je m’appuyai contre un pilier devant le magasin et attendis.

Malheureusement, on ne me laissa pas en paix.

— Tiens, tiens ? Mais n’est-ce pas le Prince Insipide que nous avons là ?

En entendant cette voix désagréable et sarcastique, je fronçai les sourcils. Il fallait que je tombe sur quelqu’un que je ne voulais pas voir.

L’homme qui apparut était un jeune noble aux cheveux bruns coupés au carré, flanqué de son entourage habituel. Ses vêtements amples et sa coiffure prétentieuse étaient d’un goût douteux, mais il semblait convaincu du contraire et débordait d’une assurance agaçante.

Il s’appelait Gied von Horsvath, descendant de la maison Horsvath, la deuxième plus ancienne maison noble de l’Empire. Et malgré tout, malgré mon refus, il se considérait comme mon ami d’enfance.

La maison Horsvath possédait un territoire proche de la capitale, si bien qu’il disposait d’une résidence en ville et fréquentait souvent le château.

Comme nous avions le même âge, les adultes nous réunissaient régulièrement, Leo, lui et moi. Cours, entraînements, on se partageait tout. Voilà quelle était notre relation.

Seulement, Gied ne se montrait aimable qu’en présence de Leo. Dès que celui-ci avait le dos tourné, il me tyrannisait. Son entourage était composé des mêmes acolytes qu’autrefois, fidèles à leurs vieilles habitudes.

Je ne ripostais jamais. Je n’en parlais pas aux adultes non plus et ceux qui s’en apercevaient détournaient le regard. Voir un prince, pourtant de rang supérieur, se faire harceler leur procurait sans doute un sentiment de supériorité.

Devenu adulte, Gied n’avait rien changé à ses manières.

— Gied… C’est rare de te voir dans un endroit pareil.

— J’ai aperçu un minable qui n’avait même pas l’air d’un prince depuis ma calèche. Je me suis dit que je devais t’interpeller, en tant que membre de la noblesse impériale.

— Eh bien, merci.

— C’est quoi, cette attitude ?

Gied me poussa le visage avec sa canne, une expression irritée sur le visage.

— Tu crois que je ne peux pas te frapper juste parce qu’on est en public ? Personne ne dira rien, même si je te tabasse, tu sais ? Tout le monde se fiche de ton visage, de toute façon.

— Je me demande… Leo est devenu célèbre récemment. Peut-être que les gens reconnaissent déjà mon visage, non ?

Ce n’était pas comme si chaque citoyen retenait le visage de chaque membre de la famille impériale. Même avec ma notoriété actuelle, ils savaient tout au plus que j’avais les cheveux et les yeux noirs. J’étais bien apparu devant le peuple lors de certaines cérémonies, mais la distance avait toujours été trop grande pour distinguer les traits avec précision.

Leo, en revanche, était récemment devenu célèbre. S’il frappait quelqu’un qui lui ressemblait, cela pourrait poser un sérieux problème.

— Tu n’es pas Leonard. Les gens le voient rien qu’en te regardant. Tu es toujours habillé négligemment, et tu gardes constamment les yeux baissés. C’est le signe que tu manques de confiance en toi. Qui pourrait penser que tu fais partie de la famille impériale ? Ton comportement n’a rien à voir avec celui d’un prince !

Sur ces mots, Gied m’asséna un coup de bâton sur le tibia.

Je grimaçai, mais tins bon. Je ne pouvais pas me permettre de faire une scène ici. Aux yeux des passants, cela ressemblait déjà à un noble malmenant un inconnu. Mais si quelqu’un reconnaissait mon visage, c’en était fini de la discrétion.

Quelle qu’en soit l’issue, ce serait un problème. Que faire ?

— Que se passe-t-il ?

Je faillis claquer la langue. Elle débarquait maintenant. Vraiment, pouvait-elle éviter de compliquer les choses ?

Finne posa les yeux sur le bâton de Gied et son visage se ferma, une colère franche s’y inscrivant aussitôt.

— Insolent !

— Hein ? Qui est-ce ? Ta servante ? Je vois… tu es donc quelqu’un d’impoli.

Sur ces mots, Finne retira sa capuche. Pendant un instant, Gied resta figé devant sa beauté, mais dès qu’il comprit à qui il avait affaire, il sursauta de surprise.

— Vous… Vous êtes… Fii… Dame Finne !?

— Oui, je suis Finne von Kleinert. Et vous êtes ?

— Je… je suis Gied von Horsvath. Le fils aîné du duc Horsvath.

— Le fils du vénérable duc Horsvath ? C’est regrettable. Je pensais que vous auriez un comportement plus honorable.

Gied tenta aussitôt de se justifier devant une Finne visiblement déçue.

Il avait l’air extrêmement pathétique.

C’était impensable venant de Gied, qui tenait toujours tant à sa dignité. Être publiquement humilié devant tant de monde devait être insupportable pour son orgueil.

— C’est… c’est un malentendu ! Ce type est…

— Le prince Arnold Lakes Adler. Vous pensez pouvoir maltraiter le « Prince Insipide » ? N’avez-vous donc aucun respect, aucune loyauté envers la famille impériale ?

— N…non, ce n’est pas ce que je voulais dire…

Je regardai Finne avec inquiétude. La faire intervenir ici risquait de faire perdre la face à Gied et c’était la dernière chose dont j’avais besoin. Finne était la Blaue Möwe : célèbre dans toute la capitale, et par-dessus tout, favorite de l’Empereur. Il m’aurait été facile de la laisser me défendre, mais je ne pouvais pas me permettre de lui mettre Gied à dos. Inutile de se faire un ennemi de plus.

Et puis, si Gied continuait à me frapper sans raison, c’était sa propre réputation qui en pâtirait.

Je lui fis signe d’arrêter. Elle n’y prêta aucune attention.

Puis elle dit quelque chose d’inattendu.

— Tout d’abord… pensez-vous vraiment que j’accompagne le prince Arnold ?

— Hein ?

Finne me fixa droit dans les yeux. Comprenant ce qu’elle voulait faire, je soupirai. Si c’était ainsi, je n’avais plus qu’à suivre son plan.

— C’est embêtant, Finne. Comme tu ne veux pas que cela se répande en rumeur, je faisais semblant d’être mon frère, tu sais…

— Je vous présente mes excuses les plus sincères, Seigneur Leo.

— Eh… ah… eh… Leonard ?

— Oui, c’est cela. Gied.

Je remis mes cheveux en place, me redressai et adoptai le ton de Leo.

Je modifiai mon expression pour lui donner un air plus doux. En voyant ma transformation, le visage de Gied vira au bleu en se rappelant ce qu’il venait de faire.

— L…Leonard… ce n’est pas ce que tu crois… je…

— Ce n’est pas grave, Gied. Je sais que tu as agi ainsi envers mon frère, mais tant que lui ne dit rien, je ne ferai rien non plus. Mais nous devons vous laisser pour aujourd’hui. Je fais visiter la capitale à Finne, après tout.

— A…Aa… D’accord…

Gied se recula, le visage crispé.

Si cela avait été moi, au cas où il serait arrivé quelque chose à Leo, j’aurais peut-être fait appel au respect et à la loyauté envers la famille impériale, comme Finne l’a fait.

Après tout, Leo était le quatrième dans l’ordre de succession. Contrairement à moi, c’est un prince qui pourrait réellement devenir empereur. Gied devait bien comprendre qu’il valait mieux ne pas laisser les choses empirer.

Je me dépêchai de reprendre mon apparence habituelle. Cependant…

— Tu devais vraiment faire ça ?

— Je suis désolé…

— Haa… Allons-y.

Nous devions d’abord quitter les lieux. Nous avions trop attiré l’attention. Nous marchâmes rapidement en direction du château. Je m’arrêtai près des grilles et regardai Finne. Elle me fixait, le visage au bord des larmes.

— …Tu as fait ça de ton propre chef, n’est-ce pas ? Je suis vraiment désolé…

— Si tu l’avais laissé faire, il aurait simplement terni sa propre réputation. Mais désormais, il te sera hostile, à Leo et à toi. Et comme ils savent que Leo peut se déplacer en se faisant passer pour moi, mes déplacements allaient devenir plus difficiles.

— …Si je continuais ainsi, elle allait vraiment pleurer. Des larmes s’étaient déjà formées dans ses yeux. Voyant cela, je détournai le regard.
Peu importait ce que je pourrais lui dire désormais, cela ne changerait rien. Je ne pouvais pas lui reprocher ce qui s’était passé.

— Si tu as compris, la prochaine fois, ne fais pas ça seule. Ça pourrait être dangereux pour toi aussi, alors ne recommence pas.

— Oui.

Elle baissait toujours la tête, l’air sur le point de pleurer. En la voyant ainsi, je ne sus pas quoi faire.

Finalement, puisque je ne pouvais rien faire d’autre, j’ouvris la bouche.

— Mais… je sais que tu l’as fait pour moi. Merci.

— …Seigneur Arn…

— Je suis désolé que cela se termine ainsi, alors que tu t’amusais tant.

— Non, non ! Ce n’est pas votre faute Seigneur Arn ! C’est entièrement la mienne. Je ferai plus attention la prochaine fois ! Alors… vous pourrez me faire visiter à nouveau ?

— Oui. La prochaine fois, je me déguiserai aussi.

En entendant cela, l’expression de Finne s’éclaira aussitôt, et elle afficha un grand sourire.

Cela valait la peine de faire un détour pour lui faire visiter la capitale, rien que pour voir ce sourire.

C’est en pensant cela que je la raccompagnai au château.

 

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