THE INSIPID PRINCE T1 – CHAPITRE 1 PARTIE 4
Duché de Kleinert (4)
—————————————-
Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
———————————————–
Finne tenait un plateau de friandises dans ses mains.
Elle avait probablement voulu m’apporter quelque chose à manger et était entrée dans la pièce lorsque je n’avais pas répondu à son appel.
Je leur avais dit que je ne voulais rien manger, alors je pensais que personne ne viendrait dans ma chambre.
Quelle erreur de calcul !
— P…prince Arnold ? La personne qui vient d’être transférée, et cette apparence… N’est-ce pas Messire Silver ?
— …
Pouvais-je la tromper en prétendant que m’habiller ainsi était mon passe-temps ? Non, c’était probablement impossible.
Alors, devais-je la tuer ? Impossible aussi. Finne était la favorite de l’empereur. S’il lui arrivait quelque chose, l’empereur mènerait personnellement l’enquête, et je serais sans aucun doute le suspect numéro un.
Si un tel soupçon pesait sur moi, les chances de Leo dans la guerre de succession seraient réduites à néant. Quant à la magie que j’avais utilisée sur l’aubergiste, elle ne fonctionnerait pas non plus sur un souvenir aussi fort.
Je ne pouvais ni lui mentir, ni l’empêcher de parler.
Je ne voyais pas comment me sortir de cette situation.
— …Pourquoi es-tu entrée dans ma chambre ?
— Ah, euh… J’ai préparé des gâteaux, alors j’ai pensé que je devrais en apporter à Votre Altesse… Et comme Votre Altesse ne répondait pas à la porte, j’ai pensé qu’il s’était passé quelque chose, alors…
— Aaah…
En voyant son désolée, tandis que son corps se ratatinait presque, mon hostilité se dissipa. Ma volonté de prendre des mesures sévères contre elle disparut également. Cependant, je ne pouvais pas la laisser repartir ainsi.
— Tu connais mon secret. Tant que c’est le cas, je ne peux pas te laisser partir sans rien faire.
— Je ne le dirai à personne ! Que la véritable identité de Silver est celle d’un prince…
— Mais tu le dis à voix haute.
— Ah…
— Calme-toi. J’ai déjà érigé une barrière insonorisée. Quoi que tu dises, cela ne s’échappera jamais à l’extérieur.
— Vraiment… Merci beaucoup…
Les joues de Finne rougirent de honte. Elle ne semblait pas réaliser la gravité de la situation dans laquelle elle se trouvait. Si l’extérieur ne pouvait rien entendre depuis cette pièce, cela signifiait que, quoi que je fasse à Finne maintenant, elle ne pourrait pas appeler à l’aide…
— Tu ne crois pas que je vais te faire quelque chose ?
— Comme quoi ?
— Je pourrais te tuer pour te faire taire, par exemple.
— Votre Altesse ? C’est impossible. Mais si c’est ce que Votre Altesse doit faire, alors je l’accepterai.
— … Je ne me souviens pas avoir autant gagné ta confiance.
— Si vous êtes Silver, vous avez déjà vaincu les monstres, n’est-ce pas ? Vous êtes donc le héros qui a sauvé notre duché. Et le fait que vous soyez venu ici en tant que prince et que vous ayez accompli toutes ces prouesses, c’est aussi pour le bien de votre petit frère, n’est-ce pas ? C’est pour cela que je vous fais confiance.
Une personne capable d’agir pour le bien d’autrui comme vous doit être quelqu’un de gentil.
En disant cela, Finne affichait un sourire empreint de douceur. Elle était vraiment quelqu’un de bien, pour croire autant en les autres.
Puisqu’elle savait que j’étais Silver, elle devait aussi savoir que chacun de mes gestes visait à acculer le duc, afin de le forcer à nous soutenir en échange d’une dette de gratitude.
Malgré cela, Finne continuait de croire en moi. Je ne pouvais pas trahir cette confiance.
— La seule personne qui connaît mon secret, c’est Sebas. Et Sebas ne me trahira jamais. Si ce secret venait à être révélé, je ne te le pardonnerai pas. Alors n’en parle à personne.
— Oui ! Je comprends.
En entendant sa réponse joyeuse, je soupirai.
J’avais envisagé d’utiliser un sort d’illusion pour lui faire croire que tout cela n’était qu’un rêve, mais ce genre de procédé finirait sûrement par être découvert.
Et si cela venait à se savoir, ce serait une faille fatale pour nous. Mieux valait donc que Finne continue à croire en moi.
D’après nos échanges, je cernais assez bien sa personnalité. Si le secret venait à être révélé, ce serait sans doute seulement à des personnes très proches d’elle. Il ne serait pas trop tard pour prendre des mesures drastiques à ce moment-là.
— Quand je pense que le secret que je garde depuis si longtemps va être révélé comme ça…
— Allez, courage. Vous pouvez prendre des bonbons. Ah, je vais vous verser du thé.
Tout en regardant Finne, qui rangeait joyeusement ses bonbons sur la table et commençait à préparer le thé, je rétorquai dans mon esprit.
C’est ta faute, d’accord…
***
— Cela conclut le rapport sur cet incident.
Abel, qui venait de rentrer dans la capitale du duché, s’agenouilla devant le duc et lui fit son rapport. Après avoir tout entendu, le duc acquiesça plusieurs fois et remercia Abel.
— Tu as vraiment bien fait. Je suis désolé que cela ait été une demande si difficile. Cela n’a rien à voir avec la récompense pour ta quête, mais je veux que tu prennes ça.
Sur ces mots, il posa des bourses devant Abel. Elles contenaient de l’argent. Cependant, Abel secoua la tête et refusa.
— La récompense de la quête nous suffira, monsieur. Comme je l’ai dit dans mon rapport précédent, c’est Silver qui nous a permis de résoudre la situation. Veuillez nous pardonner.
— Je vois… Hum, compris. Si quelque chose arrive, je ferai à nouveau appel à vous. Je m’en remettrai à vous à ce moment-là.
— Oui, monsieur. Nous répondrons sans faute à vos attentes et mènerons à bien votre quête de nos propres mains.
Abel s’en alla après avoir dit cela.
Il ne restait plus que moi et le duc dans la pièce.
— Voilà, nous en avons terminé.
— Oui. Je ne saurais vous remercier assez, Votre Altesse. Merci beaucoup.
— Adressez votre gratitude à Leo. Après tout, Silver et moi sommes ici pour Leo.
— Oui… Votre Altesse, la maison ducale de Kleinert apportera son entière coopération et son soutien au prince Leonard. Nous vous rendrons certainement votre gentillesse.
Je pus enfin respirer après avoir entendu ces mots.
Je tendis ma main droite au duc. Voyant cela, le duc prit ma main.
— Nous comptons sur vous.
— Nous mettrons Son Altesse Leonard sur le trône sans faute.
— Oui.
Avec cela, Leo allait enfin pouvoir s’imposer comme une quatrième faction dans cette guerre de succession jusque-là dominée par trois camps. Le prestigieux duc de Kleinert étant désormais à nos côtés, les indécis qui attendaient encore de voir dans quelle direction soufflait le vent se rallieraient sans doute à lui.
Notre père reconnaîtrait alors Leo comme l’un des prétendants légitimes à la succession. Nous étions enfin sur la ligne de départ.
Je ne pouvais toujours pas baisser ma garde, mais le sentiment du devoir accompli me mettait de bonne humeur. C’est alors que le duc reprit la parole, l’air légèrement inquiet.
— Votre Altesse… avez-vous suffisamment d’hommes à vos côtés ?
— Des hommes, hein… J’aimerais pouvoir dire que oui, mais nous en sommes encore très loin. Il reste beaucoup de nobles qui refusent de prendre parti, et j’aimerais avoir davantage de personnes de confiance pour négocier avec eux
— Je vois. Je suis soulagé.
— Allez-vous nous prêter quelqu’un ?
— Oui, je pense demander à ma fille de vous accompagner.
— Pardon ? répondis-je sans réfléchir.
Le duc répondit à ma réaction par un sourire amer.
— Il est normal que Votre Altesse soit surprise. J’ai moi-même été étonné lorsque Finne m’en a parlé hier. Apparemment, elle veut remercier les princes qui ont sauvé notre territoire, quoi qu’il en coûte… Comme ma fille ne m’a jamais rien demandé auparavant, je suis profondément ému qu’elle ait dit une telle chose.
— Non, attendez… Je suis troublé si vous présentez les choses ainsi…
— Ne dites pas cela, mon prince. Cette jeune fille est très célèbre dans la capitale impériale. Sa Majesté l’Empereur l’a également prise en affection. Elle vous sera certainement utile.
— Je l’admets, mais… cela vous convient-il, duc ?
Il y avait trop d’avantages à la compter à nos côtés. Finne était très capable.
Cependant, si elle voulait soudain se rendre dans la capitale, c’était parce qu’elle avait découvert ma véritable identité la veille.
Honnêtement, j’aurais été bien plus rassuré si elle était restée tranquillement sur son territoire. Dans la capitale impériale, elle aurait de nombreuses occasions de croiser du monde, et je ne saurais jamais à quel moment l’information risquerait de filtrer.
J’essayai donc de faire appel au cœur paternel du duc, mais…
— C’est le souhait de cette fille. Veuillez lui trouver une utilité.
— …
Je voulais éveiller son inquiétude en invoquant la gentillesse de sa fille, mais cela ne fit que le conforter dans sa décision. Je me retrouvai de nouveau surpris par la qualité de père qu’il était. Je n’avais plus d’excuse pour refuser.
Finalement, j’autorisai Finne à m’accompagner. Et puis…
— Alors, je vais y aller. Père, mon frère.
— Oui, fais en sorte de te rendre utile, d’accord ?
— Fais attention à toi.
Après avoir été raccompagnée par son père et son frère, Finne monta dans le carrosse.
Elle leur fit signe depuis la fenêtre jusqu’à ce qu’ils disparaissent, puis elle me regarda, assise en face de moi, les yeux fermés.
— Prince Arnold. Je ne suis pas quelqu’un de talentueux, mais je vous prie de prendre soin de moi.
— Aaah…
— Vous êtes en colère ?
— Je suis simplement étonné. À partir de maintenant, nous allons nous battre pour le trône. C’est une guerre obscure, une lutte où beaucoup de sang sera versé. Si tu veux te retirer, c’est maintenant ou jamais, tu comprends ?
— Je comprends très bien. Mais je veux quand même vous aider. Et puis, si je suis à vos côtés, vous pourrez mieux veiller sur moi, non ?
— Non, si tu restes dans ton territoire, je serai beaucoup plus tranquille.
— Ehhhhhhh !?
En regardant Finne agiter les mains dans tous les sens, paniquée, je soupirai à nouveau.
Est-ce que ça va aller si je laisse une fille comme elle connaître mon secret ?