THE INSIPID PRINCE T1 – CHAPITRE 1 PARTIE 3

Duché de Kleinert (3)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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— Bon sang, quelle situation terrible.

Sous l’apparence de Silver, j’observais le nid de monstres en question avec Sebas depuis une certaine distance.

Le monstre apparu sur le territoire du duc Kleinert était de rang AA.

Il s’agissait du quatrième rang le plus élevé dans le système de classification allant de F à SS. Ces monstres nécessitaient une équipe d’au moins cinq aventuriers de rang A pour être vaincus. C’est un peu trop pour la guilde des aventuriers de l’Empire.

En réalité, le duc Kleinert avait déjà envoyé une requête à la guilde, qui avait dépêché un groupe de six aventuriers : quatre de rang B et deux de rang A. Cependant, ils n’avaient pas réussi à mener leur mission à bien.

— On ne pouvait pas faire autrement, puisqu’ils devaient affronter une Mère Slime. Dans une montagne un peu éloignée de la capitale du duché.

Il y avait là d’innombrables slimes. Un slime seul était un monstre insignifiant, mais ces créatures avaient tendance à se regrouper. Ces créatures parcourent le territoire et dévorent les récoltes, ce qui oblige le duc à envoyer des chevaliers pour les chasser.

Si vous me demandez pourquoi les slimes se sont rassemblés en si grand nombre, la réponse est la présence d’un monstre rare appelé Mère Slime, qui se cache dans la montagne.

Comme son nom l’indique, la Mère Slime est la génitrice de ces slimes. C’est un monstre capable de produire une descendance. Elle absorbe tout, transforme ce qu’elle avale en nutriments, puis continue à engendrer toujours plus de slimes. C’est une créature redoutable, capable de détruire un pays à elle seule.

La seule solution consiste à trouver le nid de la Mère Slime avant qu’elle ne commence à se reproduire, puis à la vaincre. Cependant, lorsque le duc fit appel à la guilde des aventuriers, il était déjà trop tard.

D’après les archives, le nombre de slimes produits par la Mère Slime équivalait déjà à celui d’une armée.

— Pour l’instant, nous devons nous débarrasser de la Mère Slime, sinon cela n’en finira plus.

— C’est vrai… mais comment allez-vous expliquer cela aux aventuriers qui ont déjà accepté la requête ?

— C’est justement le problème.

Les aventuriers sont, pour la plupart, des hors-la-loi.

Contrairement à la société noble, ils ne sont pas tenus de céder à autrui, même à un supérieur hiérarchique. Ils s’engagent pleinement à accomplir la mission qui leur a été confiée, afin d’honorer la confiance qu’on a placée en eux.

De tels aventuriers ne pardonneraient même pas à un aventurier de rang SS s’il venait à interférer dans leur quête. Ce serait différent s’ils recevaient une lettre officielle de la guilde, mais pour l’instant, j’interfère totalement dans leur mission.

— C’est ce que j’aime chez les aventuriers, mais pour l’instant, c’est justement là que réside le problème.

— Selon leur attitude, cela pourrait prendre un certain temps.

— Honnêtement, nous n’avons pas le temps pour ça. Je ne peux que demander la compréhension des aventuriers locaux. Retourne d’abord là-bas. Je vais m’occuper de ça moi-même.

— Que la chance soit avec vous.

Je me séparai de Sebas et me dirigeai vers les aventuriers qui campaient près de la montagne.

Après tout, si j’emmenais Sebas avec moi, ils pourraient avoir des soupçons et faire le lien avec ma véritable identité.

— Tiens donc. On dirait qu’un aventurier de rang SS s’est donné la peine de venir nous rencontrer.

Entendant les paroles du jeune homme roux qui montait la garde, les aventuriers sortirent de leur tente.

Cinq hommes et une femme. Leurs regards étaient sévères.

— Je suis Abel, le chef de ce groupe. Je suis de rang A. Je dois te sembler insignifiant, n’est-ce pas ?

— Je suis Silver, aventurier de rang SS.

Je serrai la main qu’Abel me tendait.

Je la serrai légèrement, mais Abel la saisit fermement, comme s’il voulait me la briser…

Comme prévu, il était en colère contre moi.

— Le duc m’a dit que tu étais venu en renfort, mais si je réponds simplement—

— Oui, je comprends. Je ne serais plus un aventurier sinon. Tu le sais, n’est-ce pas ?

— Oui, je le sais.

— Interférer dans la quête d’un autre aventurier est une violation de notre code. Tu le sais aussi, n’est-ce pas ?

— Oui, bien sûr.

Lorsque je baissai la main, je me tournai vers les cinq autres aventuriers.

À leur posture, je devinai que l’autre aventurier de rang A était une femme.

Elle avait les cheveux bruns attachés en une courte queue de cheval. Son visage était caché par un chapeau, mais je pense qu’il s’agissait bien d’une femme.

Ses vêtements étaient ceux d’un garçon ; je pense que beaucoup de gens l’avaient prise pour un homme.

Elle jouait probablement le rôle de soutien du groupe d’Abel, car elle restait silencieuse, ce qui signifiait qu’elle n’avait pas l’intention d’interrompre Abel.

Si tel est le cas, je dois convaincre Abel d’une manière ou d’une autre.

— Bien sûr, tu dis ? Si tu comprends cela, alors pourquoi essaies-tu de t’immiscer dans nos affaires ? Tu as même utilisé tes relations nobles ! Un aventurier comme toi ne devrait pas avoir de mal à trouver sa propre quête !

— Ce que tu dis est raisonnable. Je comprends aussi ton mécontentement. Donc, si tu veux me crier dessus ou me frapper, je ne m’en plaindrai pas.

— Quoi ?

— Mais… je veux te demander, d’un aventurier à un autre. Peux-tu gérer cette situation ?

— …

Abel ne répondit pas. Il en allait de même pour les autres aventuriers.
Il aurait été plus facile de prétendre qu’ils en étaient capables. Cependant, pour un aventurier, la confiance était sa raison d’être. Ils ne pouvaient pas se permettre d’affirmer qu’ils pouvaient réussir une mission qu’ils savaient ne pas pouvoir accomplir.

Ces six aventuriers étaient les plus puissants de la région. Peut-être n’avaient-ils pas accepté cette quête de leur propre chef, mais avaient-ils été persuadés par les membres de la guilde. Cependant, ils avaient découvert une situation bien pire que ce qu’on leur avait décrit.

La Mère Slime était un monstre dont la puissance variait. Si elle continuait à se nourrir dans son nid, elle devenait de plus en plus forte. Elle continuait alors à donner naissance à d’autres slimes.

Chaque fois qu’elle en créait un, elle s’affaiblissait. Cependant, chaque slime engendré lui rapportait toujours plus de nutriments, et la Mère Slime finissait par devenir invincible.

Si la situation continuait de s’aggraver ainsi, toute la région serait menacée si elle n’était pas éliminée rapidement.

— …La Mère Slime était bien plus grande que ce qu’on nous avait dit. On a essayé de l’attaquer plusieurs fois, mais on n’arrive pas à lui infliger de blessures mortelles, et on a dû battre en retraite. On n’a clairement pas assez de puissance de feu.

L’aventurière qui n’avait rien dit jusqu’à présent prit la parole. En entendant ses mots, Abel claqua la langue. Il semblait avoir compris, lui aussi.

— Si vous ne voulez absolument pas que j’intervienne dans votre quête, je ne le ferai pas. Cependant, pour la sécurité de cette région, je vais directement signaler la situation actuelle au siège de la guilde et leur demander de lancer une quête d’urgence. J’accepterai cette quête et je reviendrai ici. Cependant, cela prendra certainement quelques jours. Si vous parvenez à la vaincre dans ce laps de temps, je ne vous en empêcherai pas. Mais… dans les prochains jours, cette zone sera certainement en grand danger.

— … Je le sais. Un aventurier de votre niveau ne viendrait pas jusqu’ici pour de l’argent…

— Vous pouvez recevoir toutes les récompenses. Mais je vous prie de me laisser m’occuper de la subjugation de la Mère Slime. En tant qu’aventurier, je ne peux pas laisser une telle menace s’intensifier davantage.

— … D’accord. Nous admettons que nous n’avons pas assez de pouvoir pour le faire… Fais comme tu l’entends.

Abel baissa la tête et s’assit sur place.

Les aventuriers étaient des gens qui s’étaient construits par leurs propres moyens. Il n’y avait pas de plus grande honte, pour un aventurier, que d’être incapable de mener à bien la quête qui lui avait été confiée. Certains auraient même refusé d’abandonner et poursuivi leur mission imprudemment, au risque d’y laisser la vie.

En ce sens, Abel était un aventurier intelligent, capable de comprendre la situation.

— Désolé, tout le monde…

Abel s’excusa auprès de tous les membres de son groupe. S’il avait été seul, il aurait peut-être continué à foncer tête baissée, mais il avait pensé à ses compagnons. C’était un bon chef.

— C’est grâce à vos attaques contre la Mère Slime que la situation n’a pas empiré. Si vous n’aviez pas été là, cette zone serait déjà envahie par les slimes. À l’origine, cette quête nécessitait un groupe composé d’aventuriers de rang A ou plus. Vous avez bien fait. La guilde doit également vous être reconnaissante pour votre travail.

— Ha… Qui aurait cru qu’un jour, un aventurier de rang SS me féliciterait.

— Laisse tomber le sarcasme. Je te suis vraiment reconnaissant, je te considère comme mon débiteur. Si quelque chose arrive, contacte la branche de la capitale impériale. Je t’aiderai.

Sur ces mots, je tendis la main vers la montagne.

J’ignorai les regards dubitatifs des six aventuriers et commençai à psalmodier.

[[Je suis un agent du divin J’agis au nom du ciel et de la terre L’heure du jugement a sonné Tremble, pécheur, réjouis-toi, innocent Ma parole est celle de DieuMon coup est le coup de DieuDans ma main se trouve la flamme qui peut embraser le mondeÔ Flamme du Ciel, réduis le pécheur en cendres — EXÉCUTION PROÉMINENCE]]

Une incantation de huit vers. Un cercle magique ridiculement grand se déploya depuis ma main tendue. Les sorts transmis jusqu’à nos jours ne nécessitaient pas de chant aussi long : le plus long n’en comptait que sept. Utiliser un sort à huit vers signifiait donc qu’il ne s’agissait pas d’une magie contemporaine, mais d’un sort inventé à l’époque où la magie était encore florissante. Autrement dit, un sort ancien.

Comme elle ne pouvait être pratiquée que par des personnes talentueuses, cette magie avait fini par être oubliée et était tombée dans la légende. La seule façon de la faire revivre consistait à déchiffrer les précieux ouvrages laissés derrière elle. C’est pourquoi il n’existait que quelques pratiquants de magie ancienne sur tout le continent. Bien sûr, seuls quelques-uns d’entre eux étaient connus du grand public. En un sens, ces six aventuriers venaient donc d’assister à quelque chose de véritablement précieux.

Une énorme quantité de pouvoir magique s’éleva du cercle magique géant. Puis six petits cercles apparurent autour de celui d’origine et se mirent à tourner autour de lui. Lorsque le pouvoir magique atteignit un point tel qu’il menaçait de s’effondrer, une flamme éclatante jaillit du centre. Elle brûla la montagne en un clin d’œil, emportant avec elle les slimes et le nid qu’ils y avaient formé. Et elle ne s’arrêta pas là : la montagne elle-même fut entièrement consumée.

Il ne resta plus qu’une terre noircie.

— Avec ça, le nombre de slimes ne va plus augmenter.

— Sérieusement…

— …

« C’est l’ancienne magie d’un aventurier de rang SS ? » murmuraient Abel et l’aventurière. Les autres restèrent silencieux, tentant de comprendre ce qui venait de se produire sous leurs yeux. Une magie capable de faire disparaître une montagne relevait déjà de la légende. Il était normal de rester incapable de comprendre, lorsqu’on en était soudainement témoin.

— Puis-je vous laisser le soin de faire le rapport à la guilde ?

— …Tu devrais y aller toi-même. Nous n’avons rien fait. C’est toi, le héros qui a sauvé le duché, tu sais ?

— Désolé, mais ça ne m’intéresse pas. J’ai d’autres choses à faire. Je vous laisse vous occuper du reste.

Je quittai les lieux sur ces mots, en utilisant la magie de téléportation.

Ma destination était une pièce du manoir du duc Kleinert : celle qui m’avait été attribuée.

Le prince Arnold était censé être resté dans le duché. Aux côtés du duc, il recevrait le rapport de Silver sur l’élimination de la Mère Slime, puis mettrait fin aux discussions concernant la coopération de la maison Kleinert.

Après cela, ma mission serait terminée. D’ici là, je ne pouvais pas baisser ma garde.

C’est ce que je me répétai en retirant mon masque argenté.

— Eh…?

Ce n’est qu’en entendant cette voix que je compris l’ampleur de mon imprudence.

L’imprévu venait de se produire. Et à ce timbre familier, le premier sentiment qui me traversa fut le regret.

Je pensais qu’il n’y avait personne dans la pièce. Elle avait été attribuée à un prince, personne n’aurait dû y entrer sans autorisation.

Je me retournai. Et lorsque je reconnus le visage devant moi, le regret m’envahit de nouveau.

— …Finne.

— …Prince Arnold ?

Debout devant moi se tenait la fille du duc, d’une beauté sans pareille.

Finne, la fille dont je n’avais pas pu sceller les lèvres si facilement, était là.

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