sentenced t3 - PREUVE DU CASIER JUDICIAIRE 2
Preuve du casier judiciaire : Kafzen Dachrome
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Il existait de nombreux temples dans la Première Capitale du Royaume Fédéré, Zephent, et pas moins de huit d’entre eux étaient officiellement reconnus par le royaume.
Le plus célèbre restait toutefois le grand temple construit à côté du palais royal et connu sous le nom du Berceau Gris. Lors des grandes célébrations religieuses, il était généralement bondé. C’était également un lieu touristique très populaire, et la plupart des gens en visite dans la Première Capitale s’y rendaient au moins une fois.
C’était précisément pour cette raison qu’il constituait un camouflage idéal.
Lorsque le capitaine du Douzième Ordre des Chevaliers Sacrés, Kafzen Dachrome, arriva ce soir-là, le temple débordait encore de prêtres, de thegns et de touristes. Après avoir traversé la foule puis emprunté des couloirs volontairement conçus comme un véritable labyrinthe, il atteignit la partie la plus au nord du temple, où des gardes de sécurité expérimentés montaient la garde.
À proximité se trouvait une pièce sans nom qui, au premier regard, ressemblait simplement à une réserve.
Mais ce n’était pas une réserve.
Et en réalité, cette pièce possédait bel et bien un nom, connu uniquement de ceux qui avaient besoin de le connaître. On l’appelait la Crypte des Lumières Grises, et c’était une salle qu’on remarquait difficilement si on ne la cherchait pas activement. La seule chose qui attirait l’attention était son immense porte renforcée.
Ça fait longtemps.
Kafzen inséra dans la serrure une carte assez petite pour tenir dissimulée dans la paume de sa main, activant ainsi le sceau sacré gravé dessus.
Clic.
La porte s’ouvrit.
Ça doit faire au moins six mois. Ça fait trop longtemps que je suis coincé sur le champ de bataille.
Lorsqu’il referma la porte derrière lui, la pièce s’assombrit aussitôt. Les fenêtres étaient entièrement condamnées. Seule la faible lumière vacillante d’une lampe à sceau sacré éclairait son chemin.
C’était le cœur de l’humanité, son espoir face au Fléau démoniaque et aux Coexistants.
L’endroit était étonnamment sobre pour quelque chose d’une telle importance. Il n’y avait aucune décoration somptueuse dans la pièce, seulement des étagères alignées contre les murs, remplies de livres jusqu’à déborder.
Au centre se trouvait une table ronde, sur laquelle une femme était affalée comme si elle s’était endormie en pleine lecture. Mais il ne fallait surtout pas la déranger. Elle avait probablement travaillé sans repos depuis une ou deux nuits.
Assis non loin d’elle se trouvait un vieil homme qui écrivait quelque chose à l’aide d’un stylo-plume. Il ne leva même pas les yeux.
Rien de nouveau ici.
Le regard de Kafzen fut naturellement attiré vers le fond de la pièce, où une petite silhouette plongée dans l’ombre était assise.
— Veuillez m’excuser.
Il posa un genou au sol devant cette petite silhouette obscure puis inclina la tête.
— Comment vous sentez-vous aujourd’hui, mon…
— Épargne-moi tes sarcasmes. Tu sais très bien comment je me sens, interrompit la silhouette. — Tu es arrivé plus tôt que prévu, Kafzen.
La voix paraissait lasse, mais Kafzen savait qu’il s’agissait simplement de quelqu’un cherchant à dissimuler son épuisement. Il semblait que cette personne que Kafzen servait, que tous les membres de la Crypte des Lumières Grises servaient, était toujours aussi occupée.
— Je pensais que cela te prendrait davantage de temps. Tes hommes et toi êtes nécessaires sur d’innombrables champs de bataille, alors je me demande : as-tu réglé tes problèmes aussi rapidement ?
— Pas du tout. Comme vous l’avez souligné, nous avons encore une quantité infinie de travail à accomplir. Cependant, la situation a énormément changé.
— La Seconde Capitale, oui ?
Leur dirigeant poussa un soupir sombre.
— Je ne suis pas d’humeur à parler de sujets aussi pénibles aujourd’hui.
— Mais vous devez l’entendre. J’aimerais partager ce mal de tête avec vous, mon seigneur.
— Quel subordonné épouvantable tu fais, répondit le dirigeant avec un sourire qui ressemblait presque à un ricanement.
Notre jeune dirigeant ressemble de plus en plus à…
— Très bien. Mais si tu as de bonnes nouvelles, alors je préfère commencer par celles-là.
— Les héros condamnés se débrouillent bien mieux que tout ce que nous aurions pu espérer. Ils ont pris les collines de Tujin Tuga et ont combattu aux côtés du Neuvième Ordre pour vaincre quatre rois-démons.
— Ha-ha ! Exactement. J’en étais sûr.
Ce sourire-là était bien plus naturel. Kafzen avait l’impression qu’il possédait le pouvoir de repousser une partie des ténèbres de ce monde.
— Ça, c’est bien nos héros. Je n’attends rien de moins de leur part.
— Ils ont également sauvé le prince Rykwell et la princesse Melneatis. Tous les deux sont désormais en sécurité.
— Bien.
Quelques secondes de silence suivirent. Leur dirigeant baissa le regard, mais au final, il refusa encore de laisser apparaître quoi que ce soit ressemblant à une émotion à portée de vue de Kafzen.
— Et le Kaer Vourke ? Ont-ils réussi à s’échapper avec la Clé Sacrée ?
— Oui, soyez rassuré. Elle, ainsi que l’unité des héros condamnés, constitueront des armes extrêmement puissantes lorsque nous lancerons la reconquête de la Seconde Capitale.
— Bien. Cette partie-là me convient, mais je commence à avoir le sentiment qu’il y a aussi de mauvaises nouvelles.
— Oui. La Division Administrative a approuvé le nouveau plan de Galtuile concernant le Projet « Sainte ».
— Je vois.
Il était impossible d’empêcher ceux qui détenaient officiellement le pouvoir d’agir, même lorsque leurs décisions conduiraient à la chute de l’humanité. Ni Kafzen ni la Crypte des Lumières Grises n’avaient le pouvoir de les arrêter directement.
Comment Xylo Forbartz réagira-t-il lorsqu’il apprendra l’existence de ce Projet ? se demanda Kafzen. Il entrera dans une colère noire. Il n’y a aucun doute là-dessus. Parce que…
— Ils prévoient de transplanter les restes de la Déesse Senerva dans un individu compatible afin de créer cette prétendue Sainte. Ils pensent qu’elle sera la clé pour reprendre la Seconde Capitale. De plus, ils affirment qu’elle deviendra désormais la lumière guidant l’humanité.
— Ils commettent une erreur catastrophique, et ils creuseront leur propre tombe s’ils vont jusqu’au bout.
La petite silhouette agita la main avant de se lever. La faible lumière révéla alors vaguement un profil encore jeune et délicat. Il aurait facilement pu passer pour un jeune garçon, un jeune noble, même, si l’on ignorait les ombres d’épuisement et d’anxiété assombrissant son visage.
— Donc vous n’avez pas réussi à les arrêter, hm ? demanda-t-il.
— C’était impossible. Devons-nous tenter d’assassiner la Sainte ?
— Non. Ils trouveraient simplement un autre individu compatible. Si nous voulons arrêter ça, il faudrait tuer tous les responsables du projet, y compris tous les Coexistants impliqués, et ce n’est tout simplement pas réalisable.
— Mais nous ne pouvons pas simplement rester assis sans rien faire.
— …Nous allons remplacer l’actuel grand prêtre. Il est temps qu’il prenne sa retraite de toute façon. Ensuite, nous pourrons limiter l’utilisation de la Sainte par le Temple. Tant qu’ils comptent utiliser les restes d’une déesse, l’armée ne pourra pas ignorer l’avis du Temple sur cette affaire.
— Vous souhaitez remplacer le dirigeant du Temple ? Est-ce seulement possible ?
— Je trouverai un moyen. De plus, je veux envoyer quelqu’un à Galtuile, quelqu’un de très compétent. J’aimerais également renforcer notre présence au sein du Douzième Ordre. Est-ce envisageable ?
— Trouver des personnes dignes de confiance prendra du temps. Ce n’est pas une affaire si simple.
— Je sais. Nous devons toujours garder un œil sur l’Alliance nobiliaire, alors nous ne pouvons transférer personne de là-bas.
Ajouter des membres au Douzième Ordre de Kafzen n’était pas chose facile. De plus, ils manquaient constamment d’effectifs à cause de leur guerre clandestine contre les Coexistants.
— …Il y a une limite à ce que je peux découvrir moi-même sur ces nobles, marmonna le garçon en tournant son regard vers la table ronde.
Étendue dessus se trouvait une carte détaillée du territoire du Royaume Fédéré, autrement dit, du territoire de l’humanité.
— Nous devons poursuivre nos efforts de réconciliation avec les forces de l’est, et j’aimerais également réduire l’influence du chancelier.
— Je vous en prie, n’essayez pas de porter tout cela seul. Nous ne pouvons pas nous permettre qu’il vous arrive quoi que ce soit.
— Quelle existence étouffante.
— Supportez cela encore un peu.
L’avenir de l’humanité reposait incontestablement sur ce garçon, le premier prince du Royaume Fédéré, Rehnavor Zef-Zeal Meht Kioh. Il était le plus grand espoir de l’humanité, surtout maintenant que le roi actuel n’était plus d’aucune utilité, et la priorité de Kafzen était de placer ce garçon sur le trône, quoi qu’il en coûte.
Il prenait actuellement diverses mesures afin d’atteindre cet objectif, mais avant cela, il devait maintenir Rehnavor en sécurité jusqu’à ce que le roi actuel puisse être forcé d’abandonner sa position.
— Je sais qu’ils ne sont pas vraiment libres eux non plus, déclara Rehnavor avec un rictus, — mais j’envie énormément les héros condamnés.
Il me rappelle de plus en plus son frère.
Jour après jour, Rehnavor ressemblait davantage à son frère aîné disparu, Lawtzir. En soi, cela ne posait aucun problème, mais cela le troublait parfois. Il devait s’y habituer au plus vite, se répétait-il.
Le monde continuerait d’avancer, même sans Lawtzir.
Il le devait.
Parce que c’est moi qui l’ai tué.
Mais je ne fais pas tout ça pour expier mes péchés. Je ne peux pas les expier, et je ne le ferai pas. En réalité, je compte faire de ce garçon le prochain roi et me servir de lui comme d’un outil pour assurer la victoire de l’humanité.
— Je me demande comment va Dotta…
Rehnavor ne regardait pas la carte, mais le plafond, tandis qu’il se remémorait le voleur insolent qui avait autrefois tenté de l’aider à s’échapper du palais.
Quatre années s’étaient écoulées depuis ce jour, et le premier prince avait grandi à une vitesse stupéfiante, aussi bien mentalement que physiquement. Le garçon en pleurs de l’époque dirigeait désormais la Crypte des Lumières Grises.
Et Kafzen avait veillé à ce qu’il en soit ainsi.
— Je sais que c’est à cause de moi que les héros se retrouvent plongés dans toutes ces situations misérables, mais parfois, je m’imagine les rencontrer un jour.
— Et cela doit rester une simple imagination.
Kafzen décida de ne rien dire à propos de Dotta envoyé en réparation. Rehnavor avait besoin d’espoir plus que de toute autre chose, et l’unité des héros condamnés représentait cet espoir.
Leurs succès sur le champ de bataille commençaient lentement à devenir l’espoir de Kafzen lui aussi.
— Kafzen, j’ai besoin que tu me promettes quelque chose. S’il m’arrive un jour quoi que ce soit, fais de moi un héros condamné.
— Bien entendu.
Si cela devait arriver un jour, alors l’humanité tomberait à coup sûr. C’était une plaisanterie horrible, et c’était précisément pour cette raison que Kafzen sourit avant d’accepter aussitôt.
— Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous faire condamner à la Sentence du héros.