sentenced t3 - PREUVE DU CASIER JUDICIAIRE 1
Preuve du casier judiciaire : Tovitz Hughker
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Tovitz Hughker entendit des bruits de pas résonner dans l’obscurité.
Ce n’est pas juste mon imagination.
Il n’avait pas encore complètement perdu la raison. Il s’était déjà habitué à cet endroit et à ses ténèbres, mais il n’avait plus aucune notion du temps. Le jour et la nuit n’avaient plus le moindre sens pour lui.
Mais il avait toujours su que ce moment finirait par arriver.
Et c’était précisément pour cette raison qu’il avait pu attendre. À défaut d’autre chose, il savait qu’il s’était écoulé moins d’un mois depuis sa tentative d’évasion ratée, et si sa prédiction était correcte, alors durant ce laps de temps, le Fléau démoniaque avait perdu au moins une fois contre l’armée de l’humanité.
Et ça signifie que…
Il se redressa lentement. Ses muscles avaient énormément fondu après tout ce temps dans cette cellule. Son cerveau, en revanche, était resté aussi performant qu’avant. En tant qu’humain, il avait simplement été conçu ainsi.
…c’est enfin mon heure.
Tovitz était enfermé dans une cellule sous le palais royal de la Seconde Capitale.
Autrefois prison destinée aux pires criminels, cette geôle souterraine servait désormais à retenir les humains rebelles. Après la chute de la Seconde Capitale, une partie de ceux qui avaient résisté au Fléau démoniaque avaient été enfermés ici. Non pas pour être tués ou dévorés, mais simplement pour être stockés, et Tovitz avait compris pourquoi.
Le Fléau démoniaque ne faisait jamais rien sans raison.
Ils comptaient utiliser ces gens.
C’était pour cela qu’ils n’enfermaient pas seulement des criminels ici, mais tous ceux qu’ils considéraient comme dangereux.
— …Tovitz Hughker, déclara une voix.
Celle d’une femme au ton monocorde et maladroit. C’était la voix qu’il espérait entendre.
— Êtes-vous toujours là ? Êtes-vous encore en vie ?
— Évidemment.
Il releva la tête et força sur ses yeux pour regarder à travers les barreaux, vers l’obscurité au-delà.
— Je ne mourrai jamais sans vous le dire, Anise.
Tovitz avait toujours trouvé que le mot « noble dame » décrivait parfaitement l’apparence distinguée d’Anise. Elle avait des cheveux noirs comme la nuit et des yeux de la même couleur, ces derniers étant ce qu’il trouvait le plus beau chez elle. Il y avait dans son regard une froideur immuable que les humains étaient incapables de reproduire.
Son nom était Anise, et c’était un roi-démon, pas différent d’Abaddon ou Sugaar, avec qui elle avait uni ses forces avant de s’emparer rapidement de ce palais.
À cette époque, Tovitz avait profité du chaos pour tenter de s’échapper, guidant les autres prisonniers hors de leurs cellules, massacrant les gardes humains et courant vers la liberté. C’était là qu’il l’avait vue, et c’était ainsi qu’il avait fini dans cette situation.
Mais tout cela avait une raison d’être.
Tout cela avait un sens.
— …Vous aviez raison, Tovitz, déclara Anise. — Wryneck, Furiae, Ammit et Charon ont tous été tués. Comment avez-vous pu prédire une telle chose ? Est-ce le pouvoir de ce que vous autres humains appelez un stigmate ?
— Non, je ne possède aucun pouvoir spécial de ce genre. Ce n’était qu’une simple prédiction.
Tovitz redressa le dos et fit face à Anise avec un sourire éclatant étiré jusqu’aux oreilles.
— L’armée humaine semble avoir mis la main très récemment sur une sorte d’arme secrète, et d’après ce que vous m’avez raconté ainsi que ce que j’ai entendu, je ne pouvais pas imaginer une autre issue à cette bataille. La mort d’Iblis à la Forteresse de Mureed ainsi que les victoires inattendues des humains dans tant d’escarmouches récentes ne font que renforcer mon hypothèse.
Anise resta silencieuse. Elle comptait apparemment écouter tout ce que Tovitz avait à dire.
Abaddon le lui avait probablement ordonné.
Mais cela convenait parfaitement à Tovitz. Pour l’instant, c’était suffisant.
— Je pense qu’il s’agit très probablement d’une unité unique envoyée en mission spéciale. Ils seront extrêmement dangereux dans les affrontements localisés de petite ampleur, surtout avec cette arme secrète capable de tuer même un roi-démon immortel.
— Je vois. Et quel genre d’individus sont-ils ? Comment pouvons-nous les contrer ?
— Quel genre d’individus… ? Je n’en ai aucune idée.
Tovitz afficha un sourire amer. Il savait que tenter de bluffer ne servirait à rien, puisqu’Anise n’était pas le genre de créature avec laquelle on pouvait négocier.
— Tout ce que je sais, c’est qu’ils possèdent une méthode extrêmement puissante leur permettant de tuer des rois-démons à coup sûr. Et… j’imagine qu’il s’agit d’un petit groupe de guerriers d’élite spécialisés dans l’assassinat.
Il en était arrivé à la conclusion qu’il devait s’agir d’une petite unité composée de membres différents, chacun possédant une compétence particulière. Cette unité excellait dans les opérations secrètes, possédait un moyen de tuer les rois-démons et savait se frayer un chemin jusqu’à l’utiliser. En ce sens, ils ressemblaient à un groupe restreint d’assassins.
Même si tout dépendrait énormément des circonstances, ils constitueraient une force extrêmement difficile à affronter.
— Cependant, les gérer est simple, déclara Tovitz.
De cela, il était certain.
— Ne les combattez pas. Ignorez-les. C’est votre meilleure option jusqu’à ce que vous trouviez un moyen de vous débarrasser d’eux. Et si vous devez absolument agir, concentrez-vous uniquement sur le fait de les ralentir.
S’il existait un groupe de guerriers invincibles, alors la meilleure stratégie consistait à ne pas les affronter du tout. Si possible, les affaiblir ou les empêcher d’agir efficacement serait l’idéal.
De plus, le Fléau démoniaque devrait désormais faire encore plus attention au moment de choisir quelles unités envoyer contre les forces restantes de l’ennemi. Les Chevaliers Sacrés étaient particulièrement puissants et possédaient des capacités uniques. Selon le roi-démon concerné, ils pouvaient se retrouver dans une situation extrêmement désavantageuse… ou l’inverse pouvait être vrai.
Mais cela soulevait une autre question : pourquoi n’avaient-ils pas commencé à agir ainsi plus tôt ?
C’est probablement parce qu’ils ne comprennent pas encore très bien les humains. Avant, il n’y avait pas beaucoup de rois-démons capables d’un tel niveau de réflexion.
Mais le nombre de rois-démons intelligents augmentait progressivement. Tovitz ignorait pourquoi, mais il pouvait l’affirmer avec certitude : ils étaient en train d’évoluer. Il y avait clairement bien plus de rois-démons capables de parler la langue humaine maintenant qu’au début de la Quatrième Guerre de Subjugation.
Depuis lors, l’humanité perdait petit à petit du terrain.
À moins qu’elle n’ait déjà perdu depuis longtemps et qu’elle ne continue simplement à se mentir à elle-même, poursuivant encore la lutte pour rendre sa défaite un peu moins pathétique.
Mais…
Tovitz interrompit brusquement sa réflexion.
Quelle importance, au fond ?
Penser au monde et à l’humanité était déprimant. Il n’aimait pas ça. Après tout, il n’était qu’un homme insignifiant et sans importance, et il avait toujours pensé ainsi. Prétendre agir pour le bien de l’humanité serait un mensonge, et il ne pouvait pas risquer sa vie pour quelque chose de ce genre. Les choses qu’il était capable de faire étaient bien moins grandioses.
— …Il n’y a donc qu’une seule stratégie que je puisse vous recommander honnêtement, déclara-t-il aussi calmement que possible. — Ne vous occupez pas d’eux. Concentrez-vous sur les autres unités ennemies.
— Je vois. Seigneur Abaddon a dit exactement la même chose.
En entendant cela, Tovitz décida de tenter un peu sa chance.
— Je pense pouvoir vous être bien plus utile si vous me libérez et me fournissez des informations plus détaillées.
— Vous devriez faire attention à ce que vous dites. Êtes-vous en train d’affirmer que Seigneur Abaddon vous est inférieur en intelligence et en sagesse ?
— Je dis simplement que je comprends mieux la manière de penser des humains que mon seigneur.
Tovitz choisit ses mots avec précaution afin de ne pas provoquer Anise.
— Je vous en prie, utilisez mes connaissances. Je ne vous décevrai pas, vous ou mon seigneur.
Anise sembla réfléchir à ses paroles, ou peut-être attendait-elle simplement quelques instants avant de lui révéler une décision déjà prise. Plus le temps passait, plus cette seconde possibilité lui semblait crédible.
— La commandante des mercenaires, Trishil, ainsi que l’homme responsable de la sécurité de cette ville ont tous deux disparu après leur défaite. Nous avons besoin de quelqu’un d’autre pour gérer les humains. Voici la décision prise par Seigneur Abaddon.
Tovitz venait d’obtenir une petite victoire car leur dirigeant avait déjà émis sa décision.
— …Tovitz Hughker, répondez à deux questions.
Anise le fixa de ses yeux noirs d’encre, totalement dépourvus d’émotion. Un froid lui traversa le cœur, comme si la température venait soudainement de chuter de plusieurs degrés.
— Premièrement, pourquoi avez-vous été enfermé dans cette cellule ? Vous avez dit être soldat. Quel crime avez-vous commis ?
— J’ai participé à une révolte. Nous avons échoué, évidemment.
Tovitz lui adressa un sourire, comme pour masquer son embarras.
— Je m’ennuyais, et je trouvais qu’une rébellion serait vraiment amusante, alors j’ai donné un coup de main. Le meneur me semblait aussi être quelqu’un d’intéressant, et ça a aidé à me convaincre.
Le monde qu’il voyait avait toujours manqué de couleur. Né noble, engagé dans l’armée, utile à la société lorsqu’on avait besoin de ses compétences… Tovitz était en bonne voie pour devenir un soldat exceptionnel.
Mais il n’avait jamais pris une seule décision par lui-même, et cela lui était devenu insupportable
C’était l’une des raisons pour lesquelles il avait décidé d’aider un certain homme qui souhaitait lancer une rébellion, un chevalier-dragon assez étrange.
— Et ensuite, vous avez été arrêté, c’est bien cela ?
— Exact. J’ai sous-estimé le réseau de renseignements de l’armée. C’était une énorme erreur de ma part.
Le plan consistait à mener les dragons au combat et attaquer la capitale. L’idée était extrêmement novatrice, et ils semblaient très proches de parvenir à établir un gouvernement indépendant. Pourtant, l’armée les avait vaincus au sol. Ils avaient installé des filets le long d’un itinéraire que personne n’aurait pu prédire.
Que cette embuscade ait été rendue possible grâce au pouvoir d’un stigmate ou à celui d’une déesse, il l’ignorait. Quoi qu’il en soit, ils devraient désormais prendre ce genre de choses en considération. Il leur faudrait élaborer des stratégies en partant du principe que l’ennemi possédait des capacités de renseignement militaire extraordinaires.
— Maintenant, ma seconde question : pourquoi souhaitez-vous nous rejoindre ?
Il n’y avait pas la moindre trace de scepticisme dans la voix d’Anise.
— Vous êtes humain, n’est-ce pas ? Alors pourquoi ? Pour le bien du nouveau monde après la fin de cette guerre ?
Anise elle-même ne semblait pas trouver cela étrange. Elle agissait simplement comme une marionnette, répétant les questions qu’on lui avait ordonné de poser. Tovitz trouvait cela magnifique.
— Lorsque vous m’avez rencontré, vous avez tiré dans le dos de tous vos compagnons et vous les avez tués. Cela ressemble à un comportement plutôt étrange pour un humain. Vous ne trouvez pas ?
— Je ne sais pas.
Il expira lentement. Son souffle était blanc, ce qui lui rappela une fois encore le froid glacial de cet endroit.
— C’est difficile à expliquer. Mon raisonnement est un peu extrême, mais il n’est probablement pas si unique que ça. Je pense que ce genre de comportement est assez courant chez mes semblables.
— Parlez d’une manière que je puisse comprendre. Je dois rapporter vos paroles à Seigneur Abaddon.
— …Je suis prêt à faire du monde entier mon ennemi pour protéger ce que je considère comme véritablement important.
Il répéta ce qu’il lui avait déjà dit autrefois.
— Et dans mon cas, c’est l’amour, Anise. J’ai décidé de vous aimer, et si cela signifie me battre contre l’humanité, alors je le ferai.
— Je vois.
Sa réponse n’avait pas changé cette fois non plus. Elle était totalement dépourvue d’émotion. Et c’était exactement ce que Tovitz désirait.
— Je devrai demander à Seigneur Abaddon s’il trouve votre comportement étrange. Maintenant, venez.
La porte de la cellule s’ouvrit dans un grincement.
— Il est temps pour vous de travailler, Tovitz Hughker.
Il put enfin voir clairement son visage, et une fois de plus, sa beauté le frappa de plein fouet.
Je pourrais abandonner ma vie pour elle sans jamais le regretter, pensa-t-il. Je ferais n’importe quoi pour elle, même si cela signifiait faire du monde entier mon ennemi.
Avant, ce genre de déclaration lui avait toujours semblé vide et profondément ennuyeux. Même la rébellion n’avait été qu’une échappatoire temporaire à son ennui. Il avait envié son meneur.
Jayce Partiract.
Cet homme possédait quelque chose de véritablement important à ses yeux. Il était l’exact opposé de Tovitz.
Mais je crois que je comprends désormais ce qu’il ressentait.
Il possédait enfin quelque chose de plus important que sa propre vie. Se battre pour cela était plus exaltant que tout ce qu’il avait connu jusque-là.
— Alors c’est donc lui, Tovitz Hughker ?
Une fois sorti de sa cellule, il remarqua plusieurs silhouettes dans l’obscurité et commença immédiatement à les observer. Il distingua trois créatures. L’une était une grande féerie ressemblant à un insecte, une autre avait une apparence humanoïde, et la dernière était… indescriptible. Elle ressemblait à un amas de haillons noirs et sales.
C’était la créature humanoïde qui avait parlé. Sa voix était lugubre, avec une étrange sonorité rouillée. Elle ressemblait à un grand homme aux épaules voûtées d’une manière inquiétante.
Non. Ce n’est pas une féerie ordinaire. C’est un roi-démon, conclut Tovitz.
Le teint de l’homme était maladivement pâle.
— Boojum, pourquoi êtes-vous ici ? demanda froidement Anise.
Ses paroles rendirent le donjon encore plus glacial.
— Avez-vous amené les autres ? Seigneur Abaddon vous a-t-il envoyé parce qu’il ne me fait pas confiance ?
— Non. J’ai estimé que je devais accueillir notre nouveau membre. Cela serait considéré comme la chose polie à faire.
— « La chose polie à faire »…? répéta maladroitement Anise.
Tovitz ne l’avait jamais entendue parler ainsi auparavant.
— Qu’est-ce que cela signifie…? Je ne comprends pas…
— Ce n’est guère surprenant. Il s’agit d’un concept fondé sur une culture humaine extrêmement complexe, et même moi, j’ai encore du mal à le comprendre.
L’homme appelé Boojum inclina la tête avec une grâce étonnante.
— Mon nom est Boojum. Je suis un roi-démon. Je suis heureux de faire votre connaissance… C’est ainsi qu’il faut procéder.
Boojum tourna ensuite le regard vers Anise.
— On se présente afin de faire connaître son existence à son interlocuteur de manière concise. Vous devriez essayer tous les deux.
— J-je… suis… Afanc.
À la grande surprise de Tovitz, ce fut l’amas de haillons noirs et sales qui répondit en premier, mais en regardant plus attentivement, il réalisa que cette créature possédait elle aussi une forme vaguement humanoïde. L’extrémité de ses haillons remuait comme des doigts.
— Enchanté de… faire votre… connaissance… ? …Est-ce que j’ai bien fait, Boojum ?
— Oui.
— E-e-euhhh…
Un son aigu et inquiétant provenait de derrière l’amas de haillons. D’innombrables lignes apparurent soudainement sur le mur, mais tout se produisit si vite que Tovitz fut incapable de comprendre ce qui venait de se passer.
— Je suis tellement… nerveux… J-je suis d-désolé… Je… Euh…
Le son retentit encore deux fois, et de nouvelles entailles acérées furent gravées aléatoirement dans la pierre du mur.
— Je trouve les humains… difficiles… Toutes sortes de choses… non, même au-delà de ça, je…
— Il n’y a aucune raison d’en avoir honte. Tout le monde possède des choses dans lesquelles il est doué et d’autres dans lesquelles il ne l’est pas.
Boojum hocha la tête avec une satisfaction visible avant de se pencher pour ramasser quelque chose.
C’était un bras.
Le bras de Boojum avait été sectionné net sans même que Tovitz ne s’en rende compte. Cette créature appelée Afanc lui avait fait ça ? Tovitz n’en avait absolument aucune idée.
— Notre dernier membre ne possède pas les fonctions nécessaires au langage. Permettez-moi donc de me charger de sa présentation.
Boojum enfonça son bras dans la plaie de son épaule, qui ne saignait même pas, et le membre se rattacha à son corps comme s’il venait d’être ressoudé.
Sa physiologie avait clairement quelque chose d’unique.
— Cette dame est Sugaar. Elle est responsable de la défense aérienne de la Seconde Capitale.
La féerie ressemblant à un insecte déploya soudainement ses ailes et se mit à striduler tandis que ce qui semblait être une bouche émettait des étincelles dorées lumineuses avant qu’elles ne disparaissent dans l’obscurité.
Cette dame ? pensa Tovitz. Donc celle-là est censée être une femelle.
Boojum jeta un regard vers Sugaar du coin de l’œil puis hocha une nouvelle fois la tête avec satisfaction.
— Tovitz Hughker, nous vous souhaitons la bienvenue dans la nouvelle Seconde Capitale. À partir de maintenant…
— Arrêtez-vous là, Boojum. Depuis quand êtes-vous devenu notre représentant ?
Anise le coupa froidement.
— Vous manquez de respect à Seigneur Abaddon.
— …Je vois. Veuillez m’excuser.
Boojum parut sincèrement abattu, et Tovitz ne put s’empêcher de rire.
Ce type est vraiment un roi-démon excentrique.
Du moins, il ne ressemblait à aucun roi-démon que Tovitz avait rencontré auparavant. Il lui adressa un large sourire et tendit la main.
— Merci pour votre gentillesse, Boojum. Veuillez m’excuser de ne pas m’être présenté plus tôt. Je suis Tovitz Hughker. J’espère que nous travaillerons bien ensemble.
— Je ferai de mon mieux.
La main de Boojum était sèche et molle.
Tovitz tendit ensuite la main vers Anise. C’était la véritable raison pour laquelle il avait commencé à serrer des mains.
— Anise, accepteriez-vous de me tendre la main et de m’accueillir parmi les vôtres, vous aussi ?
— Je n’en vois pas la nécessité, répondit-elle d’un ton vide en refusant son geste. —Vous devez faire vos preuves, Tovitz Hughker. Le processus ou les motivations nous importent peu. Tout ce dont nous avons besoin, ce sont des résultats.
— Alors vous êtes tombée sur la bonne personne.
C’était précisément pour cela qu’il était attiré par Anise, et il comptait faire tout ce qui était en son pouvoir pour lui offrir les résultats qu’elle désirait, même si cela devait conduire à la fin de l’humanité… ou à sa propre mort.
