sentenced t3 - ORDREs EN ATTENTE
Ordres en attente : Forteresse temporaire de Tujin Bahark
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Chaque élément de la forteresse temporaire avait été assemblé à la hâte, mais ce camp construit sur le mont Tujin serait la clé pour reprendre la Seconde Capitale.
Galtuile appelait cet endroit la Forteresse Temporaire de Tujin Bahark, mais en réalité, elle était à peine digne d’abriter une bande de brigands de bas étage. Dans la langue de l’ancien royaume, « Bahark » signifiait quelque chose comme « coin », et c’était exactement ce qu’était cet endroit, un coin enfoncé entre les lignes ennemies. Rien qu’à son nom, on comprenait l’importance que Galtuile accordait à ce lieu.
Comme par hasard, nous, les héros condamnés, avions été jetés dans une cabane miteuse à l’intérieur de cette soi-disant forteresse temporaire. Ils appelaient ça les baraquements, mais il y avait une différence flagrante entre la qualité des autres bâtiments et celle de celui qu’ils nous avaient attribué. L’espace était séparé par des bandes de tissu, avec deux personnes par « chambre ».
Les seuls à avoir reçu un traitement un peu meilleur étaient Teoritta et sa garde-malade, Patausche, qui avaient eu droit à leur propre cabane, un peu plus confortable en apparence.
Jayce s’était plaint d’avoir été mis avec Tsav, mais il s’était tu quand je lui avais demandé s’il préférait Rhyno ou Norgalle à la place. Norgalle était connu pour être bruyant, et Rhyno restait Rhyno.
On nous avait ordonné de rester en attente pour le moment.
Je passais mes journées à ne rien faire dans ma chambre avec Venetim. Nous ne pouvions même pas profiter de notre repos avec un peu de style, puisque Tatsuya et Dotta avaient tous les deux été envoyés en réparation. Un peu d’alcool aurait été bienvenu. Je regrettais de ne pas avoir ouvert la bouteille de vin que Dotta avait rapportée avant qu’elle soit confisquée.
Dotta…
Il était revenu à notre camp incapable de bouger à cause d’une perte de sang et d’une hypothermie sévères. C’était une mercenaire nommée Trishil qui l’avait ramené. Elle avait des cheveux rouge cendré, et son bras droit était couvert de bandages. Je n’avais aucune idée de ce qui s’était passé entre eux, mais peu après, elle disparut sans laisser de trace. C’était vraiment un mystère.
Après une discussion sérieuse sur le sujet, Venetim, Tsav et moi étions arrivés à la conclusion qu’elle était l’esprit d’un insecte que Dotta avait sauvé autrefois, dans un passé lointain. Au départ, nous avions invité tout le monde à participer à la discussion, mais Patausche et Norgalle en eurent rapidement assez et partirent, tandis que Jayce, qui n’était pas intéressé, refusa simplement de participer. Teoritta, elle, resta jusqu’au bout, s’obstinant à dire qu’il était impossible que notre conclusion soit correcte, et quant à Rhyno… ce qu’il avait dit ne méritait même pas d’être mentionné.
En résumé, nous avions bien trop de temps libre et bien trop peu de choses à faire. Je rattrapai mon retard de lecture jusqu’à épuiser tous mes recueils de poésie, et à partir de là, hormis le temps que je devais consacrer à l’entraînement, je passai le reste de mes journées à jouer au zigg avec Teoritta. D’après elle, Patausche n’était pas très douée à ce jeu.
Et justement, il y avait une raison majeure à tout ce temps libre qu’on nous accordait.
— …La Forteresse de Galtuile est actuellement en plein Conseil afin de discuter de leurs futurs plans concernant la Déesse Teoritta ainsi que nous autres héros condamnés, annonça gravement Patausche.
Elle était passée dans ma chambre juste au moment où Venetim était sorti faire ce qu’il faisait de mieux : négocier un meilleur accord pour nous.
— Les Troisième, Quatrième, Sixième et Dixième Ordres des Chevaliers Sacrés exposeront chacun leur opinion durant ce Conseil, poursuivit-elle.
— Logique.
Les autres Ordres étaient occupés pour le moment, et c’étaient les seuls quatre capables de rejoindre Galtuile afin de participer à une quelconque discussion. Le Septième Ordre ne pouvait pas quitter le front est, et le Onzième Ordre était déjà débordé par les affaires du nord.
— …Qu’est-ce qui va se passer maintenant ? demanda-t-elle.
Patausche semblait agitée, ce qui était compréhensible. Elle venait à peine de rejoindre l’unité des héros condamnés, et ensuite tout ça était arrivé.
Galtuile connaissait désormais l’Épée Sacrée de Teoritta, et ils commençaient à comprendre que nous pouvions être utiles au combat. D’un côté, il semblait que la position de Teoritta allait s’améliorer, aussi bien d’un point de vue religieux qu’en ce qui concernait le traitement de notre unité de manière générale. Mais d’un autre côté, cela risquait aussi de nous mettre dans une position délicate. Il y avait de fortes chances qu’ils nous confient une mission encore plus absurde durant la campagne de reconquête de la Seconde Capitale.
— Hmpf. Tu sembles particulièrement détendu face à tout ça, Xylo, se plaignit Patausche.
Elle était probablement contrariée de me voir allongé dans mon lit, mais ce n’était pas comme si nous pouvions faire quoi que ce soit concernant ce conseil, et il faisait froid, alors j’avais envie de rester sous ma couverture.
— Enfin… ce n’est pas comme si se morfondre allait résoudre quoi que ce soit, répondis-je.
Je me retournai dans mon lit et levai les yeux vers Patausche, qui était assise à genoux, le dos parfaitement droit. Pour une raison quelconque, elle fit glisser ses genoux sur le côté, détourna le regard, puis marmonna :
— M…mais malgré ça, il y a quand même des choses que nous pourrions envisager…
Elle semblait sur le point de me donner un conseil sincère, et je devais reconnaître son sens du devoir. Malheureusement, une voix à l’entrée l’interrompit.
— Euh… Est-ce que j’interromps quelque chose ?
Ma « chambre » n’avait évidemment pas de porte, seulement une bande de tissu suspendue au plafond. Un grand homme se tenait dessous, la soulevant d’une main. Je le connaissais, et Patausche aussi probablement. Impossible qu’un ex-chevalier sacré comme elle ne reconnaisse pas cet homme.
— Xylo, poursuivit-il. — Excuse-moi de te déranger pendant ton repos, alors que tu profites d’un moment privé avec une dame.
Il avait des cheveux brun clair qui paraissaient dorés sous certains éclairages, ainsi qu’une silhouette frêle et longiligne de pauvre asperge sans défense. Son nom était Adhiff Twevel, capitaine du Huitième Ordre des Chevaliers Sacrés. Je le connaissais très bien, y compris sa personnalité pourrie.
— Tch, cracha Patausche.
— Qu’est-ce que tu veux ? répondis-je d’un ton détaché malgré l’expression méfiante de Patausche. — Tu as fait tout ce chemin pour discuter avec un héros condamné comme moi ? Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Adhiff.
— Moi ? Discuter avec toi ? Bien sûr que non. Qu’est-ce que nous pourrions bien avoir en commun, à part la guerre et le fait de tuer des rois-démons ?
C’était un homme grossier caché sous une mince couche de politesse.
— Cependant, une personne de très noble rang souhaite te parler. Je l’ai donc amenée jusqu’ici.
Sa manière de le dire me donna immédiatement un mauvais pressentiment au creux de l’estomac, et j’eus aussitôt la confirmation que j’avais raison. Caché derrière le grand chevalier se trouvait un jeune garçon.
— Veuillez m’excuser de vous déranger.
C’était un jeune homme mince et délicat aux traits extrêmement beaux, Rykwell Zef-Zeal Meht Kioh, troisième prince du Royaume Fédéré. Peu de gens possédaient davantage d’autorité que lui. En fait, on pouvait probablement les compter sur les doigts d’une seule main. Quoi qu’il en soit, mon instinct ne s’était pas trompé. J’allais probablement être entraîné dans quelque chose dont je ne voulais absolument pas faire partie.
— Je me nomme Rykwell.
Bien que le garçon se présentât avec nervosité, sa manière de parler restait claire et concise.
— Je ne vous ai pas encore officiellement exprimé ma gratitude. Héros condamné Xylo, Patausche, merci pour tout ce que vous avez fait. Il est simplement regrettable que Dotta soit absent pour le moment.
— C’est un honneur !
Patausche baissa aussitôt la tête avec une révérence respectueuse.
— …Oui.
Quelques instants plus tard, j’imitai son geste et m’inclinai à mon tour. Je m’étais évidemment levé du lit pour le faire. Je n’avais pas envie qu’on me prenne pour quelqu’un d’impoli ou dépourvu de bon sens comme Jayce et Norgalle.
— Merci infiniment pour vos paroles bienveillantes.
J’essayais de lui faire comprendre que ses paroles suffisaient largement, mais Rykwell ne s’arrêta pas là. J’aurais probablement dû m’y attendre.
— En guise de preuve de gratitude, il y a quelque chose que je souhaite vous révéler à tous les deux. De plus, j’ai également une faveur toute particulière à vous demander.
On y est, pensai-je.
Malheureusement, le prince n’était pas le genre de personne avec qui je pouvais plaisanter, alors impossible de lui dire d’arrêter ou que je ne voulais pas entendre la suite. Voir Adhiff me regarder avec ce sourire moqueur me donnait aussi sérieusement envie de lui foutre mon poing dans la figure.
— La raison pour laquelle nous avons fui seuls la Seconde Capitale était de mettre à l’abri un certain artefact secret de la famille royale.
Rykwell souleva un objet enveloppé dans un tissu blanc et commença lentement à le défaire. Ni Patausche ni moi ne pouvions détourner les yeux. Un artefact royal secret. J’avais entendu des rumeurs disant que la famille royale Zef-Zeal possédait trois symboles servant de preuve de leur droit au trône, et qu’un sceau sacré spécial était gravé dans chacun d’eux.
La Première Capitale détenait le Scarabée Sacré.
Le Grand Temple possédait le Pinceau Sacré.
Et ce qui reposait dans la Seconde Capitale était…
— La Clé Sacrée, Kaer Vourke.
Sous le tissu blanc apparut un objet ressemblant à une dague avec une garde et une lame. La lame était couverte d’un sceau sacré complexe et émettait une lumière argentée scintillante.
— Nous ne pouvions permettre qu’elle tombe entre les mains de l’ennemi, quoi qu’il arrive. Je suis certain que vous le savez déjà, mais cette Clé possède un pouvoir particulier, dit-il en baissant la voix.
Alors les rumeurs étaient vraies.
— Cette Clé peut sceller et libérer le pouvoir d’un sceau sacré.
Cela en faisait un outil extrêmement puissant. Je comprenais maintenant pourquoi ils avaient voulu la faire sortir clandestinement de la Seconde Capitale à n’importe quel prix. Nous avions eu une chance monstrueuse qu’elle ne finisse pas entre les mains du Fléau démoniaque.
Les installations gouvernementales de la Seconde Capitale étaient principalement contrôlées à l’aide de sceaux sacrés.
Avec cet artefact, il devenait possible d’activer et désactiver librement ces installations. Tout à coup, le plan visant à reprendre la Seconde Capitale commençait à sembler réaliste.
Mais pourquoi le prince nous racontait-il tout ça ?
Rykwell répondit immédiatement à ma question sans perdre de temps. Et ce qu’il déclara ensuite confinait à l’absurde.
— Xylo, j’aimerais que l’unité des héros condamnés utilise cette Clé afin d’infiltrer la Seconde Capitale.
— Hé, attendez une seconde…
Les mots étaient sortis de ma bouche avant même que je réalise ce que j’étais en train de dire. Mais cette fois, même Patausche ne me réprimanda pas.
— Autrement dit, Xylo, il s’agit d’une mission destinée à un petit groupe de soldats d’élite dont la loyauté est absolument garantie, expliqua Adhiff avec son éternel sourire. — Hord et moi avons proposé votre unité pour plusieurs raisons. Premièrement, nous savons en permanence où vous vous trouvez grâce aux sceaux sacrés jugulaires, et deuxièmement, nous pouvons vous tuer à tout moment si jamais vous désobéissez aux ordres. De plus, ma déesse pourra toujours récupérer la Clé si une urgence survient. J’espère sincèrement que vous accepterez cette proposition, déclara Rykwell.
Alors que nous étions encore trop abasourdis pour répondre, il profita de notre silence pour dire quelque chose d’encore plus incroyable.
— Si vous acceptez, Xylo, alors je vous promets de vous apporter toute mon aide en tant que membre de la famille royale.
Le garçon resserra sa prise autour de la Clé Sacrée.
— Je peux déverrouiller l’un des sceaux sacrés sur votre corps. J’ai déjà reçu l’autorisation de le faire.
L’un des sceaux sacrés sur mon corps.
Je repensai aux pouvoirs que je possédais autrefois.
La plupart avaient été scellés lorsque j’avais été condamné, à l’exception de quelques-uns comme Zatte Finde et Sakara.
— Quelle est votre décision ?
Quelle question stupide, pensai-je en poussant un gémissement tout en fixant les yeux nerveux du garçon.
Au final, une requête directe de la famille royale ne valait pas mieux qu’un ordre.