sentenced t3 - CHAPITRE 1 PARTIE 5

 Châtiment : Opération de diversion dans les collines de Tujin Tuga (5)

—————————————-
Traduction : Calumi
Correction : Gatotsu

—————————————

La neige continuait de tomber par intermittence, et avant qu’il ne s’en rende compte, la nuit était tombée. Il distinguait à peine quoi que ce soit, et le froid était si mordant qu’il avait presque perdu toute sensation dans ses mains. Il concentra sa force dans sa main gauche. Il ne devait pas lâcher sa sœur aînée.

— Ma sœur, vous allez bien ?

Il n’y eut pas de réponse.

Ce n’est pas possible.

Sa sœur devait être là, à lui tenir la main. Elle se devait d’être là…

— Réponds-moi, je t’en supplie ! cria-t-il.

— …Chut, Rykwell, murmura sa sœur. —Tu ne dois pas élever la voix. Nos poursuivants n’ont pas encore renoncé.

Un soulagement envahit Rykwell. Sa voix était encore ferme. Elle était toujours en vie. Le fardeau qu’il portait sur son dos et la présence de sa sœur étaient le seul espoir qui le poussait à continuer d’avancer.

— Pardonne-moi, ma sœur. Où sommes-nous maintenant ? …Ioff est encore loin ?

Des collines s’étendaient à perte de vue, couvertes de neige. Rykwell n’avait aucune idée de ce qui l’attendait devant lui, et ne pouvait pas l’imaginer. Depuis tout ce temps, ils se dirigeaient vers le sud… du moins, selon leur boussole gravée de sceaux sacrés. Restait à espérer qu’elle fonctionnait encore.

— Nous devons déjà être… dans les collines de Tuga, à Tujin. Il devrait y avoir une colonie quelque part par ici. Ou bien des soldats venus d’Ioff…

La sœur de Rykwell murmura de nouveau, rapprochant son visage du sien.

— Alors j’ai besoin que tu sois silencieux encore un peu… Nos poursuivants doivent se rapprocher. Nous pourrions les croiser à tout moment…

Après leur fuite de la Seconde Capitale, leurs gardes s’étaient sacrifiés les uns après les autres pour ralentir l’ennemi. Et maintenant, deux jours entiers s’étaient écoulés depuis la dernière fois qu’ils avaient vu le capitaine et son adjudant. De plus, leur allure avait clairement ralenti. Du moins, c’était l’impression de Rykwell. Même si sa sœur aînée faisait preuve de fermeté, il voyait bien qu’elle était presque à bout de forces.

En réalité, elle avançait peut-être déjà uniquement par volonté, en consumant sa propre force vitale pour continuer. Elle n’avait presque pas dormi ces derniers jours, et ils n’avaient pas le temps de s’arrêter. Depuis la veille, elle n’avait avalé qu’une pincée de sel, un peu d’eau et une bouchée de fromage. Certains auraient pu penser à manger la neige, mais on leur avait strictement interdit de l’utiliser comme substitut à l’eau. Cela ne ferait qu’abaisser la température de leur corps et, par conséquent, les affaiblir encore davantage.

— L’obscurité et la neige nous aident pour l’instant, mais ça ne durera pas longtemps.

La voix de sa sœur était si faible qu’il l’entendait à peine à travers la neige et le vent.

— Alors, Rykwell…

Elle serra sa main plus fort.

— Cherche des flammes et écoute les cris. Repère les signes d’un combat, car non seulement nos ennemis s’y trouveront, mais nos alliés aussi. Même si je tombe, tu dois continuer seul.

— Tout ira bien, ma sœur.

Rykwell ne savait que dire pour la rassurer. Pouvait-il vraiment continuer sans elle ? Cela lui semblait impossible. Pourtant, il voulait malgré tout l’encourager.

— Je suis là pour te protéger, dit-il. — Je te mènerai en lieu sûr.

C’étaient les mêmes mots que le capitaine de leur garde avait prononcés avant de partir deux jours plus tôt, mais Rykwell sentit qu’il devait les dire lui aussi.

— Je peux toujours compter sur toi, dit-elle. — Mais je veux que tu te souviennes d’une chose. Le Kaer Vourke est bien plus important que moi, et il doit être livré quoi qu’il en coûte.

— Je sais.

Je lui ai promis… Rykwell regarda droit devant lui, concentrant ses yeux et ses oreilles sur le monde qui s’étendait devant eux. Alors je dois aller jusqu’au bout, quoi qu’il arrive.

Il se remémora les enseignements de la famille royale, comme un rayon de lumière dans l’obscurité.

Il devait faire en sorte que les paroles du roi deviennent réalité. Les mensonges affaiblissaient l’autorité de ce dernier. Les actions et les résultats étaient tout, surtout pour quelqu’un comme le roi, qui était au centre de l’attention de tous. Il devait obtenir des résultats. Faire de son mieux et abandonner à mi-chemin revenait à ne rien faire.

Rykwell devait survivre et rejoindre leurs alliés. S’il n’y parvenait pas, alors sa mort et celle de sa sœur n’auraient servi à rien.

…Je dois y arriver.

Rykwell scruta l’obscurité et la neige, cherchant ce dont sa sœur avait parlé. Des flammes et des cris. Il scruta désespérément les alentours, marchant et marchant encore jusqu’à ce que…

 

***

 

— Dépêchez-vous ! cria le roi Norgalle en sautant du traîneau et en jetant au sol des paquets de métal fin. — J’en ai fabriqué six pour l’instant. Attachez-les à l’avant et sur les côtés.

Les paquets semblaient contenir du fil métallique, tous reliés pour former une ligne droite. En regardant de plus près, on distinguait des pointes à chaque nœud. D’après Norgalle, il s’agissait de sa « nouvelle arme révolutionnaire ».

— Fixez ces fils à quelques pieux, installez-les à intervalles réguliers, puis activez le sceau sacré.

Norgalle s’exécuta, et le sceau sacré fit se tresser le fil pour former une série de cercles entrelacés. Une fois terminé, cela donna une barrière métallique hérissée de pointes.

Cela me rappelait quelque chose que j’avais vu très récemment.

— L’idée m’est venue après avoir vu les gantelets de cette aventurière, Shiji Bau. Ce devait être un des prototypes de Verkle Développement.

Norgalle observa son œuvre et hocha la tête avec satisfaction.

— Permettre à l’utilisateur d’en modifier librement la forme serait difficile, mais une structure simple et uniforme comme celle-ci est facile à produire.

— Mmh.

Venetim observa avec scepticisme ce qui n’était, au fond, qu’une clôture. Il avait l’air mal à l’aise. Je comprenais ce qu’il ressentait. Les pointes étaient petites, et la barrière présentait de nombreuses ouvertures.

— Dans quelle mesure cela va-t-il être efficace ? On dirait une clôture pour garder des moutons.

— En fait, cette clôture est vraiment révolutionnaire en fait.

J’examinai attentivement l’un des fils métalliques et hochai la tête.

Pour commencer, le fil et les pointes formaient une barrière physique difficile à sectionner. Il faudrait une féerie dotée de crocs extrêmement tranchants, de griffes, ou d’un organe similaire à des ciseaux pour la briser. De plus, certaines parties du fil étaient clairement gravées de sceaux défensifs simples. Personne d’autre que Norgalle n’aurait été capable d’un travail aussi précis.

— Wow, n’importe quelle féerie qui se prend là-dedans deviendra une cible facile. Bordel, je parie même que Dotta pourrait la toucher.

Tsav fit glisser son doigt le long d’une pointe acérée.

— Vaaa… Ugh… Kk…

Même Tatsuya fixait intensément la barrière, les yeux troubles, en grognant au fond de la gorge. Il était rare que cet homme, dépourvu de volonté propre, s’intéresse autant à autre chose que sa mission.

— …Du fil barbelé ? C’est donc ça. Intéressant, murmura Jayce en jetant un regard de côté à Tatsuya.

Il nous avait rejoints à l’instant, après avoir pris soin d’abattre autant de gremlins que possible en chemin. Tandis que Neely exhalait une vapeur blanche dans l’air glacé à ses côtés, il hocha de nouveau la tête.

— Ça semble prometteur. Utilisez-le correctement et occupez-vous de ce qui se passe au sol. Compris ?

Jayce posa un pied dans un des étriers de Neely, et elle abaissa immédiatement son corps pour lui permettre de monter. Puis elle fit face au ciel et rugit.

— D’autres gremlins arrivent par ici, dit Jayce. — On s’en occupe.

— Permission accordée ! tonna Norgalle. — Quant à vous autres, cessez de bavarder et mettez-vous au travail ! Je vous ai ordonné de vous dépêcher !

Sa Majesté enfonça un autre piquet dans le sol. Puis elle jeta une pelle et donna un coup de pied dans un bloc de bois en direction de Venetim.

— Patausche, Tatsuya ! Vous deux, les incapables, commencez à creuser à l’intérieur de l’enclos de fil ! Ceux qui ne peuvent pas faire ça, allumez un feu ! Chancelier, vous allez aussi mettre la main à la patte.

Ses cris de colère étaient si irritants que j’en oubliais presque le froid.

— Il nous faut un plus grand feu ! Hissez notre étendard ! Nous devons leur faire comprendre que cette colline est la ligne de front, et qu’elle est sous mon contrôle !

— D’un côté, je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure idée stratégiquement, mais d’un autre…

Je saisis un pieu et un rouleau de fil et me mis immédiatement au travail.

— Notre objectif est de servir de leurre, et il nous faut quelque chose pour nous faire remarquer, alors allons-y.

— Minute… Pourquoi je suis placée dans la même catégorie que Tatsuya au juste ? C’est ridicule !

Malgré sa colère, Patausche ramassa la pelle presque par réflexe. Son sérieux et ses habitudes de chevalier prirent le dessus. Suivre ce genre d’ordres lui venait presque naturellement.

Je souris malgré moi.

— Le Roi Norgalle te considère comme incompétente à cause de ta cuisine médiocre. Lâche l’affaire et creuse. On s’occupera de ta cuisine plus tard.

— Quoi ?! Il était vraiment à ce point insatisfait ?!

— Eh bien… C’était franchement pas terrible, dit Dotta. — T’étais capitaine chez les Chevaliers Sacrés, donc je pensais que tu serais au moins au niveau de Xylo, mais… Ouais…

— Oui, euh… C’est peut-être un peu présomptueux de ma part, mais tu devrais bien vérifier que les racines de légumes sont bien cuits avant de les servir, conseilla Venetim. — Je pourrais suggérer de les percer avec une brochette pour veiller à ça.

— Sérieux, vous pensiez tous ça ? Genre, je ne pense pas que sa cuisine soit si mauvaise, mais… Ah ! Attends ! Peut-être que c’est parce que j’ai suivi un entraînement spécial pour pouvoir manger n’importe quoi.

— Ne le prends pas personnellement, camarade Patausche. Ta cuisine est une expression de ton individualité en tant qu’être humain. Chacun est différent et unique à sa manière.

Patausche se tut.

Ce fut cependant Teoritta qui porta le coup de grâce. Lui tapotant l’épaule, la déesse continua :

— Ne t’inquiète pas, Patausche. Je pourrai t’apprendre un jour. Ce sera un plaisir.

Teoritta aidait à la cuisine et apprenait actuellement à manier correctement un couteau.

— Avec ton sérieux, je sais que tu progresseras très vite. Je te le garantis !

— …Merci beaucoup, déesse Teoritta, répondit Patausche d’une voix monotone, en enfonçant sa pelle dans le sol avec toute sa force.

— Arrêtez de traîner et bougez ! continua de hurler Norgalle tout au long de leur échange. —Nous venons simplement d’éliminer une unité d’éclaireurs ! Commandant en chef Xylo, combien pensez-vous qu’il y en a en face de nous ?!

— Bonne question. Probablement une dizaine de milliers. D’après ce que j’ai entendu plus tôt, cinq mille est largement sous-estimé.

— Vous avez entendu, soldats ?! Autrement dit, nous ne pouvons pas baisser notre garde une seule seconde !

Le roi planta quelque chose dans le sol à côté du feu de camp. C’était un drapeau portant un emblème composé de cinq épées et d’une porte, représentant le Royaume Fédéré. Cela ne ressemblait pas du tout au vrai, et je ne voulais même pas penser au genre d’ennuis dans lesquels il se retrouverait si quelqu’un découvrait qu’il en avait fabriqué un et le transportait avec lui.

— Mettons en place une stratégie infaillible ! Je compte sur vous tous pour combattre avec bravoure jusqu’au bout ! Le destin du royaume dépend de cette bataille !

C’était du Norgalle tout craché. Ses discours étaient toujours puissants.

— Une fois la fortification terminée, nous nous reposerons jusqu’au début de la bataille !

En tant que commandant, c’était normalement à Venetim de faire ce genre de déclarations. Je jetai un coup d’œil dans sa direction, seulement pour découvrir qu’il était déjà en train de transporter du bois, haletant comme s’il était sur le point de mourir.

 

***

 

Au bout du compte, toute la colline fut entourée de fil barbelé. La barrière elle-même était un peu plus haute qu’un cheval, dominant le terrain en contrebas comme une série d’étranges sculptures.

Norgalle m’avait fait réaligner des piquets jusqu’à l’écœurement, et au bout du compte, la colline avait plus ou moins été transformée en forteresse, avec une clôture de fil. Il ne restait plus qu’à installer une simple tente et à rentrer les provisions, et une fois cela fait, la plupart d’entre nous optèrent pour un repos en silence.

Tsav fut le seul incapable de se taire. Il parlait sans cesse de la récompense qu’il était censé recevoir après la reprise de la Seconde Capitale et de la façon dont il comptait l’utiliser pour ouvrir un café à thème bizarre.

Venetim, lui, était occupé à haleter comme si chaque respiration pouvait être la dernière et n’avait pas l’énergie de répondre.

Je décidai de lever les yeux vers le ciel pour me distraire de tout ce bruit.

On dirait que la neige s’est arrêtée.

Heureusement, la tente nous protégeait aussi du vent.

Mais il fait toujours froid, et l’hiver n’a même pas encore commencé.

J’utilisai notre marmite gravée de sceaux sacrés pour faire fondre la neige et réhydrater ma viande séchée, faisant d’un morceau de viande grand comme la moitié de ma paume un repas étonnamment rassasiant. Mais au milieu de mon repas, Tsav afficha un large sourire et me traîna dans la conversation.

— C’est pourquoi je veux ouvrir un de ces cafés spéciaux, frérot ! Tu vois de quoi je parle ? C’est super à la mode dans la Première Capitale en ce moment.

— Non.

Je coupai la viande avec un couteau et en jetai un autre morceau dans ma bouche.

— Ça fait un moment que je ne suis pas allé à la capitale. Qu’est-ce qu’ils ont de spécial ? On y joue de l’argent ou quoi ?

— Pas du tout ! Enfin, ça a l’air fun, mais non ! Je parle de ceux où des femmes en costumes spéciaux t’accueillent à l’entrée et passent du temps avec toi !

— Ah, ces endroits ? C’est devenu populaire récemment.

La réponse vint de quelqu’un d’inattendu. Patausche hocha la tête en direction de Tsav tout en portant avec grâce un petit morceau de pain à ses lèvres.

— Il y a aussi des cafés comme ça dans la Seconde Capitale, et j’ai entendu dire que beaucoup de femmes aiment y travailler, puisqu’elles peuvent se déguiser. Apparemment, les tenues sont très mignonnes.

— …Quel genre de vêtements portent-elles pour que des clients paient pour les voir ? demandai-je.

— Eh bien, tu vois. Des uniformes de domestique avec des oreilles de chat ou de chien, d’élèves du Temple avec des oreilles de chat ou de chien… Ce genre de choses. Des tenues uniques qu’on n’aurait pas normalement l’occasion de porter.

Cela avait un certain sens. Pour devenir domestique dans une maison noble, il fallait à la fois une bonne lignée et des compétences considérables.

Les élèves du Temple étaient dans le même cas. Mais porter de fausses oreilles de chat ou de chien… Quel était le rapport ?

Teoritta, en revanche, se leva aussitôt, les yeux brillants.

— Oh ! Ça a l’air incroyable !

Elle regarda Patausche et tapa dans ses mains.

— J’aimerais beaucoup y aller un jour et voir toutes ces tenues ! Et si possible, j’aimerais aussi me déguiser !

— Vos désirs sont des ordres, Déesse Teoritta. Je vous promets de vous y emmener un jour, si tel est votre souhait.

— Attendez, je suis le seul à trouver ça complètement dingue ?

Après avoir englouti sa portion de viande séchée, Tsav se mit à mâcher des graines qu’il avait apportées. Il était étonnamment prévoyant pour ce genre de choses et transportait toujours ses propres rations.

— Tu te fous de moi. J’avais aucune idée que tu t’y connaissais autant là-dedans, sœurette.

— Je ne suis pas ta sœur. Et je vivais dans la Première Capitale jusqu’à récemment, donc c’est normal que je connaisse ce genre d’endroits. D’ailleurs, j’ai envisagé d’y travailler pour acquérir de l’expérience. Juste pour l’expérience. Compris ?

J’essayai d’imaginer Patausche servir des clients dans ce genre de tenue, avec Teoritta à ses côtés, mais je n’y parvins pas. Patausche fusillerait ses clients du regard, et Teoritta courrait partout sans rien faire correctement. En fait, je doutais même qu’elles soient capables de servir qui que ce soit. Néanmoins, j’étais assez malin pour savoir quand me taire, contrairement à notre coéquipier sans cervelle, Tsav.

— Whooa ! Toi ? En train de travailler à temps partiel habillée comme ça ? Sérieusement, je ne peux même pas l’imaginer. J’aurais l’impression que le monde s’effondrerait… Quoi ?! Attention !

Tsav recula précipitamment tandis que la pointe de l’épée de Patausche s’approchait de sa gorge. Cette dernière l’avait dégainée à une vitesse foudroyante, et elle lui lançait un regard aussi froid que la glace.

— Qu’est-ce qui est si difficile à imaginer ? demanda-t-elle.

—  …Comment diable tu m’as pris par surprise à cette distance ? J’ai failli mouiller ma culotte… Faites comme si je n’avais rien dit, d’accord ?

— Hors de question. Explique-toi ! Qu’est-ce qui est si difficile à imaginer !

— Arrêtez, bon sang.

Je n’eus d’autre choix que d’intervenir.

— Vous voulez qu’on se tue avant même que l’ennemi arrive ?

— …Sérieusement. T’es vraiment une nuisance.

Il semblait que Jayce et moi soyons d’accord pour une fois. Il reposait son dos sur le cou de Neely, sirotant de l’eau salée chaude et nous fusillant du regard.

— Neely dit qu’elle aime vous regarder parce que vous êtes drôles, mais elle ne veut voir personne mourir, alors elle vous demande de la fermer. Maintenant. Le prochain qui dit quelque chose de stupide se fera écraser.

Neely renifla doucement comme pour confirmer ce qu’il avait dit, mais cela ressemblait également à un ricanement. Même Tsav se tut après ça. Si Neely voulait qu’il soit silencieux, il n’avait pas d’autre choix. Neely avait probablement le plus d’autorité au sein de notre petit groupe, suivie de Teoritta.

— Euh… Autrement dit…

Teoritta se leva avec hésitation, écarta les bras et se mit à les agiter. Je supposai que ces gestes mystérieux étaient probablement censés nous motiver.

— Nous devons tous travailler ensemble pour gagner ! Ce n’est pas le moment de se battre entre nous ! Pas vrai ?

— Ouais.

Quand elle se tourna vers moi pour chercher du soutien, je n’eus d’autre choix que de hocher la tête, même si honnêtement je ne voulais rien avoir à faire avec ça.

— On ne sait pas quand l’ennemi va frapper, alors on n’a pas le temps de faire des bêtises.

— Dotta, quelle est la situation ? De nouvelles féeries à l’horizon ?

Maintenant que Jayce et Tsav étaient là, il allait falloir plus d’une ou deux centaines de féeries pour nous vaincre. L’ennemi nous attaquerait probablement par milliers ou dizaines de milliers.

— Les féeries sont toujours en train de temporiser ? demandai-je. — Elles se rapprochent, non ?

— O…ouais… En fait, elles sont même déjà assez proches.

Dotta scrutait le lointain à travers la lentille de son télescope amélioré par un sceau sacré.

— Elles bougent. Et il y en a beaucoup. Environ un millier… je suppose ? Et bien qu’elles ne soient pas encore sur nous, il semble y avoir un autre… millier environ de féeries derrière elles.

— Hmm ? …Ça semble un peu désorganisé.

On aurait dit qu’ils envoyaient les troupes qu’ils pouvaient rassembler dès qu’elles étaient prêtes au combat. Normalement, ils auraient déployé l’ensemble de leurs forces en une seule fois. Étaient-ils à ce point pressés de nous éliminer ?

Peut-être que nous les avions pris par surprise, et ils peinaient à trouver un moyen de nous gérer. Nous avions certes construit une fortification, mais notre unité était réduite, donc je n’aurais pas été surpris qu’ils nous ignorent complètement. Il devait y avoir d’autres facteurs en jeu.

Quoi qu’il en soit, ils seraient là bientôt, et le véritable combat commencerait sans doute dès que nous aurions terminé de manger.

— Teoritta, finissez votre thé au miel. Un combat difficile nous attend.

— D’accord ! Tu en prendras aussi une tasse, pas vrai, Xylo ? Vous autres aussi !

Teoritta fit bouillir de l’eau avec entrain, visiblement décidée à en préparer pour tout le monde. Il était évident que nous n’aurions plus aucune pause après ça. Je commençai à m’étirer, me préparant à prêter main-forte à Teoritta.

C’est alors que Dotta laissa échapper un son étrange.

— Ah ! Attendez !

Il leva la main et pointa quelque chose au loin.

— Il y a quelque chose là-bas.

— Ouais, je m’en doute. Quoi ? T’as vu un lapin ou un truc du genre ?

— Non, des gens. Deux personnes. Deux jeunes ! Mais qu’est-ce qu’ils foutent là ?!

Dotta délirait encore. Deux enfants ? Venaient-ils d’une colonie voisine ? Mais que feraient-ils ici ? Ce n’était pas un terrain dans lequel on se perdait par accident. Cela signifiait qu’ils avaient sans doute fui la capitale.

— Ils se dirigent par ici, dit Dotta. — Tu penses que ce sont des fugitifs ? Qu-qu’est-ce qu’on fait, Xylo ?!

— Ce qu’on fait ? On…

— Hé, coupa-t-il.

Je n’avais jamais vu Dotta agir de cette manière, et ses paroles suivantes étaient tout aussi inhabituelles.

— T…tu crois qu’on peut les aider ?

C’est une blague, pensais-je.

error: Pas touche !!