sentenced t3 - CHAPITRE 1 PARTIE 4
Châtiment : Opération de diversion dans les collines de Tujin Tuga (4)
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Traduction : Calumi
Correction : Gatotsu
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Dotta avait pris de l’avance à cheval et agitait son bâton de foudre au loin. Mais les étincelles qui jaillissaient de sa pointe indiquaient clairement que quelque chose n’allait pas. Elles étaient rouges, signalant le danger.
Les bâtons de foudre ne servaient pas seulement à attaquer. Ils pouvaient émettre un son puissant ou produire plusieurs couleurs d’étincelles, comme celles que Dotta utilisait.
— À ton avis, qu’est-ce qui s’est passé ? demanda Teoritta à voix haute, les bras enroulés autour de moi par-derrière. — Il semble assez paniqué. Regarde comme il agite ce bâton n’importe comment. Le cheval doit être complètement perdu.
Outre Dotta, Patausche et moi étions également à cheval, et Teoritta avait été forcée de s’asseoir derrière moi.
— Il est toujours comme ça, dis-je. — La seule personne encore moins faite pour le combat, c’est Venetim.
— Est-ce acceptable pour un soldat ? demanda Patausche. — Ça me semble extrêmement dangereux.
— Non, répondis-je en secouant la tête. — Mais tu sais à quel point il est bon en reconnaissance, pas vrai ? S’il nous dit de rester sur nos gardes, alors… Patausche, active ton sceau sacré. On va lui parler.
Je posai un doigt sur le sceau sacré jugulaire, et Patausche m’imita.
— Xylo ! C’est mauvais !
La première chose que nous entendîmes fut la réplique préférée de Dotta.
— Les féeries sont bien plus proches que prévu, et elles avancent dans notre direction. Elles nous ont probablement déjà repérés.
Dotta semblait se méfier du ciel. Il faisait déjà nuit, et la lune violette pointait le bout de son nez à travers une brèche entre les nuages. Et dans cette lumière sinistre, je vis des ailes.
Des gremlins volaient au-dessus de nous. Les petites féeries aux ailes membraneuses étaient classées comme gremlins. Bien qu’elles paraissent petites et faibles individuellement, le simple fait qu’elles puissent voler les rendait dangereuses. Nous devions partir du principe qu’elles nous avaient déjà repérés.
— Combien de féeries avons-nous en face ? demandai-je.
— Une trentaine, je dirais. Et la plupart sont des fuathan et des bogies !
Ces deux types étaient particulièrement rapides, ce qui me fit conclure que l’ennemi avait envoyé des éclaireurs. Vu la taille du détachement, nous ne devrions tomber que sur une petite unité de reconnaissance.
— …Si c’est vrai, cela signifie qu’ils avancent encore plus vite que prévu, non ? dit Patausche en grimaçant. — Tu es sûr de ça, Dotta ? Pourquoi marcheraient-ils droit sur nous ?
— N…ne me pose pas la question ! Comment je suis censé savoir ?!
Je comprenais pourquoi elle doutait de ce qu’elle entendait. Notre mission était de prendre la grande colline devant nous et d’y construire une fortification pour attirer l’attention de l’ennemi. Mais avant même de commencer, nous étions déjà en position défavorable.
— Xylo, tu penses qu’on devrait dire à ceux de l’arrière d’accélérer ?
Rhyno, Tsav et Tatsuya étaient à l’arrière, chargés de superviser les provisions, entassées sur un traîneau tiré par un cheval. Et derrière eux, haletant pitoyablement, Venetim ne portait que le strict minimum de nourriture. Jayce nous rejoindrait sans doute plus tard, par les airs. Pendant ce temps, le Roi Norgalle était assis sur le traîneau, car nous voulions qu’il se concentre sur la fabrication de sceaux sacrés jusqu’à notre arrivée.
Nous ne pouvions pas laisser notre roi gaspiller sa noble endurance dans des tâches subalternes, d’autant plus qu’il avait soi-disant préparé une « nouvelle arme révolutionnaire ».
— Je pense qu’il serait plus prudent d’attendre les troupes à l’arrière avant d’avancer, dit Patausche. — De cette façon…
— A…attendez, attendez, attendez ! Vous plaisantez, pas vrai ?! cria Dotta. — Vous comptez sérieusement me laisser poireauter devant l’ennemi tout seul ? Hors de question ! Je mourrai de peur avant même qu’ils m’atteignent ! Maniez-vous de venir ici ! Je veux pas mourir !
— Qu’est-ce que tu racontes ? Il ne s’agit pas d’avoir peur ou de mourir. Il s’agit de gagner.
— Minute. C’est vrai qu’on n’a pas le temps d’attendre, dis-je en l’interrompant.
Je ne prenais pas le parti de Dotta pour autant.
— Prenons les devants et suivons le plan. C’est ce qui nous donnera la meilleure position. Je suis d’accord pour presser ceux de l’arrière, mais nous devons aller encore plus vite.
— …Autrement dit, tu veux qu’on élimine leur unité d’éclaireurs ? Juste à nous deux ?
Patausche n’avait pas inclus Dotta dans son calcul. Elle semblait le considérer comme totalement inutile en combat, et je n’étais pas en désaccord.
— Tu n’as pas l’air très sûre de toi, Patausche Kivia.
— Hmph.
Elle parut hésiter un instant.
— …Ça ne devrait pas être si terrible, tant que tu arrives à suivre mon rythme.
— C’est décidé, alors. Teoritta !
— Très bien, répondit-elle. — Permets-moi de bénir votre combat et…
— Non, pas ça. Accroche-toi bien ! Je ne veux pas que tu te mordes la langue !
— Déesse Teoritta, veuillez-nous accorder votre bénédiction ! ajouta Patausche.
— Oh ! Si c’est…
Nos chevaux partirent dans un galop furieux, coupant la parole à Teoritta, et nous amenèrent jusqu’à la colline saupoudrée de neige en quelques instants. L’endroit n’avait rien de particulier, mais il était essentiel que nous y construisions la fortification et que nous la défendions au péril de nos vies.
— Tu entends ça, Venetim ?! Accélère et ramène-toi ici !
— J…je vais déjà aussi vite que je peux !
— T’as entendu, frérot ! Rhyno, tu peux aller encore plus vite ?
— Bien sûr. On attache Venetim au cheval et on le traîne ?
— Woah ! C’est bon ça, Rhyno ! Je n’ai jamais rien entendu d’aussi peu considéré de ma vie ! Venetim, t’en dis quoi ? On t’attache au cheval ?
— J…je peux courir ! Je vais courir, alors arrêtez de me regarder comme ça ! Vous me faites peur !
Tsav et Rhyno savaient instinctivement comment faire bouger Venetim, alors je décidai de leur laisser ça. Les écartant de mon esprit, je reportai mon regard vers l’avant, où une petite armée de féeries avançait vers nous. Je distinguai un groupe d’éclaireurs d’à peine trente unités, ce qui confirmait l’estimation de Dotta.
— Xylo, Xylo ! Ils sont là ! Juste devant moi ! Qu’est-ce que je fais ?!
Je dépassai mon coéquipier tremblant au galop. Dotta était de toute façon inutile dans ce genre de situation.
— Ne nous tire pas dans le dos, à moins d’avoir envie de mourir. Patausche et moi, on s’en charge.
— Ça veut dire que j’ai rien à faire ? Parce que ce serait génial ! Mais dépêchez-vous !
Tandis que j’ignorais Dotta, les féeries devant nous commencèrent à bouger. Il était évident qu’elles nous avaient repérés depuis un moment et savaient que nous n’étions que trois unités. En conséquence, elles décidèrent de nous attaquer des deux côtés. C’était une simple manœuvre d’encerclement, avec une dizaine de féeries au centre et une dizaine de chaque côté.
— Patausche, tu sais ce que la cavalerie fait de mieux ?
— Je n’ai aucune idée de pourquoi tu me poses ce genre de question dans un moment pareil, mais celle-ci est simple. La mobilité.
Patausche était une cavalière d’exception, comme je m’y attendais. La mobilité. Si elle avait compris cela, tout irait bien. Certains auraient parlé de la capacité à percer les lignes ennemies ou d’une puissance d’attaque accrue, mais on m’avait appris que ce genre de choses n’était que du superflu.
— On commence par les féeries de droite, dis-je. — Contourne-les et attaque-les par l’arrière.
— Compris.
Patausche accéléra son cheval, levant simultanément sa lance en position de combat.
— On y va, Teoritta.
Communiquer mes intentions et ma stratégie à la déesse était simple, puisqu’elle s’accrochait toujours à ma taille.
— D’abord, on va ouvrir une brèche à travers le front !
— Très bien.
Elle effleura rapidement l’air, faisant pleuvoir des épées sur les féeries en première ligne. L’attaque était d’une précision exceptionnelle, et à elle seule, elle infligea de lourds dégâts aux féeries au centre. Une large ouverture s’était formée, que Patausche franchit sans effort.
— Aaaah !
Dotta hurla en tirant au hasard avec son arme. Il ne toucha pas une seule féerie, mais ses singeries fournissaient au moins une distraction acceptable. Il me donna tout au moins assez de temps pour foncer vers les féeries sur notre droite, dégainer un couteau et le leur lancer.
Un éclair de lumière fut suivi d’une explosion, puis d’un autre couteau.
Patausche fondit sur l’ennemi par l’arrière, activant le sceau sacré composé gravé sur son armure, conçu pour les attaques surprises.
Des chaînes entrelacées et lumineuses formèrent une barrière à la pointe de sa lance, et chaque féerie qui la touchait était soit réduite en cendres, soit secouée de convulsions avant d’être projetée au loin.
Les féeries de droite allaient être entièrement éliminées en quelques minutes. Elles n’avaient aucune chance. La lance de Patausche embrocha habilement une féerie avant de l’envoyer impitoyablement tourbillonner dans une autre en plein élan.
Peu après, il ne resta plus un seul ennemi debout sur la droite. C’était là la véritable puissance d’un cavalier. Un exemple parfait de percée de la ligne centrale ennemie suivie d’une attaque par l’arrière. Il était évident que la véritable valeur de Patausche résidait dans ce type de combat.
— Xylo.
Alors qu’elle levait sa lance gravée de sceaux sacrés et repartait au galop, elle se mit même à me donner des directives.
— Finissons-en. Ne laissons aucun survivant. Nous ne pouvons pas leur permettre de transmettre davantage d’informations à leurs supérieurs.
— Je sais.
L’Unité de Héros Condamnés disposait enfin de son propre cavalier.
Un fait qui allait, sans aucun doute, s’avérer déterminant.
***
— …Une des unités d’éclaireurs n’est toujours pas revenue, observa Trishil.
Elle regardait avec curiosité les féeries qui revenaient en volant dans les airs. Tandis qu’elle les observait, ses cheveux rouge cendré frôlaient son épais manteau de fourrure. Elle avait un air féroce, mais même Lentoby la trouvait attirante. Une beauté sauvage se dégageait de son profil, éclairé par la lueur de la lune violette.
Soudain, elle se tourna vers lui.
— D’après les gremlins, l’une de nos unités a rencontré un groupe de seulement trois cavaliers et a immédiatement cessé tout contact. Qu’en pensez-vous, adjudant Lentoby ? J’attends vos brillantes conclusions.
— Hmm…
Lentoby Kisco devait s’assurer que sa réponse soit claire et concise. Il savait que c’était ce que Trishil attendait, et pour l’instant, il devait continuer à jouer le rôle de l’adjudant calme et posé.
— Il semble que deux des trois chevaliers aient rapidement éliminé les féeries, tandis que celui au centre est resté en place, envoyant des signaux avec son bâton de foudre. À partir de là, je pense que ce dernier est leur commandant.
— C’est aussi ce que je pensais. Cependant, qu’est-ce que ça signifie ?
— L’ennemi a envoyé son élite bien en avance de ses forces principales, et compte tenu des circonstances, je pense qu’il faut s’attendre au pire. Il semble raisonnable de supposer que leur objectif est de sauver et de protéger la troisième princesse et le troisième prince, et que ces trois chevaliers sont les combattants les plus puissants de l’ennemi.
Toujours envisager le pire et faire preuve d’un maximum de prudence, c’était ainsi que la chef mercenaire Trishil fonctionnait. Lentoby le savait.
— L’ennemi aurait donc d’une manière ou d’une autre appris leur fuite ?
— Oui. Au minimum, je recommanderais de combattre en partant de cette hypothèse, répondit Lentoby.
Trishil semblait le mettre à l’épreuve. Il devait rester vigilant.
— Surestimer l’ennemi va à l’encontre du principe de masse, non ? Cela pourrait simplement être une diversion.
— Quoi qu’il en soit, il est question ici du prince et de la princesse. Ils représentent l’espoir de l’humanité, et je pense que cela justifie d’en faire notre priorité absolue.
Ai-je été convaincant ? se demanda Lentoby, se réprimandant une fois de plus. Tout cela n’était qu’un rôle. Le véritable Lentoby n’était pas comme ça. Dans ces moments-là, il imaginait une boîte d’un blanc pur où le vrai lui était caché. Il lui suffisait de protéger cette boîte. Tant qu’il y parvenait, il pouvait continuer à se faire passer pour quelqu’un qu’il n’était pas. L’ennemi de l’humanité.
— Très bien, je vais garder ça en tête. Les choses deviennent intéressantes, n’est-ce pas ?
Trishil esquissa un sourire. Cette expression rappelait à Lentoby une lame affûtée, avide de sang et de combat.
— Vous pensez que nous avons affaire aux Chevaliers Sacrés et à leur déesse du poison ? Ou à ces « héros » dont j’ai entendu parler ?
Lentoby ne pouvait pas la comprendre. Elle semblait prendre plaisir au combat. Ou peut-être aimait-elle simplement gagner. Il se souvenait l’avoir entendue dire un jour que ce qu’elle préférait, c’était piétiner dans la boue ceux qu’elle avait vaincus, et que plus l’ennemi était puissant, mieux c’était.
— Laissez-moi m’occuper de leur commandant. Rares sont ceux dans sa position qui viendraient en première ligne. Il a éveillé mon intérêt.
Ses lèvres paraissaient étrangement rouges, sans doute à cause de la lumière de la lune.
— En route. Apportez mon armure. Si nous affrontons de la cavalerie, j’aurai besoin de mon Sceau composé Dygrap de Frappe.