LOVE UNSEEN T2 – CHAPITRE 6
Kyoko Sorano
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Traduction : Raitei
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Les grandes portes de l’église s’ouvrirent. Vêtue de blanc, la jeune Koharu s’inclina aux côtés de son père. Une majestueuse musique d’orgue s’éleva, puis ils commencèrent à avancer lentement le long de l’allée rouge vif.
Dans sa robe de mariée, Koharu ressemblait à un ange descendu du ciel.
Après mon divorce, les sourires de Kakeru devinrent forcés.
Il devint le genre de garçon qui marchait constamment sur des œufs en présence des autres, gardait ses distances et refusait de montrer ce qu’il ressentait réellement.
En tant que mère, il m’était évidemment douloureux de le voir ainsi. Je m’en voulais. J’essayais de me montrer aussi accessible que possible, mais il ne s’ouvrait jamais à moi.
Lorsque Kakeru m’annonça qu’il voulait étudier à Tokyo, je ne parvins pas à comprendre ses véritables intentions. En tant que mère, cela aurait pourtant dû être mon rôle. Je supposais qu’il voulait simplement quitter la ville, mais j’étais triste de ne trouver aucune autre explication. Lorsqu’il me déclara : « Je ne veux pas être un fardeau pour toi, maman », ses paroles me portèrent un coup terrible.
Le jour de son grand départ, alors que nous roulions vers l’aéroport de Kitakyûshû, nous parlâmes de son avenir. Ce fut seulement lorsqu’il déclara qu’il pensait trouver un travail à Tokyo que je compris enfin qu’il me quittait définitivement.
J’en avais assez d’être triste. Je décidai donc de laisser Kakeru profiter de sa liberté. Après tout, il était désormais adulte.
Lui faire signe au niveau de la porte d’embarquement me donna l’impression que nous nous disions adieu pour toujours.
En tant que mère, je souffrais de ne pas avoir été capable de lui donner tout ce qu’il désirait. Au minimum, je voulais m’assurer qu’il ne rencontrerait aucune difficulté financière. Je commençai à penser que c’était la seule chose que je pouvais encore faire pour lui.
Puis, un jour, tout changea.
Il commença à m’appeler pour me demander conseil.
Kakeru n’était pas le genre de garçon à exprimer directement ce qu’il pensait. Mais lorsque je rassemblai les fragments d’informations qu’il me fournissait, je compris qu’il était tombé amoureux d’une jeune fille malade.
Il ne semblait pas rechercher les conseils d’une mère. Il souhaitait plutôt être guidé par quelqu’un qui possédait davantage d’expérience de la vie. La situation était trop lourde pour qu’il puisse la gérer seul.
Quoi qu’il en soit, j’étais ravie qu’il ait décidé de se tourner vers moi après tout ce temps.
Peu après, il m’annonça qu’il avait une petite amie. Finalement, il avait commencé à sortir avec la jeune fille à propos de laquelle il m’avait demandé conseil.
Je fus vraiment surprise qu’il partage une telle chose avec moi. Lorsqu’il m’annonça la nouvelle, il précisa également que sa petite amie était aveugle. Je supposai qu’il espérait obtenir mon approbation.
Ils venaient à peine de commencer leur relation, mais il tenait déjà à me tenir informée. Cela montrait à quel point Kakeru prenait cette histoire au sérieux.
Pour être parfaitement honnête, apprendre que sa petite amie était aveugle me déstabilisa.
Il avait pris cette décision. J’affichai donc un visage courageux et lui apportai mon soutien. Pourtant, au fond de moi, je ne pouvais m’empêcher de m’inquiéter.
Est-ce que tout irait bien ? Pourquoi l’avait-il choisie ? N’aurait-il pas pu sortir avec une fille normale ?
Je ne la connaissais même pas, mais ces pensées irrespectueuses me traversèrent malgré tout l’esprit.
Cependant, après le début de leur relation, je remarquai chez Kakeru un changement évident. Au téléphone, il semblait rarement abattu désormais. Il m’arrivait même de l’entendre rire. Il commença également à me parler davantage de lui-même.
La jeune fille qui l’avait transformé de cette manière s’appelait Koharu.
Je voulais la rencontrer.
J’étais curieuse de découvrir quel genre de personne elle était.
Si Kakeru devait un jour se marier, je voulais que ce soit avec quelqu’un auprès de qui il se sentirait à l’aise. À mes yeux, c’était la chose la plus importante.
Lorsque Kakeru finit par ramener Koharu à la maison, je fus sincèrement émue.
Oh, il a vraiment trouvé une perle rare, pensai-je.
Koharu avait certainement traversé d’immenses épreuves. Pourtant, ce furent précisément ces expériences qui avaient fait d’elle cette jeune femme attentionnée qui ne cessait de sourire.
Comme un diamant, elle avait refusé de laisser son environnement dur et implacable ternir son éclat. Cela conférait à son sourire une dignité extraordinaire.
Voilà l’impression qu’elle me donna.
Je savais que Kakeru serait capable de construire une famille heureuse avec Koharu à ses côtés. Elle dissipa toutes mes inquiétudes. Une profonde sensation de soulagement m’envahit et m’emplit de sérénité.
Lorsque Kakeru emmena Koharu à Shimonoseki, il m’annonça qu’il voulait l’épouser.
Je lui donnai immédiatement ma bénédiction.
J’étais heureuse de pouvoir confier à Koharu la personne à laquelle je tenais le plus au monde. Je n’avais pas le moindre doute.
Dans le même temps, je me demandai si je pouvais faire quelque chose pour les aider.
C’est alors que je pensai au diamant que ma belle-mère m’avait offert.
— Tu as déjà acheté une bague de fiançailles ?
Lorsque je posai cette question à Kakeru, il admit que oui. Il avait économisé l’argent gagné grâce à son travail à temps partiel pour acheter à Koharu une bague de créateur d’une marque de luxe. Sertie de petits diamants, elle ressemblait toutefois davantage à un bijou de mode qu’à une véritable bague de fiançailles.
— Koharu ne peut pas voir. Dans l’idéal, j’aurais voulu lui offrir une bague ornée d’un diamant assez gros pour qu’elle puisse le sentir. J’imagine que si je travaille aussi dur que possible, je pourrai peut-être lui en acheter un pour notre dixième anniversaire, plaisanta Kakeru en riant.
Avant son départ pour l’université, Kakeru ne m’aurait jamais parlé d’une chose pareille. Il aurait longuement souffert seul, avant de finalement abandonner sans demander l’avis de qui que ce soit.
Sa rencontre avec Koharu avait été un miracle pour lui.
— Ne sois pas ridicule. Pourquoi ne m’as-tu pas demandé conseil ? lui répondis-je.
Je sortis quelque chose d’un tiroir et le montrai à Kakeru.
— Un collier ?
— Il appartenait à ma défunte belle-mère. Ta grand-mère. Elle me l’a offert pour mon mariage.
— Je ne savais pas que tu l’avais. Elle ne t’a pas demandé de le lui rendre ?
— Nous nous entendions bien, alors elle m’a demandé de le conserver.
Ma belle-mère avait semblé très triste lorsque le père de Kakeru et moi avions divorcé. Je me souvenais comme si cela datait de la veille de la manière dont elle m’avait demandé, les larmes aux yeux, de bien prendre soin de Kakeru.
— Le diamant est énorme.
Kakeru leva la pierre du collier vers la lumière et l’observa attentivement.
— Je te le donne, lui annonçai-je.
— Hein ? Pourquoi tout à coup ?
— Je veux que tu fasses retirer le diamant, que tu le fasses monter sur une nouvelle bague et que tu l’offres à Koharu.
— Tu es certaine ?
— Évidemment. Je lui confie déjà la chose que j’aime le plus au monde. Autant lui offrir également mon deuxième bien le plus précieux.
Kakeru me demanda quelle était la première chose, mais je refusai de lui répondre et lui déclarai que c’était un secret.
En y repensant, je me souvins avoir décidé de donner un jour ce collier à la future épouse de Kakeru, lorsque ma belle-mère m’avait demandé de prendre soin de lui.
Lorsqu’il me parla de son désir d’offrir à Koharu un diamant suffisamment grand pour qu’elle puisse le sentir, je compris à quel point il prenait instinctivement ses besoins en considération.
C’était à cet instant que le collier m’était revenu en mémoire.
Quelque temps plus tard, Kakeru m’annonça qu’il avait fait transformer le diamant du collier en une bague et qu’il avait demandé Koharu en mariage avec celle-ci.
— Elle était tellement heureuse, me raconta joyeusement Kakeru.
En l’entendant, je sentis mon cœur se gonfler de bonheur.
Le prêtre se tenait devant le vitrail et récitait les vœux de mariage.
— Koharu, acceptez-vous de prendre Kakeru pour époux légitime et de vivre à ses côtés à compter de ce jour, pour le meilleur et pour le pire, dans la richesse comme dans la pauvreté, dans la maladie comme dans la santé ?
C’était une promesse que je n’avais pas été capable de tenir.
— Oui, bien sûr ! répondit Koharu de sa voix légère et joyeuse.
Le prêtre se tourna ensuite vers Kakeru et lui posa la même question.
— Je le veux, répondit-il.
— Vous pouvez maintenant échanger vos alliances.
Pour cet échange, Koharu avait déclaré qu’elle voulait utiliser cette bague.
Son immense diamant brillait avec une telle intensité que je pouvais l’apercevoir depuis mon siège.
Je pouvais seulement espérer que leur avenir serait tout aussi lumineux.
Je voulais que leur vie commune soit si merveilleuse que son éclat puisse être aperçu de très loin.
Si tel était le cas, je pourrais rester à Shimonoseki sans avoir à m’inquiéter pour eux.
Cette pensée répandit une douce chaleur en moi.
Kakeru glissa la bague ornée du diamant autour de l’annulaire de Koharu.
Elle sourit.
Il lui rendit son sourire.
Celui-ci n’avait plus rien de forcé. Il avait l’air sincèrement heureux.
Lorsque je vis ce sourire, je me mis à pleurer sans pouvoir m’arrêter, tandis que les larmes coulaient abondamment le long de mes joues.