INEPT T3 – CHAPITRE 7

Interlude

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Traduction : Moonkissed
Correction : Ostinliss
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À genoux, le seigneur Koh fixait d’un regard sinistre le crépuscule qui s’approchait.

— Bon sang…

Il priait au sanctuaire situé près de la tour du tambour. Les habitants du territoire du sud étaient pour la plupart des gens pieux qui imploraient les dieux pour la moindre petite chose, et le magistrat avait lui aussi pris l’habitude de se rendre dans les différents sanctuaires qu’il avait fait construire autour de la ville. En ce moment précis, il priait pour le retour sain et sauf de Shu Keigetsu, jeûnant et louant les Cieux toute la journée — ou du moins, c’est ce qu’il semblait faire.

Il n’y avait pas la moindre once de sincérité dans tout cela.

— Bon sang, bon sang, bon sang…

Tout ce qu’il ressentait, c’était de la panique face au fait que les choses ne se déroulaient pas comme il l’avait prévu.

— Pourquoi le prince héritier ne fait-il rien ?

Sa voix, d’ordinaire si habile à tisser des paroles polies, n’était plus qu’un croassement irrité.

Et ce n’était pas étonnant : malgré tout le tapage que le seigneur Koh avait fait autour de ce scandale d’enlèvement de Shu Keigetsu, le prince Gyoumei n’avait toujours pas laissé transparaître la moindre fissure dans son sang-froid. Il restait même cloîtré dans le domaine et discutait de tout et de rien avec les habitants.

Sa propre demoiselle avait été enlevée ! Pourquoi ne concentrait-il pas son attention là-dessus ? S’il reste dans le domaine trop longtemps encore et commence à fouiller dans mes livres de comptes…

Le magistrat parvint de justesse à empêcher son visage de se déformer de ressentiment.

Il s’était déjà débarrassé des livres de comptes. Dès le début, il avait eu pour principe de ne garder à ses côtés que ses plus proches parents.

La vérité n’aurait jamais dû être découverte — à savoir qu’il avait menti sur la population de la commune pour se livrer à une fraude fiscale.

Bon sang… Si ce n’était pas pour cette vague de froid, j’aurais réussi mon coup sans accroc.

Levant les yeux vers les nuages plombés qui voilaient le ciel même au crépuscule, le seigneur Koh claqua la langue là où il était agenouillé.

Après avoir obtenu des résultats peu impressionnants à l’examen de la fonction publique, on lui avait refilé cette région perdue. Il n’y avait qu’une seule raison pour qu’un homme comme lui — un homme aussi imbu de lui-même que dépourvu de résultats concrets — n’ait pas contesté son poste : la commune était située à bonne distance du centre du royaume, ce qui en faisait l’endroit idéal pour s’enrichir discrètement.

Les impôts étaient calculés en fonction du recensement communiqué à la capitale impériale. Par conséquent, le seigneur Koh avait réduit le nombre de foyers enregistrés au fil du temps jusqu’à ce que les impôts prélevés sur la commune ne représentent plus qu’une fraction de ce qu’ils auraient dû être.

Le seigneur Koh gardait le riz restant pour lui. Il le distribuait au territoire voisin à l’est et le transformait en or, qu’il cachait ensuite dans une grotte au cœur des montagnes brumeuses. Il était même allé jusqu’à créer une superstition au sujet d’une « forêt maudite » pour empêcher quiconque de s’en approcher. Il avait percé des trous dans les arbres afin que le vent y produise des bruits sinistres, et il avait planté divers fruits appréciés des animaux afin que les gens soient plus susceptibles d’être attaqués par des bêtes sauvages. Son idée la plus ingénieuse remontait aux premières années, lorsqu’il avait envoyé des assassins assommer les randonneurs, puis les avait enduits de poison avant de les renvoyer chez eux. De nos jours, pas une seule âme, ni de la commune ni du village, n’osait s’y aventurer.

Au fil de ces nombreuses années de manigances, le seigneur Koh avait amassé une somme d’argent considérable. Malheureusement, les deux dernières années avaient été marquées par une sécheresse et une vague de froid qui s’étaient succédé rapidement, entraînant une forte baisse des rendements agricoles.

Il était avantageux d’avoir une population nominale plus faible en temps de paix, car cela signifiait moins d’impôts, mais l’inconvénient était que cela compliquait les choses lorsque la commune était confrontée à une pénurie alimentaire.

La quantité d’aide envoyée par la capitale sous forme de congee, de sel et de vêtements était également calculée sur la base du recensement.

En conséquence, les habitants de la ville avaient commencé à manifester leur mécontentement lorsqu’ils avaient constaté qu’ils ne recevaient pas autant de congee que les autres territoires. Tout allait bien tant qu’ils dirigeaient leur colère contre la capitale, mais le risque d’un soulèvement était réel s’ils découvraient sa supercherie.

Normalement, il aurait sacrifié le village des Intouchables pour détourner l’attention des habitants de leurs problèmes. Après tout, c’était la seule raison pour laquelle il s’était donné la peine de laisser ces gens répugnants en vie.

Le seigneur Koh comprenait trop bien la nature des habitants du sud. Ils étaient émotifs et trop prompts à rejeter la responsabilité de leurs difficultés sur quelqu’un d’autre. C’était précisément pour cette raison qu’il leur avait fourni un « bouc émissaire » sous la forme du village des Intouchables. Il avait imposé de lourds impôts au village tout en réduisant ceux de la ville, et il avait même renforcé le sentiment de discrimination en dictant ce que les intouchables pouvaient porter et la longueur de leurs cheveux. Pendant les années de vaches maigres, il attirait les femmes du village et laissait les citadins les plus enclins à se révolter en faire ce qu’ils voulaient. C’était tout ce qu’il avait fallu pour maintenir Unso à l’abri de toute rébellion au cours des vingt dernières années.

Il espérait donc se sortir de cette situation difficile avec ses méthodes habituelles, mais il y a environ une quinzaine de jours, il avait été confronté à un imprévu.

— Bon sang ! Si seulement cet homme maudit n’avait pas jeté son dévolu sur…

— Oh, vous priez encore ? Ça, c’est de la dévotion.

Au moment même où il commençait à maugréer entre ses dents, une voix jeune et élégante l’interpella soudainement par derrière. Le seigneur Koh sursauta.

La voix appartenait à un officier militaire vêtu d’une robe à motifs bleus. C’était un homme élancé dont le trait distinctif était le grain de beauté sous l’œil.

Il s’appelait Ran Rinki. Il était le deuxième fils du clan Ran, venu accompagner la Demoiselle Ran, Ran Houshun, en tant qu’officier de cérémonie. Son talent était tel que la rumeur disait qu’il avait l’avantage sur le fils aîné dans la lutte de succession au sein du clan Ran.

— Je ne suis pas particulièrement croyant moi-même, mais nous sommes voisins. Prions ensemble, dit-il d’un ton enjoué, avant de s’agenouiller juste à côté du seigneur Koh.

Incarnation parfaite du noble raffiné, il prit un bâton d’encens et le déposa dans le brûleur dédié au dieu de l’agriculture.

— Puisse Dame Shu Keigetsu être retrouvée et sauvée dès que possible.

La bouche du seigneur Koh se tordit en une grimace tandis qu’il regardait l’homme fermer les yeux et réciter sans souci des prières qu’il ne pensait pas.

Comme s’il l’avait senti, Rinki ouvrit les yeux et adressa un sourire au magistrat.

— Hi hi. En vérité, ce sera fini pour vous si cette affaire d’enlèvement est résolue trop rapidement, n’est-ce pas ?

— …

Comme pour acculer le seigneur Koh alors qu’il détournait le regard, Rinki poursuivit :

— On dirait que Son Altesse est un homme bien plus calme que nous ne l’avions prévu. Même après l’enlèvement de sa demoiselle, il est resté un dirigeant inébranlable, peu importe qui le traite d’insensible pour cela. Il n’a pas non plus mordu à l’hameçon des preuves que vous avez placées là. Ses lèvres fines se courbèrent d’un sourire amusé. Ma prédiction selon laquelle il passerait tout le Festival des Moissons à se faire mener en bateau par le scandale de l’enlèvement était erronée. Je crains que si son enquête réfléchie se poursuit, votre fraude fiscale ne soit dévoilée au passage.

— Excusez-moi… Le seigneur Koh parvint de justesse à rester poli dans son choix de mots, mais sa voix baissa un peu trop dans ses efforts pour étouffer sa colère. C’est vous qui m’avez convaincu de la faire enlever.

En effet. C’était Rinki qui avait approché le seigneur Koh alors qu’il commençait à s’inquiéter de la mauvaise récolte.

Compte tenu de son emplacement à la périphérie du territoire sud, une partie d’Unso partageait une frontière avec le territoire de l’est gouverné par le clan Ran. Bien que leurs terres fussent séparées par une montagne, les deux parties échangeaient des marchandises bien plus fréquemment qu’avec la lointaine capitale impériale. C’est pourquoi, lorsque Ran Rinki s’était rendu incognito dans la ville, le seigneur Koh lui avait réservé un accueil chaleureux.

Pourtant, il était venu avec une menace imprévue, ainsi qu’une proposition.

Vous commettez une fraude fiscale, n’est-ce pas ? avait-il commencé, comme s’il engageait une conversation anodine. Vous falsifiez le recensement pour réduire vos impôts. C’est une bonne idée quand les récoltes sont abondantes, mais il y a eu une vague de froid cette année. Si les chiffres du recensement sont inférieurs à votre population réelle, vous recevrez moins de congee de la capitale, et votre peuple mourra de faim. J’imagine que vos sujets ne seront pas très contents de cela.

Au début, le seigneur Koh avait gardé son sang-froid. Il avait son atout, le Village Intouchable, pour faire disparaître le mécontentement des habitants.

Cependant, le point essentiel de Rinki résidait dans ce qu’il avait dit ensuite.

De plus, cette région a été choisie pour accueillir le Festival des Moissons de cette année. Notre prince héritier est un homme très diligent. Il ne manquera pas de se pencher sur l’histoire de la commune choisie comme destination. Et alors… vous savez ce qui va se passer.

Le seigneur Koh eut l’impression d’avoir été plongé dans un abîme obscur. Même un magistrat de province comme lui savait à quel point le prince Gyoumei était brillant. Que se passerait-il si le prince menait une enquête approfondie sur la région ? Si sa fraude était dévoilée à l’État ?

Posant une main sur l’épaule du seigneur Koh alors qu’il sombrait dans le silence, Rinki avait souri et poursuivi :

— Nous sommes voisins. J’ai une proposition à vous faire.

Son plan s’était déroulé comme suit.

Il s’agissait d’abord de détourner la frustration des habitants en faisant passer Shu Keigetsu pour la méchante. Il lui suffisait de faire le lien entre la vague de froid et le manque de congee et son manque de talent.

Ensuite, il fallait enlever Shu Keigetsu pendant le Festival des Moissons. Il pouvait la tuer ou la tourmenter — cela n’avait aucune importance. Ce qui comptait, c’était d’attirer l’attention de tout le monde dans cette direction. Ainsi, le prince héritier serait contraint de diviser son attention et relâcherait inévitablement son enquête sur la question fiscale.

Nous serons partenaires dans cette affaire. Vous conserverez votre réputation irréprochable, et nous parviendrons à ruiner Shu Keigetsu. Une fois que tout se sera terminé, nous vous accueillerons même en tant que magistrat d’une commune de l’est bien plus grande que celle-ci. La carotte qui suivait le bâton avait sonné irrésistiblement douce aux oreilles du seigneur Koh. Aussi riche en qi du bois fût-elle, la région de l’est n’avait jamais connu de mauvaise récolte.

Les habitants étaient dociles et facile à administrer, ce qui était censé en faire une région très facile à gouverner. Le seigneur Koh n’avait jamais éprouvé beaucoup d’attachement pour sa propre commune perdue, si ce n’est qu’elle facilitait l’évasion fiscale. Il croyait sans l’ombre d’un doute que ses talents seraient mieux mis à profit dans une région plus vaste et plus prospère.

S’il acceptait l’offre de Ran Rinki, il pourrait éviter la ruine. Non, mieux encore : on lui confierait les riches terres du territoire oriental. Ce n’était pas son propre territoire, non, mais c’était une région avec laquelle il avait eu de nombreuses relations. Il était sûr que cela fonctionnerait.

Ou du moins c’est ce que je pensais… mais le plan est en ruines.

En pratique, n’étant familier qu’avec le monde des bureaucrates, le seigneur Koh avait sous-estimé les compétences des officiers militaires. Il n’aurait jamais imaginé que Kou Keikou se joindrait à eux pour protéger la Demoiselle. Il avait supposé que s’il plaçait un faux indice, le clan Gen deviendrait la cible de l’enquête. Pour aggraver les choses, il avait entendu dire que, bien qu’il dirigeât les recherches, le capitaine des Yeux de l’Aigle, Shin-u, s’était rendu dans le village de son propre chef.

Les coupables étaient démasqués plusieurs fois plus vite que ce que le seigneur Koh avait prévu.

Avec le recul, il regrettait d’avoir rédigé ce contrat de fortune pour imposer la mission au fils du chef du village. Il avait compté pouvoir « faire taire » l’homme après coup, mais avec le regard du prince héritier constamment braqué sur lui, il ne pouvait rien faire qui puisse éveiller les soupçons.

Je dois me débarrasser de tout le village avant que Kou Keikou ou le capitaine n’apprenne l’existence du contrat.

Le temps pressait, mais il ne savait pas comment s’y prendre. Si les intouchables venaient à mourir soudainement maintenant, cela ne ferait qu’attirer encore plus l’attention.

— Que faisons-nous ? Si la vérité éclate, vous ne vous en sortirez pas indemne non plus. Si je suis arrêté, vous tomberez avec moi en tant que complice.

Rinki haussa légèrement les épaules face à la menace du seigneur Koh.

— Oh là là, pas besoin de me lancer ce regard après que je vous ai préparé la solution parfaite.

Puis, il sortit quelque chose de sa poitrine. C’était un petit bout de papier plié.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Une lettre de menace des intouchables qui ont kidnappé Shu Keigetsu.

Le seigneur Koh pencha la tête, sceptique.

— C’est du moins ce qu’on raconte. C’est inventé, bien sûr, ajouta Rinki. Les exigences des ravisseurs sont écrites ici. « La vague de froid a appauvri notre village, et la maladie se propage. C’est pourquoi nous avons enlevé la Demoiselle. Si vous ne voulez pas qu’elle meure, envoyez-nous des médicaments », voilà en gros l’essentiel.

Le seigneur Koh prit un air dubitatif à la mention soudaine de la « maladie », mais il comprit rapidement l’intention.

— Je vois… Ainsi, nous nous fournissons une justification pour réduire le village en cendres.

— Exactement. On ne peut pas les laisser apporter la maladie dans une ville où réside une personne d’un rang aussi élevé. Vous n’aurez plus aucune raison de protéger les intouchables que vous avez laissés en vie par pure bonté d’âme, et ainsi, le magistrat, toujours rationnel, s’endurcira le cœur et mettra le feu au village. Fin.

— Mais qu’en est-il de Shu Keigetsu et de son officier, le seigneur Kou Keikou ?

— Nous dirons que la Demoiselle s’est donné la mort par désespoir après avoir été souillée par les intouchables. Le seigneur Keikou a suivi son exemple pour avoir manqué à son devoir de la protéger, expliqua Rinki avec aisance tandis que le seigneur Koh acquiesçait.

Il était vrai qu’une Demoiselle prônait sa chasteté par-dessus tout. Il serait logique qu’elle se suicide si elle était enlevée par des intouchables et qu’elle contractait même une maladie. Son officier militaire ne serait pas non plus en mesure de faire face au prince héritier s’il avait permis sans vergogne qu’une Demoiselle soit violée et tombe malade.

Je vois. Si c’est trop difficile de les réduire au silence en secret, il vaut mieux les éliminer au grand jour et d’inventer une excuse pour cela.

Tout ce qui envahissait le seigneur Koh, c’était le soulagement et l’admiration. Pas la moindre pointe de remords.

— Pourtant, les intouchables n’écrivent généralement pas de lettres. Son Altesse ne va-t-elle pas se méfier si nous brûlons le village sur la base d’une seule demande de rançon ? demanda-t-il prudemment. Si par hasard Kou Keikou survit et témoigne qu’il n’y avait pas de maladie…

— Ne t’inquiète pas pour ça. Rinki plissa les yeux en souriant. J’ai déjà propagé la maladie.

— Vous avez quoi… ?

— Hi hi. Pendant les festivités préliminaires, j’ai incité un intouchable à ramener la source de la maladie au village. Bien sûr, eux ne sauront pas d’où elle vient. Je pense que la maladie devrait se propager au moment même où nous parlons, dit l’homme à la peau claire, rayonnant de joie.

Il semblait qu’il avait déjà mis cette « solution » en place depuis les festivités préliminaires. Le seigneur Koh ressentit une pointe d’irritation à l’idée que Rinki eût caché une si grande partie de son plan à son soi-disant complice. Néanmoins, puisque cette manœuvre visionnaire lui avait sauvé la mise, le seigneur Koh n’avait d’autre choix que de le flatter.

— Vous êtes un adversaire redoutable.

— Pas vraiment. C’est mon maître qui a eu l’idée.

— Le patriarche du clan Ran, je suppose ? J’ai entendu dire qu’il était en effet un homme d’une grande intelligence. Vu l’esprit vif de son fils, je suis sûr que l’avenir du clan Ran est entre de bonnes mains. C’est un monde de différence par rapport au clan Shu, qui a placé tous ses espoirs dans la Consort Noble Shu — une femme.

Le seigneur Koh avait une bien meilleure opinion du clan Ran que de la lignée principale des Shu et de leur dépendance constante envers les femmes.

Il avait tenté de flatter l’ego de Rinki, mais l’homme se contenta d’esquisser un sourire.

— Eh bien, merci.

Était-ce l’imagination du seigneur Koh, ou avait-il perçu une pointe de dédain dans ces yeux intelligents ?

— Bon, mon cher magistrat. J’ai besoin que vous convoquiez « par hasard » les officiers de cérémonie des clans Kin et Gen. Dites-leur que vous avez reçu la demande de rançon susmentionnée et que vous souhaitez conclure l’accord en privé afin de ne pas déranger Son Altesse, mais que vous ne vous sentiriez pas en sécurité avec seulement les gardes de la ville pour vous protéger. Demandez-leur de vous accompagner au lieu de rendez-vous. Ensuite, si un intouchable sans méfiance se présente et vous raconte tout sur la maladie… eh bien, je suis sûr que vous saurez vous débrouiller pour le reste ?

— Donc l’idée est que les officiers de cérémonie soient témoins de la maladie qui sévit dans le village.

— Exactement. Quelqu’un ayant le statut et la crédibilité d’un officier militaire fera ici le témoin idéal. Il serait gênant d’emmener avec nous quelqu’un d’aussi perspicace que Son Altesse, nous recherchons donc des personnes plus faciles à manipuler. Je suis sûr que les Gen, dont le clan est accusé à tort, seront particulièrement désireux d’assister à la réunion.

Le seigneur Koh fronça les sourcils en réfléchissant brièvement au plan.

— Et les intouchables ? Vous pensez vraiment qu’un villageois va se pointer comme par hasard pour expliquer la situation ?

— Oh, il le fera. C’est exactement pour ça que je lui ai demandé de venir me faire rapport dans les montagnes en échange de nourriture.

Rinki sortit un mouchoir de son corsage pour essuyer l’encens de ses mains, mais, frappé par une idée soudaine, il l’enroula plutôt autour de son visage.

— « Oh, tu es enfin arrivé, Unran ! »

Lorsque Rinki gémit pathétiquement, le visage à moitié caché ainsi, ses traits délicats le faisaient passer pour un lâche de première classe.

— Ou quelque chose comme ça, dit-il en retirant le tissu avec un petit rire.

Un frisson lui parcourut l’échine face au comportement insondable du jeune homme, le seigneur Koh décida de mettre fin à la conversation lorsqu’il aperçut un oiseau battant des ailes dans le ciel.

— Vraiment ? Alors je vais aller chercher les officiers militaires sans tarder.

— Faites donc cela. Oh, mais n’incluez pas l’officier de cérémonie du clan Kou. Il entretient des liens étroits avec Son Altesse.

— Bien reçu.

Mettant fin à la conversation, les deux hommes échangèrent des hochements de tête polis et se quittèrent. De loin, ils ne ressemblaient sans doute à rien d’autre qu’un magistrat et un officier militaire qui s’étaient agenouillés pour prier pour le retour sain et sauf de la Demoiselle.

Le seigneur Koh retourna à son domaine, sans remarquer que lorsque l’oiseau qui planait dans le ciel — une colombe — atteignit sa destination au sommet de la tour du tambour, une certaine personne qui s’y tenait se tourna pour regarder dans sa direction.

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