HOLE IN MY HEART T3 – CHAPITRE 5 PARTIE 6

Fonia (6)

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Traduction : Calumi
Correction : Raitei

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Voici l’histoire de Boku.

Celui qui avait écrit ce journal. L’époux de la Princesse-Prêtresse d’il y avait trois cents ans. Un homme venu d’un autre monde, originaire du Japon.

Voici ce qui était arrivé à cet homme, Boku, après les événements relatés dans le journal.

— …Ah.

— …Hein ? Fatima ?

Des jours heureux. Une vie conjugale auprès de son épouse bien-aimée. Une existence épanouie où il suffisait d’être à ses côtés pour rire ensemble… Tout cela prit brutalement fin.

— …Ah, non, ce n’est pas possible… déjà…?

— Fatima ? Qu’est-ce qui ne va pas ? Fatima !?

Ce fut soudain. Rien ne l’avait annoncé. Ils étaient debout côte à côte, en train de faire la vaisselle, lorsque cela se produisit.

Fatima s’effondra. Et elle ne put se relever.

— …Ah, mon… amour…

— Fatima, tiens bon, je vais chercher un guérisseur tout de suite !

— …Ah.

L’homme courut aussitôt chercher un guérisseur. Il pensa à une maladie. Un AVC ou une crise cardiaque lui vinrent à l’esprit. Il se dit que s’il ne la faisait pas examiner immédiatement, il serait trop tard. Il pensait que s’il arrivait à temps, elle pourrait être sauvée. Alors, il courut de toutes ses forces.

— Quoi ? Vous ne pouvez… rien faire ?

Oui. Pas un seul instant, l’homme n’avait envisagé qu’il était déjà bien trop tard. Autrement dit… l’homme ne savait rien.

— …Ah, ah, vous voulez dire que vous, vous ne pouvez pas, docteur ? Alors qui le peut ? Qui peut la guérir ?

Le guérisseur qui l’avait examinée se contenta de secouer la tête. Il n’y avait rien à faire, dit-il. Il annonça à l’homme que sa femme, alitée et incapable même de se redresser, n’en avait plus pour longtemps.

— Les guérisseurs de l’Ordre des Chevaliers… hein ? Même pas eux ? Hahaha… alors, peut-être un Adepte ? …Ce n’est pas un problème ! Je gagne bien ma vie, vous savez. Je peux payer ! Cent ou deux cents pièces d’or, ce n’est rien. Mille… eh bien, si je vends la boutique…

Il proposa de l’argent. Pourtant, le guérisseur refusait toujours d’acquiescer.

En vérité, ce guérisseur était l’un des rares à savoir, et il avait été posté à proximité au cas où. Et c’était parce qu’il savait qu’il affirmait que même un Adepte ne pourrait rien faire.

— …Haha, ce n’est pas possible, si ? On parle d’un Adepte !

Le guérisseur expliqua à l’homme, dont le visage se crispait en un sourire douloureux, qu’il existait des maladies que même les Adeptes ne pouvaient guérir. Et qu’on ne pouvait désormais plus rien faire pour elle. Tout ce qui lui restait à faire, c’était de demeurer à ses côtés jusqu’à la fin.

Mais l’homme ne le crut pas. Il hurla au guérisseur de ne pas dire de sottises.

— Noble Adepte ! S’il vous plaît. Je vous en prie, guérissez ma femme ! S’il vous plaît ! Je vous en supplie !

Il parcourut toute l’Archinolca. Il supplia chaque Adepte de la ville, le front contre terre. Il chercha à la faire guérir. Mais partout où il allait, on lui adressait des regards de pitié et on le renvoyait sans le laisser entrer.

— Pourquoi ! Pourquoi refusez-vous de la guérir ! Je vous ai dit que je paierais ! Mille, ça ne suffit pas !? Alors je vendrai tout ce qu’il faudra pour trouver l’argent ! Prenez mon cœur, mes yeux, prenez tout ce que vous voulez ! Ce sont les organes d’un homme venu d’un autre monde, c’est rare, ça doit se vendre cher, non !?

Rien n’y faisait.

Aucune de ses tentatives n’aboutissait. Il ne comprenait pas pourquoi.

Mais l’homme ne pouvait pas s’arrêter. Pendant ce temps, Fatima s’affaiblissait. Lorsqu’il lui prenait la main, elle ne serrait la sienne que faiblement en retour.

Il ne parvenait même pas à savoir si elle y mettait la moindre force.

— …Pourquoi…!

Cette faible étreinte lui rappela un souvenir vieux de dix ans. Le jour de l’un de ses nombreux rendez-vous avec Fatima. Lorsqu’ils s’étaient pris la main, une douleur aiguë avait traversé la sienne. Elle l’avait serrée si fort qu’il avait entendu un craquement. Fatima, une femme chevalier dragonienne, ne savait pas doser sa force avec une personne ordinaire.

L’homme avait crié de douleur… et pendant quelque temps après cela, Fatima lui avait pris la main avec hésitation à chacun de leurs rendez-vous. Cela le chatouillait, et il ne pouvait s’empêcher de rire, puis ils riaient ensemble…

— …Pourquoi, pourquoi… bon sang…

Mais à présent, la main de Fatima…

— …S’il ne reste que ça.

L’homme prit sa décision. Les Adeptes de ce pays ne servaient à rien. Alors, pourquoi pas le Royaume Divin ? Il savait que, dans ce pays, se trouvait une Adepte, la Lanterne d’Argent, capable de rendre l’impossible possible.

— …Je vais au Royaume Divin. Fatima, attends-moi. Je reviendrai bientôt avec de l’aide.

— …

L’homme demanda l’autorisation d’utiliser le portail de transfert… mais sa demande fut rejetée.

— …Pourquoi ! Pourquoi !

Il eut beau crier, rien n’y fit. Et on ne lui donna aucune explication.

L’homme finit par tenter de quitter clandestinement le pays en empruntant le portail de transfert, et fut arrêté.

— Bon sang, lâchez-moi ! Je… hein ? …Une explication ?… Vous ne pouvez pas m’en dire plus…

Et ce ne fut qu’à ce moment-là. Ce ne fut qu’à ce moment-là que l’homme apprit la vérité.

 

♦

Après de longues explications, l’homme rentra chez lui. Il ne fut pas puni pour avoir enfreint la loi. On lui demanda simplement de rester auprès d’elle.

— Pourquoi, pourquoi, Fatima ?

— …Ah.

La vérité sur la Barrière des Séraphins. Le scellement du Roi-Démon. Une espérance de vie de trente ans. Et à cet instant, cela faisait exactement trente ans que Fatima en avait hérité.

— Fatima, pourquoi ne m’as-tu rien dit ?

L’homme posa la question, tandis que la réalité semblait lui échapper. Le guérisseur qui lui avait tout expliqué avait dit qu’on l’avait empêché de parler. Que Fatima l’avait supplié de ne rien révéler à cet homme, et à lui seul.

Le dépérissement dû à la perte de son âme. L’effacement, puis la disparition des émotions et des souvenirs.

Il était vrai que l’homme avait remarqué que Fatima avait un peu changé.

Qu’elle avait de plus en plus souvent l’esprit ailleurs, qu’elle commençait à se couper du monde extérieur. …Mais elle lui avait toujours adressé le même sourire, immuable. C’était parce qu’elle était heureuse, elle se laissait simplement aller, lui avait-elle dit…

— …Je suis… dé… solée.

— Fatima, ce n’est pas ça. Je ne te fais pas de reproches. Je voulais juste… Je voulais juste savoir pourquoi.

— …Je ne pouvais pas… te le dire… Je suis désolée.

— …Fatima ?

C’est alors que l’homme s’en aperçut. Fatima murmurait comme en plein délire. Son regard était vague. Et lorsqu’il lui parlait, elle ne faisait que répéter les mêmes mots.

Autrement dit, Fatima ne voyait plus et n’entendait plus.

— …Fati…ma.

Le guérisseur avait dit qu’il ne lui restait que quelques jours. L’homme se contentait de tenir la main de Fatima. C’était tout ce qu’il pouvait faire.

Ainsi, un jour passa, puis deux…

— Je suis désolée.

Le jour arriva. Le temps s’écoulait, sans retour possible.

Les aiguilles de l’horloge avançaient. Fatima dormait la plupart du temps et, lorsqu’il lui arrivait de se réveiller, elle ne faisait que murmurer des excuses. L’homme restait simplement à ses côtés.

Puis cela se produisit, au moment où le soleil disparaissait sous l’horizon.

— Je suis désolée… Tu sais…

— …Fatima ?

Fatima, qui n’avait cessé de s’excuser, prononça des mots différents pour la première fois depuis longtemps.

L’homme approcha précipitamment l’oreille de ses lèvres.

— Je pensais… que tu… me quitterais.

— …Hein ?

— Quand je… t’ai rencontré… à la boutique… il ne me restait… que dix ans… à vivre.

— …

— Une femme… comme moi… à qui il restait si peu de temps… Je pensais… que tu ne voudrais pas de moi.

Quoi ? Qu’est-ce qu’elle racontait ?

Pendant un instant, l’homme ne parvint pas à comprendre le sens de ses paroles.

— Fatima, ce n’est… ce n’est pas vrai ! Je… Je t’aime…

— Je suis désolée.

— …

Mais malgré ses cris, Fatima ne faisait que murmurer d’un air absent. Sa voix ne lui parviendrait jamais.

— Je suis désolée. Tu étais… si chaleureux… Je ne pouvais pas te le dire.

— …

— Ton… amour… était si réconfortant… Depuis notre rencontre à la boutique… tu as toujours été si chaleureux.

— …Fatima.

— L’idée que tu puisses… me quitter… me faisait si peur…

Non. Jamais il ne l’aurait quittée. Cet homme aimait Fatima.

Il l’aimait plus que quiconque, plus que tout au monde. Il aimait la princesse qu’il avait rencontrée ce jour-là, l’amante avec qui il s’était promené dans le parc, l’épouse avec qui il avait ri. Il l’aimait, tout simplement, d’un amour pur.

— Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas vrai, Fatima.

— Je suis désolée.

— Je t’aime. Il n’y a que toi que j’aime…

L’homme essaya de le lui dire en lui serrant la main. Mais ses paroles ne lui parvinrent pas. Fatima ne voyait plus, n’entendait plus. Elle ne pouvait pas voir l’homme qui lui tenait la main et secouait la tête, le visage ruisselant de larmes. Et ainsi…

— Je suis désolée. Tu peux… me détester… ce n’est pas grave…

— Fatima… hein ? Fatima ? …Fatima !?

Telles furent les dernières paroles de Fatima.

Une unique larme coula du coin de son œil.

En s’excusant, en lui disant qu’il pouvait la détester, Fatima mourut.

Elle mourut en pleurant.

— …Ah.

L’homme regarda la femme qu’il aimait plus que tout, désormais sans vie.

Il regarda son épouse, qui ne bougerait plus jamais.

— …Ah, ah.

Sa main, à présent inerte.

Ils avaient si souvent marché main dans la main.

Mais désormais, elle ne serrerait plus jamais la sienne en retour…

— …Ah, ahh, AAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH!!!!

 

♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇

— C’est…

De retour au présent. Grâce à l’Autorité dorée qui habitait ses yeux, Konoe vit le passé.

Un fragment du passé. La suite du journal.

Les souvenirs de Boku.

Le cri déchirant d’un homme qui avait perdu sa femme.

Déconcerté, Konoe regarda la fleur qui flottait sur la petite place.

Qu’est-ce que c’est ? Que signifie donc ce souvenir ?

Incapable de comprendre, il se contenta de fixer la fleur dorée…

— …?

Mais à cet instant, il remarqua quelque chose.

La fleur…

On dirait qu’elle bouge ?

 

♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇

Après la mort de Fatima.

L’homme vécut comme une coquille vide. Il organisa ses funérailles et lui fit bâtir une tombe, mais en dehors de cela, il ne fit rien d’autre.

Chaque jour, il se rendait sur sa tombe et restait assis devant elle, du matin au soir. Il était désespéré. D’avoir perdu sa femme. Et de l’avoir fait pleurer dans ses derniers instants, de l’avoir amenée à lui dire qu’il pouvait la détester.

Pourquoi fallait-il qu’elle connaisse une telle fin ? se demandait-il sans cesse.

— …Aah.

L’homme s’en voulait. Pourquoi ? Pourquoi n’avait-il rien remarqué ? Pourquoi n’était-il pas resté davantage à ses côtés ? Si seulement ils avaient parlé plus souvent, peut-être sa fin aurait-elle été différente.

Il se mordit violemment la lèvre. Il sentit le goût du sang. Il se haïssait. Il aurait voulu se fracasser le crâne. Il voulait mourir.

Depuis le jour où elle était morte, l’homme voulait mourir.

…Pourtant, malgré cette pulsion, il continuait de vivre. Il n’avait pas mis fin à ses jours. La raison en était simple : il existait quelqu’un qu’il haïssait encore plus que lui-même.

— …Roi-Démon…!

Il murmura ce nom, empli de haine. Oui. Tout était la faute du Roi-Démon.

L’homme avait décidé de diriger toute sa haine contre lui. Il avait failli la tourner ailleurs, mais il savait qu’elle avait aimé ce pays et ses habitants. Alors, il l’avait reportée sur le Roi-Démon.

Sans le Roi-Démon, elle n’aurait pas fini ainsi. Elle ne serait pas morte. L’ennemi de l’humanité, un être qu’il ne pourrait jamais haïr assez. La source de tous ses malheurs.

Les émotions se tordaient et bouillonnaient dans ses entrailles. L’objet de sa haine. Impardonnable. Rien d’autre qu’un sentiment qui ne pouvait pardonner. Une passion brûlante qui ne pouvait tolérer son existence, sa survie.

— Excusez-moi, puis-je vous parler un instant ?

Ce fut alors qu’une femme apparut devant lui.

 

♦

— Nous ne nous sommes pas revus depuis les funérailles, cher beau-frère.

— …Ah, c’est vous.

Celle qui venait d’apparaître était sa belle-sœur. La sœur cadette de Fatima. Ils n’avaient toutefois eu que très peu de contacts. L’homme se demanda ce qu’elle faisait là.

La jeune sœur s’adressa à l’homme qui la fixait d’un regard vide. Elle lui annonça qu’on avait retrouvé le testament de sa sœur.

— …Un testament !?

— Oui, il nous était adressé. …Il était question de vous. Elle nous demandait de veiller sur vous après sa mort. De vous accorder tout ce que vous souhaiteriez.

— …Quoi…

— Alors, si vous désirez quoi que ce soit, dites-le-nous. C’est la dernière volonté de ma sœur. Nous jurons de mettre toute la puissance de notre famille au service de sa réalisation. …À une seule exception près.

— …?

— Elle a écrit qu’il y avait une chose que nous ne devions pas vous accorder, même si vous la demandiez. Une autre femme, disait-elle, voilà ce qu’elle ne pardonnerait absolument jamais.

— …!

— …Enfin, à vous voir aujourd’hui, cher beau-frère, il semble qu’elle se soit inquiétée pour rien.

Une autre femme.

Ces mots firent resurgir un souvenir dans l’esprit de l’homme.

Fatima avait été un peu jalouse. Lorsqu’ils se promenaient ensemble, si le regard de l’homme s’égarait sur une autre femme, elle faisait immanquablement la moue, faisant mine de bouder.

Il avait toujours du mal à l’amadouer lorsqu’elle se détournait de lui…

Mais, à vrai dire, l’homme avait adoré ces petits échanges. Il avait l’impression qu’elle n’était pas réellement fâchée, qu’au fond, elle s’en amusait elle aussi.

— …Ugh, ah, ahh.

Ce souvenir lui arracha des larmes.

Il l’avait aimée. Plus que quiconque, plus que tout. Tant qu’elle était là, il n’avait besoin de rien d’autre. Il lui suffisait de se réveiller le matin et de lui dire bonjour pour être heureux. Se promener à ses côtés lui suffisait.

Mais malgré cela, elle n’était plus là. Elle n’était nulle part. Elle était morte. Elle était morte en pleurant. Et ainsi…

— …!!

Ainsi, il ne restait plus en lui que du chagrin, de profonds regrets… et de la haine. Il haïssait, haïssait, haïssait, haïssait le Roi-Démon. Il ne pouvait pas lui pardonner. Il ne pouvait rien pardonner.

— Ah, j’ai décidé de ce que je veux. Vous m’accorderez n’importe quoi, n’est-ce pas ?

— Hein ? Ah, oui. Bien sûr. …De quoi s’agit-il ?

Alors, l’homme…

— Dans ce cas, emmenez-moi là où le Roi-Démon est scellé !

 

♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇

…Je ne comprends vraiment pas. Qu’est-ce que c’est que ce souvenir ?

De nouveau, le présent. Konoe descendit sur la petite place et fit un pas vers la fleur dorée qui se déplaçait.

Il avançait, entrevoyant les souvenirs de l’homme que lui montrait la fleur.

Le chagrin et la haine de cet homme. Un désespoir si profond qu’il semblait devoir lui déchirer la poitrine. Si cet endroit n’avait pas été le domaine du Roi-Démon, Konoe aurait peut-être pleuré avec lui. Sa douleur le touchait à ce point.

Mais il ne comprenait toujours pas ce que tout cela signifiait.

Devant Konoe déconcerté, la fleur dorée continuait de se déplacer, sans raison apparente, de façon désordonnée.

— …?

Mais il s’en aperçut alors. Quelque chose d’autre bougeait exactement de la même manière que cette fleur aux mouvements apparemment incohérents.

Konoe regarda. Sous la fleur se trouvait une masse unique de slime. Un slime d’un violet noirâtre. Un fragment du Roi-Démon. La fleur semblait suivre ses mouvements…

 

♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇

— Mon beau-frère, vous allez mourir. Je vous le garantis.

— …Je sais.

Pour le dire simplement, la demande de l’homme fut acceptée.

Parce qu’on avait confirmé qu’une Magie Unique s’était éveillée en lui. Une Magie Unique de Malédiction.

L’Autorité de la haine, qui maudissait un ennemi juré et affaiblissait sa puissance. Une magie qui pouvait parfois aller jusqu’à sceller temporairement une Magie Unique. Au cours de l’histoire, elle avait affaibli et abattu bien des rangs Catastrophes et Calamités.

…Cependant.

— Vous le savez, n’est-ce pas ? Les Malédictions ne fonctionnent pas sur le Roi-Démon. Et ceux qui lui en lancent une meurent toujours. Sans exception.

Elle n’avait jamais fonctionné sur l’immortel Roi-Démon. Elle n’avait jamais pu sceller son Autorité d’immortalité. C’était pour cette raison que personne n’avait jamais réussi à l’abattre.

— Vous comprenez ? Ce n’est guère plus qu’une expérience.

— …Je sais.

Il s’agissait donc d’une expérience. Puisque le détenteur de la Malédiction insistait, on le laisserait essayer. En observant le résultat, peut-être parviendrait-on à élucider une partie du mystère. Rien de plus.

— …Pourquoi ? Même ma sœur n’aurait pas voulu…

— Ça suffit.

Pourtant, l’homme ne s’arrêta pas. Il ne pouvait pas s’arrêter. La haine qui jaillissait de son âme le dévorait.

Sourd aux voix qui tentaient de le retenir, il pénétra dans la Région Scellée…

— …Oooooh !

Il activa sa Magie Unique. Chargée de sa haine, la Malédiction tenta de ronger le Roi-Démon. L’homme sentit sa Magie Unique se relier au Roi-Démon.

— …

À cet instant, il perdit brutalement conscience. La dernière chose qu’il perçut fut la sensation d’avoir perdu quelque chose de précieux. Comme tous les autres détenteurs d’une magie de type Malédiction, l’homme mourut sur-le-champ. Il n’avait rien de particulier.

 Ce n’était qu’un homme ordinaire, qui se trouvait être originaire d’un autre monde. Comme il fallait s’y attendre, il avait trouvé la mort face au Roi-Démon…

 

♦

Il était mort. Il aurait dû l’être.

Hein ?

Mais, pour une raison inconnue, l’homme reprit conscience.

 

♦

La première chose qu’il éprouva en revenant à lui fut l’impression profonde que quelque chose n’allait pas.

Quelque chose avait changé. Sa vision, son corps, tout était différent.

Il voyait des bâtiments de pierre et était censé être allongé là, mais rien ne lui semblait normal.

— …?

Attends. Je suis allongé ? Vraiment ?

L’homme sentait que quelque chose clochait. Mais, avant tout, il essaya de se relever.

C’est…

Alors, il comprit. Ses mains, ce qu’il avait pris pour ses mains, étaient désormais une substance visqueuse d’un violet noirâtre.

Autrement dit… l’homme était devenu un slime.

 

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