HOLE IN MY HEART T3 – CHAPITRE 5 PARTIE 7
Fonia (7)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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— …Quoi…
Konoe resta interdit. Le souvenir de cet homme.
Est-ce que… est-ce que c’était…?
Bouche bée, il regarda le slime sous la fleur. C’était vrai. Ce slime se comportait d’une manière un peu étrange. Pour une raison inconnue, il ne semblait pas vouloir se jeter sur Konoe ou Fonia.
Non, ce n’était pas tout à fait exact. Il s’approchait. Il les avait remarqués et venait vers eux. Mais ses mouvements étaient lents, comme s’il se traînait.
♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇
La première réaction de l’homme fut de paniquer.
Lorsqu’il revint à lui, il était devenu une petite masse de slime. Il était devenu ce Roi-Démon qu’il haïssait tant.
Il était perdu. Il ne comprenait pas. Il se débattait. Il était au bord de la folie. Mais la haine qui bouillonnait au fond de son âme l’empêcha de sombrer.
…? Qu’est-ce que… Attends. Je suis en train de penser en japonais ?
Puis, une fois suffisamment calmé pour réfléchir, il remarqua qu’il pensait, pour une raison inconnue, en japonais. Non, pour être précis, ce n’était pas tout à fait cela. Il ne comprenait plus la langue de ce monde.
Qu’est-ce qui se passe, à la fin ?
Malgré sa confusion, l’homme tenta de faire le point sur sa situation… et, avec le temps, il comprit peu à peu ce qui lui était arrivé. Ce n’était pas tant qu’il le découvrait : les informations lui étaient transmises.
D’où ? Du corps principal du Roi-Démon.
…Alors, c’est sa parade contre les Malédictions ?
C’était cela. L’état dans lequel il se trouvait était le moyen de défense du Roi-Démon contre les Malédictions. Être absorbé par le Roi-Démon. Et perdre la capacité de comprendre la langue de ce monde. Ces deux choses.
La parade du Roi-Démon consistait à envahir en retour celui qui lui lançait une Malédiction, à l’instant même où elle prenait effet.
Le lien entre les âmes créé par la Magie Unique de type Malédiction. Il remontait ce lien, envahissait l’âme du lanceur et l’absorbait. Il absorbait, contaminait et inversait la bénédiction divine de sa cible.
Et que se passait-il lorsque cette bénédiction était inversée ?
La langue de ce monde est un don divin, une bénédiction. Si elle est inversée… je ne peux plus comprendre les mots.
L’inversion de la langue commune accordée par le divin… autrement dit, la privation du langage.
La parade du Roi-Démon contre les Malédictions consistait à voler les mots de celui qui les utilisait.
Les humains pensaient avec des mots. Ils aimaient avec des mots et haïssaient leurs ennemis avec des mots. En leur dérobant ces mots, en leur faisant perdre de vue l’objet de leur haine, le Roi-Démon neutralisait les Malédictions depuis des siècles.
Alors, si j’ai gardé ma conscience… c’est parce que…
…Je connaissais le japonais ?
Une langue d’un autre monde. Des mots qui ne dépendaient pas d’un être divin. Le japonais, une langue qui n’aurait pas dû exister ici, avait permis à l’homme de reprendre conscience alors même qu’il avait été absorbé par le Roi-Démon. Et…
Je peux encore utiliser ma Malédiction.
Cela signifiait qu’était apparue, pour la première fois en mille ans d’histoire, une personne capable de faire fonctionner une Malédiction contre le Roi-Démon.
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Je peux bel et bien tuer le Roi-Démon. Je peux la venger.
Dès qu’il eut compris sa situation, l’homme décida d’attendre. Il conserva sa Malédiction et attendit, tout simplement.
Car une Malédiction n’était pas un pouvoir capable de vaincre un ennemi à lui seul. Elle ne faisait que sceller sa Magie Unique. Et encore, pour une durée limitée. Il lui fallait quelqu’un capable de tuer le Roi-Démon une fois affaibli, une fois sa Magie Unique scellée.
Dans son corps de slime, l’homme attendit cette personne. Il avait entendu dire que de nouveaux Adeptes viendraient. Il pensait donc qu’il lui suffisait d’attendre le bon moment.
Mais pourquoi le Roi-Démon me laisse-t-il tranquille, alors que j’ai gardé ma conscience ?
Au fil du temps, l’homme s’interrogea. Mais il finit bientôt par comprendre cela aussi. Le savoir lui fut transmis.
Ce Roi-Démon… n’a pas de conscience ?
Ce Roi-Démon n’avait aucune conscience. Il se contentait de répéter des actions programmées, telle une machine.
S’il y avait des humains, les attaquer. Contaminer la terre. Si une Malédiction était utilisée, absorber son lanceur et inverser sa bénédiction. Il agissait exactement comme il avait été programmé. Il ne pouvait rien faire d’autre.
Quant à la raison pour laquelle il était devenu ainsi…
…Une divinité maléfique ?
Telle fut la réponse qui lui parvint. Il avait été modifié par un dieu maléfique. Le corps et l’âme du Roi-Démon avaient été altérés, remodelés pour en faire une arme dont le seul but était de tuer les humains.
C’était vrai. À y réfléchir, il y avait là quelque chose d’étrange. L’Autorité de Résurrection. Un Roi-Démon doté d’une Magie Unique qui s’accrochait à la vie. Un Roi-Démon dont l’Aspiration était de ne pas mourir… Pourquoi irait-il provoquer les humains ?
C’était parce qu’il se battait qu’on l’attaquait. Qu’on l’avait ainsi scellé. S’il voulait seulement vivre, il aurait été bien mieux caché au fin fond d’un donjon.
Enfin, ça m’arrange.
Quoi qu’il en soit, l’homme passait inaperçu. Les ordres implantés dans le Roi-Démon ne prévoyaient sans doute rien pour gérer un être venu d’un autre monde. L’homme continua simplement d’attendre…
♦
Puis le jour arriva. Un Adepte vint. L’homme s’en réjouit et s’apprêta à utiliser sa Malédiction lorsque…
…C’est…
Il comprit aussitôt que cela ne marcherait pas. Il comprenait. Précisément parce qu’il était relié au Roi-Démon. Sa Malédiction ne tiendrait qu’un bref instant contre lui : cinq secondes à peine.
Autrement dit, si le Roi-Démon n’était pas tué dans les cinq secondes qui suivaient son utilisation… sa Magie Unique d’immortalité se réactiverait.
Or, à voir l’Adepte combattre, il semblait qu’il lui faudrait bien plus de cinq secondes. Et, malgré la puissance considérable qu’il déployait, il ne paraissait pas pressé de l’anéantir.
Si je lui dis qu’il n’a que cinq secondes, est-ce qu’il se dépêchera ?
Il l’espéra, mais c’était irréaliste. Comment le lui dire ? Avec ce corps, qui faisait désormais partie du Roi-Démon. Après avoir perdu la langue de ce monde.
Il comprit aussi autre chose. Le Roi-Démon l’avait ignoré jusque-là… mais, s’il accomplissait un acte hostile, il l’écraserait sur-le-champ. Il disposait d’un programme d’élimination des ennemis.
…Je n’ai qu’une seule chance.
Il devait tuer le Roi-Démon au cours de cette unique tentative. Et pourtant, il n’avait aucun moyen de le faire savoir.
…..Tss !
L’homme chercha désespérément une solution, mais rien ne lui vint. Pendant ce temps, l’attaque de l’Adepte fondit sur lui…
♦
Ainsi, l’homme revécut ce même cycle, encore et encore.
Des dizaines de fois. Mais rien n’y faisait. Il fallait qu’il leur dise de se dépêcher, qu’ils n’avaient que cinq secondes. Pourtant, il ne pouvait le dire à personne. Parce qu’il ne comprenait que le japonais.
Le temps s’écoula en vain. Des années passèrent, peut-être même des décennies…
…Aah.
Un temps stagnant, immuable, où le jour et la nuit ne se distinguaient plus. Sans aucune lumière en vue, l’esprit de l’homme s’usa peu à peu au fil de ces journées où il ne faisait qu’endurer.
Mais il ne pouvait pas renoncer. Comment aurait-il pu abandonner la possibilité de venger celle qu’il aimait plus que tout ?
…Fatima.
Dans sa souffrance, l’homme pensa à elle sans cesse. Il se rappela son sourire. La chaleur de sa main, leurs jours heureux. Il se souvint et tenta de supporter le temps qui passait. Il se remémora simplement les jours où elle était encore là…
Ce fut au cours de l’une de ces journées. Une journée qui survint après un temps très, très long. Une idée lui vint soudain.
Voilà, je vais écrire un journal.
Il décida de consigner ses souvenirs sur le sol. Un journal racontant son arrivée en Archinolca et sa rencontre avec elle.
Il décida de graver dans ce domaine les jours heureux qu’il avait passés à ses côtés. Car, s’il le faisait… il pensait pouvoir la retrouver, ne serait-ce qu’à travers les mots.
♦
Le temps continua de passer. Avec le pouvoir d’érosion qu’il maîtrisait mal, il écrivait si lentement qu’un seul caractère lui demandait plusieurs jours. Une première entrée apparut, puis une deuxième. Même lorsqu’il gravait ces lettres, le Roi-Démon ne réagissait pas. Il semblait qu’aucun programme ne le prévoie. En revanche, l’homme ne pouvait rien écrire qui puisse être considéré comme hostile. Alors, il ne raconta que des choses heureuses.
L’homme pensa à elle. Il pensa à elle, encore et toujours. Un temps considérable s’écoula.
Mais son amour ne changea pas. Il avait été heureux. Il s’était attaché à elle. Il l’avait aimée. Il pensa à la princesse qui lui avait tendu la main, ce jour-là, tandis qu’il était assis par terre. Il pensa à sa magnifique lumière verte.
Il lut le journal qu’il avait gravé et se replongea dans ses souvenirs.
Le souvenir de leurs retrouvailles à la boutique. De leurs rendez-vous. De leurs promenades main dans la main. De sa déclaration, qu’elle avait acceptée. De ses larmes et de ses rires à leur mariage.
Il écrivit, lut, se souvint et endura.
Il endura, endura encore, continua d’endurer.
Fatima.
Pendant des années, des décennies, des siècles, l’homme continua de penser à elle…
♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇ ♦ ◇
Et maintenant, le présent. Au terme d’un temps infiniment long.
— Vous êtes…
Au terme de trois cents ans. Konoe se tenait devant l’homme devenu slime.
À travers la fleur dorée, Konoe avait vu les souvenirs de cet homme. Aussi s’adressa-t-il à lui en japonais.
— …Vous êtes le… de Fatima-san…
À l’évocation de son nom, le corps du slime trembla. Puis un tentacule en sortit. Il tenta de tracer des caractères sur le sol devant lui.
— askrghjkvbnm,kybkr !!
Peut-être parce qu’il essayait d’accomplir un acte hostile, les slimes alentour s’agitèrent brusquement. Ils se mirent en mouvement. Non pas vers Konoe, mais vers le slime devant lui, sur lequel ils bondirent…
— …
Konoe frappa le sol du pied et fit jaillir la foudre. Il dressa un mur d’éclairs autour du slime.
Celui-ci étendit son tentacule et traça quatre caractères sur le sol. Même sans les graver, il pouvait lui faire comprendre ce qu’il écrivait.
5 secondes.
Pour transmettre ces mots en japonais, cet homme avait enduré trois cents ans. Il s’était accroché à sa conscience qui s’effritait, pour cela et rien d’autre.
— …Oui. Laissez-moi faire.
Konoe acquiesça en lui répondant en japonais. Le slime trembla légèrement…
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L’homme. En voyant Konoe acquiescer, l’homme éprouva du soulagement et repensa au passé. Il pensa à elle et tenta de faire remonter la haine au fond de lui.
C’était le souvenir de ce jour-là. L’image de sa mort. D’elle qui s’excusait, qui versait des larmes. Il n’avait pas pu lui dire…
…Ah.
Alors, cette magie. Cette magie était faite pour cela.
Magie Unique — Ce venin, pour les mots que je n’ai pas su te dire : je t’aime.
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La Malédiction se répandit depuis l’âme de l’homme. Konoe la regarda prendre effet.
Temps restant : 5,00 secondes.
Konoe fit un signe de la main à Fonia, déconcertée à ses côtés. Un signe que son instructrice lui avait appris. Il n’y avait pas le temps de parler. Il lui transmit seulement qu’ils pouvaient le tuer et le temps dont ils disposaient. Le visage de Fonia se déforma sous le choc.
Au même instant, la présence des slimes autour d’eux changea du tout au tout. Ce changement se propagea jusque dans le sol sous leurs pieds.
Konoe bondit. Il s’élança très haut dans les airs. Fonia le suivit.
— Foudre.
Alors, il engendra la foudre à l’intérieur de son corps. Elle commença à le consumer. Ses organes devinrent foudre. Ses os devinrent foudre. Ses nerfs se transformèrent… Tout ce qui constituait Konoe fut temporairement remplacé par la foudre.
Une douleur atroce le traversa. Il brûlait son propre corps de l’intérieur. Mais il écrasa ces pensées, insignifiantes à ses yeux.
La Forme de Foudre. L’atout de Konoe. La plus puissante des lames, une arme à double tranchant qui réduirait en cendres l’ennemi aussi bien que lui-même.
Au sol comme dans le ciel, le Roi-Démon se mit à onduler. Ses mouvements étaient rapides, contrairement à auparavant. Il se tordait, tentait quelque chose. Il essayait de se battre sérieusement. Sa présence enfla. Elle n’avait plus rien à voir avec celle de l’autre jour.
Cependant…
Je vais tout tuer en cinq secondes.
Ce sentiment habitait son cœur. Konoe avait bel et bien reçu ce souhait.
Parce qu’il avait dit à cet homme « Laissez-moi faire ».
— Manifeste-toi.
La foudre jaillit de la lance divine.
Un grondement assourdissant ébranla le monde clos.
Ainsi s’ouvrit le combat de cinq secondes contre le Roi-Démon.