HOLE IN MY HEART T3 – CHAPITRE 5 PARTIE 4
Fonia (4)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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— Maître Konoe. Puis-je m’asseoir à côté de vous ?
— …Ah, oui.
Telnerica apparut à l’entrée du toit et s’approcha de lui.
Quand Konoe hocha la tête, elle le remercia à voix basse et s’assit à côté de lui.
— …
Un moment de silence s’écoula entre eux. Un moment où ils étaient simplement ensemble. Telnerica portait un manteau dont elle maintenait les pans fermés devant elle. Le regard de Konoe erra un instant avant de revenir se poser sur le sol.
Son regard se posa sur les pieds de Telnerica. Comme ils étaient assis sur un banc assez grand, ses pieds ne touchaient pas tout à fait terre. Sous son manteau, ses jambes couvertes par son pyjama se balançaient doucement.
— Maître Konoe. Accepteriez-vous de me dire ce qui vous préoccupe ?
— …Je suis désolé.
Après un instant de réflexion, Konoe secoua la tête en réponse à sa question.
Il ne pouvait rien dire. Il ne devait rien dire. Tout ce qui le préoccupait en cet instant était confidentiel. Le sort de Fonia. Le Roi-Démon. La Région Scellée. Autant de secrets qu’Archinolca avait désespérément cherché à préserver.
— Je vois.
— Oui.
Konoe baissa alors de nouveau les yeux vers le sol.
Mais malgré cela, Telnerica reprit.
— Dans ce cas, accepteriez-vous de me parler de vous ?
— …De moi ?
Telnerica insista.
— Oui. Je voudrais savoir ce que vous ressentez en ce moment.
— Ce que je… ressens ?
— C’est cela. Rien d’autre, simplement ce que vous ressentez.
Il ne s’agissait ni d’Archinolca ni du Roi-Démon, mais de ce que Konoe ressentait. De ses émotions. Cela, au moins, n’était pas un secret.
Je suis…
Alors, Konoe réfléchit. Il essaya de mettre des mots sur ses propres émotions, sur ce qu’il ressentait. Même si c’était ce qu’il avait le plus de mal à faire, il s’interrogea. Cette douleur dans sa poitrine, c’était…
— Je suis…
— Oui.
— …triste, je crois.
Ce devait être cela. Konoe était triste. Il était triste, et c’était pour cela qu’il était si tourmenté. Il était triste pour elle, pour ce sourire qu’on lui dérobait sans cesse. Et pour lui-même, incapable de la sauver…
— Je suis frustré. Frustré et triste.
— Oui.
— Je ne suis pas assez fort. Il y a quelque chose que je voudrais faire, mais je ne peux rien faire.
— Oui.
Il murmura ces mots comme pour lui-même. Une plainte. Un aveu de faiblesse.
C’étaient des mots que le Konoe d’autrefois aurait hésité à prononcer. S’il les disait maintenant… était-ce parce qu’il était si profondément tourmenté ?
Ou parce que la personne à ses côtés n’était autre que Telnerica ?
— …Qu’est-ce que je suis censé faire ?
Après un bref silence, Konoe murmura cette dernière pensée, puis le silence les enveloppa de nouveau. La ville, à minuit. Tout signe de vie avait disparu, laissant un monde où seul le bruit du vent semblait régner.
Quelques secondes, ou peut-être quelques dizaines. Un moment de vide. Seuls Konoe et Telnerica étaient là.
— Je vois.
À cet instant, le corps de Telnerica oscilla. Elle se pencha vers Konoe…
— …
Un léger choc. Leurs épaules se touchèrent. Exactement comme cette fois où ils s’étaient blottis l’un contre l’autre au sommet de la tour de guet.
Assis côte à côte, les épaules pressées l’une contre l’autre. Une douce chaleur se diffusait là où elles se touchaient.
— Dites, Maître Konoe. Le saviez-vous ?
— …?
— Ce que vous ressentez, je l’ai moi aussi ressenti autrefois. …J’étais frustrée, et j’étais triste.
Le jour de leur rencontre, expliqua Telnerica.
Ce jour-là, elle mourait injustement. La ville que sa famille avait donné sa vie pour protéger était au bord de la destruction, leur sacrifice sur le point de perdre tout son sens, et pourtant, elle ne pouvait rien faire d’autre qu’agoniser sur les marches d’un escalier.
— Ce jour-là, j’aurais dû mourir sans qu’il me reste rien. J’aurais dû mourir dans le désespoir.
— …
— Mais vous m’avez sauvée. Vous m’avez prise dans vos bras. Vous avez donné un sens à la mort de ma famille. Vous m’avez offert une chaleur que je n’oublierai jamais de toute ma vie. J’étais tellement, tellement heureuse.
La main de Telnerica vint se poser sur celle de Konoe. Leurs doigts s’entrelacèrent légèrement, et sa chaleur se diffusa en lui.
— Alors, Maître Konoe, je n’ai cessé de me tourmenter pour trouver comment m’acquitter de cette dette envers vous.
— …Une dette ? Tu n’as pas à…
— Oui, vous me l’avez déjà dit. Mais ce n’est pas une dette qu’un simple merci peut effacer.
C’était une dette immense, insista-t-elle. De simples mots n’y mettraient pas fin. Elle ne la laisserait jamais s’éteindre.
— C’est pour cela que je voulais tout faire pour vous. Tout ce que vous désiriez. Je voulais savoir quel était votre souhait. Je voulais le connaître pour pouvoir m’acquitter de ma dette envers vous.
— Telnerica.
— Mais… héhé, maintenant, je le sais enfin.
Telnerica sourit, le visage empreint d’un bonheur sincère.
— Alors, Maître Konoe.
Elle se leva. Elle fit un pas, puis un autre, pour venir se placer juste devant lui.
Lorsque Konoe releva les yeux, Telnerica se tenait dos à la lune, dont la pâle lumière bleutée éclairait ses cheveux d’or.
— Si vous dites que vous n’êtes pas assez fort…
— Telnerica ?
— Alors, je pourrai sûrement…
Telnerica ferma les yeux. Un léger sourire aux lèvres, elle joignit les mains devant sa poitrine.
Puis, lorsqu’elle les rouvrit lentement.
— …
Une lueur dorée apparut. Les deux yeux de Telnerica s’étaient teintés d’or. Ses iris, d’ordinaire bleus, brillaient à présent d’une éclatante lumière dorée.
— Est-ce que c’est…
Il essaya de demander ce que c’était, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Car Konoe connaissait ce pouvoir. C’était, sans aucun doute…
— …
Telnerica tendit les mains et prit le visage de Konoe entre ses paumes. Elle approcha lentement son visage du sien. Avant même qu’il ait eu le temps de s’étonner, elle n’était plus qu’à quelques centimètres.
Puis, un léger tintement. Leurs fronts se touchèrent.
Au même instant, un pouvoir afflua en lui depuis ce point de contact. Konoe sentit quelque chose de nouveau prendre racine au plus profond de lui.
— Tel… nerica.
Telnerica s’écarta. Ses yeux avaient déjà retrouvé leur couleur d’origine.
— Maître Konoe. Même moi, je ne connais pas toute l’étendue de ce pouvoir.
— …
— C’est la première fois, alors je ne le comprends pas encore tout à fait. Je suis désolée de rester aussi vague. Mais…
La jeune fille aux cheveux d’or sourit, presque timidement.
— Mais je suis certaine qu’il vous sera utile, Maître Konoe.
♦
Le lendemain matin. Lorsque Konoe arriva au château, Melmina et Fonia étaient là pour l’accueillir.
— Konoe, il n’y avait pas de onzième entrée.
— Je vois.
Melmina était apparemment restée enfermée à faire des recherches jusque tard dans la nuit, mais elle n’avait rien trouvé. Si même Melmina ne parvenait pas à la trouver, c’était sans doute qu’elle n’existait nulle part.
La disparition de cette piste potentielle déçut Konoe. En fin de compte, la véritable nature du journal demeurait un mystère. Il ignorait toujours pourquoi le Roi-Démon l’avait gravé là.
Ce qui signifiait qu’il ne restait plus qu’à…
— Konoe. Aujourd’hui, tu vérifieras les traductions d’hier.
À l’invitation de Fonia, Konoe quitta la ville, comme il l’avait fait deux jours plus tôt. Vêtu d’une cape de dissimulation, il avança en effaçant sa présence, s’enfonçant dans les montagnes, puis dans la forêt. Il traversa les ruines délabrées et arriva devant la même porte ancienne que le premier jour.
— J’ouvre la porte.
Fonia sortit un artefact magique et ouvrit la porte.
Après avoir pris une inspiration, Konoe franchit le seuil avec Fonia et pénétra dans la Région Scellée.
♦
— ulldynavclaiuy, nvtaytvmau
À peine furent-ils entrés que le Roi-Démon les assaillit.
Konoe et Fonia le repoussèrent. Il incinéra la première vague à coups de foudre et s’apprêtait à balayer la deuxième, qui approchait, lorsque…
— …
…Cela se produisit. Konoe sentit le pouvoir qui l’habitait s’éveiller.
Un pouvoir chaleureux. Il se dirigeait vers… ses deux yeux.
— …C’est…
Konoe le remarqua alors. Dans ce monde infernal empli de miasmes d’un violet noirâtre, où le mal proliférait entre ciel et terre…
— Une fleur ?
Un unique pétale doré flottait doucement dans les airs.