HOLE IN MY HEART T3 – CHAPITRE 5 PARTIE 3

Fonia (3)

—————————————-
Traduction : Calumi
Correction : Raitei

———————————————–

Après cela, Konoe et Fonia restèrent sur la montagne jusqu’à ce que le soleil ait complètement disparu. Le soleil se coucha et le monde s’assombrit. Konoe sentit la température chuter brusquement autour d’eux.

— Dis, Konoe. Pendant les cinq prochaines années, si tu en as l’occasion, j’aimerais que tu reviennes ici avec moi.

— Ah, oui.

— Oui, c’est promis… Je crois que pouvoir se faire une nouvelle promesse, c’est une chose heureuse.

Fonia prononça ces mots avec son habituel sourire discret. Konoe ne savait quelle expression adopter. Une promesse qui avait pour limite cinq années. Et ensuite…

— …

La vérité d’Archinolca que Konoe avait découverte. L’héritière. La Barrière des Séraphins. Trente ans. Sans s’en rendre compte, Konoe serra les dents. Une émotion tourbillonnait dans sa poitrine. Un enchevêtrement de sentiments. L’image du visage heureux de Fonia, un peu plus tôt, restait gravée dans son esprit…

— Konoe, ne fais pas cette tête.

— …Hein ?

— C’est décidé depuis longtemps.

Konoe ignorait quelle expression il avait. Mais ces mots, décidé depuis longtemps, lui étaient insupportablement douloureux…

 

◆

Konoe regagna le château d’Archinolca. Il se sépara de Fonia, salua Melmina et retrouva Telnerica. Tous deux retournèrent à l’auberge et prirent un repas.

— Maître Konoe ?

— Ah, oui.

Mais même lorsque Telnerica l’appela, ses pensées restèrent tournées vers Fonia.

Ce souvenir du sommet de la montagne, il n’arrivait tout simplement pas à…

 

◆

Ainsi, cette nuit-là, à une heure où la nuit était déjà bien avancée, Konoe monta seul sur le toit de l’auberge.

Une fois sur le toit, il s’assit sur un banc qui s’y trouvait.

— …

Que devais-je faire ?

Il ne pensait qu’à cela.

Ces mots tournaient sans fin dans sa tête. Il sentait qu’il devait faire quelque chose. Il fallait qu’il fasse quelque chose. Cela ne devait pas se passer ainsi, parce que…

— Merci, Konoe… Tous les souhaits que j’avais à l’époque se sont réalisés.

Les mots de Fonia, son sourire, ne le quittaient pas. Elle avait souri comme une jeune fille. Elle lui avait dit merci d’un air heureux.

— Pourquoi ?

Konoe murmura. Il ne comprenait pas.

— Pourquoi souriait-elle comme ça ? …Pourquoi me remerciait-elle avec cette expression ?

Konoe n’avait rien pu faire. Il n’avait rien fait.

Il avait simplement été là, à côté d’elle. Il s’était contenté de l’écouter. Il n’avait rien su dire. Même quinze ans auparavant, il n’avait fait que s’entraîner. Rien de plus, rien de moins. …Cela n’aurait dû rien représenter.

— Il faut que je fasse quelque chose… Mais qu’est-ce que je peux faire ? Qu’est-ce que je…

Sa poitrine le faisait souffrir. Alors, il réfléchit frénétiquement.

Mais il ne savait pas. Il ne savait ni ce qu’il pouvait faire ni ce qu’il devait faire.

Sauver Fonia ? Comment ?

Ce qui érodait l’âme de Fonia, c’était la Barrière des Séraphins. Pour la sauver, il fallait lever la Barrière. Mais c’était elle qui maintenait le Roi-Démon scellé, et tant qu’il vivrait, on ne pourrait pas la lever.

Autrement dit, pour sauver Fonia, il fallait tuer le Roi-Démon. Quant au moyen de le tuer…

— Personne ne le connaît. Depuis mille ans, personne n’a réussi à le tuer.

Le Roi-Démon immortel que même l’Instructrice ne pouvait tuer. Les moyens ordinaires étaient impuissants contre lui. C’était parce qu’il était impossible de le tuer qu’Archinolca attendait depuis un millénaire l’apparition d’une nouvelle Magie Unique.

Alors, Konoe, qui n’en possédait aucune, ne pouvait rien faire.

— Konoe, ne fais pas cette tête. C’est décidé depuis longtemps.

C’était décidé. Elle avait probablement raison. Un cycle de mille ans. Archinolca avait assuré cette continuité au prix d’innombrables sacrifices. Konoe n’avait pas le pouvoir de renverser cette réalité.

Lui qui n’avait développé que ses aptitudes au combat ne pouvait rien faire. Telle était la réalité. Un fait immuable.

— …

Mais malgré tout. Même si c’était un fait. Konoe voulait faire quelque chose. Il se disait que cela ne devait pas se passer ainsi.

Et pourtant, il ne pouvait rien faire.

Une douleur aiguë lui torturait la poitrine…

 

◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆

Cette douleur était sans doute une émotion nouvelle pour Konoe.

Jamais il n’avait nourri un souhait qui lui fasse si mal à la poitrine.

L’envie de faire quelque chose. Un cri qui refusait que les choses se passent ainsi. Le souhait puissant, si puissant, de tendre la main, même si c’était difficile, même si c’était impossible. C’était quelque chose que Konoe n’avait jamais connu.

Il n’avait jamais éprouvé un tel souhait. C’était un homme qui désirait peu.

— Toi, qu’est-ce que tu veux vraiment ?

— Le statut, le pouvoir, la célébrité, l’art, plus d’argent que nécessaire… rien de tout ça ne semble t’intéresser.

Avant son départ pour Archinolca, l’Instructrice lui avait dit cela.

Oui. Konoe était ce genre de personne. Qu’il s’agisse de nourriture, de vêtements ou de quoi que ce soit d’autre, il demandait peu. Il avait vécu avec ce qu’il pouvait obtenir. Il renonçait à ce qui lui était inaccessible. Il ne s’y accrochait pas.

Que la cause en soit la blessure de son âme ou son environnement familial durant l’enfance, cette façon de vivre était normale pour Konoe.

La seule et unique chose qu’il avait ardemment voulue, le souhait vers lequel il avait tendu la main, était de vivre avec quelqu’un… mais même ce souhait-là.

— Avec un philtre d’amour, est-ce que même quelqu’un comme moi pourrait devenir la personne la plus importante pour quelqu’un ?

Un philtre d’amour. Un harem d’esclaves. Il s’était trompé. Son souhait était vague et sans valeur.

Konoe, qui avait renoncé à être normal, avait choisi une méthode que lui-même voulait rejeter. Parce qu’elle était mauvaise, il la voulait sans la vouloir. Il s’était toujours demandé s’il pouvait vraiment se le permettre.

Ainsi, jusqu’alors, Konoe n’avait probablement jamais eu de souhait bien fixé.

Non, à vrai dire, il y avait certaines choses sur lesquelles il n’aurait jamais transigé. Mais son souhait erroné, avec l’aide de la divinité et de l’Instructrice lui avait donné le pouvoir d’atteindre bien des choses.

Il avait pu atteindre Telnerica. Il s’en était fallu de peu pour qu’il atteigne Melmina, mais elle était revenue.

Mais Fonia…

 

◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆

— Je…

Fonia était hors de sa portée. Elle se trouvait si loin qu’il ne pouvait rien faire.

Et cela faisait souffrir Konoe de façon insupportable.

— Je m’en suis souvenue. J’aimais ça.

— …

— Dis, Konoe. Pendant les cinq prochaines années, si tu en as l’occasion, revenons ici ensemble…

Encore cinq ans ? Qu’est-ce que cela voulait dire ? S’éroder, perdre. Oublier jusqu’aux choses qu’elle aimait.

— Je crois que pouvoir se faire une nouvelle promesse, c’est une chose heureuse.

On devrait pouvoir se faire des promesses tout naturellement. Et ce n’était pas forcément une grande. On devrait pouvoir regarder un coucher de soleil autant de fois qu’on le voulait.

Qu’on lui arrache même une chose aussi ordinaire…

— Merci, Konoe.

Pourquoi souriais-tu avec cette expression ?

— …

Si seulement je pouvais tuer le Roi-Démon.

Konoe y pensait sans cesse.

Ses pensées tournaient en rond.

Il ressassait la même chose à l’infini.

…Mais il n’y avait toujours aucun moyen. Ses seules aptitudes au combat ne lui permettraient pas de la sauver.

Pour la sauver, il lui fallait autre chose…

 

◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆

Tendre la main vers ce qui était hors de portée. Désirer quelque chose si ardemment que l’on renverserait la raison elle-même pour l’obtenir.

Peut-être… pouvait-on appeler cela une Aspiration.

Peut-être était-ce un élan de l’âme, l’expression d’un souhait profondément enfoui. Une volonté assez puissante pour changer le monde.

Cependant…

【…■■■, ■■■■■】

…Malgré tout…

…Aussi fort qu’il le souhaitait…

…Aussi ardemment qu’il le désirait…

【…■n■, ■■■■■】

…Il manquait quelque chose à Konoe.

Quelque chose lui faisait défaut. Une chose précieuse, inconnue de lui-même, était absente. Un ■■ manquant.

Les larmes de ■■.

Un fragment de ■■.

…Konoe ne l’avait pas encore trouvé.

Ainsi, son Aspiration ne pouvait prendre forme. Faute de réceptacle pour la contenir, elle ne faisait que déborder.

 

◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆

— …Tss.

Écrasé par un sentiment d’impuissance, Konoe laissa retomber ses épaules. Il ne pouvait que fixer le sol à ses pieds…

— Maître Konoe.

— …? Telnerica ?

Mais à cet instant, la porte du toit s’ouvrit et une jeune fille aux cheveux d’or apparut.

 

error: Pas touche !!