HOLE IN MY HEART T3 – CHAPITRE 5 PARTIE 2
Fonia (2)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Quinze ans auparavant, à cet instant-là, Fonia errait dans l’Académie. Accablée par l’ampleur de sa perte, elle trouvait trop douloureux tout ce qu’elle avait enduré jusque-là.
Elle avait pleuré, encore et encore… jusqu’à l’épuisement, et, sans s’en rendre compte, elle s’était mise à déambuler dans l’Académie, l’esprit absent.
— Il est trop tard. Il ne me reste plus rien…
Elle était désespérée. Elle se disait qu’elle mourrait sans avoir rien pu faire. Qu’elle mourrait sans qu’aucun de ses souhaits ni de ses rêves se soit réalisé. Qu’elle mourrait vide.
Elle en avait assez de tout et marchait sans but dans l’Académie. La nuit était tombée sans qu’elle le remarque. Elle continuait d’errer dans les couloirs nocturnes, sans objectif, sans direction…
— …
Finalement, Fonia se retrouva sur le terrain d’entraînement. Celui qui se trouvait derrière l’Académie. Elle y entra simplement parce qu’il était devant elle.
— …?
Là, Fonia remarqua la présence d’un homme.
Un homme qui maniait une lance, tout seul. C’était Konoe.
— …
En voyant Konoe, Fonia pensa d’abord, tout simplement, ah, oui, il y avait quelqu’un comme lui.
Un homme de sa promotion. Un homme venu d’un autre monde. Ils avaient passé dix ans au même endroit, mais elle ne gardait de lui qu’une impression vague. Leur niveau était si différent qu’ils n’avaient jamais combattu ensemble. Même en le voyant s’entraîner devant elle, dans l’état de désolation où elle se trouvait, elle se dit seulement qu’il n’avait rien de particulier.
Cet homme se trouvait donc sur le terrain d’entraînement, à manier sa lance. Fonia le regarda, l’esprit vide. Si on lui avait demandé pourquoi, elle aurait seulement pu répondre qu’il n’y avait pas de raison. Elle ne voulait penser à rien et souhaitait peut-être simplement regarder quelque chose qui n’avait aucun rapport avec elle.
Sous ses yeux, Konoe continuait de manier sa lance. Il exécutait les mouvements de base enseignés par l’Instructrice. Il les répétait sans cesse, avec une obstination acharnée.
— …
Puis, au bout d’un moment, Konoe cessa de manier sa lance et tendit la main dans le vide. Alors…
— Manifeste-toi.
Une lumière blanche jaillit de la paume de Konoe et prit la forme d’une arme d’un blanc immaculé. Un armement divin.
La Lance de la Sainte Croix. Une lance de la couleur de la divinité. Konoe la saisit et recommença à la manier de la même façon…
— Hein ?
En le voyant ainsi, pour la première fois, Fonia sentit une émotion remuer en elle. Elle cligna des yeux à plusieurs reprises. Les yeux écarquillés, elle regarda Konoe. Pourquoi ? Parce que…
— Qu’est-ce que c’est que cette lance ?
Parce que cet armement divin était en lambeaux.
Non, à vrai dire, ce n’était pas tout à fait cela. L’armement divin lui-même avait la forme d’une magnifique lance. Mais l’âme de Konoe, visible au-delà de l’arme, était en lambeaux.
Un armement divin était façonné par l’âme de son propriétaire. Ainsi, une personne qui connaissait les manques d’une âme pouvait les reconnaître dans celle d’un autre. Parce qu’ils étaient semblables.
Fonia avait inconsciemment détourné les yeux de ses propres manques, mais elle les reconnaissait désormais. Elle ne pouvait faire autrement.
Alors, Fonia comprit.
L’âme de Konoe était couverte de cicatrices. Blessée de toutes parts, au point qu’il n’y restait presque aucun endroit intact. Peut-être même davantage que l’âme érodée de Fonia.
— …
Fonia fixa Konoe, stupéfaite. Une âme couverte de cicatrices. Une âme qui, comme la sienne, semblait avoir perdu ses souhaits, ses raisons de persévérer, se trouvait là, devant elle.
— Pourquoi ?
Mais malgré tout. Même s’il était tout aussi déchiré qu’elle, l’homme devant elle ne faiblissait pas. Il continuait de manier sa lance.
Il semblait tendre désespérément la main vers quelque chose. Voilà pourquoi il maniait sa lance avec acharnement. Avec une obstination maximale. Comme s’il se débattait, refusant de renoncer. Il était semblable à Fonia, et pourtant, même sans rien comprendre, il continuait.
Devant Fonia, Konoe mania sa lance. Dix, vingt, cent, deux cents fois. Et cela…
— Je vois.
Des larmes que Fonia croyait taries coulèrent de nouveau sur ses joues.
Oui. Dans son désespoir, Fonia avait compris une évidence. Elle avait perdu beaucoup de choses. C’était vrai. Mais…
— Je me demande si je pourrais tendre à nouveau la main…
Ne pas se lamenter sur ce qui était perdu, mais le reconquérir. S’efforcer d’y parvenir. Comme Konoe, qui maniait sa lance devant elle. Ne pas rester prostrée dans le désespoir, mais essayer encore.
En voyant Konoe, Fonia eut le sentiment qu’elle en était capable.
— …
Alors, Fonia fit un pas sur le terrain d’entraînement. Konoe tourna les yeux vers elle, et leurs regards se croisèrent. Konoe. Quelqu’un qui, couvert de cicatrices, s’efforçait malgré tout de rester debout. Quelqu’un qui essayait.
— Dis, Konoe.
Il finirait sûrement par obtenir quelque chose. Fonia en était convaincue. Parce qu’il s’acharnait autant. Ses blessures se refermeraient, et un jour, il rayonnerait. Ce serait…
— Nous sommes àux antipodes, n’est-ce pas ?
…Tout l’opposé de Fonia.
Konoe obtiendrait quelque chose. Mais Fonia continuerait de perdre. La Barrière des Séraphins était liée à elle et lui volerait tout au cours des vingt années suivantes. Mais…
— Konoe. Et si nous nous faisions une promesse ?
— Si un jour… tu parviens à vraiment l’obtenir… alors, je voudrais que tu me l’apprennes… Moi aussi, je le veux.
Mais, même s’ils étaient aux antipodes, ils tendaient sûrement la main de la même façon. Elle avait l’impression d’avoir trouvé un compagnon. Alors, elle voulait qu’il lui montre un jour ce qu’il aurait obtenu. Elle voulait voir cet éclat.
Car, avec cette promesse… elle ne serait sûrement pas seule.
Voilà ce que ressentit Fonia.
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— Alors, Konoe. C’est grâce à toi. Grâce à toi, j’ai pu vivre sans sombrer dans le désespoir depuis ce jour-là.
— Ça…
— J’ai pu tendre à nouveau la main. J’ai pu profiter pleinement de ma vie.
Fonia parlait en savourant chaque mot.
Elle plissa doucement les yeux, caressant le journal qu’elle tenait entre ses mains.
— Euh.
Mais Konoe ne savait toujours pas quoi lui répondre.
Il se contenta de laisser errer son regard. Alors, Fonia…
— Et, Konoe. Cette fois encore, c’est grâce à toi que je m’en suis souvenue.
— …?
— Grâce à ta chaleur, je me suis rappelé des choses que j’avais oubliées. Les crêpes, le poisson frit, Archinolca elle-même… et surtout, ce journal.
Puis…
— Dis, Konoe. Il y a un endroit où j’aimerais que tu m’accompagnes.
◆
— Konoe, c’est ici.
Après avoir quitté le château, Konoe et Fonia marchèrent un moment avant d’arriver à cet endroit. C’était…
— Oui, encore un beau coucher de soleil aujourd’hui.
Ils étaient au sommet d’une montagne. L’une des nombreuses montagnes de la chaîne d’Archinolca. Un petit espace dégagé au sommet d’un pic particulièrement élevé.
À cette heure-là, en bas, le soleil devait être couché depuis longtemps. Mais à cette altitude, sa moitié était encore visible.
— Konoe, assieds-toi.
— Ah, oui.
Dans cet endroit où le vent hurlait, il n’y avait qu’un long banc. Fonia s’y assit, dressa autour d’eux une barrière qui les isolait du vent et du bruit, puis tapota la place à côté d’elle pour inviter Konoe à la rejoindre.
Konoe s’exécuta et s’assit à ses côtés.
— …
Pendant un instant, ses yeux s’écarquillèrent. Devant lui s’étendait une magnifique teinte dorée.
En contrebas, les montagnes escarpées étaient couvertes de neige, et les rayons du soleil couchant les faisaient resplendir d’or.
L’air était froid et leur souffle formait de la buée. Mais il était si incroyablement pur que Konoe avait l’impression qu’il lui lavait les poumons. Dix mille mètres d’altitude. Les deux visiteurs étaient les seuls êtres vivants à s’y mouvoir, et seule leur respiration était audible.
— …
— …
Un instant de silence. Konoe était simplement captivé par le paysage.
Fonia, assise à ses côtés, regardait elle aussi le soleil décliner.
Dans ce monde où le temps semblait s’être arrêté… une présence s’approcha soudain de son dos, puis quelque chose le toucha. Il tourna la tête et vit Fonia qui le regardait, les yeux légèrement plissés.
— Dis, Konoe. Tiens.
— …?
Fonia lui tendit le journal qu’elle tenait avec tant de soin.
— Lis-le, lui dit-elle.
Konoe s’exécuta, posa un doigt sur la couverture et ouvrit la première page. Là…
《Je voudrais courir pieds nus dans un champ.》 《Je voudrais manger tout ce qui me fait envie au marché.》
Voilà ce qui était écrit. Rien d’autre, en grandes lettres.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Ça, Konoe, c’est ce que j’ai écrit il y a vingt-cinq ans. Ce dont je rêvais quand j’étais enfant… Regarde la suite.
Il y a quinze ans, j’avais même oublié que j’avais écrit cela, murmura-t-elle. En l’entendant, Konoe feuilleta le journal. Il contenait de nombreux souhaits
《 Je voudrais courir pieds nus dans un champ. 》
《Je voudrais manger tout ce qui me fait envie au marché.》
《Je voudrais acheter et porter une tenue audacieuse.》
《 Je voudrais veiller tard sans que ma gouvernante s’en aperçoive. 》
《Je voudrais dormir jusqu’à midi.》
《Je voudrais passer une journée entière à ne manger que des sucreries.》
《Je voudrais déployer grand mes ailes et m’envoler où bon me semble.》
《Je voudrais passer une journée comme une fille ordinaire, sans être ni princesse ni héritière.》
Le journal était rempli de souhaits de ce genre. Rien que les souhaits sans grande prétention d’une jeune fille.
— Ce que je voulais faire, un jour, avant que mon heure arrive.
— …
— J’en ai réalisé la plupart au cours de ces quinze années… mais il en restait un seul.
La dernière page, lui indiqua Fonia.
Konoe feuilleta le journal et y arriva bientôt. Là…
《Au sommet de la montagne, là où l’on est le plus haut et où l’air est le plus pur, je voudrais regarder le soleil se coucher en compagnie d’un homme merveilleux.》
— …
Konoe releva les yeux du journal. Alors…
— Merci, Konoe.
Fonia souriait.
Elle n’avait pas son visage habituellement impassible, ni un sourire forcé, ni un sourire à peine esquissé.
Baignée par la lumière dorée du soleil, elle arborait une expression que Konoe ne lui avait encore jamais vue.
— Tous les souhaits que j’avais à l’époque se sont réalisés.
Elle souriait simplement. Une joie totale.