HOLE IN MY HEART T3 – CHAPITRE 4 PARTIE 5
Journal intime (5)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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…Mort ? Peu après la dixième entrée du journal ? Et la Barrière des Séraphins… un héritier ?
Fonia avait prononcé ces mots d’une voix neutre. Pendant un instant, Konoe ne parvint pas à en saisir le sens.
— Konoe, si je peux te révéler cela, c’est parce que tu as traduit le texte.
— ….Hein, ah, oui.
— C’est un secret connu uniquement de ceux qui entretiennent des liens étroits avec les héritiers… ainsi que des dirigeants de chaque pays et de quelques très rares Adeptes, pour les situations d’urgence.
Alors que Konoe peinait à comprendre, Fonia poursuivit d’un ton toujours aussi calme. Son visage, ses yeux étaient les mêmes que d’habitude. Une expression dénuée d’émotion.
— Konoe, tu n’as pas trouvé ça étrange ?
— …?
— La Barrière des Séraphins. Une barrière spéciale capable de sceller le Roi-Démon. Pourquoi les autres pays, même le Royaume Divin, n’en possèdent-ils pas ? Si elle est aussi puissante, les autres nations voudraient sûrement s’en servir.
C’était… vrai. Konoe s’était déjà posé la question.
Lorsqu’il avait entendu parler du Roi-Démon pour la première fois, et surtout depuis son arrivée ici. Il avait été particulièrement surpris de voir à quel point l’entrée était dissimulée et s’était dit que cette seule propriété serait utile ailleurs.
— La réponse est simple. C’est parce qu’il n’existe qu’une seule Barrière des Séraphins. Konoe, la Barrière des Séraphins… c’est une Magie Unique.
— …Une Magie… Unique ?
— Il y a mille ans, la première héritière a brisé son âme pour la créer. Une Autorité créant un autre monde : la Barrière des Séraphins.
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Autrefois, il y a mille ans. C’est ainsi que commença le récit de Fonia.
C’était une époque où le monde menaçait de s’effondrer sous les assauts du Roi-Démon immortel. Un mal qui dévorait tout et gagnait sans cesse du terrain. Une Autorité qui lui permettait de ressusciter, quel que soit le nombre de fois où on le tuait, et un pouvoir qui repoussait les malédictions. En un instant, le monde fut englouti par une vague d’un violet noirâtre.
Les victimes représentaient vingt pour cent de la population mondiale de l’époque. Incapables d’opposer une résistance digne de ce nom, les nations furent dévorées les unes après les autres. Le monde sombra dans la panique tandis que les gens fuyaient, terrifiés…
— Mais en Archinolca, les dragoniens ne pouvaient pas fuir. Parce que leurs nourrissons… ne peuvent pas quitter les hauteurs des montagnes. Tu le sais, n’est-ce pas, Konoe ?
— …Oui, je l’ai appris.
Si les dragoniens avaient creusé leurs villes dans les montagnes, c’était en raison de leur physiologie particulière, qui les rendait dépendants de l’altitude.
Ils étaient la race la plus puissante, une race bénie par la faveur divine, mais leurs petits ne pouvaient être élevés que dans des lieux proches des cieux durant leur première année. S’ils descendaient à plus basse altitude, la moitié d’entre eux mourraient. Telle était leur nature.
— Si nous étions contaminés, si nous étions engloutis, comment nos enfants pourraient-ils grandir ? Comment pourrions-nous regarder en face nos ancêtres, qui avaient si longtemps combattu les monstres et creusé ces montagnes pour leurs enfants, jusqu’à bâtir la cité d’Archinolca ?
— …
— C’est pourquoi les dragoniens de cette époque décidèrent d’aller affronter le Roi-Démon avant qu’il n’atteigne ces terres.
Ce fut une bataille désespérée qui dura soixante jours, expliqua Fonia.
Un combat à mort. Ils avaient fait appel à des héros du monde entier. Le Primordial, la lanterne d’Argent et d’autres légendes.
— …Mais même cela ne suffit pas.
Fonia baissa les yeux. Quoi qu’ils fassent, ils ne parvenaient pas à empêcher sa résurrection. Les entraves physiques se dissolvaient, et les barrières magiques cédaient devant son pouvoir envahissant.
Les héros s’épuisaient à force de combattre et, de surcroît, au fil du temps, des débordements de ces donjons labyrinthiques et des menaces de rang Calamité à apparaître aux quatre coins du monde. C’était probablement le soutien qu’apportait la divinité Maléfique.
— Le temps pressait. Alors, la première héritière tenta un pari.
— …Lequel ?
— Elle demanda à quelqu’un qui possédait une Magie Unique de Modification d’altérer sa propre âme, sa propre Magie Unique.
À l’origine, la première héritière possédait une Magie Unique de type autre monde, murmura Fonia.
Rendre cette Magie Unique plus puissante, plus absolue. Consumer son âme pour sceller le Roi-Démon. C’était dans ce but qu’elle avait fait modifier son âme de son vivant.
Même si cette modification devait briser son âme. Même si elle ne pourrait plus jamais renaître. Même si les chances de réussite étaient infimes et qu’elle risquait fort de mourir en vain.
La première héritière avait tout misé sur un seul espoir. Pour le monde, pour l’avenir des dragoniens… et surtout, pour son propre enfant qui venait de naître.
Le résultat fut…
— La Barrière des Séraphins. La seule et unique magie capable de sceller le Roi-Démon, créée en échange de l’âme de la première héritière.
Et c’est ainsi que la bataille avait pris fin, dit-elle, la poitrine gonflée de fierté. …Mais.
— Mais un problème subsistait.
— …Oui.
…Au fil de la conversation, Konoe avait pu deviner lequel.
— Comment maintenir la Barrière des Séraphins.
C’était bien là le problème. Certes, une Magie Unique pouvait subsister après la mort de son utilisateur, tout comme la barrière de scellement avait perduré après la mort de la famille de Telnerica. Mais ce pouvoir n’était pas éternel. Il s’affaiblissait avec le temps. Le monde possédait une force de correction. Aussi puissant soit-il, il ne pouvait en aucun cas se maintenir pendant mille ans.
— Alors, ceux qui restaient en ont discuté et ont pris une décision. Ils hériteraient de cette Magie Unique.
— …En hériteraient ?
— Le mari de la première héritière a, de la même manière, brisé son âme et modifié sa propre Magie Unique pour créer une nouvelle Autorité. Cette Magie Unique s’est liée à la Barrière des Séraphins, lui donnant ainsi la faculté d’être transmise.
— …
— Ainsi, lorsque son détenteur meurt, la Barrière des Séraphins se relie au suivant.
Elle s’y reliait et utilisait la puissance de son âme pour se maintenir, expliqua Fonia. Le suivant était un dragonien désigné à l’avance, et c’était ainsi que la race dragonide avaient maintenu la Barrière des Séraphins pendant mille ans.
— Voilà la vérité sur la Barrière des Séraphins. Tu comprends ?
— … Ah, oui.
— Bien. Par ailleurs, la porte souterraine que je t’ai montrée n’est qu’un décor. La Barrière des Séraphins ne se trouve pas dans les souterrains d’Archinolca. Elle est de l’autre côté d’Archinolca, dans une autre dimension.
Quoi ?
Konoe fut surpris… mais se rappela alors ce qu’elle venait de dire.
C’était vrai. Elle avait dit que la Barrière des Séraphins était une Autorité qui créait un autre monde.
— Cette porte n’est qu’un artefact magique sans pouvoir, dont la complexité et la faible présence sont conçues pour en rendre l’analyse difficile. Il y en a beaucoup d’autres comme elle dans les environs. Pour cacher la vérité, pour détourner les attaques de la cité, nous avons même menti aux Adeptes qui acceptent la mission d’enquête.
— …
— Pour la protéger, mieux vaut que le moins de personnes possible connaissent la vérité. C’est ainsi que nous avons protégé la véritable Barrière des Séraphins. Bien sûr, les Adeptes dotés d’une perception sensorielle aiguisée, comme Melmina, le comprennent sans qu’on le leur dise.
— …Je vois.
— En réalité, on peut entrer dans la Barrière des Séraphins depuis n’importe quel endroit aux alentours de la cité d’Archinolca. Même depuis la porte de cette salle de réception.
Seules deux personnes pouvaient y entrer à la fois — c’était pourquoi l’enquête était menée en binôme, et non en grand groupe — et l’héritier devait toujours être l’une d’elles, mais à part cela, les conditions étaient assez souples, expliqua Fonia.
D’ailleurs, ces conditions venaient apparemment du fait que la Magie Unique de la première héritière, avant sa modification, avait été créée pour passer du temps avec son mari.
Son nom d’origine aurait été Mon doux refuge.
Cette révélation laissa Konoe tout bonnement stupéfait…
…Hein ? …Une minute.
— Hein ? L’héritier doit toujours faire partie des personnes qui entrent ?
Il lui semblait que Fonia venait de le dire. Elle l’avait mentionné avec tant de naturel qu’il avait failli ne pas le remarquer.
Mais la veille, lorsque Konoe y était entré, la personne qui l’accompagnait était…
— Exactement. Je suis l’héritière actuelle.
— …
— Celle qui en a hérité il y a vingt-cinq ans. La détentrice de la Magie Unique de la Barrière des Séraphins. C’est moi.
Fonia possédait la Magie Unique de la Barrière des Séraphins ? Konoe était déconcerté. Le ton de Fonia n’avait absolument pas changé.
Non, mais tout de même…
— Ta Magie Unique, ce n’est pas le Bouclier de Séparation ?
— Ce bouclier n’est qu’une application partielle de la barrière, à laquelle on a donné une autre apparence. La Magie Unique elle-même, c’est la Barrière des Séraphins.
— …
— Pour dissimuler la vérité, les héritiers de chaque génération prétendent posséder une autre Autorité, comme moi. Par exemple, le journal disait que la princesse-prêtresse Fatima possédait l’Autorité de Séparation, mais je pense qu’elle se contentait probablement de prolonger la barrière et de s’en servir comme d’une épée.
… Ça… …Hein ? La princesse-prêtresse Fatima ?
Oui. Konoe se rappela.
Au début de cette conversation, il était question de…
— Et cela nous ramène au point de départ. La raison pour laquelle la princesse-prêtresse est morte peu après cette entrée du journal.
— …Ah.
— La puissance de la Barrière des Séraphins est immense. La création d’une dimension parallèle aussi vaste, un pouvoir de séparation capable de contenir le Roi-Démon. Cela dépasse de loin les limites d’une Magie Unique ordinaire… Et en plus, elle doit rester active en permanence. Elle consomme une quantité d’énergie énorme, bien trop importante pour que la récupération naturelle suffise à compenser.
La voix de Fonia était neutre, invariablement neutre. Elle semblait tenir une conversation anodine, sans la moindre émotion.
Mais le cœur de Konoe fit un bond. Un mauvais pressentiment le gagna.
Sans doute parce que ce qu’il avait appris, ses connaissances sur les Magies Uniques, lui laissaient déjà entrevoir la réponse.
— Par conséquent, l’âme de l’héritier commence à s’user dès l’instant où il reçoit la barrière. Cette utilisation excessive la ronge jour après jour. Le cœur s’émousse, perd ses couleurs, et les souvenirs s’effacent… Et il faut environ trente ans pour que l’âme soit entièrement consumée.
Autrement dit.
— Quiconque hérite de la Barrière des Séraphins meurt au bout de trente ans.