HOLE IN MY HEART T3 – CHAPITRE 4 PARTIE 2
Journal intime (2)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Un journal écrit en japonais, le nom d’une princesse-prêtresse, et son mari… quelqu’un d’un autre monde ?
— Alors, Fonia, ce journal a été écrit par le mari de cette princesse-prêtresse ?
— C’est possible.
Ce journal incompréhensible commençait à prendre un sens. La silhouette mystérieuse de son auteur se précisait.
Konoe regarda les documents étalés sur le bureau. La première entrée du journal s’achevait sur cette dernière phrase. Il y en avait, paraît-il, dix dans la Région Scellée, ce qui signifiait qu’il en restait neuf à lire.
— Konoe, la suite.
— Oui.
Pressé par Fonia, il prit le document suivant. Comprendrait-il quelque chose en les lisant tous ?
◆
Konoe déplia le document suivant. Le deuxième.
— Celui-ci aussi est écrit à la première personne.
C’était une entrée de journal, vraisemblablement rédigée par la même personne que la première. Un rapide coup d’œil lui révéla que le contenu était du même ordre, ce qui l’amena une nouvelle fois à se demander pourquoi ce texte se trouvait dans le domaine du Roi-Démon.
《 Après cela, les chevaliers me transportèrent au centre de soins de la ville, où je fus soigné. J’avais échappé de peu à la mort. 》
《 Cependant, ma jambe cassée était dans un état terrible, et l’on me dit qu’il serait plus rapide de la couper et de la régénérer. 》
《 On me proposa de simplement la trancher pour la faire repousser, en pointant une épée vers moi. Pris de panique, je tentai de m’enfuir, mais c’est alors que je la remarquai. Elle m’observait depuis l’entrée du centre de soins. Ne voulant pas paraître pitoyable devant la femme qui me plaisait, je pris un air courageux et leur dis d’y aller, de la trancher. 》
《 La douleur était atroce. Je crois que j’aurais hurlé et pleuré si elle ne m’avait pas regardé. 》
Konoe déchiffra le texte petit à petit, compatissant à ce qu’avait enduré son auteur.
À vrai dire, Konoe avait lui-même vécu cela à plusieurs reprises. C’était vraiment très douloureux. Une souffrance d’une autre nature que celle d’un membre tranché au combat. Il jeta un regard à Fonia et constata qu’elle avait elle aussi cessé d’écrire, les yeux dans le vague. Elle pensait sans doute à la même chose.
L’Instructrice faisait ça sans la moindre hésitation…
《 Une fois ma jambe guérie, je pus quitter le centre de soins sans problème. La première chose que je fis fut de la chercher. Je voulais la remercier et, peut-être, lui demander comment la recontacter. 》
《 Mais lorsque je me mis à sa recherche, elle était déjà partie. J’interrogeai donc un chevalier qui se trouvait à proximité à son sujet. 》
《 Sa réponse me surprit. Il se trouvait que c’était la princesse-prêtresse d’Archinolca. 》
Le journal détaillait ensuite ce que son auteur avait appris à son sujet.
Elle exerçait ses fonctions de princesse-prêtresse depuis dix ans, et sa beauté était connue jusque dans les autres pays. Elle n’était pas seulement belle, mais aussi un chevalier de premier ordre.
Elle possédait en outre une Magie Unique de Rupture et avait même vaincu à elle seule une menace de rang Calamité.
《 Elle était complètement hors de ma portée. Notre statut, notre puissance, tout nous séparait. C’était un amour impossible. 》
L’auteur était tombé à genoux, abasourdi. Le chevalier à qui il avait parlé lui avait même tapoté l’épaule en lui conseillant de renoncer. Pour ne rien arranger, la durée de séjour qu’il avait initialement déclarée était écoulée, et il devait quitter Archinolca. Abattu, il était retourné au Royaume Divin et avait repris sa vie ordinaire.
Un jour, deux jours, puis dix jours passèrent…
《 Mais je n’arrivais tout simplement pas à renoncer. Trente jours plus tard, j’étais de retour en Archinolca. Même si c’était sans espoir, je voulais seulement pouvoir la voir. 》
— Eh bien. Quelle détermination, murmura Fonia.
Konoe ne put qu’acquiescer.
De plus, le journal précisait qu’il avait vendu tous ses biens au Royaume Divin et acheté une maison en Archinolca. Il avait aussi déboursé une somme considérable pour en obtenir la citoyenneté. Il était on ne peut plus sérieux.
《 J’avais l’impression d’être un harceleur inquiétant, mais j’étais résolu à ne pas lui causer d’ennuis, au moins. J’ouvris donc une boutique de mayonnaise et de fritures près de la garnison des chevaliers. 》
《 Elle devint populaire auprès des hommes de la chevalerie dragonienne. Pour plaisanter, je fis frire un gros poisson entier et le mis en vente accompagné de mayonnaise. Bientôt, les clients faisaient la queue à l’heure du déjeuner. 》
Un gros poisson frit. Konoe se demanda s’il s’agissait de la même chose que ce qu’il avait mangé tout entier la veille, tandis que la texture et le goût des arêtes lui revenaient en mémoire.
Le journal racontait ensuite comment son auteur s’était peu à peu habitué à la vie en Archinolca. Il travaillait et s’intégrait à la communauté. Il reconnaissait les visages, et les autres reconnaissaient le sien. Il se tuait à la tâche, courant en tous sens, tandis que six mois, puis un an s’écoulaient. Sa boutique fit parler d’elle dans toute la ville, et il dut ouvrir d’autres établissements.
C’étaient des journées difficiles, mais gratifiantes, écrivait-il. Et…
《 Pendant que je travaillais, il m’arrivait d’apercevoir un éclair de lumière verte. Le simple fait de le voir suffisait à me rendre heureux. 》
Son admiration pour elle n’avait jamais faibli. Il en était venu à se dire que, même si son amour était sans espoir, il voulait se rendre utile au pays où elle vivait. Les jours passèrent ainsi, et…
— Hum ?
Konoe fut un peu surpris par la suite du texte. Car…
《 Cela faisait environ deux ans que je m’étais installé en Archinolca. L’impensable se produisit. Elle vint dans ma boutique. 》
《 Elle entra et commanda un poisson. Je m’empressai de lui adresser les remerciements que je n’avais pas pu lui exprimer à l’époque.
《 Elle se souvenait de moi. De l’incident avec les trolls. 》
《 J’étais si heureux. Je me mis à pleurer malgré moi, ce qui sembla beaucoup la surprendre. 》
《 À partir de ce jour, elle commença à venir de temps à autre dans ma boutique. 》
Le deuxième document s’achevait sur ces mots. Il n’avait rien révélé sur le Roi-Démon, mais avait quelque peu éclairé l’histoire de son auteur et de la princesse-prêtresse.
Konoe termina sa lecture et referma le document. Il en restait huit.
◆
Konoe et Fonia poursuivirent ainsi le déchiffrage et la transcription du journal.
Les troisième et quatrième entrées étaient également du même auteur. La troisième racontait comment, au fil de ses visites occasionnelles, ils avaient commencé à bavarder. La quatrième relatait comment elle était devenue une habituée et comment ils avaient fini par sortir ensemble.
Le texte retraçait leur rapprochement progressif. Une histoire d’amour qui dépassait leur différence de statut prenait forme.
Il est plutôt incroyable, ce type, songea Konoe.
Mais une question qu’il aurait dû poser plus tôt lui vint alors à l’esprit.
— Fonia, je peux te demander quelque chose ?
— Qu’y a-t-il ?
— Une relation amoureuse entre une princesse-prêtresse et un roturier est vraiment autorisée ?
Pour une raison ou une autre, Konoe avait l’impression que ce n’était pas le cas. Sur Terre, les histoires d’amour entre personnes de conditions très différentes finissaient généralement en tragédie.
— Cela dépend.
— …?
— Cela dépend à quel point la princesse-prêtresse est sérieuse. Si elle l’est, c’est autorisé.
Cela dépendait à quel point elle était sérieuse ?
— Une princesse-prêtresse possède toujours une Magie Unique. C’est l’une des conditions pour exercer cette fonction. Cela signifie qu’elle a une âme tenace. Si l’on tente de s’opposer à l’amour sincère d’une telle princesse-prêtresse… le sang coulera à coup sûr.
…Je vois, c’était donc comme ça.
Konoe hocha la tête avec surprise, effrayé à l’idée que le sang puisse couler. Cette princesse-prêtresse devait donc éprouver des sentiments sérieux pour l’auteur du journal.
Ça restait quand même incroyable, songea Konoe, comme si cette histoire ne concernait que les autres.
— Konoe, le cinquième.
— Oui.
Laissant cela de côté, Konoe rangea le quatrième document, qui s’achevait sur leur rendez-vous, et ouvrit le cinquième.
《 Je me promenai avec elle dans la ville, main dans la main. Sa paume était chaude et douce. Je sentis une odeur qui rappelait la menthe et, lorsque je tournai la tête vers elle, elle souriait, les yeux plissés. 》
《 Quand je lui serrai la main, elle serra la mienne en retour. Peut-être parce que je lui avais fait mal en serrant trop fort auparavant, elle accentua doucement la pression, et cela me chatouilla. Je ne pus m’empêcher de rire, et elle rit avec moi. 》
Tout de même. Les entrées devenaient de plus en plus romantiques, et il lui était de plus en plus difficile de les lire à voix haute. Pour les besoins de la traduction et de la prise de notes, il avait l’impression de lire un roman d’amour à voix haute devant Fonia.
《 Sa main était petite et douce. Quand je lui dis que je voulais la tenir pour toujours, elle me répondit qu’elle aussi. 》
C’était, en un mot, un peu embarrassant.
《 Elle entoura mon bras des siens d’un geste espiègle. Ses seins se pressèrent contre mon bras. Elle avait une belle silhouette et une poitrine généreuse. La sensation était extraordinaire. 》
Ce type… qu’est-ce qu’il pouvait bien écrire comme bêtises dans la Région Scellée ?
Ah, non, ce n’était pas ça. Ce n’était pas lui qui avait écrit cela ici, mais presque certainement le Roi-Démon.
Mais pourquoi écrire une chose pareille dans un journal ? se demanda-t-il… même s’il était peut-être malvenu de sa part de juger le contenu du journal d’autrui.
— Konoe ? La suite ?
— Ah, oui.
La voix de Fonia venait de l’inciter à poursuivre.
Konoe éprouvait une certaine réticence à lire à voix haute une phrase parlant de seins devant une femme, mais c’était son travail.
L’abandonner n’était pas une option pour lui. Certes, mais tout de même.
— ….
S’ils s’étaient trouvés dans la Région Scellée, par exemple, Konoe aurait poursuivi sans hésiter.
La Région Scellée était un territoire ennemi, où résidait le Roi-Démon, et ce n’était pas un endroit où se préoccuper de ce qui était facile ou difficile à dire.
Mais ils n’étaient pas dans la Région Scellée.
Ils étaient dans une salle de réception du château.
— Euh.
— Oui.
Il… parla un peu trop vite et buta sur ses mots.