HOLE IN MY HEART T3 – CHAPITRE 3 PARTIE 5

Archinolca (5)

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Traduction : Calumi
Correction : Raitei

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Pendant ce temps, dans une pièce du château d’Archinolca, loin de la ville.

— Melmina, pourquoi as-tu laissé autant de paperasse s’accumuler…?

— Héhé, je commence moi-même à le regretter un peu.

Deux jeunes filles faisaient courir leurs plumes, ensevelies sous une montagne de documents.

Le grattement des plumes sur le papier résonnait dans la pièce, accompagné du bruissement des pages que l’on tournait et du bruit des pointes plongées dans l’encre. Après avoir salué Konoe à son départ, toutes deux s’étaient attelées à cette paperasse depuis le matin. Hormis une pause pour déjeuner à midi, elles n’avaient pas cessé d’écrire.

— Franchement, j’en ai trop fait… Travailler d’un pays à l’autre, c’est vraiment pénible.

— À qui le dis-tu.

Melmina eut un sourire crispé, et Telnerica hocha vigoureusement la tête en signe d’approbation. Les différences de présentation, de législation et de nombre de subordonnés disponibles pour les aider. À force de vouloir trop en faire malgré toutes ces différences, elle s’était retrouvée avec cette montagne de paperasse. Et qui plus est…

— Les préparatifs pour l’extraction des pierres de miasme ont déjà commencé, alors nous devons nous dépêcher.

— Le maître de la guilde minière était vraiment enthousiaste, n’est-ce pas…

À vrai dire, l’élément le plus important de cette expédition, l’itinéraire permettant d’extraire les pierres de miasme, avait déjà été trouvé grâce à la Clairvoyance de Melmina. Cela avait été d’une facilité presque risible. Le maître de la guilde minière avait affiché une expression mi-ravie, mi-résignée, comme s’il se demandait à quoi avaient servi tous ses efforts passés.

Les préparatifs pour aménager l’itinéraire étaient donc déjà en cours sur place, et elles devaient régler les formalités au plus vite pour assurer une reprise sans heurts de l’extraction et des ventes.

— Il est trop tard pour faire marche arrière. Il ne nous reste plus qu’à nous y mettre.

— Tu as raison.

— C’est pour le bien de la compagnie, pour les énormes bénéfices que rapporteront les pierres de miasme. Je veillerai à bien te rémunérer pour ton aide.

Melmina adressa ces mots à Telnerica tout en versant cuillerée après cuillerée de sucre dans le thé qu’elle s’était servi. C’était pour alimenter son cerveau en sucre. En réalité, Melmina était plutôt friande de sucreries, et c’était là sa source d’énergie.

— …D’énormes bénéfices ?

Telnerica murmura alors ces mots d’un ton sceptique. Elle posa sur Melmina un regard interrogateur.  Melmina fut un peu surprise.

Aurait-elle compris ?

— Melmina, cette affaire ne rapportera presque rien, n’est-ce pas ?

— Tu crois ?

— Oui. Les sommes en jeu sont importantes, mais… les versements à la guilde minière et aux organismes concernés sont considérables, et si l’on tient compte des autres dépenses et des taxes, je doute qu’il reste beaucoup de bénéfices.

— …

— En fait, c’est Archinolca qui a bien plus à y gagner. Les conditions de l’accord lui sont déjà favorables, et en plus, une fois tout cela terminé, tu seras partie prenante de l’exploitation des pierres de miasme ici. Cela lui donnera une raison de faire appel à toi si un problème semblable à cet effondrement se reproduit.

Les bénéfices de cette affaire étaient bien trop faibles pour servir de contrepartie à la garantie de pouvoir faire appel à sa Clairvoyance en cas d’urgence, fit valoir Telnerica. En l’entendant, Melmina…

…Cette fille est vraiment compétente, songea-t-elle. Jusqu’ici, elle avait accompli un excellent travail dans les tâches concrèteset, de surcroît, les documents qu’elle avait confiés à Telnerica étaient de faible importance et peu détaillés. Si elle avait pu en déduire toute la portée de l’accord et parvenir à cette conclusion, alors elle était vraiment douée. Si sa lignée n’avait pas été dissoute, elle aurait certainement fait une excellente dirigeante, ou une conseillère auprès d’un seigneur, pensa-t-elle également.

Si Telnerica n’avait pas été aux côtés de Konoe, si elle avait été une parfaite inconnue, Melmina aurait même recommandé de lui confier la gestion de ses biens. Mais puisqu’il s’agissait de Konoe, elle ne le suggérerait absolument jamais. Pourquoi ? Parce que l’idée de voir Telnerica gérer les biens de Konoe l’agaçait, tout simplement. Cela ressemblait trop au rôle d’une épouse.

— Melmina ?

— Ah, pardon, j’étais perdue dans mes pensées… Tu parlais du manque de bénéfices, c’est bien ça ? Tu as tout à fait raison. À part les droits obtenus, cette affaire ne rapporte presque rien. Si j’ai tout de même signé ce contrat, c’est…

À l’origine, si elle avait entrepris de se procurer des pierres de miasme, c’était pour sa sœur. Pour fabriquer l’élixir. Et même si les conditions s’y prêtaient, la raison pour laquelle elle avait choisi Archinolca parmi plusieurs possibilités, ou plutôt la raison pour laquelle elle avait commencé à se renseigner sur les pierres de miasme d’Archinolca, était qu’elle avait vu l’offre de transfert extravagante reçue par Konoe et s’était sentie obligée d’agir.

Oui. Elle ne pourrait jamais l’avouer à Konoe, mais elle avait été terriblement frustrée à ce moment-là. Elle n’aimait pas qu’on lui fasse des avances et, en plus, ces gens lançaient des mots comme harem et épouse avec une telle désinvolture. Avaient-ils seulement idée du mal qu’elle avait à les prononcer elle-même ?

Elle savait parfaitement qu’elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle-même.

Elle avait donc décidé de rester près de lui au cas où quelque chose arriverait et, en cherchant une raison de l’accompagner à Archinolca, elle avait découvert par hasard que la distribution des pierres de miasme y stagnait. C’était ainsi que tout avait commencé.

— Telnerica, tu vois…

Mais, au-delà de cette frustration, si elle avait signé un contrat aussi favorable à Archinolca, c’était à cause de quelque chose qu’elle avait vu dix ans auparavant. Dans cette effroyable Région Scellée, Melmina avait…

— Je sais tout.

— …?

— Je sais ce qu’Archinolca a fait. Je connais toute la vérité.

Oui. Dix ans plus tôt, Melmina avait tout appris. Elle avait compris quelque chose qu’elle ne pouvait même pas révéler à Telnerica… non, quelque chose qu’elle ne pouvait même pas confier à Konoe, pourtant Adepte comme elle.

— Alors, c’est ma façon de réparer les choses.

— De réparer les choses ?

— Oui. Je ne peux pas t’en donner la raison, mais j’ai senti que je devais le faire.

Telnerica contempla le sourire plein d’autodérision de Melmina. Puis…

— Je vois. Compris.

Convaincue ou simplement résignée, Telnerica poussa un léger soupir et se replongea dans ses documents. Le grattement des plumes se remit à résonner, et Melmina vida elle aussi sa tasse de thé sucré avant de reprendre sa paperasse.

Tout de même, cette fille travaille avec plus d’assiduité que je ne l’avais imaginé...

Tout en faisant courir sa plume, Melmina eut une pensée. Elle lui versait un salaire élevé et ne tolérerait donc pas un travail bâclé, mais elle ne lui aurait pas reproché de prendre quelques pauses de plus.

Melmina et Telnerica avaient fait connaissance, mais cela ne signifiait pas qu’elles n’avaient aucune réserve l’une envers l’autre. En réalité, elles en avaient beaucoup. Aussi Melmina trouvait-elle étrange qu’elle l’aide avec autant d’application.

— La compagnie Yohnin.

Lorsqu’elle lui posa la question, telle fut la réponse qu’elle reçut.

La compagnie Yohnin ?

— C’est l’une des compagnies qui dépendent de la tienne, pas vrai ?

— C’est exact.

La compagnie de Melmina s’était rapidement développée au cours des dix dernières années grâce à ses capacités d’Adepte, et figurait désormais parmi les dix plus grandes du pays. De nombreuses compagnies plus modestes étaient placées sous son égide, dont la compagnie Yohnin.

— Ils sont venus à Sylmenia en tant que marchands ambulants alors que les miasmes ne s’étaient pas encore dissipés. Et en plus, ils vendaient toutes leurs marchandises à des prix exceptionnellement bas… Je crois même que les friandises destinées aux enfants étaient vendues à perte.

— …

— Apporter de l’aide après un débordement de donjon est une caractéristique de l’alliance marchande que tu as créée.

Telnerica expliqua qu’elle avait été stupéfaite en découvrant les prix. D’ordinaire, dans une telle situation, les marchands pratiquaient des prix exorbitants. Grâce à toi, tout le monde souriait, dit-elle.

— Alors, je t’aiderai comme il se doit jusqu’au retour de Maître Konoe.

— Je vois. Merci.

— Non, c’est moi qui te remercie.

Sur ces mots, la conversation prit fin. Le grattement des plumes continua de résonner dans la pièce.

 

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