HOLE IN MY HEART T3 – CHAPITRE 2 PARTIE 3

Demande d’enquête (3)

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Traduction : Calumi
Correction : Raitei

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Konoe descendit les marches de l’Académie et prit le chemin qui le ramenait à l’auberge. Il repensa à la discussion qu’il venait d’avoir et réfléchit au programme de la mission qu’on lui avait confiée.

…Cela dit, qu’est-ce que je vais faire pour Telnerica pendant cette mission ?

Une idée lui traversa alors l’esprit.

Devait-il proposer à Telnerica de l’accompagner à Archinolca ?

Contrairement au village frontalier, Archinolca était une véritable ville, parfaitement fonctionnelle. Il ne pensait pas qu’il serait dangereux de l’emmener avec lui.

C’était ce qu’il pensait, mais…

Trois Adeptes y sont déjà morts. Est-ce vraiment sans danger ?

Une légère inquiétude s’insinua dans l’esprit de Konoe. D’après ce qu’il avait entendu, il devrait se rendre dans la Région Scellée durant son séjour, ce qui signifiait qu’il ne resterait pas constamment aux côtés de Telnerica. Si le pire devait arriver, il ne serait peut-être pas en mesure d’intervenir.

Je suis sûr que tout ira bien. Probablement. Mais je ne peux pas m’empêcher d’être un peu inquiet.

Son inquiétude ne faisait que grandir.

Peut-être valait-il mieux qu’elle reste ici, dans la capitale. Après tout, l’Instructrice s’y trouvait. Tant qu’elle était là, il pouvait avoir l’esprit tranquille quant à la sécurité de la ville.

En fait, si les choses tournaient mal alors que l’Instructrice était présente, sa propre présence ne ferait de toute façon aucune différence.

Lorsqu’ils avaient parlé du transfert, l’Instructrice lui avait demandé en plaisantant : « Tu n’es pas content que je sois là ? » Mais elle n’avait pas tort. Sa présence changeait tout.

Sans aucun doute, la présence de l’Instructrice constituait l’un des grands avantages à vivre dans ce pays. C’était une évidence si flagrante que Konoe avait mis un peu trop de temps à réagir lorsqu’elle le lui avait fait remarquer.

Konoe se tourmentait donc, ne sachant quelle décision prendre… lorsque cela arriva.

— Hein ?

Alors qu’il atteignait le parc près de l’auberge, Konoe sentit une présence familière.

Deux, même.

— …Quoi ?

La surprise le figea un instant sur place… mais il se mit rapidement à courir dans leur direction.

À mesure qu’il se rapprochait, il entendit des voix.

— Telnerica, tu as vraiment de beaux cheveux. Tu devrais utiliser un meilleur soin. Je suis sûre qu’il ne refuserait pas si tu le lui demandais.

— Oh, non, je ne pourrais pas… Au contraire, Melmina, c’est plutôt toi qui…

— Moi, j’utilise simplement la Magie de Vie pour effacer les dégâts. En matière de qualité naturelle, les tiens sont bien supérieurs… Je sais. La prochaine fois, je t’enverrai quelques produits de mon entreprise. Utilise-les.

Il connaissait ces voix.

Deux silhouettes étaient assises côte à côte sur un banc du parc. L’une avait les cheveux dorés, l’autre les cheveux rouges.

— … Hein ?

— Oh, Konoe. Tu es de retour ?

— Maître Konoe. Bon retour parmi nous.

C’étaient Telnerica et Melmina, qui discutaient amicalement.

 

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Revenons un peu en arrière, à ce matin-là.

Quelques minutes à peine après le départ de Konoe pour l’Académie, une silhouette solitaire aux cheveux rouges apparut devant son auberge.

— Alors, c’est ici qu’il loge, murmura Melmina pour elle-même.

Elle était venue parler à Konoe aujourd’hui.

De quoi ? De la discussion avec Archinolca de l’avant-veille, ainsi que de l’affaire de l’élixir qui avait précédé. Ils avaient beaucoup de choses à rattraper, et elle espérait qu’ils pourraient enfin prendre cette tasse de thé qu’ils n’avaient pas pu partager deux jours plus tôt.

Melmina entra donc dans l’auberge et demanda à la réception de faire appeler Konoe…

— Si vous cherchez maître Konoe, il vient tout juste de sortir.

— Quoi ? Vraiment ? Je viens juste de le rater ?

La nouvelle de son absence fut une déception. Décidément, ils ne cessaient de se manquer. Au beau milieu de la ville, il était plus difficile de détecter les présences, si bien qu’elle ne l’avait pas remarqué.

— Ah, il est là. À l’Académie.

En utilisant sa Clairvoyance pour observer la capitale depuis les airs, elle repéra Konoe dans la cour devant l’Académie.

Bon, je vais aller le rejoindre, pensa Melmina en faisant demi-tour…

— Et ce fut précisément à cet instant.

— Je vais sortir un moment.

— Très bien, Dame Telnerica. Bonne promenade.

Cette voix parvint aux oreilles de Melmina. Lorsqu’elle se retourna, elle la vit.

— …Ah.

— …Hein ?

Des cheveux dorés. Une jeune elfe. Les yeux bleus de la jeune fille croisèrent ceux, rouges, de Melmina.

Cette dernière se figea tout comme la fille aux cheveux d’or. Elles se dévisagèrent. Melmina savait qui elle était. Et elle était certaine que la jeune fille le savait également.

Tic, tac. Le balancier de l’horloge du hall résonnait dans le silence.

La jeune fille qui se tenait devant Melmina était celle qui vivait avec Konoe. Celle qui avait teint Konoe d’or. Des cheveux de la même couleur que ses éclairs. La nouvelle couleur de Konoe. La femme qui l’avait changé.

Melmina s’était toujours posé la question. Pourquoi Konoe s’était-il teint de la couleur de cette jeune fille ?

Melmina était restée aux côtés de Konoe pendant quinze ans. Ils se voyaient presque tous les jours. Pourtant, jamais Konoe ne s’était teint de rouge. Mais cette jeune fille, elle, y était parvenue en seulement trente jours. Pourquoi ? Melmina ne l’avait jamais dit à voix haute, mais cette question n’avait cessé de tourbillonner en elle, emmêlée dans un nœud confus d’émotions.

— …

— …

Et maintenant, Melmina voyait cette jeune fille de ses propres yeux, et non à travers un disque optique.

Debout tout près de la jeune fille aux cheveux d’or, elle croisa son regard.

— …Ah, alors c’est ça.

— …?

Ah, maintenant je comprends.

Melmina sut.

Il lui avait suffi d’un regard pour comprendre pourquoi Konoe s’était teint de la couleur de cette jeune fille. Konoe lui-même ne s’en était peut-être pas rendu compte, mais Melmina, dont les capacités sensorielles étaient particulièrement développées, même parmi les Adeptes, pouvait le voir.

Elle ne pouvait tout simplement pas ne pas le voir. Ce que cette jeune fille avait fait, c’était…

— …Alors, c’était donc ça.

— …Euh…?

Et c’était précisément pour cette raison. Parce qu’elle avait compris que c’était quelque chose dont elle-même serait à jamais incapable.

— …Dis-moi, toi. Tu as un moment ?

— Hein ?

— J’aimerais te parler… Oui, j’aimerais apprendre à te connaître.

— Qu’en dis-tu ? Ce n’est pas une mauvaise proposition, n’est-ce pas ?

— Non. Ce n’est pas une mauvaise proposition. Mais… poursuivit Telnerica en regardant Melmina droit dans les yeux.

Face à la tristement célèbre Melmina, la jeune fille aux cheveux d’or ne recula pas. Elle soutint son regard sans détour.

— Je dois vous poser une question, Melmina. Pourquoi ?

Pourquoi ? Melmina comprenait le sens, l’émotion contenue dans ce simple mot. Bien sûr qu’elle comprenait. Elle n’était pas aussi peu perspicace que Konoe. Elle avait vécu plus de quarante ans et possédait une certaine expérience de la vie.

Alors elle savait. Ce « pourquoi » signifiait sûrement…

— « Pourquoi essayez-vous de vous lier d’amitié avec votre rivale en amour ? »

— Oui.

— « Pourquoi iriez-vous jusqu’à rapprocher de lui votre rivale, alors qu’elle devrait justement être séparée de lui pendant quelque temps ? »

— Oui.

— Ou plutôt, « pourquoi… ne cherchez-vous même pas à m’éliminer dès le départ ? »

— Oui.

Pourquoi. Pourquoi. Pourquoi. Chacune de ces questions était inévitable.

« Pourquoi… ne me considérez-vous pas comme une ennemie ? »

C’était précisément parce que Telnerica ne percevait aucune hostilité dans les paroles de Melmina qu’elle devait lui demander pourquoi.

Comment est-ce possible ? C’est impossible, n’est-ce pas ?

— …Tu as raison.

Un homme, deux femmes. Au regard des lois et de la morale qui régissaient cette situation… qu’un homme prenne plusieurs épouses était légalement et moralement accepté dans ce pays.

Dans un monde où la mort était toujours proche à cause des monstres et du miasme, le rapport entre hommes et femmes pouvait facilement se déséquilibrer, et un système où chacun n’épousait qu’une seule personne ne permettait pas de maintenir cet équilibre. Le taux de mortalité élevé en était une autre raison. On racontait même comme des exemples de vertu l’histoire d’hommes qui avaient pris pour seconde épouse la femme de leur meilleur ami décédé et élevé ses enfants comme les leurs.

Ce pays n’était donc pas monogame, contrairement aux autres mondes dont Melmina avait entendu parler. Ceux qui en avaient les moyens étaient autorisés à avoir plusieurs partenaires. Polygynie comme polyandrie y étaient monnaie courante…

— …

Oui. Mais qu’est-ce que cela pouvait bien changer ?

La loi l’autorise. La morale l’autorise. Et alors ?

Cela n’avait absolument rien à voir avec l’amour.

Bien sûr que cela lui déplaisait. Bien sûr qu’elle voulait l’éliminer. Elle avait l’impression qu’on lui tordait les entrailles jusqu’à les nouer.

Une autre femme, aux côtés de l’homme qu’elle aimait. Aucun mot ne pouvait décrire à quel point cela la mettait hors d’elle.

Parce qu’elle était amoureuse. Parce qu’elle l’aimait.

Elle voulait que l’unique homme à ses yeux ne voie, lui aussi, qu’elle comme son unique femme. C’était aussi simple que cela.

Mais malgré tout.

Si Melmina pouvait rester assise là, calmement, à côté de sa rivale en amour, c’était parce que…

— C’est parce que, je suppose que…

— Oui.

— Je me suis rendu compte que… je t’étais reconnaissante.

— …Hein ?

Melmina avait compris. Elle n’avait pas pu faire autrement. Dès l’instant où elle avait vu la jeune fille aux cheveux d’or, elle avait su.

Grâce à ses sens extrêmement aiguisés, Melmina l’avait perçu. Le désir qui habitait le cœur de cette jeune fille. La nature même de son âme. Quel genre de personne était donc cette jeune fille, Telnerica ?

— …Tu aimes Konoe, n’est-ce pas ?

— …? Oui.

— Plus que tout au monde, tu n’aimes que lui.

— Oui.

Telnerica acquiesça sans la moindre hésitation.

 

C’était donc cela. Cette jeune fille… aimait, tout simplement. De tout son être. D’un amour flamboyant, couleur d’or. Avec une dévotion absolue. D’un éclat si intense qu’il en était éblouissant.

Elle aimait Konoe de tout son être. Une forme d’amour d’une pureté absolue.

Un sentiment si intense qu’il semblait pouvoir se sublimer en Magie Unique dès le lendemain.

Le souhait même qui façonnait son âme était tel qu’il suffisait de se tenir près d’elle pour ressentir son amour.

— …Alors, c’est pour ça qu’il s’est teint de ta couleur.

Tous les Adeptes étaient sensibles aux présences. Melmina l’était tout particulièrement, mais même Konoe possédait une perception bien supérieure à celle d’une personne ordinaire.

Ils pouvaient ressentir ce qui ne se voyait pas et percevoir ce qui leur était inconnu.

Par exemple… ils pouvaient vaguement ressentir les émotions qu’une personne à leurs côtés éprouvait à leur égard. Et Telnerica était restée aux côtés d’un Adepte comme Konoe pendant trente jours.

Pendant trente jours, elle était restée près de lui. Konoe avait vécu aux côtés de la jeune fille, constamment au contact de son cœur, de son amour. Sans même comprendre ce que c’était, il avait accepté sans résistance l’amour qui émanait d’elle.

Voilà pourquoi Konoe s’était teint de la couleur de Telnerica.

Il ne l’avait pas compris par les mots ni par la chaleur, mais avec son âme.

Autrement dit, cette jeune fille, par son amour, avait appris à Konoe ce qu’était l’amour. Voilà pourquoi Konoe, jusque-là incolore, était devenu doré en seulement trente jours.

— Ce que tu as fait, c’est quelque chose dont j’aurais été incapable.

Melmina ne pouvait pas faire ce que Telnerica avait fait.

Bien sûr, Melmina aimait elle aussi Konoe. Elle était sincèrement, profondément amoureuse de lui. Cela ne faisait aucun doute.

Mais elle ne pouvait pas être aussi pure. Elle ne pouvait pas faire de Konoe son « tout ». Parce que Melmina avait de nombreux villages frontaliers à sauver. Une entreprise à diriger. De nombreux employés qui comptaient sur elle.

Même si son premier souhait avait été exaucé, Melmina avait encore bien d’autres aspirations, et elle ne pouvait pas simplement les mettre de côté.

Et parce qu’elle aimait sa sœur de tout son cœur.

— Alors, même si je ne le voulais pas, j’ai fini par éprouver de la reconnaissance envers toi. Parce que moi, je n’ai pas pu le sauver.

Melmina le savait. Konoe avait bel et bien changé. Quelque part au fond de son cœur, il comprenait désormais ce qu’était l’amour.

Son aura était bien plus douce que dix ans auparavant. Il souriait plus souvent et s’intéressait un peu plus aux autres. Jusqu’à ce qu’elle rencontre Telnerica aujourd’hui, Melmina en avait éprouvé de la tristesse, regrettant les dix années durant lesquelles elle ne l’avait pas vu.

— Enfin, voilà pourquoi je ne te considère pas comme une ennemie.

— Je vois.

Telnerica écouta toute son histoire et acquiesça doucement. Elle baissa légèrement les yeux et les ferma.

— …

— …

Un moment de silence s’étira entre elles sur le banc du parc. Au loin, elles entendaient le chant des oiseaux et le bourdonnement des insectes. Les cris joyeux des enfants qui jouaient, ainsi que les voix de leurs parents qui leur demandaient de faire attention.

— Moi aussi…

— …?

— Moi aussi, je dois vous remercier, Melmina.

Soudainement, Telnerica prit la parole. Alors que Melmina penchait la tête, Telnerica lui adressa un sourire empreint d’autodérision.

— Depuis qu’il est revenu du village frontalier, j’ai l’impression qu’un poids s’est ôté des épaules de Maître Konoe.

La jeune fille commença à parler des changements qu’elle avait remarqués chez lui au cours des derniers jours. Elle avait l’impression que la tension qu’il portait constamment en lui s’était légèrement apaisée.

Qu’il avait commencé à voir d’un œil un peu plus positif certaines choses insignifiantes. Et si l’on devait se demander qui avait provoqué ce changement…

— Je ne peux pas soutenir Maître Konoe comme vous le faites, Melmina. Parce que je ne possède pas la force nécessaire pour me battre.

— Je vois.

— Alors moi aussi, même si je ne le voulais pas, j’ai fini par éprouver de la reconnaissance envers vous.

Sur ces mots, Telnerica se tut. Un nouveau moment de silence s’écoula…

— Et si nous… faisions connaissance ?

— Oui. Cela me plairait aussi.

Après un certain temps, ce fut la conclusion à laquelle elles arrivèrent.

Elles se tournèrent l’une vers l’autre et leurs regards se croisèrent. Puis…

— Enchantée. Tu peux me tutoyer.

— Très bien. Enchantée, Melmina. Appelle-moi Telnerica.

Elles se sourirent. Désormais simples connaissances. Chacune avait ses propres réserves, mais toutes deux les ravalaient. Parce que…

— Après tout, Konoe serait triste s’il nous voyait nous disputer.

— Tu as raison. C’est la raison la plus importante.

Au bout du compte, parmi toutes les raisons qu’elles avaient avancées, c’était celle-là qui comptait le plus.

Puisqu’elles ne pouvaient pas s’éliminer mutuellement, c’était la seule solution. Peut-être que toute cette conversation n’avait finalement servi qu’à leur permettre de trouver une raison qu’elles pourraient toutes les deux accepter.

Et c’est ainsi que les deux jeunes femmes firent connaissance.

Tout cela s’était déroulé quelques minutes à peine avant que Konoe ne les aperçoive assises ensemble et en reste stupéfait.

 

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