HOLE IN MY HEART T3 – CHAPITRE 1 PARTIE 6

Une journée à l’académie (6)

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Traduction : Calumi
Correction : Raitei

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Désintégrer les couteaux avec la foudre, les reforger, puis les projeter d’un coup de poing. Activer simultanément plusieurs artefacts magiques, maintenir les circuits ensemble et créer des centaines, des milliers de couteaux.

Voilà le pouvoir que Konoe avait éveillé lors de son combat contre le champignon. Le pouvoir qu’il avait obtenu pour ramener Melmina.

— …Est-ce suffisant ?

La voix de Konoe résonna dans le terrain d’entraînement, désormais envahi par la poussière et la fumée. Des centaines de couteaux étaient plantés dans la formation rocheuse, comme l’Instructrice le lui avait demandé, et ils étaient chargés de foudre.

C’était un pouvoir utile, qui pouvait servir aussi bien à effectuer de simples attaques qu’à tendre des pièges. C’était ainsi que Konoe considérait ce pouvoir. Son seul inconvénient était que les artefacts se brisaient après le combat, mais ce n’était pas vraiment un problème pour quelque chose d’aussi peu coûteux que la création de couteaux.

— …Professeur ?

— …Je suis surprise.

Lorsque Konoe lui demanda pourquoi elle ne répondit pas, l’Instructrice ne prononça que ces quelques mots.

…Surprise ?

Il se retourna et vit l’Instructrice bouche bée, avec une expression que Konoe ne lui avait encore jamais vue.

— Non, je suis surprise. Vraiment surprise.

— …?

— Konoe, ça, c’est de la Magie Primitive.

…De la Magie Primitive ?

◆

La Magie Primitive.

C’était une magie activée par l’instinct, et non par la technique. Une magie différente, aberrante, distincte de celle accordée par la divinité. Une technique née de l’instinct humain, et non une technologie créée par l’être divin.

Voilà ce qu’était la Magie Primitive.

Une magie particulière, différente aussi bien de la magie générale que de la Magie Unique. Il s’agissait de créer une nouvelle magie de la main de l’homme, un domaine que seuls quelques rares génies triés sur le volet pouvaient atteindre.

— …C’est ça, la Magie Primitive ?

— Oui, sans aucun doute. Ou plutôt, tu n’as pas trouvé ça étrange ? Tu ne peux pas simplement forcer la connexion entre les circuits d’un artefact magique qui est censé griller.

— …Eh bien.

— Ça dépasse clairement le domaine de la simple manipulation du mana. Ce n’est pas non plus de la Magie de Vie, puisque ça ne concerne pas la vie. L’Alchimie ou la Magie de Réseau pourraient peut-être produire quelque chose de similaire, mais…

Elle avait raison.

…Non, en réalité, Konoe avait lui aussi trouvé cela étrange. Mais il n’avait jamais fait le rapprochement avec la Magie Primitive, dont on disait qu’elle ne s’éveillait que chez les génies.

…Attends ? Ça veut dire que… j’ai du talent pour la Magie Primitive… ?

Il était capable d’utiliser la Magie Primitive, que seuls les génies pouvaient manier, sans même en avoir conscience. Se pouvait-il que même lui, qui ne possédait absolument aucun talent, ait finalement un don dans ce domaine ?

Konoe fixa intensément ses propres mains, celles qui venaient de projeter les couteaux. Vingt-cinq ans s’étaient écoulés depuis qu’il avait commencé à s’entraîner pour devenir un Adepte. Avait-il enfin découvert son propre talent ?

— Je suis vraiment surprise… Je n’aurais jamais imaginé…

— …Oui.

— Je n’aurais jamais imaginé que quelqu’un puisse éveiller la Magie Primitive parce qu’il avait trop peu de talent pour la Magie Unique…

— …Hein ?

◆

…? Trop peu de talent pour la Magie Unique ?

Alors que Konoe clignait des yeux, l’Instructrice secoua légèrement la tête.

— …Konoe, ce que je vais te dire maintenant, ne le répète à personne.

— …Euh, oui.

L’Instructrice précisa d’abord qu’il s’agissait de quelque chose qu’ils ne souhaitaient pas voir se répandre. Puis…

— En réalité, la Magie Primitive utilise le pouvoir de l’âme, le pouvoir de la volonté, et non le mana.

— …L’âme ? C’est-à-dire…

— C’est la même chose que pour la Magie Unique. Toutes deux puisent leur pouvoir à la même source, expliqua l’Instructrice en levant l’index pour les comparer. Tout d’abord, concernant la Magie Unique : la Magie Unique est une magie gravée dans l’âme par un Désir.

L’Instructrice expliqua que la Magie Unique était un pouvoir que l’on activait en gravant dans son âme un souhait, un désir assez puissant pour faire fi de la mort elle-même.

C’était pour cette raison qu’un individu ne pouvait posséder qu’une seule Magie Unique. Parce qu’il n’existait qu’une seule âme, et qu’une fois sa forme gravée, il était impossible de revenir en arrière.

— Par conséquent, la Magie Unique ne change pas, même si le Désir est exaucé. Pas même si un nouveau Désir apparaît. Parce que la cicatrice laissée sur l’âme demeure. Enfin, ce serait peut-être différent si l’on possédait le pouvoir de manipuler l’âme, comme le champignon dont tu m’as parlé.

— …Oui.

— …D’ailleurs, il est un peu tard pour le dire, mais le pouvoir de ce champignon était complètement démesuré. Je suis contente que tu l’aies tué. Manipuler librement l’âme… Si les choses avaient mal tourné, il aurait pu devenir un Roi-Démon.

…C’était certainement vrai.

Konoe acquiesça en se remémorant ce moment. Le monstre-champignon qui utilisait deux types de Magie Unique. S’il avait utilisé trois ou quatre types de Magie Unique, Konoe aurait-il été capable d’y faire face ?

…Même maintenant, plusieurs jours plus tard, Konoe poussa un soupir de soulagement. Que ce soit face au dragon ou au champignon, même s’il avait fini par l’emporter, une seule erreur aurait pu lui coûter la vie.

Voilà ce que signifiait affronter un rang Calamité.

— Désolée, je me suis écartée du sujet. Donc, voilà quel genre de pouvoir est la Magie Unique. Je pense que tu sais déjà tout ça. Maintenant, passons à la Magie Primitive.

— …Oui.

— La Magie Primitive est semblable à la Magie Unique en ce qu’elle s’active grâce au pouvoir de l’âme, mais elle n’est pas gravée dans celle-ci. On peut donc en utiliser autant qu’on le souhaite, au lieu d’être limité à une seule par personne. De plus, ses effets étaient très variés et elle avait l’avantage de pouvoir être utilisée quelle que soit la Bénédiction de son utilisateur.

— …

— Mais, bien sûr, elle a aussi ses inconvénients. Tout d’abord, sa puissance est faible. Son rendement l’est également. Pour reprendre les termes des étrangers d’un autre monde, elle consomme beaucoup pour peu de résultat. Même à puissance comparable, tu peux considérer qu’il existe un écart de plusieurs dizaines de fois entre la Magie Unique et la Magie Primitive.

— …Plusieurs dizaines de fois.

— Et surtout… le pouvoir de l’âme est difficile à utiliser. Contrairement au mana, il est même difficile à percevoir. Le transformer en magie l’est encore davantage. Normalement, tout ce qu’on peut faire, c’est le graver dans son âme sous la forme d’une capacité Unique et y faire circuler son pouvoir.

…Je vois, acquiesça Konoe. Voilà pourquoi on disait que seuls les génies pouvaient l’utiliser. Jusque-là, il comprenait. …Mais cela ne faisait qu’attiser davantage sa curiosité. Qu’avait-elle voulu dire par si peu de talent ?

— Et si tu as réussi à utiliser un pouvoir aussi difficile, c’est parce que…

— …Oui.

— C’est parce que le pouvoir de ton âme déborde de son réceptacle…

Il déborde ?

— C’est comme si tu avais accumulé une trop grande quantité de pouvoir de l’âme : il a fini par déborder, a cherché un moyen de s’exprimer et s’est automatiquement transformé en Magie Primitive.

— …Automatiquement ?

— Probablement ? Je ne peux pas l’affirmer avec certitude, puisque c’est la première fois que je vois un cas pareil… mais c’est ce que me dit mon intuition, murmura l’Instructrice en posant une main sur son menton tandis qu’elle observait Konoe, perplexe.

— …

— C’est une première. Normalement, ça ne devrait pas arriver. Si tu avais assez de pouvoir de l’âme pour qu’il déborde, tu devrais être capable d’utiliser une Magie Unique avant même la Magie Primitive.

Puisque le pouvoir de l’âme serait consommé par la Magie Unique, il ne devrait pas déborder.

— Il n’y a rien d’étrange à ce que ton âme soit puissante. La force de l’âme est innée, mais elle peut aussi être forgée par les épreuves. C’est pour cette raison qu’il n’est pas rare que des candidats Adeptes dépourvus de Magie Unique en éveillent une au cours de leur entraînement.

— …Oui.

— Mais pourquoi est-ce que tu ne peux pas utiliser de Magie Unique ?

— …Même si vous me demandez ça…

C’était précisément ce que Konoe voulait savoir plus que tout. Lui aussi voulait pouvoir en utiliser une.

— C’est étrange. Si la force de ta volonté est aussi grande, je m’attendrais à ce que ton Désir ou ton attachement soit lui aussi suffisamment puissant. C’est d’ailleurs pour ça que les Adeptes trouvent immédiatement un nouveau Désir, même après avoir réalisé le précédent.

— …?

— …Est-ce parce que tu es un étranger d’un autre monde ? Non, il y a bien eu des cas rapportés de tes semblables ayant éveillé une Magie Unique… Alors pourquoi ?

L’Instructrice fronça les sourcils en murmurant cela. Konoe éprouva un sentiment indescriptible en la regardant.

◆

— Bon, si on ne sait pas, on ne sait pas.

— …

Après un moment, l’Instructrice renonça à chercher une réponse à cette question. Puis elle lui donna quelques précisions supplémentaires sur la Magie Primitive.

— Au fait, il est interdit de divulguer la Magie Primitive au grand public.

— …Vraiment ?

— Oui, parce que si une personne ordinaire utilise le pouvoir de l’âme, son âme risque d’être endommagée et, dans le pire des cas, elle peut en mourir. …Et puis, la Magie Primitive ne possède aucun mécanisme de sécurité.

L’Instructrice expliqua que sa diffusion était interdite en raison de sa dangerosité. Puisqu’il existait la magie générale, plus pratique, plus facile à apprendre et surtout, plus sûre, elle voulait qu’il utilise plutôt celle-ci.

Konoe se souvint alors.  Ah, c’est vrai, l’Instructrice a failli tuer son chien dans son sommeil à cause de la Magie Primitive.

Il valait certainement mieux que le pouvoir que l’on utilisait soit sans danger.

— …

…À partir de maintenant, je devrais penser à retirer mes artefacts magiques avant de dormir, songea Konoe.

◆

— Bon, rentrons !

Puis ils rangèrent les lieux et quittèrent le terrain d’entraînement. Ils remontèrent les escaliers côte à côte, une marche après l’autre.

— Waouh, il s’en est passé des choses aujourd’hui, hein ?

— …Oui.

C’était cette sensation que l’on éprouvait après avoir terminé son travail. L’atmosphère était paisible et ils avançaient tranquillement.

— Les jours comme celui-ci, l’alcool est particulièrement bon… Attends, maintenant que j’y pense, je crois que je n’ai encore jamais bu avec toi.

— …C’est vrai, oui.

— On devrait aller boire un verre ensemble un de ces jours ! Je connais un bon endroit.

— …Eh bien, si, euh… l’occasion se présente.

Konoe rentrait simplement chez lui. Quant à l’Instructrice, elle ne devait probablement plus avoir de travail pour aujourd’hui, puisqu’elle parlait déjà d’alcool. Avec leur relation de Maître à disciple et leurs vingt-cinq années de connaissance, il n’y avait absolument aucune retenue entre eux, principalement du côté de l’Instructrice. Cela dit, ce n’était pas comme si Konoe n’avait aucune confiance en elle.

— Et là, la personne avec qui j’avais rendez-vous arrangé m’a demandé : « Quel est le deuxième monstre le plus puissant que vous ayez jamais affronté ? » Juste après qu’on se soit assis et qu’on se soit salués. Normalement, on demande plutôt quels sont les loisirs de l’autre, non ? Tu ne trouves pas ça bizarre ?

— …Oui.

— Et puis, exclure d’office le premier, c’est un peu rusé… même si le premier, c’était le Dragon de la Canopée.

— …Oui.

Konoe marchait en répondant vaguement à l’Instructrice, qui enchaînait les petits sujets.

Et c’est au beau milieu de cette conversation anodine qu’elle déclara :

— Au fait, tu passes beaucoup de temps avec des filles, ces derniers temps.

— …Qu’est-ce qu’il y a ?

— …?

C’est vrai ? Konoe cligna des yeux, surpris par cette remarque inattendue…

Enfin, je vis avec Telnerica, pensa-t-il.

— Alors je me suis dit que j’allais te donner un conseil, non pas en tant que Maître, mais en tant que grande sœur qui a vécu un peu plus longtemps que toi.

— …Oui.

— …Tu viens de penser : « Tu n’as plus vraiment l’âge d’être une grande sœur », pas vrai ?

— …Non.

Je n’ai pas pensé ça.

…Ou plutôt, l’Instructrice semblait faire souvent ce genre de remarques ces derniers temps.

Konoe pencha la tête, se demandant s’il lui était arrivé quelque chose.

— …Hmph. Bref, en tant que grande sœur, laisse-moi te donner un conseil : parmi les filles, celles qui possèdent une Magie Unique sont à surveiller.

— …Celles qui possèdent une Magie Unique ?

— Oui. Tu vois, comme je te l’ai expliqué tout à l’heure, ceux qui possèdent une Magie Unique ont une âme forte, une volonté puissante. …Et ce que ça signifie, c’est que beaucoup d’entre elles sont du genre à être très lourdes.

Des femmes lourdes ?

— Fais attention. Ne les approche pas à la légère. Tu pourrais te retrouver dans l’impossibilité de leur échapper avant même de t’en rendre compte.

— …Je vois, c’est comme ça.

— Konoe, tu n’as pas compris, n’est-ce pas ? Si tu les approches, il faut être prêt à en assumer les conséquences. Méfie-toi de celles qui possèdent une Magie Unique… et aussi de celles qui sont sur le point d’en éveiller une.

Même après cette explication, Konoe ne comprenait pas vraiment ce que voulait dire l’Instructrice. Il n’arrivait pas à imaginer ce qu’était une « femme lourde ». …Et puis, en dehors de celles qui possédaient déjà une Magie Unique, à quoi ressemblait quelqu’un sur le point d’en éveiller une ? Konoe posa la question, l’esprit légèrement ailleurs.

— Quelqu’un sur le point d’en éveiller une… Eh bien. Quelqu’un qui déborde de vitalité, je suppose.

— …Ah.

— Quelqu’un qui semble capable de faire des choses impossibles pour une personne ordinaire… comme vaincre sans difficulté des monstres très au-dessus de son rang, étudier toute la nuit plusieurs jours d’affilée ou travailler pendant des dizaines de jours sans prendre une seule pause.

Cela ressemblait effectivement à quelqu’un qui débordait de vitalité. Mais Konoe ne pensait connaître personne de ce genre dans son entourage.

— Enfin, quoi qu’il en soit, tu devrais faire attention.

— …Ah, oui, j’ai compris.

Tout en ne l’écoutant que d’une oreille, ils atteignirent l’entrée de l’Académie. Puisqu’il ne s’agissait que d’une conversation anodine, elle prit fin tout aussi brusquement, et tous deux échangèrent quelques mots avant de se séparer.

 

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— Après s’être séparée de Konoe, la femme que l’on appelait habituellement l’Instructrice regagna seule sa chambre. Elle monta les escaliers en repensant à la conversation qu’elle venait d’avoir avec son disciple.

— …Ah, c’est vrai. Il y avait encore une chose.

Elle le murmura soudain. Cela concernait ce dont ils venaient justement de parler.

À quoi ressemblait quelqu’un sur le point d’éveiller une Magie Unique ?

— Ou encore, quelqu’un qui continue d’avancer par la seule force de sa volonté, même atteint de la maladie mortelle en phase terminale.

Il suffirait probablement d’un déclic pour qu’elle en éveille une immédiatement, murmura-t-elle en se remémorant la jeune fille qui, une cinquantaine de jours auparavant, avait hurlé dans les bras de Konoe tout en crachant du sang.

 

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