HOLE IN MY HEART T3 – CHAPITRE 1 PARTIE 5

Une journée à l’académie (5)

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Traduction : Calumi
Correction : Raitei

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— Désolée de t’avoir convoqué pour ensuite te faire attendre. Bon, pour commencer, allons au terrain d’entraînement en bas.

— …Le terrain d’entraînement ?

— En fait, il y a quelque chose que je voulais te demander à propos de la technique que tu as acquise la dernière fois.

Elle lui expliqua qu’ils parleraient des détails une fois en bas, puis se mit en marche. Konoe se demanda de quoi il pouvait bien s’agir et suivit l’Instructrice.

Honnêtement, après tout ce qui s’est passé aujourd’hui, j’ai plutôt envie de rentrer, pensa-t-il. Mais il ne pouvait pas se permettre de prendre à la légère une affaire concernant l’Instructrice, alors Konoe se redressa avec sérieux.

— On dirait que tu as passé un sale moment, pas vrai ?

L’Instructrice perça aisément à jour les pensées de Konoe. Puis… elle afficha soudain un sourire narquois des plus déplaisants.

— Alors, Konoe, qu’est-ce que tu vas faire ?

— …Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?

— Tu as reçu une invitation, non ? Il y avait plein de jolies filles.

L’Instructrice affichait un large sourire moqueur. Je vois. L’Instructrice semble être au courant de tout.  Et là, elle était tout simplement en train de se moquer de lui. En comprenant cela, Konoe se sentit quelque peu dépité.

— Alors ? Qu’est-ce que tu as pensé de ces propositions de recrutement ?

— …Ce que j’en ai pensé… J’ai été surpris, répondit honnêtement Konoe avec un soupir.

L’Instructrice esquissa un sourire amer.

— Je m’en doutais. Mais à partir de maintenant, tu recevras régulièrement des propositions de transfert, alors il va falloir t’y habituer.

— …Régulièrement ?

— Oui. Elles ne s’arrêteront pas. Tous les pays manquent d’Adeptes. Tu le sais, n’est-ce pas ?

…Konoe en était parfaitement conscient.

Ils avaient beau se battre, la divinité maléfique était toujours en vie, nul n’avait encore aperçu le fond des donjons et les monstres continuaient d’affluer à la surface.

Voilà pourquoi les Adeptes étaient toujours en nombre insuffisant.

C’était le cas à Sylmenia, et même pour Telnerica.

— Il existe des règles pour éviter que le recrutement ne dégénère complètement : prévenir au préalable l’autre pays, fixer une période de négociation, ce genre de choses… Mais chaque nation cherche désespérément à augmenter son nombre d’Adeptes. Alors, naturellement, tous les Adeptes reçoivent des propositions de recrutement. C’est tout à fait normal. …Surtout toi, avec tes exploits.

— …? Mes exploits ?

Konoe pencha la tête sur le côté, et l’Instructrice le regarda d’un air consterné.

— Dis-moi, pourquoi est-ce que tu fais cette tête alors que tu as tué deux rangs Calamité ?

— …Ah.

À ces mots, il ouvrit de grands yeux. Elle avait raison. Cela comptait indéniablement comme des exploits.

— Konoe, ta perception de la réalité est un peu faussée. Il n’y a pas tant d’Adeptes que ça qui ont tué deux rangs Calamité… ni même une seule, d’ailleurs.

— …C’est vrai ?

— Bien sûr que oui. À l’échelle mondiale, un rang Calamité par an, c’est déjà considéré comme beaucoup. Même si leur fréquence varie, il n’y en a pas eu un millier en mille ans, et environ la moitié d’entre elles ont été tuées soit par moi, soit par les plus hauts dirigeants des différentes nations.

…Maintenant que j’y pense, se rappela Konoe. Il n’y avait qu’environ neuf mille Adeptes encore en vie.

À bien y réfléchir, très peu d’entre eux avaient ne serait-ce que rencontré un rang Calamité.

Konoe, qui en avait croisé plusieurs en l’espace de quelques dizaines de jours à peine, était l’exception.

— Alors oui, l’autre jour, j’ai ri en disant que tu avais vraiment une malchance calamiteuse, mais ce que tu as accompli est réellement incroyable.

— …J-Je vois.

— Peut-être que je t’ai un peu trop taquiné… Désolée. Alors laisse-moi te le redire. Konoe, félicitations. En tant que mentor, je suis fière de toi.

— …

Le visage légèrement désolé de l’Instructrice et ses paroles élogieuses. Konoe sentit son visage et sa poitrine s’échauffer en entendant ces mots de la bouche du Maître qui lui avait enseigné pendant vingt-cinq ans. Ce mentor sévère et exigeant… qui pourtant ne l’avait jamais abandonné malgré son absence totale de talent et l’avait accompagné jusqu’au bout.

— O-Oui.

Elle le lui avait déjà dit après l’incident de Sylmenia, mais il sentait malgré tout son visage brûler.

Il était terriblement gêné.

Lorsque Konoe baissa instinctivement les yeux, l’Instructrice lui adressa un sourire radieux et lui tapota le dos.

◆

Et tandis qu’ils discutaient, ils atteignirent le bas de l’escalier et arrivèrent devant la porte du terrain d’entraînement souterrain. Ils poussèrent la lourde porte métallique de l’entrée et pénétrèrent à l’intérieur.

— …Bon, revenons au sujet dont nous nous sommes écartés.

— …?

— Les propositions de transfert. Tu sais, Konoe, c’est une demande personnelle de ma part… J’aimerais que tu ne gardes pas une mauvaise opinion d’Archinolca à cause de cet incident.

— Une mauvaise opinion ?

Konoe cligna des yeux, puis secoua la tête en disant qu’il n’en avait aucunement l’intention. Il avait été surpris, très surpris même, mais rien de plus.

— Je vois, tant mieux. À cause de ma position, je ne pouvais pas intervenir dans les propositions de négociation, mais la délégation s’y est vraiment mal pris.

— …

— Ils auraient dû faire davantage de recherches sur toi au préalable… Non, peut-être pas.

— …?

— Même s’ils l’avaient fait, ils n’auraient pas pu savoir. Après tout, tu ne dis jamais ce que tu veux. Sérieusement, que désires-tu au juste ?

— …

— Je ne connais que l’histoire de la maison, ajouta l’Instructrice. Mais une maison, tu peux simplement en acheter une normalement. Quant à la bonne cuisine, tu es le genre de type qui mange ces rations en forme de brique. Tu portes tous les jours des vêtements aux styles similaires, et tu ne sembles t’intéresser ni au statut, ni au pouvoir, ni à la gloire, ni à l’art, ni même à avoir plus d’argent que nécessaire.

…Maintenant qu’elle le disait, Konoe lui-même ne parvenait pas à penser à quoi que ce soit qu’il désirait particulièrement.

— Bon, c’est probablement pour ça que Fonia a fini par devoir se fier à ses souvenirs. Cela dit, leur proposition était incroyable, vu les conditions. Ils avaient même inclus une Princesse-Prêtresse Dragoniennes.

— …Une Princesse-Prêtresse ?

— Dis-toi simplement qu’il s’agit de quelqu’un d’aussi important qu’un membre de la famille royale. Que l’idée d’un harem te fasse envie ou non pour le moment, ça montre à quel point ils prennent ton recrutement au sérieux.

— …

— Le fonctionnaire qui avait reçu leur proposition de recrutement avait dû la relire non pas deux fois, mais trois ou quatre. Même moi, j’ai été surprise. Ils reviendront probablement avec d’autres conditions. La situation est difficile là-bas en ce moment. Un rang Calamité est apparu l’année dernière et trois Adeptes ont été tués.

— …Un rang Calamité… Attendez, trois personnes ?

— Un Fenrir doté de l’Autorité d’Accélération est apparu. Les Adeptes qui n’ont pas réagi assez vite ont été éliminés les uns après les autres. Apparemment, ils n’ont même pas eu le temps d’utiliser leur Magie Unique.

La joue de Konoe tressaillit. Le Fenrir était un monstre particulièrement rapide, alors un rang Calamité ? Et si un monstre pareil obtenait en plus une Magie Unique d’Accélération…

— Alors, ils doivent être désespérés. Depuis un an, ils font tout leur possible pour combler leurs pertes. D’autant plus qu’ils ont… quelque chose qu’ils doivent absolument protéger.

— …

— Je t’ai déjà dit de quoi il s’agissait, n’est-ce pas ?

L’Instructrice plongea son regard dans celui de Konoe. Ça… Konoe le savait effectivement.

— Oui. Le Roi-Démon est scellé sous Archinolca.

◆

C’était le monstre de la destruction qui, disait-on, avait réduit de vingt pour cent la population de ce monde mille ans auparavant. Le mal qui avait répandu le Miasme et souillé un cinquième du monde. Le Roi-Démon possédait l’Autorité de Résurrection, un monstre que ni l’Instructrice, ni le Primordial ni aucune autre figure légendaire n’avaient réussi à tuer définitivement.

Sous Archinolca dormait le Roi-Démon immortel.

Et Archinolca veillait sur ce sceau depuis mille longues années. Le récit racontant comment, cent ans auparavant, ils avaient protégé le sceau face au Dragon de la Canopée, malgré des dégâts si considérables que leur nation en avait perdu jusqu’à sa forme même, était aussi célèbre que les propres légendes de l’Instructrice.

— C’est un devoir lourd à porter, qui dure depuis très longtemps. Ils n’auront jamais assez d’excellents combattants. Depuis l’incident de l’année dernière, les nations voisines et nous-mêmes leur avons envoyé des Adeptes, mais ils veulent probablement des Adeptes qui s’établiront véritablement là-bas.

Quand on est simplement envoyé en renfort, on manque forcément d’implication, murmura l’Instructrice. Ils veulent probablement quelqu’un qui prendra réellement soin de cette terre et de ses habitants, ajouta-t-elle.

Konoe baissa les yeux et acquiesça aux paroles de l’Instructrice.

— …

— …

…Après cela, la conversation s’interrompit. Konoe et l’Instructrice continuèrent en silence à travers le paysage rocheux et désolé du terrain d’entraînement.

Un moment paisible s’écoula. Leurs pas résonnaient.

L’Instructrice plissa les yeux et regarda au loin, comme si elle se remémorait quelque chose.

Et alors qu’ils approchaient du centre. L’Instructrice murmura soudainement :

— Ah.

C’était une exclamation de réalisation, différente de tout à l’heure.

— Enfin, ne te méprends pas. Je t’ai expliqué tout ça, mais je ne suis pas en train de te dire d’aller à Archinolca.

— …Euh, oui.

— Le grand exploit accompli par ce pays et ton transfert sont deux choses distinctes. Après tout, il y a d’autres Adeptes.

— …

— Qu’est-ce qu’un transfert, au juste finalement ? poursuivit l’Instructrice d’un air sérieux. Puisque tu vas y vivre pendant longtemps, tu ne devrais pas prendre une telle décision sur un coup de tête. Un transfert signifie que ta vie va changer, et il est important de te demander si tu pourras réellement vivre là-bas, plutôt que de juger uniquement en fonction de la rémunération. Alors, si un jour tu envisages un transfert, renseigne-toi bien, examine les conditions, compare-les à ta situation actuelle, puis prends ta décision. Il vaut mieux ne partir que si tu ressens vraiment que tu dois le faire.

— …Oui.

— …Ou plutôt, pour revenir à la question de départ… À vrai dire, ni la divinité ni moi ne voulons que tu partes. J’ai peut-être un peu trop parlé du point de vue d’Archinolca. Pour rééquilibrer les choses, laisse-moi te parler des qualités de ce pays afin de te convaincre de rester plutôt que de partir.

Tout d’abord, expliqua-t-elle, il y avait l’argent et les marchandises. Selon elle, l’or et les produits du monde entier affluaient dans ce pays, qui avait invoqué ces étrangers d’un autre monde et assimilé leurs connaissances.

À Archinolca, la rémunération pour un même travail serait bien inférieure.

De plus, ce pays jouissait d’une bonne sécurité publique, disposait d’une technologie avancée et pratique, et proposait une cuisine délicieuse ainsi que d’excellentes pâtisseries.

Et…

— Et surtout, ce pays a l’être divin. Son importance n’est certainement pas moindre que celle d’Archinolca, et elle lui est peut-être même supérieure.

Protéger la divinité. L’importance de cette mission n’avait nul besoin d’être expliquée.

◆

La discussion sur les qualités de ce pays se poursuivit tandis qu’ils marchaient. L’Instructrice continua de parler, tantôt sérieusement, tantôt sur le ton de la plaisanterie.

— Et puis, eh bien… Il y a moi. …Ça te fait plaisir, non ?

— …Oui.

— Hein ? Tu n’as pas mis un peu de temps à répondre, là ?

— Non.

Tout en discutant, ils atteignirent le centre du terrain d’entraînement. L’Instructrice s’y arrêta.

— Bon, alors. Je t’ai parlé de beaucoup de choses… mais en réalité, voici le sujet principal. La raison pour laquelle je t’ai appelé aujourd’hui.

— …Oui.

— L’activation simultanée de plusieurs artefacts magiques que tu as acquise lors de ton précédent combat. Pourrais-tu me la montrer ?

 

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