HOLE IN MY HEART T3 – CHAPITRE 1 PARTIE 3
Une journée à l’académie (3)
—————————————-
Traduction : Calumi
Correction : Raitei
———————————————–
La promesse. Celle avec Melmina. De quoi s’agissait-il déjà…?
— Si tu m’aides, et… si, vraiment si…
— Si tout se règle, alors… l…l’adorable fille que je suis exaucera un de tes souhaits, peu importe lequel.
Ils s’étaient effectivement fait une promesse avant d’affronter le champignon de rang Calamité ce jour-là.
Une promesse selon laquelle elle exaucerait l’une de ses demandes.
Et même après la bataille, lors de la célébration…
— …Je vais tenir la promesse… Alors réfléchis-y bien.
C’est ce que Melmina avait dit à Konoe. Elle souriait doucement, les joues légèrement rosies. Et Konoe s’était contenté d’un « …Hein ? », signifiant ensuite verbalement qu’il y réfléchirait sérieusement.
Il se rappela avoir répondu cela, un peu perdu, quelques jours auparavant. Il n’avait pas vraiment compris ce qu’elle voulait dire. Puisqu’elle lui avait demandé d’y réfléchir sérieusement, il lui avait simplement répondu qu’il le ferait. Et maintenant…
— Un peu de temps s’est écoulé depuis… alors ?
— …Eh bien…
— …?
Lorsque Melmina lui demanda s’il avait décidé quelle faveur il souhaitait, Konoe cligna plusieurs fois des yeux. L’expression de Melmina passa d’un sourire à un air perplexe… puis à un regard soupçonneux.
— …Hé, pourquoi tu ne dis rien ?
— …
— Cette tête… Ne me dis pas que tu as oublié ?
Konoe détourna les yeux. Elle avait vu juste.
…Non, plus précisément, il n’avait pas oublié ; il ne savait simplement pas quoi demander, et cela lui était complètement sorti de l’esprit. C’était une promesse faite de vive voix, autour d’un verre. Il ne s’était pas attendu à ce que Melmina remette le sujet sur le tapis.
…Hein ? Mais pourquoi a-t-elle l’air contrariée ?
Puisqu’elle lui avait promis de lui accorder n’importe quelle faveur, il aurait dû être plus pratique pour Melmina qu’il l’ait oubliée.
— …Hmpf.
— …Non, enfin…
Contrairement à ce que pensait Konoe, Melmina arbora une moue boudeuse et fit un pas vers lui.
Par réflexe, Konoe recula d’un pas. Melmina avança encore. Konoe recula de nouveau. Cela se répéta plusieurs fois, jusqu’à ce que…
— … Ah.
Bam.
Le dos de Konoe heurta une étagère. Une immense bibliothèque remplie de documents.
…Il ne pouvait plus reculer davantage.
— …Konoe.
Melmina fit encore un pas… puis s’arrêta. Juste devant lui. À une distance où il pouvait distinguer chacun de ses cils sans avoir recours à la magie de renforcement.
Déconcerté, Konoe promena son regard à droite et à gauche, avant de faire face à Melmina, qui faisait la moue.
Quelques secondes de silence s’écoulèrent…
— Réfléchis-y vraiment sérieusement.
— …E-Euh, oui.
— …Regarde-moi un peu plus.
Hein ?
Konoe ramena son regard errant vers Melmina. Elle semblait… un peu boudeuse.
— Promets-le-moi.
— …O-Oui.
— Bien. Ça me suffit pour le moment.
Voyant Konoe acquiescer, Melmina lui tourna le dos. Puis elle retourna à l’endroit où elle avait posé ses affaires.
…Hein ? Qu’est-ce qui vient de se passer ?
C’était complètement différent de la Melmina qu’il connaissait.
— Bon, maintenant, on commence les recherches ! déclara Melmina d’une voix enjouée, comme si elle était redevenue la personne qu’elle était quelques instants plus tôt, laissant Konoe complètement perplexe.
— …
Puis elle lui tendit les documents.
— Tiens.
…Je ne comprends pas. Je ne comprends absolument rien.
Toujours aussi confus, Konoe prit les documents et baissa les yeux dessus.
— …? Le volume de production des pierres de miasme dans chaque région ?
♦
Les pierres de miasmes.
À ce nom qui lui était peu familier, Konoe fouilla dans les connaissances qu’il avait acquises durant sa période d’apprentissage.
— Euh, si je me souviens bien, les pierres de miasme sont la matière première de l’élixir, le remède qui soigne la maladie mortelle.
— Exactement. C’est la plus importante de toutes, et aussi la plus difficile à obtenir.
Tout en parlant, Melmina retira plusieurs documents des étagères et les empila sur le bureau.
— Et comme elles sont en quantité insuffisante, il est impossible de produire beaucoup d’élixirs.
Les pierres de miasme constituaient la matière première de l’élixir qui guérissait la maladie mortelle, mais elles étaient aussi du miasme solidifié, à l’origine de cette même maladie.
Konoe se rappela que le principe de l’érosion était extrait des Pierres de Miasme, puis que diverses substances y étaient mélangées afin de fabriquer le remède. Il était ironique que la cause de la maladie devienne la matière première de son traitement, mais c’était ainsi.
— Les pierres de miasme sont récoltées au plus profond des donjons, n’est-ce pas ?
— Oui. Les arbres contaminés achetés aux villages frontaliers peuvent aussi être transformés artificiellement pour en produire, mais le rendement est bien trop faible pour permettre une production en grande quantité.
— C’est pour cette raison qu’ils sont achetés à bas prix et que les villages frontaliers restent pauvres.
Melmina poussa un soupir.
Les arbres contaminés représentaient une source de revenus pour les villages frontaliers, puisqu’ils constituaient une matière première de l’élixir. Plus ils en récoltaient, plus ils gagnaient d’argent.
Cependant, la rémunération ne semblait pas être à la hauteur des risques encourus.
Il suffisait de regarder les maisons du village frontalier pour s’en rendre compte.
À l’exception de la rue principale, elles n’étaient presque toutes que de simples cabanes en bois. Dans une ville un peu plus importante, les rues étaient bordées de bâtiments en pierre.
— …Bon, ne nous préoccupons pas du village frontalier pour l’instant. Quoi qu’il en soit, nous avons besoin de pierres de miasme pour fabriquer des élixirs, et j’aimerais examiner les volumes de production des différentes régions afin de m’en procurer. Konoe, aide-moi.
— …Ça ne me dérange pas, mais…
En regardant les documents que Melmina venait de déposer devant lui avec un bruit sourd, Konoe se sentit un peu perplexe. Cela ne le dérangeait pas de l’aider, mais pourquoi Melmina avait-elle besoin d’élixirs ?
— J’ai besoin d’élixirs pour créer un corps destiné à ma sœur.
— …Ah.
…Je vois.
Il était question de la sœur de Melmina. Konoe avait entendu dire qu’elle n’avait pu être sauvée qu’à l’état d’âme après l’incident du champignon et qu’elle reposait désormais sous la protection de la divinité.
— Je compte utiliser mon propre corps comme base pour créer un réceptacle à son âme… mais il me faut des élixirs pour le processus de culture. J’en utiliserai une quantité énorme, alors je ne peux pas me contenter d’acheter ceux qui sont sur le marché.
— …Il n’y en a pas assez, c’est ça ?
Les élixirs étant gérés par l’État, ils étaient coûteux et très rares sur le marché.
— La quantité est un problème, oui, mais surtout… si j’achetais une grande quantité d’Élixirs avec de l’argent, je m’attirerais des rancœurs.
— …Hum ?
— Réfléchis un peu. Un élixir peut sauver une vie. Si je les accapare, cela signifie que des personnes mourront en nombre égal à celui des Élixirs que j’aurai rassemblés.
— …
— Les gens n’achètent pas quelque chose d’aussi cher parce qu’ils en ont envie. Ils l’achètent parce qu’ils ne veulent pas mourir… et parce qu’ils ne veulent pas voir leurs proches mourir.
Je vois, songea Konoe.
Vu sous cet angle, un Élixir représentait une vie en soi. Si lui, en tant qu’Adepte disposant de moyens financiers, les rachetait de force en grande quantité, il était naturel qu’il s’attire du ressentiment.
— Donc, si je veux une grande quantité d’Élixirs, le mieux est de les fabriquer moi-même. Et pour ça, j’ai besoin de ton aide pour les recherches.
— …D’accord, je comprends. Je t’aiderai.
Quoi qu’il en soit, puisqu’il s’agissait de la sœur de Melmina, cela ne concernait pas un parfait étranger aux yeux de Konoe. C’était grâce à elle qu’il n’avait pas perdu Melmina lors du combat contre ce champignon.
…Cette chaleur-là, Konoe ne l’oublierait sans doute jamais.
— Merci. C’est pratique que seuls les Adeptes soient autorisés à entrer dans les Archives. Tiens, prends ceux-là.
— … D’accord.
Ainsi, Konoe sortit les documents qu’on lui avait indiqués, les ouvrit et prit une plume.
♦
Le temps passa.
Ils poursuivirent leurs recherches dans les documents et retranscrivirent les données. Lorsque le soleil, arrivé à son zénith, commença lentement à décliner…
— Faisons une petite pause ?
Aux paroles de Melmina, Konoe interrompit son travail.
Comme il était interdit de manger et de boire dans les Archives, ils décidèrent d’aller prendre le thé au café de l’Académie. Ils rangèrent les documents, puis quittèrent ensemble les Archives.
— …?
C’est au moment où ils sortirent dans le couloir qu’une présence s’approcha.
Une présence imposante, puissante. Il n’arrivait pas vraiment à se rappeler d’où il la connaissait… et pourtant, il en était certain, elle lui était familière.
— Ah, je m’en doutais.
— …Melmina ?
Melmina, qui marchait à ses côtés, poussa soudain un profond soupir.
Avant même que Konoe n’ait le temps de pencher la tête pour lui demander ce qu’elle voulait dire, cette présence était déjà toute proche.
Le bruit de pas résonnèrent dans le couloir.
Puis leur propriétaire apparut au détour du corridor.
— Cela faisait longtemps, Konoe. Melmina.
Des cornes bleues et des ailes bleues.
La princesse du royaume déchu, Fonia Archinolca, se tenait devant eux.