Hole in my heart t1 - Épilogue
Épilogue
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Le lendemain du chaos survenu à l’atelier d’alchimie, Konoe se trouvait dans une pièce calme de l’académie de la capitale, une brève étape sur son trajet entre la ville de l’atelier et Silmenia. Il se préparait à un transfert lorsque la voix de son instructrice brisa le silence.
— Hé, c’était quelque chose, non, Konoe ?
— …Professeur.
Le ton de l’instructrice portait une pointe d’excuse tandis qu’elle se grattait la joue.
— Affronter un rang Calamité dès ta première mission… on peut parler de malchance, hein ?
Konoe secoua la tête.
— …Ce n’est pas le cas.
— Hm ?
« S’il vous plaît, ne dites pas ça », pensa Konoe. Certes, il avait été attaqué alors qu’il suivait les ordres de l’instructrice de se dépêcher, mais il ne lui en voulait pas. Au contraire, il lui était reconnaissant. Ses conseils lui avaient permis d’arriver à temps, allant même jusqu’à préparer un dispositif magique pour l’aider. Sans cela, Konoe savait qu’il n’y serait pas parvenu.
Et honnêtement, rang Calamité ou non, il avait l’impression que le danger aurait fini par le trouver. Alors, il écarta ces excuses, cherchant plutôt à lui faire comprendre sa gratitude.
— …Je vois. D’accord, je ne m’attarderai pas là-dessus.
L’expression de l’instructrice s’adoucit.
— À la place, félicitations pour avoir vaincu ce rang Calamité. Tu es devenu fort.
Konoe resta figé, le poids de ces mots s’imprimant en lui.
— En tant qu’Instructrice référente, je suis fière de toi, ajouta-t-elle d’une voix chaleureuse. — Bien joué.
« Je suis fière de toi. »… ces mots étaient les plus grands éloges que son instructrice lui avait jamais adressés. Elle-même, qui avait attiré Konoe avec des promesses séduisantes pour ensuite le soumettre à un entraînement impitoyable, était à la fois son maître le plus strict et le plus bienveillant.
Inflexible, sans pitié, le poussant sans cesse dans ses retranchements, et pourtant sans jamais abandonner ce garçon sans talent. Le Konoe d’aujourd’hui lui devait tout.
La chaleur dans sa poitrine s’intensifia, et Konoe réussit à murmurer un discret : « M…merci beaucoup », détournant le regard pour cacher son embarras.
Le sourire doux de l’instructrice emplit la pièce d’une atmosphère paisible, jusqu’à ce que son expression change.
— Au fait…
Son sourire devint malicieux, et elle donna un léger coup de coude à Konoe.
— Qu’est-ce qui se passe avec cette fille… la princesse Telnerica ?
— …Hein ?
Konoe cligna des yeux, pris au dépourvu.
— Il ne s’est rien passé entre vous deux ? continua l’instructrice d’un ton taquin, son sourire s’élargissant. — Tu as même renoncé à la récompense, non ? Mille pièces d’or ! C’est une fortune ! Ça te va vraiment ?
Le visage de Konoe s’échauffa. Il venait à peine d’être ému, et voilà que ça recommençait ?
— Alors, ton rêve en valait la peine ?
Ce rêve. L’instructrice le connaissait bien, le souhait de Konoe de construire un harem d’esclaves à l’aide d’un philtre d’amour.
L’objectif qu’il avait poursuivi pendant vingt-cinq ans dans la sueur et le sang. Incapable de faire confiance aux autres, toujours enveloppé de doute, Konoe avait cru que c’était la seule manière pour lui de se lier à quelqu’un.
Mais…
— …mon…rêve…
Konoe hésita, sa voix à peine audible.
— Hm ?
— …Moi, plus que mon rêve…
Il s’interrompit, refermant brusquement la bouche.
— Quoi !?
L’instructrice afficha une mine contrariée, mais Konoe détourna le regard, ignorant ses relances.
Pourquoi n’avait-il pas répondu ? Parce que…
◆
— C’est trop embarrassant à dire, n’est-ce pas ?
— …Hein ? Maître Konoe, vous avez dit quelque chose ?
La voix de Telnerica interrompit ses pensées, ses yeux curieux levés vers lui avec un léger sourire.
— …Ah, non. Ce n’est rien, marmonna Konoe en se grattant la joue pour éviter son regard.
Telnerica gloussa, et un frisson parcourut l’échine de Konoe tandis qu’ils marchaient ensemble.
Ils gravissaient une pente recouverte de verdure à Silmenia, un chemin menant au sommet d’une colline.
Après s’être séparé de l’instructrice et être arrivé depuis la capitale, Konoe avait retrouvé les domestiques et le capitaine des chevaliers, qui l’avaient chaleureusement remercié et lui avaient offert une bouteille de vin. À présent, Telnerica et lui se dirigeaient vers le sommet de la colline.
Ils marchaient côte à côte, leurs pas discrets mais confortables, sur un chemin bien entretenu entouré d’une végétation luxuriante. Peu de mots s’échangeaient entre eux, et pourtant, ce silence semblait naturel.
Cet endroit, contrairement aux rues usées en contrebas, revêtait une importance particulière à Silmenia.
— …Père, mère, frère, murmura Telnerica lorsque des rangées de pierres tombales d’un blanc immaculé apparurent au sommet de la colline.
Le cimetière de Silmenia.
◆
— Je veux rendre visite à mes parents et à mon frère, avait dit Telnerica ce matin-là à l’auberge de la ville de l’atelier d’alchimie, d’un ton hésitant.
Après leur mission de quarante-cinq jours, elle souhaitait les voir en tant que fille et sœur. Pour honorer ce souhait, Konoe l’accompagna jusqu’au sommet de la colline.
Parmi les pierres tombales, trois se distinguaient, surélevées et gravées de la croix ailée blanche des dieux, de leurs noms, ainsi que de « Silmenia » — la ville qu’ils avaient protégée.
Telnerica les regarda en silence, une larme coulant le long de sa joue.
Elle s’agenouilla devant les pierres, les mains jointes, et Konoe fit de même.
Le vent circulait librement dans cet endroit élevé et paisible, et ils offrirent leurs prières. Ne sachant que dire, Konoe se contenta d’exprimer sa gratitude pour Telnerica dans son cœur.
— …Merci. Je vais bien maintenant, dit doucement Telnerica, les yeux rougis mais le sourire sincère.
— …Je vois, répondit Konoe en soutenant son regard.
◆
— …Mais, vraiment, est-ce que ça va ? demanda Telnerica d’une voix hésitante alors qu’ils redescendaient la colline. L’argent. Les mille pièces d’or. Maître Konoe, vous avez dit ne pas en avoir besoin, mais…
Konoe cligna des yeux, les paroles de Telnerica faisant écho à la question de l’instructrice plus tôt.
…Elle demande la même chose.
Les yeux de Telnerica, sérieux et empreints d’excuse, le firent hésiter un instant.
— …Alors, dans ce cas, au lieu de l’argent, que dirais-tu de préparer du thé ? proposa-t-il.
— Hein ?
— …Je préférerais ça.
La voix de Konoe était posée. Plus que mille pièces d’or, plus que ce rêve éphémère de harem d’esclaves, il voulait quelque chose de plus simple.
— J’aime boire du thé avec toi.
Il ne comprenait pas tout. Le doute persistait encore, une habitude gravée par des décennies de solitude. Mais dans cette pièce baignée par le crépuscule, lui et Telnerica avaient fait une promesse, rester aux côtés l’un de l’autre. Cela suffisait. Même s’il ne comprenait pas entièrement ses sentiments, même si le doute revenait, Konoe chérissait le thé qu’ils partageaient.
— Oui, je préfère carrément le thé, répéta-t-il, d’un ton assuré.
Telnerica cligna des yeux, ses joues se teintant légèrement de rouge, et son sourire s’adoucit, soulagé.
— Oui, alors je le préparerai avec le plus grand soin.
— …Parfait.
Tandis qu’ils prenaient le chemin du château, Telnerica se mit à parler de thé et de petits encas, lui demandant ce qu’il aimerait manger. Après un bref instant de réflexion, Konoe répondit qu’il voulait des sandwichs aux œufs. Alors, sa voix claire s’éleva dans un léger rire.
— Oh, moi aussi, j’adore ça.
Ils arrivèrent au château, préparèrent de quoi manger, puis gravirent les marches bien abruptes de la tour de guet. Tout en montant, ils échangeaient des paroles simples, avançant d’un même pas.
— …Ah !
Telnerica trébucha légèrement et vacilla.
Aussitôt, la main de Konoe se tendit pour la retenir.
— …Ehehe.
Elle laissa échapper un petit rire, sans retirer sa main de la sienne. Ils poursuivirent leur ascension jusqu’au modeste sommet de la tour de guet. Le vent y soufflait avec force, et pourtant, il n’avait rien de froid.
Pourquoi ?
Parce qu’ils se tenaient l’un près de l’autre, leurs mains toujours jointes.