Hole in my heart t1 - CHAPITRE 4 PARTIE 3
La cité de Sylmenia (3)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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— Une discussion ? De quoi peut-il s’agir ? …Maître Konoe, je vais m’absenter un moment.
— …D’accord.
Après avoir vu Telnerica partir avec la servante, Konoe se dirigea vers la tour de guet.
Il aurait pu continuer à consulter le catalogue, mais l’ayant refermé, il n’en avait plus envie.
Cela lui donnait l’impression que cela faisait longtemps qu’il n’avait pas marché seul, pensa-t-il en quittant le château pour se diriger vers les remparts…
— Noble Adepte.
— …Hm ?
Quelqu’un l’appela. Un homme familier se tenait là.
C’était l’homme que Konoe avait vu à son arrivée dans la ville, lors de l’élimination des monstres, devant la salle d’audience. Celui qui avait tenu tête à un troll, aux portes de la mort. Le capitaine des chevaliers qui avait dirigé la défense de la ville avant l’arrivée de Konoe.
— Je sais que c’est présomptueux, mais pourrais-je avoir un moment de votre temps ?
— …Bien sûr.
Konoe hocha la tête, trouvant inhabituel que le capitaine des chevaliers s’incline en s’excusant.
Il était rare que quelqu’un vienne l’aborder ainsi, et encore plus que le capitaine des chevaliers se rende au château.
Durant les dix jours et plus qui avaient suivi son arrivée, les chevaliers, y compris leur capitaine, s’étaient relayés pour patrouiller le périmètre de la ville.
La ville avait évité les invasions de monstres malgré la perte de sa barrière, en grande partie grâce aux efforts de Konoe, mais aussi grâce à la vigilance des chevaliers.
Les monstres intelligents fuyaient lorsque Konoe lançait ses couteaux depuis la tour de guet, mais les moins intelligents ne reconnaissaient pas une menace sans présence visible.
Grâce au travail inlassable des chevaliers, la tâche de Konoe était facilitée, et il leur en était reconnaissant.
— Il se trouve que les chevaliers ont une requête à vous soumettre, Noble Adepte.
— …Une requête ?
◆
— …
Après avoir écouté le capitaine des chevaliers pendant un moment, Konoe se tenait au sommet de la tour de guet, lançant des couteaux dans la forêt. …Plus que d’habitude, et un peu plus loin.
— Euh, Maître Konoe, je suis de retour.
— …D’accord.
Telnerica apparut depuis l’escalier de la tour, tenant sa théière habituelle, une odeur de thé flottant dans l’air.
…Mais son expression, contrairement à d’habitude, était légèrement assombrie.
Konoe inclina la tête face à son attitude, mais continua son travail avec sérieux.
— Maître Konoe… les habitants m’ont demandé quelque chose.
Après un moment, Telnerica parla comme si elle rassemblait son courage.
Se retournant, Konoe la vit assise sur le banc, les poings serrés sur ses genoux, des plis profonds marquant sa jupe qu’elle agrippait.
À cela, Konoe répondit :
— …Oui, à propos des graines, n’est-ce pas ?
— …Hein ?
Il aborda le sujet en premier. Tandis que Telnerica affichait sa surprise, Konoe se remémora leur échange précédent.
— …Le capitaine des chevaliers m’en a parlé.
Il s’agissait de l’industrie de la ville, les fleurs sacrées.
◆
— Nous voulons partir à la recherche des graines.
La requête du capitaine des chevaliers avait commencé par ces mots.
C’était le seul espoir de faire renaître les fleurs sacrées de cette ville, toutes fanées et mortes.
Apparemment, les fleurs sacrées possédaient une biologie particulière.
Les fleurs sacrées étaient belles, avec leurs délicats pétales blancs, mais elles étaient fragiles et se fanaient facilement. Sensibles aux variations de température et à la qualité de l’eau, elles s’affaiblissaient sous un soleil trop fort et succombaient aisément aux parasites ou aux maladies.
Pour survivre, la fleur sacrée avait développé un trait : dans de rares cas, peut-être une fois sur mille, elle produisait de nouvelles graines dans ses racines souterraines lorsque sa vie était menacée.
Fragile mais persistante, elle préservait sa vie dans la stabilité du sol, attendant la prochaine occasion d’éclore. C’était la nature de la fleur sacrée, avait expliqué le capitaine des chevaliers.
— Les fleurs en pleine floraison et les graines stockées ont toutes pourri à cause du miasme. Mais celles qui sont sous terre pourraient encore être vivantes.
La volonté collective des habitants était de partir à la recherche de ces graines. Bien sûr, les chances étaient faibles. Ils avaient déjà creusé certaines parties des champs, ne trouvant que quelques graines par zone, toutes pourries. Cependant, les graines enfouies sous terre étaient moins endommagées que celles en surface.
Et s’il existait ne serait-ce qu’une infime possibilité, ils ne pouvaient pas abandonner.
Serrant les poings de toutes ses forces, le capitaine des chevaliers lança, comme s’il arrachait les mots de sa gorge.
S’il restait ne serait-ce qu’une seule graine, ils voulaient la trouver et la protéger au plus vite. Sachant que les graines encore vivantes pouvaient s’affaiblir à chaque instant, ils ne pouvaient pas rester inactifs.
— …Mais nous sommes en pleine reconstruction de la ville. La tour protectrice n’est pas encore achevée. Nous manquons cruellement de main-d’œuvre et ne pouvons pas en détacher beaucoup pour les champs.
Ainsi, après mûre réflexion, leur conclusion fut :
— Nous aimerions réaffecter certains chevaliers à la recherche. Cela affaiblira notre réseau de patrouille, mais… je vous en prie, nous vous supplions ! implora le capitaine des chevaliers auprès de Konoe.
Cela risquait d’alourdir le fardeau de Konoe, mais il leur demandait de bien vouloir leur pardonner tour en s’inclinant profondément.
— Ces fleurs sont spéciales pour nous ! Nous avons grandi avec elles, et nous mourons avec elles. C’est ainsi que nous avons vécu ! Nous voulons offrir des fleurs sacrées sur les tombes de nos camarades tombés !
L’homme qui avait perdu d’innombrables subordonnés lors de l’emballement, vingt jours plus tôt, haussa la voix.
Konoe comprit. Pour cette ville, les fleurs sacrées n’avaient pas seulement une valeur industrielle, mais une signification bien plus profonde.
…Ainsi.
— Bien sûr, nous ferons tout notre possible pour vous rendre la pareille ! Alors…
— Pas besoin.
Konoe détourna les yeux du capitaine des chevaliers qui s’inclinait avec une ferveur désespérée et passa à côté de lui.
— …Faites comme bon vous semble.
— Hein ?
À la base, la chasse aux monstres était le rôle de Konoe.
Le nombre de chevaliers n’avait pas d’importance.
— Faites comme vous voulez, dit Konoe au capitaine des chevaliers.
◆
— Je vois…
— …Oui.
— C’était, en gros, la situation, expliqua Konoe.
Telnerica afficha un sourire amer et baissa les yeux.
Puis, doucement, elle murmura :
— Je n’avais même pas envisagé cette possibilité.
…Un bref silence s’ensuivit.
— Les habitants m’ont demandé de participer aux recherches. Je porte la bénédiction du dieu de la forêt. Cela aiderait à trouver les graines.
— …Je vois.
« C’est logique », pensa Konoe. La bénédiction du dieu de la forêt devrait être utile pour les plantes en général.
Dans ce cas, la participation de Telnerica serait effectivement précieuse…
— …Hm ? La bénédiction du dieu de la forêt ?
— Oui, c’est bien cela…
— …Pas celle du dieu des frontières ?
— …!
Konoe fronça les sourcils, perplexe. Cela contredisait ce qu’il avait entendu auparavant d’une servante.
Les nobles de Sylmenia avaient pour rôle de manier une barrière spéciale, une barrière de scellement. Dans ce cas, leur famille devait porter la bénédiction du dieu des frontières, et non celle du dieu de la forêt, puisque les barrières séparaient l’intérieur et l’extérieur des donjons.
Ainsi, par simple curiosité, Konoe posa la question sans trop y réfléchir…
— …V-Vous… connaissiez le rôle de Sylmenia ?
— …Oui, une servante me l’a dit.
Pour une raison quelconque, le visage de Telnerica se figea de stupeur.
Ses yeux s’écarquillèrent en fixant Konoe… puis se détournèrent, et elle baissa le regard.
Konoe était déconcerté par sa réaction.
Avait-il posé une question qu’il n’aurait pas dû ? Mais les mots étaient déjà sortis.
— Eh bien, euh… Je ne suis pas l’héritière, voyez-vous… Je quitterai la famille un jour… alors j’ai une bénédiction différente…
Telnerica balbutia, cherchant des excuses.
Konoe l’observa en clignant des yeux… mais au bout de quelques secondes, ses mouvements s’arrêtèrent brusquement.
Elle releva la tête, regardant droit vers Konoe.
— Non, non, je suis désolée. Tout ce que je viens de dire était un mensonge.
— …
— Je ne veux pas vous mentir, Maître Konoe… mais je ne peux pas non plus vous dire la vérité. Je ne pourrais jamais faire quelque chose d’aussi ingrat ou honteux.
— …Quoi ?
Telnerica fixa Konoe avec des yeux d’une sincérité totale.
Ses lèvres étaient fermement pressées, mais elle ne détourna pas le regard.
— Alors, s’il vous plaît, si vous pouvez me pardonner, ne posez pas de questions.
— …D’accord.
Konoe ne put que hocher la tête face à Telnerica.
Il ne comprenait pas entièrement ses paroles. Malgré cela, il ne pouvait pas insister davantage, pas avec ce regard déterminé fixé sur lui.
Le visage de Telnerica s’adoucit de soulagement lorsque Konoe acquiesça.
— …
— …
Un silence léger s’installa entre eux.
Au bout d’un court moment,
— Je vais participer aux recherches des graines à partir de maintenant. …Alors, je ne serai plus à vos côtés, Maître Konoe.
— …Je vois.
« …Oui », pensa Konoe.
Participer aux recherches signifiait que Telnerica s’éloignerait de lui.
C’était tout à fait naturel, alors Konoe l’accepta sans difficulté.
Ou plutôt, il était davantage préoccupé par leur conversation précédente. Que voulait-elle dire par ingrat ou honteux ?
— …Alors.
— …Oui.
Telnerica se leva et se dirigea vers l’escalier de la tour.
— …Maître Konoe.
— …Hm ?
Au dernier moment, elle se retourna, appelant son nom.
— …Non, ce n’est rien.
— …
Mais Telnerica n’en dit pas plus et descendit les marches.
Son sourire d’adieu, contrairement à d’habitude, semblait teinté de solitude… et Konoe cligna plusieurs fois des yeux.