Free! t2 chapitre 10

Feel

— Avant le début de l’entraînement, j’aimerais que vous veniez derrière la piscine.

Convoqué par Ikuya, Haruka suivit Makoto et Asahi à contrecœur, le visage fermé. Cela allait forcément être quelque chose d’ennuyeux. Il pressentait déjà qu’il serait entraîné dans une histoire inutile.

Lorsqu’ils arrivèrent derrière la piscine, Ikuya les attendait avec une expression grave. Un trou avait été creusé à ses pieds. Une boîte à biscuits ouverte reposait à l’intérieur, tandis qu’Ikuya tenait une liasse de photographies.

— Merci d’être venus, tous les trois. Aujourd’hui, je vais me libérer du passé. Alors, j’aimerais que vous restiez jusqu’au bout.

Évidemment. Comme Nao le lui avait conseillé, Ikuya avait visiblement décidé de se dévoiler. Haruka laissa à Asahi le soin de protester.

— Pourquoi on devrait assister à ça ? Ça nous regarde pas.

— On ne fait pas tous partie du même groupe de première année ?

Les longs cils d’Ikuya frémirent.

— Qu’est-ce que j’en ai à faire ? Fais ça tout seul !

Alors qu’Asahi tournait les talons, Makoto le saisit par le bras. Il grimaça.

— Très bien, Ikuya-kun. Nous resterons jusqu’au bout.

À ces mots, l’expression crispée d’Ikuya s’adoucit aussitôt.

— D’accord.

Il déposa une première photographie dans la boîte à biscuits.

— La fête du sport.

Puis une autre, suivie d’une autre encore.

— Le parc d’attractions. Les jeux dans le sable. Le bain. Le Nouvel An. Le cerf-volant…

Trois personnes apparaissaient sur chacune d’elles.

— Là, c’est quand Natsu-nii a remporté une compétition pour la première fois. Ici, quand la rédaction de Satomi a gagné un prix. Et là, quand mon dessin a reçu le prix du maire.

Sur cette dernière photo, ils tenaient tous les trois un portrait les représentant. Chacune de ces images devait être chargée de souvenirs, songea Haruka. Il comprenait ce qu’Ikuya ressentait, mais ne pouvait-il pas simplement les mettre toutes dans la boîte d’un seul coup ? Et Makoto n’avait pas besoin non plus d’acquiescer après chaque photographie.

— Je pensais que tant que nous restions tous les trois, cela me suffisait. Que je pouvais vivre uniquement avec eux. Que je n’avais besoin de personne d’autre. Que je… n’avais pas besoin d’amis.

Tout en parlant, Ikuya continuait à déposer les photos une par une. Une pastèque que l’on fendait les yeux bandés, puis une autre où ils la mangeaient. Tanabata, des feux d’artifice, la Voie lactée. Les étoiles n’apparaissaient pas sur le cliché, mais le mot avait été inscrit sur sa bordure.

— Mais j’ai décidé d’arrêter de m’accrocher au passé.

Des pancakes, une glace, des takoyaki.

— À partir de maintenant, je regarderai uniquement devant moi…

Un bonhomme de neige, un igloo, une bataille de boules de neige.

— Je ne regarderai plus que vers l’avenir !

Une photo de piscine.

— Et lorsque j’aurai obtenu mon diplôme, le moi qui aura grandi viendra déterrer toutes ces photos !

Encore une piscine. Puis une autre.

— Quand j’aurai suffisamment grandi pour que tout le monde puisse rire du garçon qui restait prisonnier de son passé…

Il déposa en dernier un gros plan d’eux trois, puis referma le couvercle sur leurs sourires. Les pointes de ses longs cils brillèrent légèrement tandis qu’il recouvrait la boîte de terre.

Makoto l’observait avec douceur.

 Peut-être influencé par la cérémonie d’Ikuya, Asahi gardait exceptionnellement le silence, le visage sérieux.

Soudain, il éleva la voix.

— Moi… j’ai dépassé Haru pendant le quatre nages, vous savez.

Haruka l’avait déjà entendu un nombre incalculable de fois.

— Et ensuite, en demi-finale, c’est Haru qui m’a dépassé… Sur le moment, je n’ai même pas compris ce qui venait de me doubler. Ça paraît bizarre dit comme ça, mais je vous jure que c’est vrai.

Ikuya leva vers lui ses cils encore humides, tandis que Makoto relâchait doucement le bras d’Asahi.

— Quand il m’a dépassé, le couloir de Haru s’est mis à briller. Une espèce d’immense lumière est arrivée à une vitesse incroyable et m’a doublé en faisant fiiou. J’ai été tellement surpris que j’ai avalé de l’eau, j’ai coulé et j’ai pi… enfin, j’ai abandonné…

Asahi ne regardait pas Haruka. Il refusait de le regarder.

— J’avais l’air tellement minable et pathétique que j’avais honte de revoir les autres… Et après ça, je suis devenu incapable de nager le crawl.

C’est ta faute !

Haruka eut l’impression de l’entendre lui crier ces mots une nouvelle fois.

— Tant que je ne serai pas capable de le nager à nouveau, je ne retournerai pas au club de Bandô… Je ne peux pas y retourner.

Ikuya avait terminé de reboucher le trou.

Alors qu’il se redressait et s’apprêtait à parler, il ravala finalement ses mots.

Peut-être voulait-il consoler Asahi, lui témoigner sa compassion, ou peut-être comptait-il s’adresser à Haruka.

C’est ta faute.

La voix d’Ikuya, semblable à une incantation, résonna de nouveau dans ses oreilles.

— De toute façon, je séchais déjà souvent les entraînements, alors personne ne doit s’inquiéter. Ils doivent sûrement se dire que c’est comme d’habitude.

On sentait dans sa voix qu’il espérait sincèrement que ce soit le cas.

— Vous savez, au club, j’étais plutôt bon, même sans beaucoup m’entraîner. Je n’arrivais jamais jusqu’en finale, mais je me disais que ce n’était pas grave et que je m’en fichais. Il y a bien une expression pour parler de ce genre de personne, non ?

Roi de son petit royaume. Grenouille au fond d’un puits. Planaire accrochée à son caillou.

— Pendant la compétition, Sakuyuki m’a demandé pourquoi je continuais à nager alors que j’étais devenu incapable de le faire. Pourquoi quelqu’un qui déteste s’entraîner continuait malgré tout… Je n’en sais rien moi-même. Il m’a dit que si j’aimais nager, je n’avais qu’à venir aux entraînements, mais je ne comprends pas vraiment. Je ne me souviens même pas de la première fois où j’ai nagé le crawl. Comment est-ce que je m’y prenais ? Qu’est-ce que je dois faire pour réussir à le nager à nouveau… ?

Asahi baissa les yeux vers la terre sous laquelle Ikuya avait enterré la boîte. Makoto posa doucement une main dans son dos.

— Moi aussi, il m’arrive de ne plus pouvoir nager.

Asahi et Ikuya tournèrent leur regard vers lui. Les sourcils relevés, Makoto affichait son habituel sourire bienveillant.

— Parfois, l’eau me fait si peur que je deviens complètement incapable de nager.

Sa main quitta le dos d’Asahi, puis ses doigts agrippèrent fermement le bas du vêtement de Haruka.

— Vous savez, il n’y a pas longtemps, le canot pneumatique dans lequel se trouvaient mon petit frère et ma petite sœur a été emporté par la mer… Mais j’avais tellement peur que je n’ai pas pu aller les sauver…

Toujours souriant, Makoto resserra sa prise.

— Finalement, c’est toi qui les as sauvés à ma place, Haru. Sans toi, je suis incapable de faire quoi que ce soit.

Après avoir serré une dernière fois le tissu, Makoto le relâcha et tourna les yeux vers Haruka.

Haru, qu’est-ce que tu en penses ?

Makoto lui posait une question. Il ne pouvait pas y répondre. Il ne comprenait rien à Makoto.

Asahi le regardait à son tour, ses cheveux hérissés agités par le vent.

Haru, pourquoi est-ce que tu nages ?

S’il avait un jour existé une raison, Haruka y avait renoncé depuis longtemps.

Ikuya le fixait, la lumière encore accrochée à ses longs cils.

Nanase, vers quoi essaies-tu d’avancer ?

Haruka ignorait s’il existait quoi que ce soit au-delà de la nage. Il nageait simplement, en ressentant l’eau.

Même s’il comprenait que tous les trois attendaient une réponse de sa part, Haruka détourna la tête et évita leurs regards. Tout cela lui paraissait ridicule. Il ignorait ce qu’ils espéraient de lui, mais il se retrouvait malgré lui pris dans leurs histoires. Il venait d’être embarqué dans un véritable concours de confessions. Il n’avait aucune intention de jouer à ce petit jeu.

— Makoto, allons nous entraîner.

Sans rien ajouter, Haruka tourna les talons et se mit à marcher.

— …Haru.

En entendant les pas de Makoto le rejoindre, il sentit dans son dos que les deux autres n’avaient pas bougé. Ils pouvaient rester là jusqu’à ce qu’ils en aient assez.

Cela ne le concernait pas.

Sur le chemin du retour après l’entraînement, Satomi, qui avait sans doute remarqué qu’Ikuya semblait plus léger, lui demanda d’un ton enjoué :

— Qu’est-ce qui s’est passé, Ikuya-kun ?

— De quoi tu parles ?

Il faisait exprès de feindre l’ignorance. Il savait très bien que cela se lisait sur son visage.

— Il t’est arrivé quelque chose de bien ?

Oui. Le nouvel Ikuya venait de faire un premier pas, et ses camarades l’avaient accepté. C’était sans doute ce qui s’était passé…

— J’ai décidé de devenir fort. Je l’ai juré aujourd’hui devant Nanase et les autres.

L’espoir qui débordait de ses paroles fit sourire Satomi.

— Vraiment ? Je suis contente. Tu es enfin redevenu comme avant, Ikuya-kun. Tu vas de nouveau viser les Jeux olympiques avec Natsu-nii, comme…

Elle s’interrompit avant d’ajouter « comme à l’époque ».

— Oui. Parce que c’est notre rêve, pas vrai ? À nous trois.

— Oui !

Satomi répondit avec entrain. Ikuya trouvait qu’elle était bien mieux ainsi. Une expression sombre ne lui allait pas. Pourtant, c’était lui, et nul autre, qui l’avait poussée à arborer un tel visage.

Cette pensée lui serra la poitrine, mais fit également naître en lui une sorte de devoir : celui de protéger ce sourire.

— Et pour y arriver, j’ai laissé le passé derrière moi.

— Le passé ?

— J’ai enterré de vieilles photos derrière la piscine.

— Des photos ?

— Des photos de nous trois. J’ai décidé d’arrêter de m’accrocher à ce monde où il n’y avait que nous. À partir de maintenant, j’avancerai avec mes nouveaux camarades…

— Quel genre de photos ?

La question de Satomi couvrit la fin de sa phrase.

— Eh bien… la fête du sport, le festival d’été, la piscine, le bain…

— Le bain ?

Le visage de Satomi s’assombrit brusquement et elle s’immobilisa.

— Quand on était petits, on prenait souvent le bain ensemble, non ? C’était une photo de cette époque.

Ikuya s’arrêta à son tour et lui adressa un sourire.

— Nanase-kun et les autres ont vu cette photo ?

— Oui. Ils sont restés jusqu’au bout. C’est pour ça que nous sommes déjà des camarades…

Avant même qu’il ait fini sa phrase, la paume de Satomi s’abattit soudain sur sa joue.

— Idiot !

Le claquement sec résonna dans l’air. Ikuya porta une main à sa joue, sans comprendre ce qui venait de se passer, tandis que Satomi repartait en courant en direction du collège.

Il contempla un moment sa silhouette qui s’éloignait, toujours la main sur la joue, puis conclut qu’elle devait simplement être de mauvaise humeur aujourd’hui et décida de rentrer seul.

À cet instant, Ikuya ignorait encore que, quelques jours plus tard, il se figerait derrière la piscine en découvrant la terre retournée à l’endroit où il avait enterré la boîte.

— Capitaine !

Natsuya se retourna, un sourire sur son visage hâlé, en entendant Asahi accourir vers lui en criant.

— Oh, Asahi.

— Je peux rentrer avec toi ?

C’était la première fois qu’Asahi proposait à Natsuya de faire le chemin ensemble. Il en avait déjà eu plusieurs fois l’occasion, mais sa gêne l’avait toujours empêché de trouver le courage nécessaire. Aujourd’hui, cependant, il avait une bonne raison de le faire. Il devait absolument rapporter quelque chose à Natsuya.

— C’est rare. Qu’est-ce qui t’arrive ?

Encore essoufflé, Asahi leva les yeux vers lui.

— Il faut absolument que je te dise quelque chose. En fait, aujourd’hui…

Lorsqu’il lui raconta ce qui s’était passé avec Ikuya, Natsuya détourna le visage en pressant le coin interne de son œil.

— Ikuya… avec vous tous…

— Oui. On aurait presque dit qu’il avait mûri… Hein ? Capitaine, tu pleures ?

— I-idiot. Comme si… j’allais pleurer.

— Mais si, tu pleures. Tu as la voix toute étranglée.

— …Ne le dis pas à Ikuya.

— D’accord. Mais en échange, je pourrai courir avec toi pendant l’entraînement du midi ?

Même depuis qu’il avait recommencé à nager dans la piscine, Natsuya n’avait jamais abandonné ses entraînements de la pause déjeuner. Il était désormais si célèbre qu’aucun élève de première année n’ignorait son existence.

— Moi aussi, je veux attirer l’attention des filles comme toi !

Malgré ce motif d’une pureté plus que douteuse, Natsuya accepta sans difficulté. Asahi venait certes de profiter sournoisement de son moment de faiblesse, mais, parfaitement inconscient de sa propre ruse, il se mit à bondir de joie en poussant un grand cri de victoire.

En longeant la route qui suivait la crête du mont Minogase, Haruka aperçut sous un avant-toit les boutons bleutés de quelques hortensias. La saison était déjà revenue, songea-t-il en levant les yeux. Une hirondelle tentait de construire son nid au bord du toit, tandis que d’autres traversaient fébrilement le ciel, des brins de paille dans le bec. En observant l’une d’elles fendre le vent, Haruka se remémora vaguement le chemin du retour depuis l’hôpital.

Tous les quatre avaient couru en affrontant le vent venu de la mer. Ils ne se disputaient pourtant rien et s’étaient malgré tout donné à fond. Avec le recul, il trouvait cela presque risible. On aurait dit des gamins.

— Dis, Haru…

La voix soudaine de Makoto le ramena à la réalité.

— Tu ne trouves pas que nous ressemblons à l’eau ?

Makoto suivait l’hirondelle des yeux.

— Elle n’a pas de forme définie et peut prendre celle qu’elle veut. Il suffit que le vent souffle pour que des vagues se soulèvent. Elle s’agite, projette de petites éclaboussures, mais, en se mêlant et en s’entrechoquant, elle finit par former un seul ensemble.

Sans même s’en rendre compte, Haruka s’était mis lui aussi à suivre l’hirondelle du regard.

— Je pensais que, sans Rin et Nagisa, nous ne pourrions plus jamais atteindre cette nage ultime. Que même si nous appartenions à la même équipe, nous ne pourrions jamais partager les mêmes sentiments.

Lorsqu’elle se rapprocha, l’hirondelle accéléra jusqu’à devenir impossible à suivre des yeux, puis disparut de leur champ de vision.

— Mais, au fond, c’est simplement moi qui essaie de m’imposer une forme, pas vrai ?

Combien d’hirondelles volaient dans ce ciel ? Dès que l’une disparaissait, une autre surgissait.

— Si nous sommes comme l’eau, nous n’avons aucune raison de nous accrocher à une forme particulière. Et si nous sommes comme l’eau, je suis sûr qu’avec Asahi et Ikuya-kun, nous pourrons former la meilleure équipe qui soit…

Les hirondelles se croisaient, se mêlaient et se remplaçaient sans cesse, virevoltant dans toutes les directions.

— C’est ce que je pense.

Makoto plissa les yeux en contemplant le ciel. Quel avenir y dessinait-il ? Quels rêves superposait-il à ces hirondelles en plein vol ?

Haruka se dit soudain que ces oiseaux qui s’agitaient sans relâche leur ressemblaient. L’avenir et les rêves se trouvaient peut-être quelque part au-delà, une fois qu’ils auraient volé jusqu’à épuiser toutes leurs forces. Il ignorait encore quelle forme ils auraient, quelle odeur ou quelle sensation ils dégageraient, mais…

En regardant le ciel scintiller sous la lumière du début de l’été, Haruka plissa les yeux comme Makoto.

Après l’entraînement du dimanche, Haruka et les autres se trouvaient dans le gymnase. Kisumi participait à un match de basket et Makoto les avait forcés à venir l’accompagner. Asahi avait lui aussi été entraîné dans l’histoire et se tenait près de Haruka avec une mine renfrognée.

Ils avaient effectué plus de cinquante plongeons pendant l’exercice de passage de relais. Ils avaient depuis longtemps dépassé les limites de leur endurance. Rien d’étonnant à ce qu’Asahi ne cesse de marmonner qu’il voulait rentrer au plus vite. Ikuya, qui avait quelque chose à faire, avait habilement réussi à s’échapper avec Satomi.

L’objectif du jour était de réduire leur temps de réaction à zéro. Ils devaient saisir le rythme du partenaire avec lequel ils effectuaient le passage, puis déterminer l’instant exact où prendre leur départ. Attendre que le nageur précédent touche le mur avant d’entamer son mouvement provoquait un retard de 0,7 seconde.

Sur trois passages de relais, cela représentait une perte totale de 2,1 secondes.

Lors d’un relais, il n’était pas nécessaire de rester complètement immobile au moment du passage. Il était possible de prendre de l’élan, mais un mouvement trop ample risquait de décaler légèrement le départ. Cet élan permettait de gagner environ 0,2 seconde, mais le moindre décalage suffisait à annuler tout bénéfice. Selon la théorie de Nao, il était donc plus fiable de ramener le temps de réaction à zéro.

Ils avaient ainsi répété plus de cinquante fois un relais de quatre fois vingt-cinq mètres, en cherchant moins à plonger plus loin ou plus puissamment qu’à entrer dans l’eau exactement au bon moment. Leur endurance comme leurs nerfs avaient été complètement épuisés. Haruka n’avait plus la moindre énergie à consacrer au match de basket de Kisumi.

— Kisumi était venu nous encourager, tu te souviens ? fit remarquer Makoto.

Haruka ne se rappelait pas le lui avoir demandé.

— Pff, encore un panier encaissé. Ils sont vraiment nuls.

La remarque d’Asahi n’avait rien d’exagéré. Dès la première mi-temps, ils comptaient presque deux fois moins de points que leurs adversaires. Avant le match des titulaires, les première année disputaient une rencontre d’exhibition, mais la différence de niveau était trop importante. Dribbles, passes, tirs : rien ne fonctionnait correctement. Et par-dessus tout, Kisumi était complètement isolé. Personne ne lui passait le ballon.

— Go, go, Kisumi !

— Go, go, kiss me !

— Please, love me !

— Please, kiss me !

— Beurk. C’est quoi, ces encouragements dégoûtants ? À sa place, je mourrais de honte.

Pour une fois, Haruka partageait entièrement l’avis d’Asahi. Les filles de leur classe semblaient avoir formé à elles seules un groupe de supporters dédié à Kisumi.

— Regarde, Kisumi a coupé la trajectoire du ballon.

Makoto parlait avec enthousiasme. Pourtant, l’issue du match était décidée depuis longtemps. Plus personne ne cherchait vraiment à courir. Kisumi était le seul à continuer de se démener. Lorsqu’il tentait une pénétration, aucun de ses coéquipiers ne le suivait. S’il attendait, il se faisait immédiatement encercler par ses adversaires. Il finit donc par forcer le passage en dernier recours. Il cherchait clairement à obtenir une faute, mais ses adversaires lui prirent proprement le ballon et Kisumi s’étala de tout son long.

Il se releva aussitôt et repartit en défense. L’équipe adverse ne se pressait même plus pour attaquer. Elle remontait tranquillement le terrain en faisant circuler le ballon. Kisumi bondit sur l’une de leurs passes et réussit à la dévier. Le ballon rebondit sur le parquet. Kisumi se lança à sa poursuite. Il parvint tant bien que mal à le rattraper et repartit immédiatement à l’attaque, mais fut de nouveau bloqué et s’effondra encore une fois.

Il se remit malgré tout debout et repartit derrière le ballon. Son souffle devenait rauque et il commençait à trébucher.

— Kisumiii !

C’était Asahi.

— Kisumiii ! Cours !

Essoufflé, Kisumi tourna la tête vers lui.

— Cours ! Cours, Kisumiii !

Kisumi acquiesça, un sourire rafraîchissant aux lèvres, puis repartit à la poursuite du ballon, ses cheveux soyeux ondulant derrière lui.

Le tir adverse manqua sa cible. Kisumi se jeta sur le ballon. Même déséquilibré, il tendit le bras et parvint de justesse à le conserver.

— Kisumi, par ici !

Sans hésiter, Kisumi envoya le ballon dans la direction de la voix, puis heurta lourdement le sol. Il roula sur le parquet.

Malgré la douleur qui déformait son visage, il tenta tout de même de se relever. Après trois nouvelles passes, le ballon qu’il avait sauvé fut aspiré par le panier.

— Hé, Kisumi ! Tu as réussi !

Asahi se pencha en avant en agitant la main. Kisumi lui répondit par un large sourire.

— Haru, regarde.

Dans la direction indiquée par Makoto, Kisumi échangeait des tapes dans les mains avec ses coéquipiers.

— Ils sont enfin devenus une véritable équipe, pas vrai ? Kisumi et les autres.

— Ouais.

Haruka acquiesça. Il avait l’impression de comprendre un peu mieux pourquoi Kisumi jouait au basket.

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