SotDH T12 – CHAPITRE 2 PARTIE 4

Une Rentrée d’Avril Douce-Amère (4)

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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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La cape n’était qu’un élément secondaire dans l’identité du Manteau Rouge. Son histoire avait commencé avec un meurtrier vêtu d’une couverture bleue, détail qui fut ensuite changé en couverture rouge avant que la couverture ne devienne finalement une cape. Autrement dit, la cape fut le dernier élément à s’ajouter à son identité, après le fait qu’il soit rouge, la couleur du sang versé.

C’était pour cette raison que tant de variantes de l’histoire du Manteau Rouge mettaient davantage l’accent sur le choix entre les couleurs que sur la cape elle-même. Le sang et le meurtre formaient le cœur même de la légende urbaine. Son but était de se teindre en rouge avec le sang des autres. Comme pour le prouver, il attaqua.

Sa cape claqua comme des ailes, ses mouvements étaient légers et rapides. Il tenait un grand couteau dans chaque main, et l’un d’eux fendit l’air lorsqu’il porta un coup à la gorge de Jinya.

L’acier heurta l’acier. Jinya bloqua la première attaque avec Yarai, mais le Manteau Rouge ne s’arrêta pas. Sans briser son élan, il balaya largement de son autre couteau.

La longue lame de tachi de Jinya ne pouvait pas se mouvoir avec autant d’agilité qu’un couteau. Il avait bloqué la première attaque, mais la seconde arrivait déjà. Pourtant, il ne s’affola pas et réagit calmement lorsque le coup vint à lui. Il recula légèrement le pied droit et fit glisser son sabre. Le mouvement était infime, mais ce fut suffisant pour frapper le poignet découvert de son adversaire avec le bas de la poignée de son arme.

Un violent impact retentit, mais le Manteau Rouge parvint à garder ses couteaux en main. Il perdit néanmoins l’équilibre. Jinya saisit aussitôt l’occasion pour s’abaisser et enfoncer de toutes ses forces son épaule gauche dans le plexus solaire du Manteau Rouge.

Giii ?!

Le Manteau Rouge poussa un cri tandis que la distance se creusait entre eux. Pendant un instant, Jinya pensa l’avoir envoyé voler, mais le Manteau Rouge avait habilement bondi en arrière à temps. Il avait déjà lancé son attaque suivante dans les airs, et une pluie de couteaux s’abattit sur Jinya.

Trop de couteaux s’apprêtaient à s’abattre sur lui pour qu’il songe seulement à les compter. Il y en avait trop pour les esquiver, mais il n’avait aucune raison de les éviter en premier lieu. Il resta sur place et les affronta de face. Pas une seule lame ne le perça. Elles produisirent à la place des sons stridents en heurtant son corps avant de tomber sur l’asphalte glacé.

Jinya était indemne, mais il ne s’en vanta pas. Il fixa le Manteau Rouge d’un regard dénué d’émotion.

Il avait utilisé L’Inébranlable, une capacité qui renforçait l’ensemble de son corpsnée du souhait d’être invincible. Il n’y avait aucun moyen qu’un esprit de ce genre puisse percer les sentiments de cet homme maladroit mais sincère qui avait autrefois porté ce pouvoir.

Jinya ignorait si le Manteau Rouge possédait des émotions, mais il sembla vaciller sous son regard, et Jinya ne laissa pas passer cette occasion. Il s’avança aussitôt et abattit sa lame. Le Manteau Rouge réagit du mieux qu’il put à cette attaque soudaine, mais ne parvint pas à l’éviter complètement. Sans atteindre l’os, le coup trancha la chair et fit jaillir un flot de sang. Le mystérieux meurtrier qui se teintait de rouge avec le sang des autres était désormais teint par son propre sang.

Jinya observa le Manteau Rouge tandis qu’ils continuaient d’échanger des coups au corps à corps. Comme la Femme à la bouche fendue, le Manteau Rouge possédait une force à la hauteur de sa légende urbaine, mais rien de plus. Dans ce cas, Jinya pourrait s’en débarrasser sans difficulté. Il ne restait plus qu’à voir si le Manteau Rouge était une légende urbaine fabriquée et s’il se révélerait capable de davantage.

Le Manteau Rouge maniait habilement ses deux couteaux, mais il ne pouvait ni éviter la lourde lame de Jinya ni percer L’Inébranlable. Il perdit peu à peu du terrain, et sa célèbre cape rouge fut progressivement taillée en lambeaux.

Couvert de blessures et s’accrochant à la vie, il bondit en arrière, évitant de justesse une frappe verticale de Jinya, mais son masque fut tranché dans le même mouvement.

Ga, gii…

Le Manteau Rouge laissa échapper une étrange voix tandis que les deux moitiés de son masque s’entrechoquaient contre le sol. Miyaka aperçut le visage de l’être mystérieux et poussa un petit cri.

Le visage n’était pas celui d’un humain. Il était bestial, pourvu de crocs. Bien qu’il se tînt sur deux jambes en maniant des couteaux, le visage du Manteau Rouge ressemblait à celui d’une chauve-souris ridée et dépourvue de poils.

— Un nobusuma… Je vois. Voilà pourquoi il bondissait d’arbre en arbre, murmura Jinya.

— Qu’est-ce que ça veut dire ? Ce n’est pas le Manteau Rouge ?

— Si, ça l’est. Mais pas complètement. C’est encore une autre légende urbaine fabriquée.

D’après ce que Natsuki lui avait raconté, cette ville possédait de nombreuses légendes urbaines. Mais celle-ci, tout comme la Femme à la bouche fendue avant elle, n’était pas née naturellement.

— La Femme à la bouche fendue était censée n’être qu’un esprit humanoïde, et le Manteau Rouge un meurtrier ordinaire. Mais ils étaient différents tous les deux. Quelque chose d’inutile a été ajouté pendant leur création.

Les véritables légendes urbaines n’étaient pas différentes des esprits d’autrefois. Certaines apportaient le malheur aux hommes et d’autres demeuraient inoffensives tant qu’on les laissait tranquilles. Mais cette légende urbaine ne tuait pas parce que telle était sa nature. Elle tuait parce qu’elle avait été créée dans ce but.

Quelque chose de sombre remua en Jinya.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? demanda Miyaka.

— Tu te souviens de ce que je t’ai dit sur la façon dont les esprits se forment ?

— Oui. Tu as dit que les esprits pouvaient naître du néant. Que les émotions négatives s’accumulent pour créer des légendes urbaines et ce genre de choses.

— C’est ça. La personne que je poursuis en ce moment est capable de créer ces légendes urbaines. Elle possède le pouvoir de contrôler les émotions négatives et d’en manifester quelque chose de physique. C’est sa spécialité… mais elle a dû penser que les créer normalement ne suffisait pas.

Jinya n’avait pas découvert peu à peu l’identité de la créatrice de ces légendes urbaines au fil de ses rencontres avec elles. C’était l’inverse. Il savait déjà qui c’était et la poursuivait lorsqu’il avait commencé à tomber sur ces légendes urbaines artificielles.

Son propre destin et celui de la personne créant ces légendes urbaines étaient liés, pour son plus grand déplaisir. C’était quelqu’un qui était resté une épine dans son pied depuis l’ère Taishô.

— Ce démon a pris la peur et l’anxiété que d’innombrables personnes éprouvaient envers ces rumeurs de légendes urbaines et en a créé quelque chose de réel. Mais dans le processus, il y a ajouté ses propres petites touches. À la Femme à la bouche fendue, il a ajouté un mauvais esprit renard, et ce Manteau Rouge contient des traces de nobusuma. En combinant des légendes urbaines avec d’anciens esprits avec lesquels elles possèdent une forte affinité, il est parvenu à créer des esprits encore plus puissants. Ils sont devenus quelque chose d’entièrement différent de ce dont parlaient les rumeurs… des légendes urbaines fabriquées.

Les nobusuma étaient une sorte d’esprit dont on parlait dans les environs d’Edo. Ils apparaissaient dans diverses compilations d’histoires de fantômes, souvent représentés sous la forme de bêtes volantes, et l’on disait qu’ils mangeaient le feu et suçaient le sang des humains et des animaux vivants.

Leur véritable identité était celle de chauves-souris ayant vécu suffisamment longtemps pour devenir des esprits. Ils convenaient parfaitement au Manteau Rouge, que certains considéraient comme un vampire et qui, dans certaines variantes de son histoire, était réputé vider ses victimes de leur sang selon la réponse donnée à sa question.

— Kii, kii.

Le Manteau Rouge poussa un étrange cri. Bien qu’il ait encore une silhouette humaine, ses mouvements étaient tout sauf humains. Il bondissait des lampadaires aux clôtures, des murs aux bâtiments, sautant dans tous les sens autour de Jinya afin de trouver une ouverture. Sans trop s’approcher, il attaquait sans cesse depuis la périphérie du champ de vision de Jinya, sans jamais porter un coup mortel à pleine puissance, cherchant seulement à provoquer une faille.

Jinya évita habilement les entailles des couteaux tout en mordant la paume de sa propre main droite. L’expression du visage du Manteau Rouge changea très légèrement.

Dans Compilation de l’époque d’Edo : Les Cent Histoires Illustrées de Fantômes, le nobusuma était décrit comme une chauve-souris ayant vécu assez longtemps pour devenir un esprit, mais ce nom désignait également les écureuils volants. En tenant compte de cela, il n’avait rien d’étrange à ce que le Manteau Rouge soit assez agile pour sembler glisser dans les airs, ni à ce qu’il désire sucer le sang.

Un filet de sang coula de la paume de Jinya. Au même instant, le Manteau Rouge cessa de bondir autour de lui et fonça droit sur Jinya, déchaînant une attaque puissante. Jinya l’affronta de face, mais fut repoussé en arrière. La force du coup le surpassait véritablement.

Jinya fut légèrement déséquilibré. Les yeux du Manteau Rouge brillèrent d’une joie démoniaque lorsqu’il aperçut enfin une ouverture. Puis le Manteau Rouge passa à l’action. Malgré sa fusion avec un nobusuma, il demeurait avant tout une légende urbaine. Il possédait les caractéristiques supplémentaires de cet ancien esprit, mais sa nature restait celle du Manteau Rouge des légendes urbaines, et la nature du Manteau Rouge était de s’en prendre aux jeunes filles.

Ainsi, aucun coup supplémentaire ne vint lorsque Jinya perdit l’équilibre. À la place, le Manteau Rouge tourna son attention vers Miyaka.

— Hein ?

Miyaka se figea, l’esprit vide. Elle ne put laisser échapper qu’un cri de stupeur.

Le visage bestial du Manteau Rouge se tordit davantage sous l’excitation tandis qu’il s’approchait rapidement, un couteau dans chaque main. Une fille ordinaire comme elle ne pouvait rien faire.

— Oh.

Lorsqu’elle comprit enfin ce qui se passait, il était déjà trop tard. Ses jambes cédèrent et elle tomba au sol au moment où le Manteau Rouge leva l’un de ses couteaux.

Il était proche. Il ne lui restait plus qu’à lui planter facilement un couteau dans le corps. Toute fuite était impossible. Elle allait mourir ici. Elle ne pourrait rien faire tandis que son crâne serait fendu et que son contenu se répandrait au sol. Voyant ses derniers instants se dessiner devant elle, Miyaka ferma les yeux de peur.

Cependant, Jinya avait prévu tout cela.

— Si c’est du sang que tu veux, tu peux prendre le mien. Mais il pourrait ne pas être à ton goût.

Quelque chose frappa le couteau du Manteau Rouge et l’envoya voler au loin. Avant même qu’il puisse se retourner, plusieurs lames rouges percèrent soudain son corps. Voilà pourquoi Jinya s’était mordu la main.

Il avait utilisé Lame de Sang, le pouvoir de créer des lames en utilisant le sang comme catalyseur, une capacité née du désir d’un homme qui voulait rester un samouraï jusqu’à la dernière goutte de sang de son corps.

— Gah, giiii ?!

Jinya prit une dernière longue lame de sang et la lança, transperçant le corps du Manteau Rouge par derrière. Il savait depuis le début que le Manteau Rouge viserait Miyaka, alors il s’y était préparé. En s’approchant du Manteau Rouge, il retira sa veste d’uniforme et la jeta sur Miyaka.

Elle fut déconcertée par ce geste, mais il y avait une raison à cela. Il avait l’intention d’en finir durant les quelques instants où sa vue serait obscurcie, afin de lui épargner ce spectacle sanglant.

Le Manteau Rouge se retourna pour lui faire face lorsqu’il s’approcha, mais il était déjà trop tard. Il tenta de porter un coup précis aux points vitaux de Jinya, mais son attaque était bien trop facile à lire. Jinya leva simplement sa main gauche vers le bras tendu du Manteau Rouge et dévia le coup sans avoir besoin ni de bloquer ni d’esquiver. Au même instant, il modifia sa prise sur son sabre pour le tenir à l’envers. La dernière attaque désespérée du Manteau Rouge avait manqué sa cible, et il se retrouvait désormais sans défense face à la mort.

Jinya leva sa lame jusqu’au menton abaissé du Manteau Rouge et le trancha d’un seul coup net, ne lui laissant même pas le temps d’agoniser. La tête du Manteau Rouge fut instantanément séparée de son torse. Pour s’assurer définitivement de sa mort, Jinya saisit son sabre à deux mains et abattit sa lame, coupant le corps en deux. Il donna ensuite un coup de pied au cadavre afin de l’éloigner de Miyaka.

— Hein ? Qu-qu’est-ce…?

Miyaka retira précipitamment la veste de Jinya et regarda autour d’elle avec stupeur, mais tout était déjà terminé.

Jinya se tenait devant elle, toujours sur ses gardes tandis qu’il observait le cadavre du Manteau Rouge. Sans se retourner, il dit calmement :

— Désolé de t’avoir jeté ma veste dessus. Je n’ai rien trouvé de mieux sur le moment.

— N…non, ce n’est rien. Euh… où est le Manteau Rouge ?

Elle semblait relativement calme, puisqu’elle n’avait pas vu les derniers instants du Manteau Rouge.

— Je m’en suis occupé. Il se fait tard, alors laisse-moi te raccompagner. On pourra s’arrêter quelque part si tu veux.

Sa plaisanterie lui fit faire une légère grimace. Cette conclusion lui paraissait sans doute un peu anticlimatique. Il secoua le sang de sa lame avant de la rengainer. Puis il se retourna et lui tendit la main.

Le Manteau Rouge ayant été vaincu, la nuit retrouva son calme, mais des pensées anxieuses continuaient de remuer en lui.

Après avoir raccompagné Miyaka chez elle, il prit seul le chemin de sa propre maison.

— Tu es toujours aussi abject… cracha-t-il. — Tu avais raison, je n’ai pas le monopole du pouvoir. Mais cette nouvelle force que tu as obtenue est particulièrement écœurante… Yonabari.

 

 

***

 

Tisseur était une capacité qui rassemblait les émotions et en changeait la forme. Elle servait à manifester des prières, à donner une forme à ce qui n’en avait pas, à transformer la dévotion en quelque chose de réel. C’était un pouvoir digne d’une prêtresse de sanctuaire, un pouvoir digne des récits anciens. Cependant, il ne pouvait exaucer les souhaits que d’une manière funeste.

Le remords et les regrets, le dépit et la malveillance, la jalousie et la haine. Cette capacité fonctionnait en prenant ces émotions chez son utilisateur, ou celles absorbées auprès de personnes mortes de façon atroce, puis en les manipulant. Yonabari avait vu Nagumo Eizen utiliser cette capacité pour créer ses nombreux serviteurs démoniaques, et ce n’était peut-être qu’une question de temps avant que le démon commence lui aussi à l’utiliser pour créer les créatures monstrueuses des légendes urbaines.

— La Femme à la bouche fendue, le Manteau Rouge, Job d’été dans une station balnéaire, le Meurtre invisible de Tony. J’en ai déjà créé beaucoup jusqu’ici. Peut-être que certains te surprendront, Jinta-kun ?

Yonabari avait longtemps réfléchi à la raison de sa défaite. Le démon était physiquement plus fort que Jinya, mais il manquait de son expérience.

Yonabari possédait une capacité démoniaque plus puissante et plus flexible que n’importe laquelle de celles de Jinya, mais Jinya savait utiliser ses pouvoirs avec ruse. Sa victoire n’avait rien eu d’un coup de chance. Jinya connaissait ses points forts et avait remporté une victoire qu’il méritait pleinement.

Pour battre Jinya, Yonabari avait besoin de quelque chose capable de le surpasser. Mais quoi ? Le démon n’avait aucun moyen d’augmenter davantage ses capacités physiques de manière significative, et chercher à accumuler de l’expérience au combat serait vain puisque Jinya ferait exactement la même chose au fil des années. Les capacités démoniaques de Yonabari était déjà définies elles aussi et sa réponse fut d’élargir la portée de Tisseur. Après des décennies d’entraînement avec ce pouvoir, ils pouvaient désormais créer ses propres légendes urbaines fabriquées.

Tout cela avait été fait pour se débarrasser de l’humiliation que sa personne avait subie. Sa défaite avait poussé Yonabari vers un niveau supérieur.

— Mais ce n’est toujours pas suffisant…

Les nombreuses légendes urbaines que Yonabari avait créées jusque-là n’étaient que des essais, mais le démon avait apprécié le processus. Et puis, cela ne nuisait certainement pas au fait qu’il s’agissait de la ville natale du Dévoreur de Démons. La grande variété d’esprits qu’ils avaient lâchés avait provoqué quantité de panique et de morts, et cette pensée leur apportait du réconfort.

Mais ce n’était pas suffisant. Ses expérimentations avaient un but. Elles devaient lui apporter quelque chose capable de rivaliser avec l’homme qui avait humilié sa personne, sans quoi tous ces efforts et le fait de pousser Tisseur jusqu’à ses limites seraient inutiles.

Autrefois, Yonabari n’était qu’à moitié motivé, agissant simplement pour se défouler contre le monde de l’ère Taishô qui l’entourait, mais les choses étaient différentes désormais. Yonabari ne désirait plus qu’une seule chose : voir Jinya ramper devant lui dans l’agonie.

— Bien. Retour au travail.

Mais cet objectif demeurait encore lointain. Yonabari devrait créer bien plus de monstres avant de trouver le bon.

Les yeux troubles, les lèvres fredonnant un air et un large sourire chargé d’une malveillance évidente étiré sur le visage, Yonabari s’enfonça dans la nuit.

 

 

***

 

Une fois encore, Miyaka se surprit à regarder autour d’elle dans la salle de classe en se disant que le lycée n’avait rien à voir avec le collège.

L’établissement disposait de nombreux équipements, les cours étaient plus difficiles et les clubs bien plus animés. Il y avait des filles voyantes, des garçons et des filles très proches les uns des autres, et même un sabreur qui exterminait des esprits. Chacun laissait une impression marquante.

L’école s’était montrée clémente alors qu’ils avaient séché les cours à peine un mois après la rentrée, et Miyaka soupçonnait que ce n’était pas uniquement parce qu’il s’agissait d’un lycée public. Cela dit, elle n’allait pas s’en plaindre.

— J’ai entendu dire que vous avez séché hier ? C’est carrément dingue.

Le lendemain matin de leur rencontre avec le Manteau Rouge, la fille la plus voyante de la classe, Momoe Moe, vint parler à Miyaka. Elle, Kaoru et Jinya avaient quitté l’école plus tôt pour enquêter sur le Manteau Rouge, mais cela donnait probablement l’impression qu’ils avaient fait l’école buissonnière.

— Oui, mais ce n’est pas ce que tu crois, Momoe-san.

— Appelle-moi « Aki », d’acc ? Tu me raconteras ce que vous avez fait plus tard. J’veux savoir.

La fille flamboyante sourit puis s’éloigna en leur faisant un signe de la main.

— Euh… d’accord…

Moe s’habillait de manière un peu trop aguicheuse au goût de Miyaka, mais elle ne semblait pas être une mauvaise personne. Son sourire paraissait sincère, du moins. Beaucoup de mauvaises rumeurs circulaient à son sujet, comme le fait qu’elle aurait un sugar daddy et ce genre de choses, mais elles étaient probablement fausses.

Miyaka eut du mal à rester attentive en cours ce jour-là, sans doute parce que la veille l’avait épuisée. Finalement, la pause déjeuner tant attendue arriva, et elle invita Jinya à manger avec elle afin qu’ils puissent parler de la veille au soir.

— Désolé de vous avoir causé des ennuis hier, dit Jinya.

— Ce n’est rien. C’est nous qui avons insisté pour venir dès le départ, répondit Miyaka.

— Votre présence m’a aidé. Je compte sur vous deux pour me transmettre toute autre rumeur de légende urbaine que vous entendrez.

Jinya avait apporté un bento classique acheté dans une supérette, composé de riz, de poisson et de légumes en accompagnement. Miyaka avait un bento préparé par sa mère. Kaoru voulait essayer les pains vendus à la boutique de l’école, alors elle les rejoindrait un peu plus tard.

Jinya était allé emprunter la clé du toit interdit d’accès. La vue en faisait un endroit idéal pour déjeuner, un petit plaisir coupable qu’eux seuls pouvaient venir apprécier en s’y introduisant sans autorisation. Leur sujet de conversation était un peu inquiétant pour un déjeuner ordinaire, mais cela avait quelque chose d’amusant en soi.

— J’espère que ces légendes urbaines ne vont pas apparaître trop souvent, dit Miyaka.

— Je pense pareil. J’aimerais passer mes journées en paix si possible. Ce serait bien de pouvoir régler rapidement toutes ces histoires de légendes urbaines.

On aurait dit qu’il avait énormément à faire. Peut-être que la société ne demeurait paisible que grâce à des gens comme lui qui combattaient les esprits dans l’ombre.

Soudain reconnaissante, Miyaka prit un morceau de poulet dans son bento et le lui tendit. Après tout, elle lui devait bien ça pour la veille.

— Euh… bonne chance pour les combats, j’imagine ? Tiens, prends-en un. Pour te remercier.

— Merci.

— De rien. Tu veux aussi un morceau de mon omelette ?

Sans attendre sa réponse, elle déplaça l’un de ses morceaux d’omelette roulée vers lui.

L’atmosphère devint paisible de manière inattendue. Le ciel au-dessus d’eux était bleu et le vent agréable. Le problème de la veille avait été réglé, et elle commençait à s’habituer à la vie au lycée. Tout allait bien.

Du moins, jusqu’à ce que Kaoru apparaisse en courant en criant :

— On a un problème ! Un garçon de la classe voisine dit qu’il a vu Hanako-san des Toilettes !

— Quoi… ?

Miyaka resta stupéfaite. Hanako-san des Toilettes, ou simplement Hanako-san, était la plus célèbre de toutes les histoires de fantômes scolaires. Et elle se trouvait justement dans leur lycée ?! Se tournant vers Jinya, elle demanda :

— C’est… vrai ?

Entre deux bouchées, il répondit d’un ton détaché :

— Je n’ai rien vu moi-même, mais quelqu’un que je connais dit avoir senti quelque chose de mauvais rôder dans l’école.

— Tu plaisantes…

— Il y a probablement quelques légendes urbaines cachées ici et là. La seule question est de savoir s’il s’agit de légendes urbaines fabriquées ou de véritables manifestations naturelles.

Cela signifiait qu’un monstre inhumain comme celui qu’elle avait vu la veille pouvait apparaître devant elle ici même, dans l’école. Même les toilettes n’étaient pas sûres, plusieurs légendes urbaines, comme Hanako-san, tuaient leurs victimes en les entraînant dans les toilettes. Beaucoup étaient aussi dangereuses que le Manteau Rouge.

— Et moi qui espérais qu’elles n’apparaîtraient pas trop souvent…

— Des esprits hantant des toilettes, c’est pratiquement garanti. Il y en a dans presque toutes les écoles, déclara l’expert du sujet.

— Tu ne m’aides pas du tout… grommela Miyaka.

Elle commençait à regretter le lycée qu’elle avait choisi.

 

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