SotDH T12 – CHAPITRE 2 PARTIE 3

Une Rentrée d’Avril Douce-Amère (3)

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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Une jeune fille rentrait seule chez elle alors que le soir commençait à prendre les couleurs de la nuit. Ses cheveux noirs étaient attachés en une longue tresse, et ses lunettes simples et démodées lui donnaient un air studieux devenu rare chez les collégiennes de cette époque.

Elle rentrait tard parce que ses activités au Conseil des élèves l’avaient retardée, et les alentours étaient déjà plongés dans l’obscurité. Elle pressa le pas en se disant que sa mère devait s’inquiéter pour elle.

Le bruit de ses pas résonna, puis s’arrêta brusquement. Devant elle se tenait une silhouette éclairée par un lampadaire. Il se dressait avec les ténèbres derrière lui tandis que sa cape d’un rouge inquiétant flottait dans le vent. Son visage était dissimulé derrière un masque, et il se trouvait juste sur son chemin.

Le Mystérieux Manteau Rouge. Rien que le fait d’entendre ce nom suffisait autrefois à effrayer les enfants, mais cette jeune fille ne le craignait pas. L’histoire du Manteau Rouge avait connu son apogée au début de l’ère Shôwa, et elle était née bien après cela. De plus, une fille aussi sérieuse ne s’intéressait pas aux histoires de fantômes, si bien qu’elle ne connaissait pas le Manteau Rouge de la légende urbaine.

Mais même si cela avait été le cas, il aurait déjà été trop tard pour elle. La distance qui les séparait était désormais trop faible. En un instant, le Manteau Rouge se rua en avant, révéla le visage caché derrière son masque, et…

Elle n’eut même pas le temps de crier. Elle perdit connaissance, puis tous deux disparurent dans l’obscurité.

Ainsi, le Manteau Rouge enleva une jeune fille sur le chemin du retour après l’école, et ce qui n’était autrefois qu’une simple légende urbaine devint réel.

 

 

***

 

Sur le chemin menant au lycée de la rivière Modori, à environ quinze minutes de l’établissement, se trouvait une supérette appelée Aye-Aye Mart. Il y avait peu d’habitations dans les environs, mais l’endroit faisait malgré tout d’excellentes affaires grâce aux élèves et aux enseignants qui passaient devant avant et après les cours. Le magasin était particulièrement bondé le matin, lorsque les gens s’y précipitaient pour acheter leur déjeuner du jour.

Comme beaucoup d’autres élèves, Jinya s’arrêta à la supérette pour acheter son déjeuner. Il savait cuisiner, mais n’avait pas envie de le faire uniquement pour lui-même. Cela ne valait tout simplement pas l’effort. D’ordinaire, il apportait le pain, les onigiri et les soba instantanés qu’il achetait au supermarché pour ses repas du midi, car cela suffisait largement.

Cependant, il décida aujourd’hui de changer un peu ses habitudes et se rendit à la supérette. Il choisit un bentô convenable, puis le posa sur le comptoir. Mais il grimaça dès qu’il vit qui se trouvait derrière la caisse.

— Bonjour.

— …Qu’est-ce que tu fiches ici ?

— Je tiens la caisse, monsieur.

La personne derrière la caisse ce matin-là était le gérant de l’Aye-Aye Mart. C’était la première fois que Jinya venait ici, mais il avait l’impression de le reconnaître. Le gérant semblait avoir un peu plus de trente ans. Il mesurait environ un mètre soixante-cinq, n’avait pas les épaules particulièrement larges, et sa carrure n’avait rien d’impressionnant.

Mais son cou était anormalement noueux, et cela seul témoignait de l’entraînement considérable qu’il avait dû suivre.

Le gérant se nommait Okada Kiichi, un meurtrier d’une époque révolue qui vivait depuis l’ère Edo sous la forme d’un démon. Il était le plus grand sabreur que Jinya ait jamais connu, et pourtant le voilà à tenir la caisse en tant que gérant d’une supérette.

— Keh, keh keh.

Il laissa échapper un rire étrange et ténu.

— Tu as autrefois mentionné avoir vécu à Kadono. Cela a éveillé ma curiosité, alors je m’y suis rendu et, après quelques difficultés, j’ai eu la chance de trouver du travail ici. Gérer une supérette s’est révélé étonnamment agréable. J’ai commencé ce travail pour l’argent, mais j’y suis resté plus longtemps que prévu.

Son sourire dégageait une impression de soif de sang. Même vêtu de son uniforme et travaillant simplement comme n’importe qui, Il suffisait à rendre Jinya nerveux et à le mettre sur ses gardes. Kiichi était quelqu’un dont il se méfiait à ce point.

Mais Jinya n’éprouvait aucune hostilité envers cet homme, malgré le fait qu’il fût un meurtrier. Vivre par le sabre constituait toute la raison d’être d’Okada Kiichi. Il avait consacré l’intégralité de son existence à accomplir ce désir et ne s’était dévoué à rien d’autre. Jinya avait autrefois souhaité pouvoir devenir comme lui, quelqu’un capable d’abandonner tout le reste pour poursuivre son unique véritable objectif.

— Cela fera cinq cent quatre-vingt-dix-huit yens. Souhaitez-vous que je réchauffe votre repas, monsieur ?

— Non, ce ne sera pas nécessaire.

Il existait désormais une supérette où un tueur vous accueillait avec le sourire à toute heure de la journée. Cette idée n’avait rien pour amuser Jinya. Ce n’était plus une époque où l’on pouvait vivre du meurtre. Même un homme comme Kiichi devait trouver un travail ordinaire pour joindre les deux bouts.

Son achat fut glissé dans un sac plastique avec des gestes parfaitement maîtrisés. Jinya le prit puis quitta le magasin. Il venait de revoir une vieille connaissance après bien longtemps, et pourtant cette rencontre l’avait laissé épuisé.

Cette lassitude le fit avancer vers le lycée plus lentement qu’à l’accoutumée.

— Qu’est-ce qui t’a pris autant de temps, Kadono-kun ?!

À peine eut-il franchi la porte de la classe qu’Azusaya Kaoru se précipita vers lui.

Himekawa Miyaka l’accompagnait, visiblement agitée. Il les avait toutes deux raccompagnées après qu’elles se furent arrêtées près de la gare. Ils avaient un peu discuté, mais il n’était pas particulièrement proche d’elles. Il n’y avait qu’une seule raison pour laquelle elles pouvaient l’attendre.

— Il s’est passé quelque chose ? demanda-t-il.

Les deux filles hochèrent la tête.

— Parfait, murmura-t-il.

Il n’était pas sarcastique. Il le pensait sincèrement. Il préférait largement s’occuper d’une légende urbaine violente plutôt que de voir Okada Kiichi gérer une supérette. De plus, si cette affaire concernait encore une fausse légende urbaine, cela pourrait lui fournir un indice menant à la personne derrière tout cela.

— Alors, qu’est-ce qu’il y a ?

— Eh bien… Il paraît que le Manteau Rouge a été aperçu.

— …Voilà une vieille histoire qui revient souvent. Heureusement, le Manteau Rouge n’est pas du genre à passer immédiatement à l’action. Racontez-moi la suite après les annonces du matin.

L’histoire du Manteau Rouge était surtout racontée au début de l’ère Shôwa. Les petits-enfants du couple Tôdô en avaient été particulièrement effrayés à l’époque.

Jinya afficha instinctivement un sourire satisfait en pensant qu’il avait vu juste cette fois.

— …Et voilà tout.

Après les annonces du matin, les trois se retrouvèrent sur le toit pour poursuivre leur discussion. Cela signifiait naturellement qu’ils allaient manquer le premier cours, mais ils n’avaient pas vraiment le choix. Ils parlèrent de la rumeur du Manteau Rouge. Miyaka rapporta mot pour mot ce qu’elle avait appris de Nekune Kumiko.

Premièrement, l’apparition du Manteau Rouge était récemment devenue une rumeur parmi les collégiennes.

Deuxièmement, deux filles avaient déjà disparu sur le chemin du retour après les cours.

Troisièmement, le jour de leur disparition, une personne inconnue vêtue d’une cape rouge avait été aperçue en train de courir.

Quatrièmement, des témoins avaient vu le Manteau Rouge s’enfuir en bondissant d’arbre en arbre, des mouvements bien trop inhumains.

— L’endroit où le Manteau Rouge a été aperçu se trouve près de notre ancien collège. Il n’y avait aucune rumeur de ce genre quand nous y étions, donc tout a dû commencer au cours de la semaine dernière.

Kumiko avait entendu parler de cette rumeur par une autre fille qui avait fréquenté le même collège que Miyaka et Kaoru. Cette dernière la tenait elle-même de sa petite sœur, ce qui prouvait qu’il s’agissait d’une véritable rumeur circulant dans le coin.

Au début, l’établissement ne prêta guère attention à cette rumeur, pensant qu’il ne s’agissait que de quelques individus étranges aperçus par hasard. Mais lorsque deux filles disparurent successivement tandis qu’une silhouette inquiétante vêtue d’une cape rouge avait été vue le même jour, la rumeur commença à gagner en crédibilité. Les filles disparues n’avaient toujours pas été retrouvées. Il était encore impossible de savoir pourquoi elles avaient disparu, mais il était facile d’imaginer qu’un phénomène surnaturel était à l’œuvre.

— Des mouvements inhumains, hein… murmura Jinya pour lui-même.

Parmi les légendes urbaines, le Manteau Rouge faisait partie des plus ouvertement violentes. Il tuait des gens et enlevait ses victimes avec l’intention de leur faire du mal. Ses armes de prédilection étaient le couteau ou la batte. Bien qu’il fût une entité surnaturelle, il n’agissait ni par malédictions ni par des moyens détournés comme tant d’autres légendes urbaines.

Il portait une cape rouge, enlevait des jeunes filles et les poignardait à mort. En ce sens, il ne différait pas tant d’un meurtrier ordinaire. Cela suffisait déjà à rendre ces rumeurs difficiles à croire. Mais si ses mouvements étaient réellement inhumains, alors les chances que le Manteau Rouge soit un esprit augmentaient considérablement.

Quoi qu’il en soit, le fait qu’il y ait déjà des victimes signifiait que Jinya ne pouvait pas simplement attendre.

— Qu’en penses-tu ?

— C’est difficile à dire avec certitude, mais je pense qu’il y a de fortes chances que ces rumeurs soient vraies. Cela dit, cette histoire de Manteau Rouge bondissant d’arbre en arbre est étrange…

Ce détail le dérangeait. Le Manteau Rouge n’était pas connu pour faire ce genre de choses. Voyant Jinya se taire, Miyaka tenta timidement de lire son expression. Son silence semblait l’inquiéter.

— Quoi qu’il en soit, le Manteau Rouge est un esprit dangereux. Que ce soit ou non une fausse légende urbaine comme celles que je recherche, je ne peux pas l’ignorer si des élèves ont été enlevés.

— Tu veux dire que…?

— Je vais m’en occuper. Mais je ne vais pas attendre la fin des cours. Pouvez-vous me dire où se trouve ce collège ?

Cet esprit était censé attaquer les enfants sur le chemin du retour après l’école. Il serait trop tard s’il attendait la fin de ses propres cours.

Il devait d’abord mener lui-même une enquête sommaire.

— Attends.

Miyaka l’interpella alors qu’il s’apprêtait à quitter le toit.

L’air nerveux, elle échangea un regard avec Kaoru avant que les deux ne hochent la tête. Comme si cela leur avait donné le courage nécessaire, elles se tournèrent de nouveau vers lui et demandèrent :

— Est-ce qu’on peut venir avec toi ?

— Cela ne me dérange pas. Allez chercher vos affaires.

Les deux filles le regardèrent avec surprise. Elles s’étaient attendues à ce qu’il refuse et s’étaient préparées à insister. Le voir céder aussi facilement les déconcerta un peu.

— C’est votre ancien collège. Ce sera moins étrange si vous êtes là quand je poserai des questions, expliqua-t-il. Je peux compter sur vous pour venir ?

— Oh ! Je vois. Oui, tu peux compter sur nous !

Kaoru retourna en hâte en classe pour récupérer ses affaires. Elle était encore plus franche et pleine d’entrain que l’Asagao qu’il avait connue à l’époque Meiji. Il la regarda partir avec une certaine chaleur dans le regard.

Miyaka, en revanche, ne semblait pas convaincue par son explication. Elle le regardait d’un air soupçonneux.

— Quelque chose ne va pas ? demanda-t-il.

Décontenancée par cette question, elle baissa les yeux avec gêne, comme si elle venait d’être surprise à répondre à sa gentillesse par de l’impolitesse.

— …Oui, c’est étrange. Très étrange. Pourquoi nous emmènes-tu ?

— Parce que vous me l’avez demandé ?

— Non, je comprends ça. C’est juste qu’on ne ferait que te gêner, alors je pensais que tu refuserais.

En considérant simplement les avantages et les inconvénients, il n’avait aucune raison de les emmener. Elles pourraient peut-être poser des questions à sa place, mais cela s’arrêtait là. Leur présence ne ferait que le ralentir, ou du moins c’était ce que croyait Miyaka. Le fait qu’il accepte aussi facilement lui donnait l’impression qu’il y avait autre chose derrière cette décision.

— Je me suis dit que vous essaieriez de faire quelque chose même si je ne vous emmenais pas avec moi. Ce ne serait pas la première fois.

Miyaka ne trouva rien à répondre à cela. Elle avait effectivement cherché son amie tard dans la nuit et avait fini attaquée par la Femme à la Bouche Fendue.

— Mais même si ce n’était pas le cas, je vous emmènerais quand même toutes les deux. Puisque c’est votre ancien collège, vous devez connaître beaucoup de gens là-bas. C’est douloureux de ne rien pouvoir faire pour les personnes que l’on connaît. Je connais très bien ce sentiment moi aussi.

Il leur était sincèrement reconnaissant pour leur aide, mais il avait aussi accepté leur proposition afin de les empêcher d’agir de leur côté. Cependant, ces raisons restaient secondaires. La principale raison pour laquelle il avait accepté l’aide des deux filles était qu’il se retrouvait en Miyaka. Lorsqu’il était encore jeune, son père adoptif Motoharu l’avait protégé, mais lui n’avait rien pu faire pour cet homme en retour. Il retrouvait dans Miyaka la frustration qu’il avait ressentie à cette époque, et il ne voulait pas simplement l’écarter, même si elle risquait de devenir un poids.

— Je faisais partie du club de basket féminin au collège. J’étais sévère avec les nouvelles, mais elles m’admiraient quand même, surtout celle qui est devenue capitaine. Cela me rend nerveuse de penser qu’elles pourraient être en danger. Je sais bien qu’il n’y a pas grand-chose que je puisse faire, mais malgré tout…

— Je peux avoir besoin de votre aide, mais selon la situation, je pourrais ne pas être capable de vous protéger toutes les deux. Tu veux toujours venir malgré cela ?

— …Oui, ça me va. S’il te plaît, emmène-moi avec toi.

Jinya accepta sa demande.

Il trouvait un peu étrange de penser que l’Itsukihime autrefois confinée dans son sanctuaire se promenait désormais librement à l’extérieur.

Mais peut-être que les choses auraient toujours dû être ainsi, pensa Jinya avec nostalgie.

 

 

 

***

 

— Hein ? Senpai ? Vous n’êtes pas censés être au lycée ?

— Le Manteau Rouge ? Oui, j’en ai entendu parler. Une des filles disparues est dans ma classe.

— Je connais la personne qui dit l’avoir vu.

Miyaka, Kaoru et Jinya séchèrent les cours pour se rendre au collège et poser des questions pendant l’interclasse.

Ils parvinrent à confirmer que les rumeurs concernant le Manteau Rouge se répandaient bel et bien, mais rien au-delà de cela.

— Hein ? Qu’est-ce que vous faites ici, toutes les deux ?

Leur dernier arrêt fut la salle des professeurs. À l’intérieur se trouvait leur ancienne enseignante, Shiramine Yachie, qui avait repris son poste ce printemps. Elle semblait ne pas avoir cours l’après-midi.

— Cela faisait longtemps, Shiramine-sensei.

— Oui. Enfin, seulement un mois, cela dit… J’ai comme l’impression que vous êtes ici pour quelque chose de sérieux ?

Elle semblait avoir perçu la tension chez ses anciennes élèves. Sur sa proposition, ils quittèrent tous la salle des professeurs pour une salle de classe vide. La sonnerie annonçant le début du sixième cours retentit, et le vacarme des élèves se déplaçant dans les couloirs finit par s’éteindre. Ainsi, ils n’avaient plus à craindre d’être entendus.

Yachie s’assit sur un bureau pris au hasard et observa les trois visiteurs, surtout Jinya, qui se tenait derrière les deux filles. En tant qu’ancienne enseignante, elle connaissait Miyaka et Kaoru, mais pas lui. Elle n’alla pas jusqu’à le regarder avec méfiance, mais elle se demandait tout de même qui il était.

— Alors, qu’est-ce qui vous amène ici ? Ne me dites pas que vous êtes venues juste pour me présenter votre nouveau petit ami du lycée ou quelque chose du genre ?

— Toutes mes excuses. Je m’appelle Kadono Jinya, je suis dans la même classe que ces deux-là, dit Jinya en s’inclinant poliment.

— Ah. Eh bien, je suis rassurée d’apprendre que vous vous êtes déjà fait un ami toutes les deux. Oh, où sont mes manières ? Je suis Shiramine Yachie, leur ancienne enseignante.

L’atmosphère se détendit visiblement. Avec son visage, elle avait probablement craint qu’il ne soit une sorte de voyou.

— Alors, pourquoi êtes-vous venus ?

Elle aurait très bien pu les réprimander pour avoir séché les cours et être entrés dans l’établissement avec autant d’impudence, mais elle choisit de ne pas le faire.

Miyaka appréciait l’ouverture d’esprit de son ancienne enseignante. Elle échangea un regard puis un signe de tête avec Kaoru avant d’aller droit au but.

— Nous avons entendu la rumeur concernant l’apparition du Manteau Rouge.

— Est-ce que vous pourriez nous dire ce que vous savez à ce sujet ? demanda Kaoru.

— Hm, oui. Cette histoire-là. Je pourrais vous en parler, mais qu’est-ce que vous comptez faire si je le fais ?

Elle plissa les yeux lorsqu’elle entendit leur demande, et la température de la pièce sembla légèrement chuter. Son expression les déconcerta un instant.

Pourquoi voulez-vous savoir cela ? Pour aller encore vous attirer des ennuis ?

La froideur de son regard venait de son inquiétude pour ces enfants.

— S’il vous plaît, Shiramine-sensei. Le moindre détail nous aiderait.

Miyaka ne put que baisser la tête et supplier maladroitement. Il y avait trop de choses qu’ils ne pouvaient pas expliquer.

Yachie n’en était pas ravie. Elle tenait à ses élèves, et deux filles avaient déjà disparu.

Elle voyait bien que les trois ne fouinaient pas simplement par curiosité, mais cela ne signifiait pas pour autant qu’elle pouvait leur donner des informations susceptibles de les mettre en danger.

Mais Miyaka ne céda pas non plus d’un pouce et continua à la supplier avec sincérité.

Yachie réfléchit un moment avant de demander d’un ton hésitant :

— Vous êtes sérieuses ?

— Oui. Je sais que vous vous inquiétez pour nous, mais nous voulons quand même savoir tout ce que vous pouvez nous dire sur le Manteau Rouge. Avant qu’il ne soit trop tard.

Il n’aurait pas été étrange que Yachie leur dise que des enfants ne devraient pas se mêler de ce genre d’affaire, mais elle ne le fit pas. À la place, elle tourna le regard vers Jinya, qui attendait patiemment derrière les deux filles.

— J’imagine que tu es venu ici pour en apprendre plus sur le Manteau Rouge toi aussi ? Tu as l’air plutôt passif, cela dit.

— J’ai mon propre rôle à jouer et leur ai laissé cette partie.

Après ce bref échange, Yachie replongea dans ses pensées. Elle se gratta grossièrement la tête avant de pousser un soupir de résignation.

— Promettez-moi de ne rien faire de stupide. C’est seulement à cette condition que je vous dirai le peu que je sais.

Elle semblait réticente, mais faisait malgré tout une petite concession.

— B…bien sûr !

— On vous le promet !

Miyaka et Kaoru échangèrent un regard réjoui, comme pour célébrer cela, mais cela produisit l’effet inverse.

Yachie fronça les sourcils avec inquiétude.

— Ne vous inquiétez pas. Je garderai un œil sur elles, la rassura Jinya.

— …Tu as intérêt.

Elle baissa la tête, sans paraître totalement convaincue. Mais elle avait déjà promis de leur parler de ce qu’elle savait sur le Manteau Rouge, alors elle poursuivit.

— Le premier incident a eu lieu début avril. Trois jours après la cérémonie de rentrée, je crois. Une fille a disparu sur le chemin du retour. Il y avait déjà des témoignages parlant du Manteau Rouge à ce moment-là, mais personne n’y prêtait vraiment attention puisque ce n’était encore qu’une rumeur.

Ses lèvres se crispèrent en une grimace.

— La seconde fille a été enlevée peu après. Là encore, la rumeur disait qu’un homme étrange vêtu d’une cape rouge avait été aperçu en train de fuir à une vitesse presque inhumaine, bondissant depuis les lampadaires, courant sur les toits et sautant d’arbre en arbre comme un singe.

Ses paroles étaient empreintes de frustration.

— Les familles et l’établissement gardent le silence. Ils ne veulent pas que des rumeurs bizarres se répandent, surtout parce qu’il s’agit de filles. C’est pour cela qu’aucune annonce officielle n’a encore été faite. Enfin, c’est surtout le collège qui essaie d’étouffer l’affaire. Cette bande de salauds…

Si cette légende urbaine restait au stade de simple rumeur, c’était parce que l’établissement voulait préserver son image. Ce fait irritait les deux filles, mais cela leur rendait aussi service d’une certaine manière. Moins il y avait d’agitation autour de cette affaire, mieux cela valait pour eux.

— Les deux filles étaient dans des classes différentes et, d’après ce que j’ai entendu, elles n’étaient pas particulièrement proches. Je suppose que leur seul point commun, c’est qu’elles étaient toutes les deux du genre sérieuses. Elles portaient des lunettes, avaient les cheveux tressés et étaient plutôt discrètes.

Après leur avoir raconté tout ce qu’elle savait, Yachie se mordit la lèvre avec mécontentement.

Même si elle se montrait sévère en apparence, elle restait du côté des élèves. Elle était toujours la même enseignante que Miyaka connaissait et appréciait.

— Merci infiniment, Shiramine-sensei.

— Vous êtes satisfaits maintenant ? Alors restez loin des ennuis, comme vous l’avez promis.

— On le fera ! Vous pouvez nous faire confiance, Sensei ! la rassura Kaoru.

— Je l’espère bien, répondit Yachie sur un ton taquin.

Puis elle regarda derrière elles en direction de Jinya, qui soutint son regard avant de hocher la tête. Un peu rassurée, elle laissa finalement apparaître un léger sourire.

— J’imagine que c’est tout ? Vous feriez mieux d’aller en cours comme il faut demain, compris ?

— Oui, madame.

— Merci beaucoup, Sensei !

Elle quitta la salle de classe en leur faisant signe de la main jusqu’au bout.

Désormais seuls dans la salle vide, les trois discutèrent de la marche à suivre. Ils étaient maintenant certains que le Manteau Rouge existait bel et bien, et il était probablement déjà trop tard pour les filles enlevées.

— Donc le Manteau Rouge existe vraiment ? Comme la Femme à la Bouche Fendue ? demanda Kaoru.

— J’imagine que oui… répondit Miyaka, encore à moitié incrédule.

À ce rythme, il ne serait pas étrange qu’une troisième victime apparaisse. Les cours allaient bientôt se terminer, et ensuite viendrait l’heure où, selon la légende urbaine, le Manteau Rouge frapperait de nouveau.

L’expression de Miyaka se crispa. Même si elle connaissait désormais l’existence de ce genre d’entité, elle ne pouvait rien faire contre elle, mais quelqu’un ici en était capable.

— Merci à vous deux. J’ai maintenant une idée générale de ce à quoi nous avons affaire.

— Qu’est-ce que tu vas faire maintenant, Kadono-kun ? demanda Miyaka.

— Je vais l’attirer dehors et le tuer, répondit-il brièvement.

Sa voix restait détachée, comme s’il parlait d’une chose parfaitement ordinaire. Ce n’était pas qu’il prenait cela à la légère ; il ne voyait simplement aucune raison d’être particulièrement sérieux. Le Manteau Rouge ne représentait pas une menace digne de ce nom à ses yeux. Il avait simplement une telle confiance en ses propres capacités.

— Et je compte m’en occuper immédiatement. Heureusement, nous savons ce que les deux victimes avaient en commun jusqu’à présent.

— Exact ! Les deux filles enlevées portaient des lunettes et avaient les cheveux tressés, dit Kaoru en frappant ses mains l’une contre l’autre, admirative de son idée.

Miyaka pensait elle aussi qu’attirer le Manteau Rouge était la meilleure solution. Elle était soulagée qu’il agisse aussi rapidement. Ainsi, il n’y aurait pas d’autres victimes. Même si ses actions reposaient sur des intérêts personnels, il restait quelqu’un de fondamentalement raisonnable. Un sourire apparut sur son visage, touchée par sa bonté naturelle.

— Connaître les préférences du Manteau Rouge va nous faciliter les choses. Alors, tu veux que ce soit moi ou Kaoru qui serve d’appât ?

— Aucune de vous deux. J’apprécie votre aide, mais je ne peux pas vous laisser vous mettre en danger. Rentrez chez vous pour aujourd’hui. Je m’occuperai du reste seul.

Miyaka était persuadée qu’il lui demanderait à elle ou à Kaoru de servir d’appât, mais il semblait avoir prévu autre chose.

— Je peux préparer moi-même l’appât : une fille à lunettes avec les cheveux tressés. Avec des caractéristiques aussi précises, cela devrait être assez simple.

— Tu veux dire que tu vas… te travestir ? demanda Kaoru avec une expression perplexe.

— Bien sûr que non.

Il rejeta immédiatement l’idée.

— Je ne peux pas être certain que mon plan fonctionnera, mais ce sera plus sûr que de vous emmener toutes les deux avec moi.

Il semblait réellement avoir quelque chose en tête. Peut-être pouvaient-elles vraiment lui laisser le reste, mais Miyaka ne voulait pas encore se retirer.

— …Kadono-kun, est-ce que tu peux me laisser servir d’appât ?

Elle ne savait peut-être pas comment combattre ce genre de mal, mais elle possédait ici un avantage évident sur lui, étant une fille, elle ferait forcément un meilleur appât.

— Himekawa… Je suis désolé, mais non. Le Manteau Rouge est un adversaire trop dangereux pour qu’une jeune fille s’en charge. Même si tout se passe bien, cette expérience te laissera probablement des séquelles.

— Cela m’est égal. S’il te plaît. Laisse-moi le faire pour moi-même. Je veux pouvoir aider un peu mes cadettes… et toi aussi.

Voyant à quel point elle était sérieuse, Jinya réfléchit un instant. Il avait accepté de laisser les deux filles l’accompagner, même en sachant qu’elles risquaient de le ralentir, parce qu’il respectait leur attachement envers leurs cadettes. Mais cela reposait sur l’idée qu’elles ne seraient pas présentes lorsqu’il affronterait le Manteau Rouge.

— Je suis sûre que tu as un plan, mais ce sera probablement plus efficace si tu nous utilises. Je me trompe ?

Miyaka ne faisait que supposer, mais elle avait vu juste. Son silence en était la preuve. Maintenant qu’elle comprenait qu’il essayait de tout porter seul, elle ne comptait plus reculer.

La voix de Jinya se fit plus grave.

— Ce sera dangereux. Je ne peux pas garantir que je pourrai te protéger.

— Je comprends. Je suis prête à accepter ce qui pourrait arriver.

Il laissa apparaître un peu d’exaspération face à cette obstination inattendue, mais finit par céder et accepter sa demande.

— Très bien. Je peux compter sur toi ?

— …Oui.

Elle afficha un large sourire, chose inhabituelle chez elle.

Elle s’apprêtait à faire quelque chose de dangereux, et pourtant elle ne ressentait presque aucune inquiétude. Elle avait été totalement impuissante face à la Femme à la bouche fendue, mais cette fois, elle pouvait au moins se rendre utile, et cela la rendait heureuse.

C’est ainsi que vint l’heure où les élèves rentraient chez eux.

Même si le monde changeait, le crépuscule continuerait toujours d’appartenir aux esprits.

C’était elle-même qui avait demandé à servir d’appât afin d’attirer le Manteau Rouge. Elle ne connaissait pas très bien Jinya, mais elle avait vu de ses propres yeux son habileté lorsqu’il avait affronté la Femme à la bouche fendue. Cela ne signifiait pas pour autant qu’elle n’avait pas peur. Elle regarda la rue plongée dans la pénombre et se demanda si le Manteau Rouge allait soudain apparaître au détour du chemin pour l’attaquer. Cette pensée la fit frissonner.

Miyaka portait son uniforme de collège. Ses cheveux tressés lui descendaient jusqu’au dos, et elle portait des lunettes. Elle donnait parfaitement l’image d’une élève sérieuse et studieuse. Sa couleur de cheveux naturelle n’était pas particulièrement sombre et paraissait brune à la lumière, mais comme la nuit était tombée, cela ne poserait probablement pas problème.

Vêtue de la même tenue que les filles enlevées par le Manteau Rouge, elle avançait sur le chemin menant loin de l’école. Jinya lui adressa soudain la parole, mais elle était incapable de le voir.

— Cette tenue te va bien.

— Merci… même si ça ne me réjouit pas tellement.

— Je n’étais pas sarcastique.

— J’en suis sûre, mais peu de lycéennes seraient heureuses d’entendre que leur uniforme de collège leur va encore bien.

— Les jeunes filles sont un mystère, murmura-t-il.

Personnellement, elle trouvait bien plus mystérieux le fait d’entendre sa voix sans pouvoir le voir.

— Je ne te vois vraiment pas. Qu’est-ce que c’est que ça ?

— Juste quelque chose que j’ai appris d’un ami.

Après leur conversation avec Yachie, Kaoru rentra chez elle pour se mettre à l’abri, tandis que Miyaka se prépara à servir d’appât. Ce fut Jinya qui lui tressa les cheveux. Il était même particulièrement habile, ce qui la poussa à lui demander où il avait appris cela. Sur le ton de la plaisanterie, il répondit qu’il le faisait autrefois pour sa fille. Le fait qu’il mente sur ce genre de chose montrait qu’il les considérait encore à peine autrement que comme des étrangères.

Une fois leurs préparatifs terminés, ils quittèrent l’école à peu près à la même heure où le Manteau Rouge avait été aperçu. Miyaka ignorait comment cela fonctionnait, mais Jinya avançait à ses côtés sans être visible. Il avait soudain disparu après avoir murmuré :

Invisibilité.

Elle avait été choquée au début, mais finit par se calmer suffisamment pour lui parler normalement.

Il lui expliqua qu’il possédait certaines capacités, dont l’une lui permettait de se déplacer sans être vu. Il prétendait même avoir un pouvoir capable de créer des illusions, lui permettant de prendre l’apparence d’une autre personne. C’était difficile à croire, mais peut-être que ce genre de choses était normal pour quelqu’un qui combattait régulièrement ce type de monstres.

— Mais même si je peux changer d’apparence, je ne peux pas modifier ce que je suis réellement. Cela pourrait ne pas suffire à tromper le Manteau Rouge.

— J’espère que cela fonctionnera avec moi.

Miyaka fut soulagée d’apprendre que son insistance n’avait pas été vaine. Comme elle était incapable de voir où se trouvait Jinya, elle regardait droit devant elle en parlant.

— C’est rassurant de t’avoir près de moi, même si je ne peux pas te voir.

— Merci, mais n’attends pas trop de moi.

— Tu n’as pas besoin d’être aussi modeste.

Le chemin plongé dans l’obscurité était éclairé par les lampadaires. Tout paraissait identique à d’habitude, mais savoir que des êtres comme la Femme à la bouche fendue et le Manteau Rouge erraient librement dans la ville donnait à Miyaka l’impression d’avoir pénétré dans le domaine de l’inhumain. Bien sûr, ce genre d’esprits avait toujours existé dans sa ville ; elle ne les avait simplement jamais remarqués. Cette pensée lui donna des frissons.

— Tu crois qu’il viendra ? Le Manteau Rouge, je veux dire.

— Je pense qu’avec toi comme appât, oui. Tout dépend de ses préférences.

— Ses préférences ? répéta-t-elle, déconcertée par cette formulation.

Il hésita un moment, comme s’il se demandait s’il devait développer ou non. Il finit par décider de lui expliquer, probablement parce que c’était lui qui avait abordé le sujet.

— La légende urbaine du Manteau Rouge repose sur plusieurs éléments différents. Parmi les plus connus, il y a notamment le boucher à la couverture bleue, l’incident Abe Sada et d’anciennes histoires de kamishibai[1] sur le Manteau Rouge.

Miyaka connaissait elle aussi le Manteau Rouge à travers une histoire de fantômes qu’elle avait lue enfant, dans laquelle un meurtrier appelé le Manteau Rouge demandait aux gens : « Tu préfères le rouge ou le bleu ? » avant de tuer ses victimes différemment selon leur réponse. Mais d’après Jinya, le Manteau Rouge était une légende urbaine partiellement née de plusieurs faits réels.

— Le Manteau Rouge de la légende urbaine enlève des enfants sur le chemin du retour après l’école, en particulier des filles, puis les tue. La version où le Manteau Rouge oblige sa victime à choisir une couleur vient d’une histoire dérivée appelée « Manteau Rouge, Manteau Bleu ».

— Des jeunes filles… C’est pour ça que tu ne voulais pas que je serve d’appât ?

— Plus ou moins. Surtout, je ne voulais pas avoir à expliquer à une jeune fille comme toi les événements dérangeants qui se cachent derrière cette légende urbaine.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

Il se mura de nouveau dans le silence, mais sa curiosité était déjà éveillée. Elle tourna le regard vers la provenance de sa voix, ce qui le poussa finalement à reprendre.

— L’histoire du boucher à la couverture bleue impliquait des enlèvements et des meurtres. L’incident Abe Sada est fortement associé au sang et à l’effroi. Les histoires de kamishibai ont donné au Manteau Rouge son caractère insaisissable. Tous ces éléments combinés ont formé la base de la légende urbaine du Manteau Rouge, mais aucun d’eux n’explique pourquoi ce sont spécifiquement des filles qui sont enlevées. Cet aspect vient d’un autre incident survenu à la même époque que les autres affaires connues, l’incident de Yanaka.

L’une des théories les plus répandues concernant les origines de la légende urbaine du Manteau Rouge voulait qu’elle mélange les histoires de kamishibai du Manteau Rouge avec un crime réel ayant réellement eu lieu. Cette idée ne se répandit véritablement qu’après que l’auteur de kamishibai Kata Kôji eut publié Histoire du kamishibai de l’ère Showa et évoqué lui-même cette possibilité. Cependant, son intention était surtout de se plaindre, car la police avait confisqué de force son histoire du Manteau Rouge, persuadée qu’elle était à l’origine des rumeurs qui avaient plongé le pays dans l’agitation. À la même époque, une jeune fille avait été agressée sexuellement puis assassinée au cimetière de Yanaka, situé à Tôkyô près de la gare de Nippori, et il devint naturellement admis que cette affaire avait influencé la légende urbaine.

Il faut également noter qu’au début de l’ère Shôwa, trois femmes au foyer parties faire des courses furent assassinées en série dans le quartier d’Ogu, dans l’arrondissement d’Arakawa à Tôkyô, le même secteur où eut lieu l’incident Abe Sada. Cela donna naissance à une rumeur selon laquelle les femmes se rendant à Ogu seraient tuées.

En résumé, on pensait que l’obsession du Manteau Rouge de la légende urbaine pour les jeunes filles provenait d’affaires de violences sexuelles et de meurtres commis contre elles.

— L’incident de Yanaka était une affaire dans laquelle une jeune fille fut agressée puis assassinée à Tôkyô, près de la gare de Nippori. L’histoire fit même la une des journaux. Cela n’a pas aidé que le secteur abrite déjà un cimetière connu comme un endroit où des délinquants agressaient les filles rentrant de l’école.

— J’ai le sentiment que je ne vais pas aimer la suite… dit Miyaka.

— J’imagine bien. Le Manteau Rouge enlève les filles pour les agresser sexuellement, ce qui signifie que les lunettes et les tresses correspondent à ses préférences sexuelles.

Jinya réapparut, se plaça devant Miyaka et dégaina sa lame.

Le cœur de la jeune fille manqua un battement. Au même instant, une silhouette était apparue devant eux, une présence qui dégageait quelque chose d’inhumain. Son apparence demeurait inconnue, son visage caché derrière un masque et son corps enveloppé dans une cape rouge. Un couteau reposait entre ses mains. C’était le Manteau Rouge dont parlait la légende urbaine.

Jinya se plaça devant Miyaka comme pour la dissimuler au regard du Manteau Rouge. Dans une tentative maladroite de la rassurer, il dit :

— Bon… Le bon côté des choses, c’est qu’il te trouve jolie, non ?

— Ça ne me fait toujours pas plaisir de l’entendre.

S’il avait hésité à l’utiliser comme appât, ce n’était pas tant par peur pour sa sécurité que pour une tout autre raison. Le Manteau Rouge était un ennemi de toutes les femmes. Il était dangereux, oui, mais surtout profondément répugnant.

Miyaka éprouvait bien de la peur envers le Manteau Rouge, mais connaître sa nature vulgaire en avait dissipé une grande partie. À sa place demeurait un profond dégoût.

— Quoi qu’il en soit, nous avons réussi à l’attirer dehors. Je vais en finir rapidement. Manteau Rouge, à nous deux.

L’atmosphère autour de Jinya changea tandis qu’il pointait la pointe de sa lame vers le Manteau Rouge. Comme pour lui répondre, l’étrange être issu de la légende urbaine passa à l’attaque, sa cape flottant derrière lui tandis qu’il se ruait en avant.

 

[1] Un genre narratif japonais, sorte de théâtre ambulant où des artistes racontent des histoires en faisant défiler des illustrations devant les spectateurs.

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