HOLE IN MY HEART T2 – CHAPITRE 3 PARTIE 4
Les Terres contaminées (4)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Puis le soleil déclina.
Après avoir achevé son travail et pris son repas du soir, Konoe sortit pour son entraînement quotidien. Il mania sa lance, fendit l’air, frappa le vide. Encore et encore. Comme il l’avait fait des milliers, des dizaines de milliers de fois.
Ce soir-là encore, Konoe ne faisait que suivre la trajectoire que son instructrice lui avait jadis montrée.
— …
…Mais ce soir-là était un peu différent.
Une paire d’yeux l’observait depuis l’ombre d’un bâtiment voisin. Un garçon. Le garçon de l’entrée du village. Il fixait Konoe avec intensité.
— …
Le garçon le regardait, observant chacun de ses mouvements. Ses lèvres étaient fermement serrées, ses yeux grands ouverts, fixés sur lui. Il observait Konoe comme s’il ne voulait rien manquer.
Au bout d’un moment, le garçon ramassa au sol un bâton long et droit. Il semblait l’avoir préparé à l’avance. Le garçon commença à agiter le bâton, qui paraissait lourd entre ses mains. Il était instable, sa posture maladroite, mais il semblait essayer d’imiter Konoe.
— …
Konoe n’y prêta pas vraiment attention. Il ne faisait rien de honteux. Il n’avait pas non plus honte d’être imité. Ainsi, tout en gardant une légère conscience de la présence du garçon, il se concentra sur sa propre lance.
— …
— …! …Hh !
Pendant un moment, le bruit de l’air fendu remplit la nuit.
Derrière l’auberge, et dans l’ombre un peu plus loin. La lance de Konoe, qui ne produisait presque aucun son, et le bâton du garçon, qui fendait l’air avec un bruit puissant.
Le garçon tenta désespérément de manier sa lance comme Konoe… mais il perdait l’équilibre à chaque mouvement.
Konoe pensa qu’il devrait commencer par un entraînement de base avant d’essayer de manier une lance. Il lui manquait d’abord de la force physique. Son renforcement corporel par la magie était également instable, et à mesure que la fatigue s’installait, son appui devenait incertain.
À ce rythme, il va se blesser avant même de devenir plus fort, pensa Konoe.
Et à cet instant précis.
Comme prévu, le corps du garçon vacilla. Il glissa et tomba en arrière. Comme il tenait fermement le bâton à deux mains, il ne put même pas amortir correctement sa chute.
— …! …Hein ?
— …
Konoe attrapa le garçon, soutint son dos et le déposa doucement au sol.
Le garçon, désormais assis par terre, leva les yeux vers Konoe, abasourdi.
— M…Merci.
— Ce n’est rien.
Konoe répondit brièvement, se retourna et s’apprêta à reprendre son entraînement. Le garçon fixa son dos pendant quelques secondes…
— Monsieur ! Je veux devenir plus fort ! Comment puis-je devenir plus fort ?!
— …Un entraînement de base, je suppose.
À ses mots, Konoe se remémora la prise d’otages par les démons.
Il se contenta de répéter ce qu’il pensait un peu plus tôt. Le visage du garçon s’illumina.
— Un entraînement de base ? Qu’est-ce que je dois faire ?!
— …Eh bien…
Konoe repensa à l’époque où il venait d’entrer à l’académie.
L’entraînement de base. La marque de l’instructrice. Le souvenir de vomir, de cracher du sang, tout en continuant à courir.
C’était la seule méthode d’entraînement qu’il connaissait…
— …
Mais…
Était-ce vraiment une bonne idée de lui enseigner ça ?
Même Konoe, peu familier avec le bon sens de ce monde, comprenait que c’était anormal. Après tout, tout le monde avait pleuré.
Konoe avait lui aussi beaucoup pleuré. Et Melmina, qui venait de jeter un coup d’œil par la fenêtre, semblait s’en être également souvenue, car un regard lointain passa dans ses yeux.
Bon, peut-être pouvait-il simplement en reproduire la méthode en réduisant l’intensité.
— …D’accord.
Après un instant de réflexion, Konoe décida qu’il pouvait lui enseigner une version allégée du programme.
En réalité, il risquait davantage de se blesser en continuant à agiter ce bâton en essayant de l’imiter. Après lui avoir expliqué que l’entraînement de l’instructrice pour les Adeptes était éprouvant…
— I-Instructrice ?! L’instructrice des Adeptes… vous voulez dire cette instructrice-là ?! La méthode d’entraînement de l’instructrice ?! Je veux savoir !!!!
— …
Soudain, l’excitation du garçon monta en flèche. Et il se mit à répéter « instructrice, instructrice ». Konoe comprit néanmoins ce qu’il voulait dire.
— L’instructrice, la Tueuse du Roi-Démon, la Grande Héroïne, la Gardienne de l’Humanité, la Vierge Guerrière à la Lanterne d’Argent !!
— …Tu en sais des choses.
— Bien sûr que oui ! Tout le monde la connaît ! Mon grand-père, mes parents, ils m’en ont parlé encore et encore de la Subjugation du Roi-Démon il y a cent ans !!
Il avait grandi en écoutant cette chanson, cria le garçon.
Non, il ne se contenta pas de crier. Il se leva avec emphase, prit une pose, puis se mit à chanter.
— Ô, ceci est une histoire d’il y a plus de cent ans…
◆
C’était une chanson louant les exploits d’une héroïne.
Et une histoire sur le Roi-Démon qui avait semé le chaos en cherchant à détruire le monde, il y a plus de cent ans.
Le Roi-Démon avait été confirmé pour la première fois dans un pays situé à trois nations d’ici.
C’était un grand pays. Un pays qui possédait un territoire plus vaste et des ressources humaines plus abondantes que celui-ci. Dans un monde où la lutte contre la divinité maléfique durait depuis des milliers d’années, c’était un pays à la longue histoire. Il faisait partie des deux ou trois plus grandes nations de ce monde.
Mais ce pays fut détruit par le Roi-Démon en seulement dix jours.
Ils ne purent même pas opposer une résistance digne de ce nom. Il fut entièrement anéanti. Et en deux jours supplémentaires, le pays voisin fut détruit, puis, en trois jours de plus, un autre pays tomba.
Bien sûr, ces pays possédaient des Adeptes.
Dans ces trois nations réunies, il y avait plus de cinq cents Adeptes. Parmi eux se trouvait l’un des premiers Adeptes, compté parmi les plus puissants au monde.
…Mais ils ne purent même pas égratigner le Roi-Démon.
Le Roi-Démon, considéré comme le plus puissant de toute l’histoire connue. L’Empereur Dragon de la Catastrophe, l’enfant chéri de la divinité maléfique. Et son pouvoir terrifiant était la négation de tous les phénomènes. Avec une présence majestueuse et un corps semblant couvrir les cieux, ce dragon qui annihilait tout fut nommé le Dragon de la Voûte Céleste.
De nombreux témoignages de cette époque subsistent. Des récits de désespoir.
Le nom du Dragon de la Voûte Céleste se répandit rapidement à travers le monde, et tous furent stupéfaits par la défaite totale du premier Adepte et tombèrent à genoux. La chanson raconte que le monde était sur le point d’être plongé dans les ténèbres. Que l’avenir était sur le point de se refermer. Que l’humanité était au bord de l’extinction.
Le monde sombra dans les profondeurs du désespoir, l’avenir demeura flou, et les gens se lamentèrent.
Mais même alors, il y eut une héroïne.
Une Adepte à l’éclat argenté. Elle se dressa seule face au dragon maléfique.
Il n’existe aucune trace de la durée de ce combat.
Car le temps s’écoulait à l’envers. La terre s’effondrait vers les cieux, et la mer s’asséchait. Le ciel se déchirait, révélant le vide. C’était véritablement un moment charnière qui déciderait de la survie du monde humain. Une grande bataille qui ébranla les fondations mêmes du monde.
Les gens ne pouvaient qu’offrir leurs prières. Ils levaient les yeux vers l’éclat argenté dans le ciel. Ils tremblaient de peur face au démon moqueur, mais l’espoir brillait bel et bien.
Et au terme de ce qui sembla à la fois un instant et une éternité, le combat fut enfin décidé.
Celle qui se tenait encore debout était l’héroïne. Sur le cadavre du dragon maléfique, l’argent brillait comme une lanterne.
Et ainsi vint le surnom de la Lanterne d’Argent.
La grande héroïne qui apporta la lumière à un monde plongé dans les ténèbres.
C’était…
◆
— Et ainsi, le salut fut accompli ! Le désespoir fut effacé, et la lumière s’éleva dans le monde ! La grande héroïne, son nom est, Renatiarika ! La Vierge Guerrière à la Lanterne d’Argent, Renatiarika !
Le chant du garçon s’acheva par un cri prononçant le nom de l’instructrice.
C’était une performance remarquable, pensa Konoe. C’était une chanson dont on devinait qu’elle avait été répétée encore et encore.
— …C’était bien.
— M…Merci !
C’était réellement bien, alors Konoe applaudit le garçon.
Le garçon rougit, sans doute sous l’effet de l’excitation, puis esquissa un petit sourire.
— Je suis un grand fan de l’instructrice ! Mes parents aussi… ah, je m’appelle Arika ! Ça vient de Dame Renatiarika !
Maintenant qu’il y pensait, Konoe avait entendu dire que beaucoup de gens dans ce pays portaient ce genre de noms. Pour les femmes, des noms comme Rena, Tia ou Rika. Pour les hommes, comme lui, Arika.
Même sans être aussi directs, il existait de nombreux noms qui en étaient de légères variations.
Enfin, l’instructrice elle-même ne semblait pas apprécier d’être autant vénérée ni qu’on l’appelle la Lanterne d’Argent.
C’est pourquoi elle allait partout en demandant à ce qu’on l’appelle tout simplement par son simple titre : « Instructrice ».
— …Ah.
Alors, Konoe réalisa. Maintenant qu’il y pensait, le nom de Telnerica y ressemblait un peu, non ?
— Noble Adepte, s’il vous plaît ! Je veux devenir plus fort ! S’il vous plaît, enseignez-moi la méthode d’entraînement de l’instructrice ! Je ferai tout ce que vous direz !
— …Eh bien.
Quoi qu’il en soit, Konoe acquiesça avec un sourire légèrement amer face à cet enthousiasme débordant. La méthode d’entraînement, ou plutôt l’entraînement de base, était simple, donc cela ne prendrait pas longtemps à expliquer.
D’une simplicité infinie, et d’une rigueur infinie. Qu’est-ce que c’était ?
— …Courir.
— Hein ?
— …Tu renforces ton corps avec de la magie et tu cours, c’est tout. C’est la méthode de l’instructrice.
L’important était de continuer à courir sans laisser le renforcement magique se dissiper.
Ne pas s’arrêter de bouger sur le champ de bataille. La préparation physique et le contrôle de la magie nécessaires à cela étaient les toutes premières choses enseignées à ceux qui entraient à l’académie des Adeptes.
— …Et pendant que tu cours, demande à quelqu’un… oui. Demande-lui d’enrouler quelque chose de mou et de te le lancer à l’improviste. Tu cours tout en l’esquivant ou en le repoussant.
C’était la première étape pour développer la perception de présence. Même sans cela, la capacité de réagir instantanément en courant était toujours utile. C’était ce genre d’entraînement.
…À titre d’exemple, ce qui était lancé à Konoe et aux autres apprentis Adeptes n’était pas quelque chose de mou, mais de véritables lances.
— …Les apprentis Adeptes font ça tous les jours, du matin jusqu’à midi, pendant plusieurs années.
Autrement dit, renforcement du corps et perception de présence.
Les bases absolues pour un guerrier.
Les travailler en profondeur, voilà l’entraînement de base de l’instructrice.