HOLE IN MY HEART T2 – CHAPITRE 3 PARTIE 5
Les Terres contaminées (5)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Ainsi, la soirée prit fin.
Le garçon, la bouche grande ouverte devant cet entraînement ridiculement simple, repartit pourtant heureux, affirmant que si l’instructrice le disait, alors cela devait être juste. Il comptait commencer dès le lendemain.
Konoe termina lui aussi son entraînement et retourna dans sa chambre. Comme la prochaine mission durerait deux jours consécutifs, il savait qu’il devrait encore se lever tôt.
Il se glissa dans son futon.
◆
Ce jour-là aussi, Konoe rêva.
Le rêve habituel. Celui qu’il faisait toujours. Un fragment de sa mémoire datant de son époque au Japon.
…! …!!
…Oui.
…!? …!!
…Oui.
Il entendait une voix au loin. Quelqu’un était en colère. La voix ne cessait de crier. De hurler. De l’accuser. Et Konoe se contentait d’acquiescer.
…!! …!
…Oui.
Il ne savait pas à qui appartenait cette voix dans son rêve. Cela pouvait être celle de la personne censée être sa mère, ou celle censée être son père.
Ou peut-être celle de la gouvernante qui répétait leurs paroles.
De toute façon, cela n’avait pas d’importance. Ce qu’il devait faire restait toujours le même. Ils criaient, simplement. Ils trouvaient des défauts et le blâmaient. C’était tout, alors le contenu ne changeait jamais. Parce que cela commençait et se terminait toujours par le fait de le nier.
Si son comportement était mauvais, ils criaient. Si les notes sur son bulletin étaient mauvaises, ils le réprimandaient. Ils n’apparaissaient à la maison que pour sauver les apparences, et même sans le moindre intérêt, ils ouvraient son bulletin uniquement pour le blâmer. C’était ce genre de moments.
…!!
…Oui.
Et à force de répétition, le jeune Konoe apprit une chose.
S’il étudiait sérieusement, s’il menait une vie régulière, ce moment serait un peu plus court. Parce qu’il n’y aurait aucune raison. Il semblait qu’il y avait une limite à la colère qu’ils pouvaient exprimer sans raison.
…!!!
…Oui.
Vivre sérieusement. Travailler correctement. S’il faisait cela, la vie serait un peu plus facile.
◆
Le lendemain, Konoe courait dans la forêt avec Melmina dès le matin.
Tout se passait bien, et avec le nombre réduit de monstres, ils avaient terminé en début d’après-midi. Et lorsqu’il retourna au village…
— …Hm ?
Juste à côté du village, Konoe remarqua encore des gens dehors aujourd’hui. Cette fois, ce n’étaient pas des arbres contaminés, mais plusieurs enfants et un adulte qui ressemblait à un aventurier. Ils entouraient un seul monstre.
Un monstre au corps blanc d’environ un mètre de haut, coiffé d’un chapeau bleu vif, un monstre champignon.
S’entraînaient-ils à l’élimination ? Les enfants frappaient le champignon avec des bâtons en bois.
Konoe se rappela le conte d’Urashima Tarô, mais l’adversaire était un monstre, pas une tortue.
Les monstres champignons étaient classés au rang le plus bas par la Guilde.
Ils se tenaient debout et se déplaçaient, malgré leur nature de champignons, mais ils étaient lents et n’avaient aucune puissance offensive. Un monstre qu’un enfant pouvait vaincre s’il ne faisait pas d’imprudence. Cependant, cela restait un mal qui tuait et dévorait les humains.
Un ennemi qui devait être vaincu.
— …
Konoe les observa un moment, puis, voyant qu’il n’y avait aucun problème, se remit en marche vers le village. En chemin, il pensa qu’il semblait y avoir beaucoup de monstres champignons dans les environs… mais ce n’était rien d’inhabituel. Les champignons étaient partout.
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Le démon se tordit et donna naissance à ses semblables. Les rejetons furent libérés dans le ciel, puis retombèrent sur la terre et grandirent.
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Puis la nuit tomba. Konoe s’entraîna encore aujourd’hui. Il faisait tournoyer sa lance derrière l’auberge.
— …
…Mais, contrairement à d’habitude, il percevait légèrement des présences au loin. La présence du garçon qui courait, et celles des enfants autour de lui.
— …
— Bonsoir, Konoe. Ça avance ?
— …Hm, oui.
Pendant ce temps, Melmina sortit aujourd’hui par l’entrée arrière de l’auberge.
Elle portait dans la main un objet semblable à un panier, qu’elle posa sur un tonneau voisin avant de s’approcher de lui.
— Dis, Konoe. Le gamin qui chantait hier a l’air de bien s’entraîner.
Melmina dirigea un disque optique vers lui. L’image du garçon en train de courir, Arika, apparut.
Lui et plusieurs autres garçons… il en avait un vague souvenir. C’étaient ceux qui, avec Arika, avaient entouré le garçon pris en otage par les démons. Ils couraient désespérément, la magie parcourant leur corps.
Visages rougis, respirations saccadées. Leurs jambes semblaient lourdes, et ils balançaient les bras de toutes leurs forces. Leur magie menaçait de se rompre à plusieurs reprises, et ils la maintenaient avec des expressions désespérées.
Oui, c’est difficile quand on n’y est pas habitué, pensa-t-il.
— …Ça me rappelle des souvenirs… pas que j’aie envie de m’en souvenir.
— …Oui.
Oui. Il ne voulait pas s’en souvenir, mais il s’en souvenait quand même.
Le renforcement du corps était désormais pour lui aussi naturel que respirer, mais au début, Konoe, venant d’un autre monde, ne connaissait rien à la manipulation de la magie. Et en tant que personne moderne, il n’était pas habitué à courir, donc au début, il était toujours en difficulté.
Et l’entraînement de l’instructrice…
— La lance de la prof était sans pitié… si tu n’esquivais pas bien, tu te faisais empaler…
— …Et clouer contre le mur, transpercé de part en part.
Tous deux regardèrent au loin, perdus dans leurs pensées à propos de ces jours-là. Pour le dire simplement, c’était l’enfer. Les six premiers mois, jusqu’à ce qu’ils s’habituent à l’entraînement, étaient ceux où le plus de gens abandonnaient.
— Et ses paroles aussi…
— …Oui…
— « Vous êtes les gardiens de l’humanité. Le dernier rempart des gens sans défense. L’échec n’est pas permis. Vous devez être plus forts que tout le reste. »
— « Si vous perdez vos bras, combattez avec vos pieds. Si vous perdez vos pieds, rampez et mordez. Combattez même dans la mort. Devenez le bouclier des innocents. »
C’était cela, être un Adepte.
Sans même avoir besoin d’expliquer, ils savaient tous les deux de quelles paroles l’autre parlait. Ils les avaient entendues encore et encore en courant. …Mémorables, mais malgré tout, il aurait préféré ne pas s’en souvenir.
— …Tu étais toujours premier ou deuxième en partant du bas, Konoe. Ça me rappelle des souvenirs.
— …Oui, et toi aussi, tu étais premier ou deuxième en partant du bas.
Autrement dit, tous les deux se disputaient la dernière place. Le fait que ces deux-là soient finalement devenus des Adeptes restait pour lui un mystère. Il y en avait une autre de leur promotion qui était devenue Adepte, et elle, elle avait toujours été première. La fille aux cheveux bleus. La princesse d’un pays déchu, et la détentrice du Bouclier de Séparation.
Elle était devenue Adepte il y a quinze ans et était retournée dans son pays, alors il ne l’avait pas revue depuis. Il n’avait pas entendu dire qu’elle était morte, et comme elle était forte, il supposait qu’elle allait probablement bien.
— …
— …
Et tandis qu’ils parlaient, quelques secondes de silence les enveloppèrent.
Un moment pour repenser au passé, aux dix années qu’ils avaient passées ensemble en tant qu’apprentis. C’était silencieux, mais une atmosphère paisible s’en dégageait.
— …
— Ah, c’est l’heure.
À cet instant, quelque chose changea dans le disque optique. Plusieurs femmes s’approchèrent des garçons avec des paniers. À l’intérieur… des pommes de terre ?
— Des pommes de terre vapeur. Ils avaient l’air de bien s’entraîner, alors j’ai fait en sorte qu’ils en aient plus tôt.
— …Je vois.
Dans le disque optique, les garçons poussaient des cris de joie. Ils engloutissaient les pommes de terre en s’exclamant qu’elles étaient délicieuses.
— …Euh, donc.
— …?
— Comme tu sembles travailler dur toi aussi, je me suis dit que je te préparerais une collation de fin de soirée.
Melmina souleva du tonneau voisin le panier qu’elle avait apporté. Elle retira le tissu qui le couvrait, et à l’intérieur…
— …Une tourte ?
— C’est facile à manger, non ? Et je t’ai aussi préparé de la soupe.
Melmina étala un tissu sur un tonneau voisin et lui fit signe d’approcher.
Konoe s’approcha comme elle l’y invitait. Elle lui tendit une part de tourte ronde et un bol de soupe versée depuis une marmite. La marmite de soupe, qui se trouvait dans le panier avec la tourte, crépitait comme si une arme divine se trouvait à l’intérieur. La soupe fumait.
Konoe regarda la tourte dans sa main.
Il apercevait de la viande dans la coupe. Une tourte à la viande, probablement. Elle semblait plus lourde qu’elle n’en avait l’air.
Une collation de fin de soirée. Pas un simple en-cas. Maintenant qu’il y pensait, avait-il déjà mangé une collation de fin de soirée ? se demanda-t-il.
Konoe… qui avait mené une vie si régulière, cligna plusieurs fois des yeux.
— …
Après un instant, Konoe mordit dans la tourte.
— …
— A…Alors ? Délicieux ? Je suis une fille mignonne, et je sais cuisiner aussi ! Je peux être une petite épouse adorable à tout moment !
Il mâcha un moment, puis reprit une bouchée, puis une autre. Il but une gorgée de soupe, puis reprit une bouchée de tourte. Puis but encore de la soupe.
— …
— …Konoe ?
— …
— …Hé, dis quelque chose. C’est quoi ce silence ? Tu veux dire que je ne peux pas être une petite épouse adorable ?
— …Ah, non.
À la voix de Melmina, Konoe revint à lui. Ce n’était pas ça, pensa-t-il.
— …C’est délicieux.
— Hein ?
Alors qu’il buvait la soupe, une sensation de chaleur glissa le long de sa gorge. Sous le ciel nocturne qui s’assombrissait, le vent était agréable, mais aussi un peu frais, et la soupe semblait le réchauffer de l’intérieur.
— …C’est vraiment délicieux.
Il laissa échapper un souffle. Une buée blanche.
Son estomac était plein et chaud. Une chaleur étrangement réconfortante.