THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 4 PARTIE 7
Les sentiments de chacun (7)
—————————————-
Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
———————————————–
— Voilà, Duc. Reposez-vous maintenant.
Jurgen et moi nous trouvions dans une aire de repos proche. À l’origine, il avait fait aménager cet endroit pour permettre aux voyageurs de s’arrêter en chemin, mais nous l’avions transformé en une sorte d’hôpital de campagne. Tandis que des chevaliers épuisés et blessés venaient à moi les uns après les autres, je passais mon temps à leur prodiguer les soins nécessaires.
— Je suis vraiment désolé, Votre Altesse, murmura Jurgen.
— Pourquoi vous excusez-vous ?
— Vous vouliez aller aider votre frère, et vous voilà coincé ici. Tout ça parce que je suis inutile.
Il se lamentait avec frustration, allongé dans le petit abri, son armure retirée.
— Inutile ? Vous ?
Je souris avec amertume à son choix de mots. Personne n’aurait pu le qualifier d’inutile.
— Vous avez été incroyable aujourd’hui. Lise tuerait quiconque oserait vous traiter d’inutile.
— Mais vous…
— Ne vous inquiétez pas pour moi. Si Lise a pu continuer parce que je suis resté derrière, alors j’ai l’impression d’avoir accompli mon rôle.
Jurgen acquiesça doucement, puis ferma les yeux. L’épuisement d’avoir chevauché si longtemps sans sommeil ni repos venait sans doute enfin de le rattraper.
— Vous vous êtes bien battu, duc Reinfeldt, dis-je à sa silhouette endormie. Le jour où je vous appellerai mon beau-frère n’est peut-être plus si loin.
Puis je me levai.
Heureusement, tous les chevaliers de Jurgen étaient désormais rassemblés dans l’aire de repos. Cela signifiait que je pouvais leur laisser la suite.
Je quittai l’abri où Jurgen dormait et gagnai celui qui m’avait été attribué. Là, j’érigeai une barrière répulsive pour empêcher les gens d’entrer, puis créai l’illusion de moi-même endormi à l’intérieur.
Les barrières répulsives n’étaient pas particulièrement efficaces lorsqu’elles étaient maintenues à distance, mais je jugeai que cela suffirait contre des humains épuisés et peu attentifs. En plus de cela, personne n’était censé entrer dans les quartiers d’un prince sans permission. Cela dit, Jurgen pourrait le faire une fois réveillé. Après tout, Finne avait bien déjà fait irruption chez moi à l’occasion, alors je devais rester méfiant envers les membres des maisons ducales.
Tout en pensant à cela, je me transférai du petit abri jusqu’à ma pièce secrète dans la capitale, où mon majordome m’attendait déjà, comme s’il avait prévu mon retour.
— Bon retour, Seigneur Arnold.
— Tout est prêt ?
— Bien sûr, monsieur.
— Parfait. Allons-y. Il est temps d’agir dans l’ombre.
J’enfilai alors les vêtements familiers et le masque qui me transformeraient en Silver.
***
— Quelle est la situation ? demandai-je à Sebas.
— Une étrange sphère est apparue dans la région Sud, et il semblerait qu’elle soit la source d’où surgit également un grand nombre de monstres morts-vivants.
— Et Leo ?
— D’après les informations reçues de la Guilde des aventuriers, le prince Leonard va bien. Il a demandé à la Guilde de lancer une quête de raid afin de faire face aux monstres.
— Une quête de raid ? Intéressant. Ce doit être une idée de Lynfia.
Apparemment, elle avait fait bon usage de l’argent que je lui avais donné. Lui confier cette somme avait été la bonne décision. Une quête de raid était exactement le genre d’idée vive et pratique qu’une aventurière pouvait avoir.
— Et mon père, qu’est-ce qu’il fait ?
— Eh bien… il y a eu un léger problème. L’empereur s’est effondré.
— Quoi ?! Père s’est effondré ?! Il va bien ?!
— Oui. Ses jours ne sont pas en danger. Il semblerait que cela soit dû au stress mental et au surmenage physique.
— Bon sang… À quel point la situation est mauvaise ?
— Heureusement, d’une certaine manière, Krista avait prédit que cela arriverait. Dame Mitsuba a donc pu organiser rapidement sa prise en charge, et le chaos au château a été limité au minimum.
— Donc Krista l’avait vu… Cela a dû être dur pour elle.
Malgré ma compassion pour Krista, je ne pus m’empêcher de pousser un soupir de soulagement. Si Père était tombé gravement malade dans les circonstances actuelles, l’Empire se serait retrouvé dans un très mauvais état. Sans arbitre désigné pour la lutte du trône, les choses auraient filé tout droit vers une guerre civile.
Au-delà de cela, j’étais aussi soulagé de savoir que mon père allait bien.
Mais soulagé ou non, je savais qu’il était trop tôt pour me détendre.
— Eh bien, voilà qui complique les choses, hein ?
— En effet. Pour le moment, le chancelier dirige les réunions du conseil et met en place des mesures pour répondre au problème de la région Sud, mais les ministres ne semblent pas parvenir à s’accorder.
— Je l’imagine sans peine. L’empereur vient de s’effondrer. Même si ce n’était pas critique cette fois, cela laisse entrevoir que sa santé est fragilisée, et cela va intensifier la lutte pour le trône. Les ministres qui ont déjà choisi une faction essaieront d’user de leur influence pour favoriser celle-ci, tandis que ceux qui n’ont pas encore choisi s’en serviront pour se rapprocher de la faction de leur choix. Il sera impossible de coordonner les réactions de tout le monde.
Les gens agissaient généralement par instinct de préservation. S’ils parvenaient à agir pour le bien de l’Empire, c’était seulement parce que leur statut était garanti. Or la seule personne qui garantissait normalement ce statut venait de connaître une alerte de santé, et ils avaient tous commencé à s’inquiéter de la façon dont ils pourraient préserver leur position à l’avenir.
Tant que mon père resterait en bonne santé, cette agitation ne serait que temporaire. Le problème, toutefois, était que la crise qui se déroulait dans la région Sud exigeait une action urgente.
— Inutile de compter sur l’armée impériale tant que les hautes sphères n’arrivent pas à trouver un consensus, et les chevaliers de la Garde impériale devront rester auprès de Père. Quant à rassembler les seigneurs territoriaux de l’Empire, cela prendrait trop de temps.
— Dans ce cas, il semble que la seule force combattante sur laquelle vous puissiez compter soit la Guilde des aventuriers.
— Tu crois ?
Je répondis avec surprise. C’était comme s’il avait lu dans mes pensées.
Il hocha silencieusement la tête.
Dès le départ, je n’avais jamais placé beaucoup d’espoir dans la puissance militaire de l’Empire.
Vu l’étendue de ce pays, il était inutile d’attendre une réaction rapide en cas d’urgence. En tant que membre de la famille impériale, je le savais par expérience. Ce n’était pas parce qu’une crise éclatait dans la région Sud que l’armée pouvait immédiatement agir. Les garnisons frontalières pouvaient répondre rapidement aux invasions étrangères, mais elles n’étaient pas préparées à gérer des crises internes.
Les forces situées au centre ou l’armée de la région du Sud devaient réagir, mais aucune de ces options n’était idéale. Elles auraient pu être viables si les ordres de l’empereur pouvaient être transmis instantanément, mais la frontière Sud était trop éloignée de la capitale. Communiquer ses décisions serait déjà un problème en soi.
À cet égard, les aventuriers étaient bien plus fiables que l’armée impériale ou les chevaliers territoriaux dans ce genre de situation, grâce à leur capacité à réagir rapidement.
— J’avais envisagé de recourir aux aventuriers dès le départ, dis-je à Sebas. Mais comment l’as-tu su ?
— Parce que Dame Finne a supposé que c’était la voie que vous choisiriez et a déjà commencé à agir en conséquence. Elle incite les aventuriers de la capitale et des environs à participer à la quête de raid du prince Leonard.
— Vraiment ? Eh bien, je suppose que je ne devrais pas être surpris qu’elle ait pris les devants… Mais est-ce bien prudent qu’elle s’expose ainsi publiquement ?
Finne était à la fois la fille d’un duc et, en tant que Blaue Möwe, un symbole de l’Empire. La voir s’appuyer publiquement sur les aventuriers pour une affaire à laquelle les plus hauts responsables impériaux ne savaient toujours pas comment répondre pouvait causer des complications.
— Vous n’avez pas à vous inquiéter, me rassura Sebas. C’est bien Dame Finne qui a commencé à contacter les aventuriers en amont, mais c’est le chancelier qui lui a suggéré de le faire.
— Je vois. Ça ressemble bien à Franz. Son plan était donc d’utiliser les aventuriers si les ministres ne parvenaient pas à se mettre d’accord.
— Oui. Étant donné que Silver a secouru Dame Finne lors de la situation dans la région est, il a supposé que Silver pourrait de nouveau intervenir si elle était impliquée. Vous devriez cependant rester prudent. Le chancelier pourrait être capable de suivre les indices que vous laisserez et de remonter jusqu’à la véritable identité de Silver.
— Oui. Je resterai discret. Dans tous les cas, il doit y avoir beaucoup d’aventuriers à la branche de la capitale en ce moment, non ?
Sebas acquiesça.
Parfait. Cela rendait les choses beaucoup plus simples.
Beaucoup dépendrait encore des détails réels de la situation dans le Sud, mais pouvoir emmener des aventuriers depuis la capitale représentait un avantage considérable.
— Je vais y aller, alors.
— Très bien, Votre Altesse. Je veillerai sur Dame Finne.
Je remerciai Sebas, puis me transférai jusqu’à la branche de la Guilde dans la capitale.
Les personnes autour de moi furent surprises par mon apparition soudaine, mais je n’y prêtai pas attention et me dirigeai vers l’entrée principale.
C’est alors qu’un enregistrement fut diffusé depuis la Guilde à travers toute la capitale.
— « À tous les citoyens de la capitale. Pardonnez cette intrusion par cette annonce. Je m’appelle Finne von Kleinert. La Guilde des aventuriers cherche actuellement des aventuriers prêts à participer à la quête de raid émise depuis la région Sud. Je demande à tous les aventuriers d’envisager de prêter leur aide à cet effort. De nombreuses personnes souffrent dans la région du Sud. Nous avons besoin de l’aide de chacun pour les sauver. »
En écoutant le discours de Finne résonner dans toute la capitale, je souris pour moi-même.
Comme prévu, elle suppliait avec sincérité, sans la moindre trace d’ordre dans la voix. Cela toucherait certainement tous ceux qui l’entendraient.
— « Ici la Guilde des aventuriers. Comme Dame Finne vient de l’expliquer, la Guilde a reçu une quête de raid. Le nom de cette quête est : Opération de sauvetage de la Mouette bleue. Tous les aventuriers de rang B et supérieur peuvent y participer ! C’est la première quête de raid de la Guilde depuis de nombreuses années ! Une occasion rêvée de se faire une fortune ! Nous attendons votre participation ! »
La seconde annonce semblait provenir de la réceptionniste de la Guilde, et correspondait parfaitement à sa personnalité.
Opération de sauvetage de la Mouette bleue, hein.
La Guilde des aventuriers était libre de nommer ses quêtes de raid comme elle l’entendait, mais je ne pouvais m’empêcher de trouver qu’invoquer Finne relevait d’une manœuvre un peu facile. Cela dit, c’était peut-être une stratégie adaptée, étant donné la nature impressionnable et enthousiaste de nombreux aventuriers. Ils rejoindraient sans doute volontiers l’opération si cela signifiait combattre pour Blaue Möwe.
— Tellement prévisible.
Comme prévu, les aventuriers commencèrent à se presser les uns après les autres dans la Guilde, qu’il s’agisse de ceux qui voulaient participer ou de ceux qui étaient simplement venus manifester leur soutien. Je fis de même et entrai dans la branche bondée.
À l’instant où les autres aventuriers m’aperçurent, la Guilde bruyante devint parfaitement silencieuse.
Seule la réceptionniste qui consignait les noms des participants parvint à parler.
— V…votre nom et votre rang, s’il vous plaît ?
— Silver, aventurier de rang SS. Je viens m’inscrire à la quête de raid.
La réceptionniste nota nerveusement mon nom.
Malgré toutes ses capacités, la Guilde des aventuriers n’avait aucun moyen de transporter rapidement des aventuriers jusqu’à la région Sud. Si elle avait rassemblé autant d’aventuriers dans la branche de la capitale, c’était à cause de moi.
Les aventuriers devaient l’avoir compris eux aussi, car ils éclatèrent aussitôt en acclamations enthousiastes, comme si j’étais précisément celui qu’ils attendaient tous.
— Silver ! Tu es enfin là !
— Avec toi dans l’équipe, ce sera du gâteau !
— Allons sauver du monde !
C’est alors que j’aperçus Finne.
Elle se tenait en retrait derrière la foule bruyante d’aventuriers, aux côtés des employés de la Guilde. Elle me sourit et s’inclina. Je lui répondis silencieusement d’un hochement de tête.
Cela suffisait pour que nos pensées se transmettent.
Je haussai alors la voix pour m’adresser à tous ceux présents dans la Guilde.
— Les quêtes de raid sont placées sous le commandement de l’aventurier au rang le plus élevé présent. Dans ce cas, ce sera moi. Quelqu’un s’y oppose ?
Personne ne formula la moindre objection, comme prévu.
Mon rang SS était le plus élevé de la branche de la capitale. L’aventurier présent au rang immédiatement inférieur était de rang AA.
Le fait d’avoir un rang plus bas ne les rendait pas moins fiables pour autant. C’étaient des aventuriers vétérans, qui avaient longtemps protégé l’Empire à leur manière.
— Puisqu’il n’y a pas d’objection, je prendrai le commandement. Vos vies sont entre mes mains.
La seule réponse fut un tonnerre d’acclamations qui résonna dans toute la Guilde.
Le moral était à son comble.
Nous étions prêts à combattre.