THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 4 PARTIE 6
Les sentiments de chacun (6)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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De retour à la capitale, l’empereur Johannes convoqua ses principaux ministres après avoir appris la situation dans la région Sud par l’intermédiaire de la Guilde des aventuriers.
— La séance du conseil des ministres est ouverte, annonça-t-il d’un ton plat, dénué de toute vigueur.
Depuis que la nouvelle du signal de fumée violet venu du Sud lui était parvenue, sa santé n’avait cessé de se dégrader.
La cause en était un mélange du stress récent et du traumatisme mental provoqué par ce même signal de fumée, celui qui avait été allumé trois ans plus tôt lorsqu’il avait perdu son fils aîné.
Mais aussi mal qu’il se sentît, il devait malgré tout gérer la crise qui se présentait.
— Vous me semblez bien pâle, Votre Majesté, s’inquiéta son chancelier. Vous sentez-vous bien ?
— Mitsuba m’a dit la même chose. Elle m’a aussi conseillé de voir le médecin impérial, mais tout ce qu’il me dira, c’est de me reposer. Ce serait une perte de temps.
— Mais, Votre Majesté—
— Cela suffit, Franz.
Le chancelier Franz s’inquiétait pour la santé de Johannes.
Après avoir servi l’empereur pendant de longues décennies, il percevait rapidement les changements dans son état.
Cependant, il comprenait aussi le raisonnement de Johannes.
— Très bien. Alors veillez à vous reposer une fois cette affaire réglée.
— Oui, oui. Commençons.
Johannes s’adressa alors à ses ministres.
— Comme vous le savez tous… le signal de fumée violet a été allumé dans la région Sud… C’est Leonard qui a donné l’alerte… D’après ce que nous savons… une mystérieuse sphère noire est apparue… ainsi qu’une vaste armée de monstres morts-vivants… Je souhaite entendre vos avis… sur la marche à suivre.
Il acheva difficilement sa phrase, puis expira profondément et s’adossa à son trône. Il ferma ensuite les yeux et écouta les ministres commencer à proposer leurs idées.
— Votre Majesté, je pense que notre meilleure option serait de faire intervenir l’armée pour anéantir l’ennemi. Déployer des troupes depuis la région centrale prendrait trop de temps. Et si nous mobilisions la garnison de la frontière Sud ?
— Mais cela laisserait la frontière Sud insuffisamment défendue. Une autre urgence pourrait toujours survenir là-bas. Dans ce cas précis, je pense que nous devrions mobiliser les troupes centrales. Si nous déployions également quelques régiments de la Garde impériale, cela fournirait une puissance suffisante, et nous pourrions espérer une résolution rapide.
— Déployer des chevaliers de la Garde impériale affaiblira la sécurité de l’empereur. Avez-vous oublié ce qui s’est passé dans la région est la dernière fois ?
— Que proposez-vous, alors ? La Garde impériale constitue la plus grande force militaire de l’Empire. Vous voulez vraiment les laisser inactifs en pleine crise ?
— Protéger l’empereur n’a rien d’une inactivité !
— La sécurité de l’empereur est importante, mais il n’est pas nécessaire que toute la Garde impériale le protège ! Pour l’instant, résoudre la situation dans le Sud est notre priorité absolue !
Les ministres débattaient entre eux, échangeant arguments et objections.
En les écoutant, Johannes sentit son irritation monter face à la lenteur de ses propres pensées. En temps normal, il aurait déjà envisagé plusieurs stratégies possibles, mais il n’arrivait pas à en imaginer une seule.
Même la discussion des ministres ne lui semblait plus qu’un flot de paroles dénuées de sens.
Lorsqu’il ouvrit les yeux, tous leurs visages étaient flous.
Il cligna plusieurs fois des paupières pour tenter d’éclaircir sa vision, mais rien ne s’améliora. Puis la pièce se mit à pencher et à osciller. C’était comme un tremblement de terre que lui seul pouvait ressentir.
La nausée et le vertige l’envahirent, tandis que son cœur se mettait à battre violemment.
Il grimaça face à ces sensations écœurantes.
Quelque chose n’allait pas, mais le savoir ne l’aidait en rien. Les voix des ministres commençaient peu à peu à s’éloigner, tout comme sa compréhension de l’endroit où il se trouvait.
— Votre Majesté ?!
Sans prévenir, Johannes perdit connaissance et s’affaissa en avant. Franz le rattrapa de justesse avant qu’il ne tombe de son trône.
— Appelez le médecin impérial, et vite ! L’empereur a perdu connaissance !
***
— Hmm…?
Johannes se réveilla dans un lit.
Il tenta de se redresser en portant une main à sa tête douloureuse, mais on l’en empêcha aussitôt.
— Le médecin a dit que vous deviez rester alité. Rallongez-vous et reposez-vous, Votre Majesté.
— Mitsuba… Je me suis évanoui ?
— Oui, pendant le conseil des ministres.
— Bon sang… L’âge m’a vraiment rattrapé. Combien de temps ai-je dormi ?
— Environ cinq heures.
— Réunissez immédiatement les principaux ministres… Nous devons élaborer une stratégie… La région Sud est en danger…
— Le chancelier dirige la réunion du conseil. Vous devez vous reposer.
— Rien ne sera décidé sans moi… Ce serait déjà assez problématique en temps normal… mais nous sommes au plus fort de la lutte pour mon trône… Plusieurs ministres ont déjà choisi le candidat qu’ils soutiendront… Ils se déchireront en défendant les intérêts de leurs factions…
Chaque faction tenterait de faire avancer les choses d’une manière qui l’avantageait. Si une force était organisée pour exterminer les monstres, chacun tenterait d’y placer ses propres partisans. Tout, depuis la route empruntée par les troupes pour rejoindre la région Sud jusqu’à la méthode choisie pour soumettre l’ennemi, deviendrait un prétexte à alimenter la lutte pour le trône.
Cela ralentirait la discussion.
Et plus les débats et les décisions prendraient de temps, plus Leo serait mis en danger.
C’était précisément ce que souhaitaient les autres candidats.
— S’ils sont déjà en réunion… alors le moment est parfait… Emmenez-moi là-bas.
— Non. Vous devez récupérer.
— La situation dans la région Sud est plus importante que ma santé… Beaucoup de gens sont en danger… Leonard aussi. Tu t’inquiètes pour lui… toi aussi, n’est-ce pas ?
— Oui, je m’inquiète. Mais votre santé est elle aussi une affaire importante pour l’Empire. Si vous restez alité, il pourrait y avoir une période de troubles. Mais si vous mourez, ces troubles et ce chaos se poursuivront indéfiniment. C’est justement pour cette raison que vous devez vous reposer.
— Ton fils… combat une immense armée de monstres morts-vivants… Si nous n’agissons pas maintenant… les renforts n’arriveront pas à temps… Leonard n’abandonnera jamais des gens en danger… Si nous n’avons pas de chance… il pourrait—
— Ne vous inquiétez pas. S’il est incapable de surmonter cette situation, cela signifie simplement qu’il n’était pas fait pour devenir empereur. Et puis, si Adrasia est faible au point d’être ébranlée parce que son empereur reste alité quelques jours, alors le monde se portera mieux sans elle. À quoi servent des sujets loyaux si vous ne pouvez même pas leur faire confiance assez longtemps pour prendre un peu de repos ? Le chancelier est votre bras droit. Il s’occupera de tout.
Mitsuba signifia que la conversation était terminée en recouvrant Johannes d’une couverture, puis resta à le surveiller pour s’assurer qu’il ne bougeait pas.
— Mitsuba… Je dois y aller…
— Peu importe ce que vous direz, la réponse restera non. Oh, et il est inutile d’espérer que la Garde impériale vous aide. Je les ai tous renvoyés.
— Mitsuba… tu es vraiment… une femme incroyable, parfois… Tu comptes réellement placer l’empereur en résidence surveillée ?
— C’est votre faute pour ne pas m’avoir écoutée dès le départ. Je vous avais prévenu. Je vous ai dit que vous aviez l’air fatigué et que vous deviez appeler le médecin. Tout cela arrive parce que vous n’avez pas suivi mon conseil. Maintenant, soyez sage et restez au lit.
— Je suis l’empereur… Je ne peux pas me permettre de rester au lit…
— Alors, la prochaine fois, prenez mieux soin de vous afin de ne pas tomber aussi malade.
— Mitsuba…
— Non.
C’était inutile. Il aurait peut-être réussi à amadouer une autre de ses consortes pour qu’elle le laisse partir, mais pour le meilleur ou pour le pire, Mitsuba ne se laisserait pas détourner de son avis lorsqu’il s’agissait de Johannes. Tandis qu’il restait allongé dans son lit, l’esprit rongé par l’inquiétude au sujet de la situation, le sommeil commença peu à peu à le gagner, et son corps devint lourd, presque comme s’il était attaché.
Mitsuba posa doucement sa main sur son front. Son contact frais apaisa ses nerfs, et Johannes sombra dans le sommeil.