THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 2 PARTIE 6
Le duc Reinfeldt (6)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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Une semaine s’était écoulée depuis notre départ de la capitale impériale. Après un voyage tranquille, nous arrivâmes enfin dans la capitale du territoire du duc Reinfeldt.
— Bienvenue à Eltz, la capitale de mon territoire. Et voici mon manoir.
— Enfin.
Je descendis du carrosse et m’étirai longuement.
Le manoir qui se dressait devant moi était suffisamment vaste, mais restait plutôt modeste pour la résidence d’un duc. Cela dit, le territoire des Reinfeldt n’occupait qu’une portion relativement réduite du sud-est de l’Empire. Comparé à d’autres domaines, ce manoir avait peut-être, au fond, la taille idéale.
— Le voyage a été long. Installons-nous et reposons-nous un peu, proposa Jurgen.
— Merci. Je suis plutôt fatigué.
Lorsque j’étais parti pour le territoire des Kleinert, le trajet m’avait pris cinq jours de chevauchée ininterrompue, en poussant mon cheval jusqu’à ses limites. À l’époque, j’étais pressé. Cette fois-ci, rien ne nous forçait à nous hâter, si bien que nous avions passé une semaine à voyager plus tranquillement en carrosse.
Cela dit, il s’agissait d’un carrosse magique dernier cri, utilisé par la famille impériale et nombre de ducs. Nous étions donc tout de même arrivés bien plus vite qu’avec un carrosse ordinaire.
— Pardonnez-moi, dit Jurgen avec un sourire contrit. J’ai dû vous fatiguer à force de parler sans arrêt.
Je lui rendis un sourire amer.
En effet, il n’avait quasiment pas cessé de bavarder durant le trajet. Cela ne m’avait pas déplu, mais l’écouter n’en demeurait pas moins fatigant.
— J’aimerais prendre un bain, si possible.
— Bien sûr. Mon manoir dispose d’une vaste salle de bains. Ma mère a insisté pour qu’on en construise une.
— J’ai hâte de la voir.
Jurgen et moi continuâmes à discuter tout en entrant dans le manoir. À peine avions-nous franchi le seuil qu’un homme âgé, qui semblait être son intendant, accourut vers nous.
— Holà, doucement. Que se passe-t-il ? demanda Jurgen.
— Nous avons un problème ! Je vous en prie, gardez votre calme, et je vais vous expliquer !
— Je crois que c’est plutôt vous qui devriez d’abord vous calmer. Prenez votre temps.
L’intendant prit une profonde inspiration et parvint à retrouver un peu de contenance avant de s’expliquer.
— Bien. Son Altesse vient d’arriver.
— Vous voulez parler de Son Altesse le prince Arnold ? Je sais. Nous sommes arrivés ensemble.
— Non ! insista l’intendant. Je ne parle pas de lui !
— Si cela prête tant à confusion, intervint alors une autre voix, vous pouvez m’appeler Son Altesse la Maréchale impériale.
À l’instant même où je l’entendis parler, je faillis instinctivement poser un genou à terre.
Sa voix n’avait rien d’oppressant ni d’autoritaire à l’excès. Mais elle appartenait à une meneuse née, et son ton laissait entendre que la désobéissance n’était pas une option.
C’était la voix d’une personne née pour donner des ordres.
Et sa propriétaire descendait lentement l’escalier.
Elle était grande pour une femme, avec une épaisse chevelure blonde, des yeux violets, et une silhouette élancée que moulait parfaitement un uniforme militaire noir, ajusté avec goût. Sa beauté avait de quoi captiver quiconque posait les yeux sur elle, mais, par-dessus son uniforme, elle portait la cape bleue réservée aux trois maréchaux de l’Empire.
Cette version adulte de Krista, à laquelle s’ajoutaient un charme envoûtant, une audace implacable et une puissance écrasante, se nommait Liselotte Lakes Adler.
Première princesse impériale d’Adrasia, et plus grande maréchale de l’Empire.
— Lise ! m’écriai-je. Qu’est-ce que tu fais ici ?!
— C’est ainsi que tu salues ta grande sœur après tout ce temps ? Recommence.
— Euh…
— Recommence.
Elle me fixa et attendit.
— Je suis heureux de te revoir, Lise, obéis-je à contrecœur. Tu as l’air en pleine forme. Comment vas-tu ?
— Mieux.
Ma réponse sembla la satisfaire. Elle sourit, puis s’approcha de moi.
— Moi aussi, je suis contente de te revoir, Arn. Tu as l’air d’aller bien. Comment va Krista ?
Et, soudain, nous étions en train de bavarder.
Lise n’avait jamais été du genre à laisser quelqu’un d’autre mener une conversation.
Pendant ce temps, Jurgen était toujours à genoux, figé par le choc. Cela aurait-il vraiment coûté à Lise de saluer ce pauvre homme, ou au moins de s’excuser d’être apparue si soudainement chez lui ?
Je savais bien qu’il serait inutile de le lui suggérer.
Elle était parfaitement capable de se soucier des autres et de respecter les usages sociaux.
Elle n’en avait simplement pas envie.
Lise était indéniablement égocentrique.

— Krista va bien, répondis-je à la question de Lise. Elle s’est récemment fait une amie de son âge, et elle sourit beaucoup plus ces derniers temps.
— Je vois. Désolée de toujours te laisser t’occuper d’elle.
— Ce n’est rien. C’est aussi ma petite sœur. Et puis, c’est surtout mère qui veille sur elle.
— Je comprends. Et mère, elle se porte bien ?
— Oui, comme d’habitude.
Après avoir entendu ces nouvelles, Lise hocha la tête d’un air satisfait, puis tourna enfin son regard vers Jurgen.
— Jurgen. Désolée de m’être installée ici en ton absence.
— Pas du tout. C’est moi qui suis désolé de ne pas avoir été là pour vous accueillir.
— Lise, repris-je, tu ne m’as toujours pas dit ce que tu fais ici.
Le plan était de lui envoyer une lettre après notre arrivée. Je ne m’attendais absolument pas à la trouver déjà sur place.
La région orientale n’était pas si éloignée de la frontière de l’Empire, du moins comparée à la capitale. Pour Lise, ce n’était probablement pas un déplacement si long. Mais malgré tout, elle restait la maréchale en charge de cette frontière. Quitter son poste ne devait pas être une décision anodine.
— J’entraînais de nouvelles recrues à l’arrière lorsque j’ai appris que vous veniez, répondit-elle.
— T…tu as appris que nous venions ?
De quel genre de réseau disposait-elle ?
La rapidité avec laquelle l’information lui parvenait était déjà impressionnante, mais sa capacité à nous devancer l’était encore davantage.
— Je t’ai dit pourquoi j’étais ici, poursuivit-elle. À toi maintenant de me dire ce que tu fais ici avec Jurgen.
— Euh… eh bien…
Mauvais.
Je venais de me creuser moi-même la tombe.
Devais-je lui dire la vérité, ou inventer quelque chose ?
Alors que j’hésitais, Lise laissa échapper un rire.
— Inutile de répondre. C’est père qui t’a envoyé, n’est-ce pas ?
— … Tu me connais bien.
— C’est notre père, après tout. Je connais parfaitement ses manières.
Poussant un soupir exaspéré, Lise se tourna vers Jurgen. Celui-ci, visiblement mal à l’aise, ne chercha pourtant pas à dissimuler quoi que ce soit.
— Tu n’abandonnes vraiment jamais, Jurgen. Et en plus, tu impliques mon frère dans cette affaire. Qu’espères-tu accomplir ?
— La même chose que d’habitude, Dame Liselotte.
— Je vois. Alors ma réponse reste la même. Je ne t’épouserai pas. Je n’épouserai pas un homme avec qui je ne pourrais pas mourir.
— Je le sais. Mais malgré tout, je…
— Ça suffit. Je ne veux rien entendre. Cela fait longtemps que je n’ai pas vu Arn, j’ai des choses à lui dire. Je vais emprunter une de tes chambres.
— …Très bien.
Sans attendre davantage, elle fit volte-face et s’éloigna à travers le manoir, sa cape flottant derrière elle comme si elle était chez elle.
Son attitude me sommait clairement de la suivre, mais je ne pouvais pas m’exécuter ainsi.
— Lise, appelai-je. Le voyage a été long, je suis couvert de sueur. Ça ne te dérange pas si je me rafraîchis d’abord ?
— Ça ne me dérange pas.
— Moi, si.
— Tu parles comme une petite fille, se moqua-t-elle. Bon, peu importe. J’avais justement envie de prendre un bain. Allons-y ensemble, comme avant.
— Ensemble ?!
Qu’est-ce qu’elle racontait encore ?
Hors de question.
— N-non, je préfère éviter…!
— Ne fais pas l’enfant. Je te laverai le dos.
— J-je vais demander au duc Reinfeldt ! Nous sommes devenus proches pendant le voyage ! Rien de tel que de se voir nu pour mieux se connaître !
L’excuse était bancale, mais il fallait bien trouver quelque chose pour l’éloigner de moi.
Jurgen sembla comprendre mes pensées et s’empressa de me soutenir.
— Je laverai le dos de Son Altesse, alors ne vous inquiétez pas, Dame Liselotte.
— Je vois.
— Voilà, alors Lise, tu peux monter dans ta chambre et—
— Très bien. Dans ce cas, allons tous prendre un bain ensemble.
— Quoi ?!
— Ce sera plus rapide que d’y aller séparément, non ? Ne soyez pas si nerveux. Je n’ai rien à cacher.
— Pffuh !
Jurgen dut se faire des idées malgré lui. Il s’accroupit brusquement, le nez saignant abondamment. Lise éclata de rire.
— Ah ah ah ! Tu es vraiment adorable, Jurgen.
— Ce n’est pas drôle ! protestai-je. Va donc attendre dans ta chambre, Lise ! D’accord ?!
— Quoi ? Tu ne veux pas prendre un bain avec ta grande sœur ?
— Non ! Absolument pas ! Alors va dans ta chambre !
— Hmm… bon, si tu insistes.
Elle sembla renoncer à contrecœur.
— Allez vous laver, tous les deux.
Avec un air légèrement contrarié, elle gravit les escaliers.
…C’était passé près. Ma sœur avait failli tuer le duc. Il n’y avait rien de drôle à imaginer une maréchale impériale et première princesse provoquer la mort d’un duc par hémorragie nasale.
— Vous allez bien, duc Reinfeldt ?
— O-oui… je vais bien… Comme on pouvait s’y attendre de Dame Liselotte… elle est d’une force de caractère incroyable…
— J’ai surtout l’impression qu’elle a oublié qu’elle est une femme…
— Oh non… c’est simplement sa manière de me taquiner… et c’est aussi ce qui fait son charme…
— Vous ne voyez vraiment que le positif chez elle…
En réalisant que ces deux-là étaient tout aussi singuliers l’un que l’autre, je laissai échapper un soupir.
Puis, je suivis Jurgen vers la salle de bains afin de nous débarrasser de la fatigue accumulée durant le voyage.