THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 2 PARTIE 5

Le duc Reinfeldt (5)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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Après avoir pris la route de la région Sud, Leo arriva bientôt à Wumme, la plus grande ville de la région Sud.

Le territoire était gouverné par la maison Kruger, une famille noble qui exerçait son influence sur l’ensemble du Sud.

— Je vous remercie de votre coopération, duc Kruger.

— Voyons, répondit le noble aux cheveux verts avec un sourire. Il est du devoir de tout noble de coopérer avec l’inspecteur impérial.

Bien qu’il eût dépassé la cinquantaine, le duc Sven von Kruger conservait une apparence relativement jeune. Grand et mince, cet ancien soldat avait participé à plusieurs campagnes militaires, et portait encore à la taille une longue épée fine.

Il était aussi le frère aîné de la cinquième consorte de l’empereur actuel, ce qui faisait de lui le beau-frère de Sa Majesté.

— Je pense que vous êtes la personne la mieux placée pour répondre aux questions concernant la région du Sud.

Leo regarda le duc Kruger droit dans les yeux avant de lui demander :

— Pour parler franchement, y a-t-il, de votre point de vue, des nobles qui vous paraissent suspects ?

La maison Kruger était impliquée dans la majorité des incidents survenus dans le Sud. Leo le savait. Toutefois, il savait aussi qu’il ne pouvait pas commencer par enquêter ouvertement sur les Kruger.

Son investigation devait d’abord débuter bien plus près du village de Lynfia, mais il voulait voir quel nom le duc Kruger choisirait de lui livrer en premier.

— Des nobles suspects ? répondit le duc d’un air songeur. Pas vraiment. J’ai pour habitude de rappeler rapidement à l’ordre ceux qui semblent manifestement préparer quelque chose de louche. Cela dit, je suppose que mon contrôle est un peu moins ferme sur les nobles installés près de la frontière.

Un contrôle un peu moins ferme.

Employer une formulation aussi ambiguë en réponse à cette question avait quelque chose de suspect. Cela lui offrirait une échappatoire facile en cas d’accusation.

Mais ce n’était pas suffisant pour justifier un interrogatoire plus poussé.

Leo afficha un sourire et poursuivit la conversation sur un ton plus léger, tout en observant attentivement chacune des paroles et chacun des gestes du duc Kruger.

 

 

***

 

Pendant que Leo s’entretenait avec le duc Kruger, Lynfia faisait des achats. Naturellement, cela lui donnait aussi l’occasion de parcourir la ville et d’en prendre la température.

— Je vais prendre celui-ci, et celui-là aussi, s’il vous plaît.

— Voilà ! Merci, et revenez quand vous voulez !

— Au fait, demanda Lynfia d’un ton détaché au marchand de fruits, avez-vous remarqué quelque chose d’étrange dans le coin, récemment ?

— Étrange ? Hum… rien qui me vienne à l’esprit.

C’était la cinquième personne à qui elle posait la question, et toutes lui avaient répondu de la même manière. Du moins en apparence, rien d’inhabituel ne semblait se produire dans la ville de Wumme.

— Je vois. Merci.

Elle répondit poliment, puis s’arrêta pour regarder autour d’elle.

Elle avait acheté presque tout ce dont elle avait besoin, et poursuivre sa collecte d’informations n’avait plus grand intérêt. Elle se demandait quoi faire ensuite lorsqu’elle remarqua, au bord de la route, un vieil homme aux cheveux blancs qui semblait embarrassé.

— Excusez-moi. Auriez-vous un instant ?

Le vieil homme tenta d’attirer l’attention d’un passant, mais fut complètement ignoré.

— Hmph. Les gens d’ici ne sont pas très chaleureux, marmonna-t-il avec un soupir déçu.

L’homme était petit, et ses oreilles étaient légèrement pointues. C’était un nain.

Les nains avaient l’air âgé quel que fût leur âge réel, mais celui-ci paraissait particulièrement avancé en années. Il était aussi un peu maigre pour un nain, eux qui étaient généralement petits et trapus, et portait une longue barbe blanche.

Lynfia remarqua sa canne blanche et son dos voûté, et ne put s’empêcher de s’inquiéter pour lui.

— Excusez-moi, monsieur. Tout va bien ?

— Oh, quelle gentille demoiselle, répondit le vieil homme. Pourrais-tu me montrer le chemin jusqu’à la porte de la ville ? Je n’ai vraiment aucun sens de l’orientation. Cela fait déjà trois jours que je suis perdu.

Lynfia, qui dissimulait d’ordinaire très bien ses émotions, laissa cette fois paraître sa surprise.

— Trois jours ? C’est terrible.

Elle lui adressa toutefois rapidement un sourire pour le rassurer, puis lui proposa de le guider.

— Bien sûr, je vais vous montrer le chemin.

Le vieil homme répondit à sa bienveillance par un sourire.

— Oh là là, merci, merci. Personne ne m’écoute jamais, parce que je suis un nain. Je ne savais plus quoi faire.

— Vraiment ? répondit doucement Lynfia. J’en suis navrée.

Son ton demeurait léger, mais ses paroles contenaient une nuance de compassion qui fit sourire davantage encore le vieil homme.

— Quel bonheur d’avoir été trouvé par une jeune fille aussi charmante. C’est peut-être mon jour de chance.

— Moi aussi, on m’a aidée lorsque j’étais dans l’embarras. À vrai dire, je suppose qu’on m’aide encore.

— Ah bon ? demanda le vieil homme. Toi aussi, tu as des ennuis ?

— Oui, quelque chose comme ça.

— Oh là là. C’est bien fâcheux. Hum… notre rencontre doit être le fruit du destin. Voyons si je possède quelque chose qui pourrait t’aider…

Le vieil homme retira le sac qu’il portait sur le dos, l’ouvrit et commença à fouiller à l’intérieur. Lorsque Lynfia tenta de refuser son offre, il insista et poursuivit ses recherches.

— Monsieur ? C’est par ici.

Il était si concentré sur son sac qu’il se mettait à partir dans la mauvaise direction dès qu’elle détournait les yeux.

— Hmm ? Ah, pardon.

Ils continuèrent ainsi à marcher, Lynfia corrigeant de temps à autre la trajectoire du vieil homme, jusqu’à ce qu’ils atteignissent enfin la porte de la ville.

— Nous y sommes, monsieur.

— Oh ! En effet ! J’étais si occupé à chercher de quoi te remercier que j’en avais oublié où j’allais !

Il releva la tête et afficha un large sourire plein de bonne humeur.

Lynfia se demanda si ce n’était pas justement son étourderie qui l’avait fait se perdre si longtemps, et elle commençait à s’inquiéter à l’idée de le laisser quitter seul la ville.

— Prends ceci, dit-il, interrompant ses pensées. C’est un sifflet fabriqué avec le bois d’un arbre sacré. Souffle dedans lorsque tu auras besoin d’aide, et tes amis sauront où tu te trouves.

— Je ne peux pas accepter cela ! Gardez-le, je vous en prie !

— Je n’en ai pas besoin. Il est pour toi, lui dit le vieil homme. Et n’oublie pas de t’en servir. Ce n’est pas une mauvaise chose de compter sur les autres quand on en a besoin.

Puis il lui adressa un sourire lumineux et franchit la porte.

Il semblait si frêle et démuni en s’éloignant que Lynfia fut envahie d’inquiétude, mais elle avait une mission à accomplir et ne pouvait pas l’accompagner.

Elle s’inclina devant la silhouette du vieil homme qui s’éloignait, puis retourna vers le centre de la ville.

— Finalement, tous les humains ne sont peut-être pas si mauvais, murmura le vieux nain pour lui-même en quittant la ville avant de disparaître dans les montagnes. Bon… où aller, à présent ? Qui d’autre pourrait bien avoir besoin de mon aide…

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