THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 2 PARTIE 7
Le duc Reinfeldt (7)
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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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Après avoir lavé dans le bain la crasse accumulée durant le voyage, Jurgen et moi nous sentions bien plus frais. Nous commençâmes à discuter de notre prochain mouvement tandis que nous nous rhabillions.
— Pour l’instant, Lise mène la danse, fis-je remarquer. Nous ne pouvons pas la laisser prendre le contrôle.
— Vous avez raison, répondit Jurgen, sans la moindre trace de regret. Elle a vraiment réussi à prendre l’avantage sur nous, n’est-ce pas ?
Son visage exprimait clairement de l’admiration.
Je pouvais reconnaître qu’elle avait brillamment réduit nos prévisions à néant, mais ce n’était pas le moment d’avoir des étoiles dans les yeux.
— Si je devais donner mon impression en tant que frère, je dirais qu’elle ne semble pas vous détester. En fait, je crois même qu’elle vous apprécie plutôt.
— Vraiment ?!
— Ce n’est qu’une intuition, mais connaissant son caractère, elle ne serait pas venue dans le manoir de quelqu’un qu’elle déteste simplement parce que j’allais m’y trouver. Je pense que la raison pour laquelle elle refuse votre demande doit vraiment être liée à ce qu’elle a dit.
— Qu’elle n’épousera pas un homme avec qui elle ne peut pas mourir ?
— Oui. En prenant les choses à l’envers, cela implique que, si vous remplissiez cette condition, elle pourrait accepter. Il n’y aurait rien à faire si elle rejetait le mariage en lui-même, mais elle reste une femme de la famille impériale. Depuis son enfance, on a dû lui répéter qu’elle se marierait un jour. Donc si nous parvenons à prouver que vous remplissez sa condition, il y a encore de l’espoir.
— Je vois… répondit Jurgen d’un air songeur. Mais le seul homme capable de mourir à ses côtés serait l’un de ses compagnons d’armes.
C’était bien là le problème.
Lise avait délibérément fait exclure Jurgen de l’armée. Elle lui avait retiré toute chance de devenir son partenaire sur le champ de bataille.
Cela ne lui ressemblait pas.
Jurgen ne s’était pas engagé pour abandonner ensuite à cause de ses propres limites. Lise avait usé de son influence pour le faire renvoyer.
Ce détail me laissait perplexe.
— Quoi qu’il en soit, repris-je, vous devez au minimum lui prouver que vous savez vous battre.
— Je le sais. Montrons à la princesse Liselotte les fruits de mon entraînement.
Jurgen tapota fièrement son ventre proéminent.
La vue de cette chair ondulante m’inspira une certaine inquiétude, mais je n’osai pas le dire à voix haut.
***
— Vous avez pris votre temps, fut le premier commentaire de Lise à notre retour. Il vous faut vraiment tout ce temps pour vous laver les cheveux et le corps ?
— C’est insulter l’art du bain que de croire qu’un bain ne sert qu’à se laver les cheveux et le corps, Lise.
Quant à Lise, ses cheveux étaient épais et brillants. Elle devait probablement se contenter de les laver normalement, sans consacrer beaucoup d’efforts à leur entretien. J’imaginais sans peine que cela puisse agacer d’autres femmes.
Jurgen et moi la rejoignîmes à la table où elle était assise. Le thé était déjà servi. Il y avait aussi des biscuits, mais ceux-ci avaient été attirés du côté de Lise, hors de notre portée.
— Tu crois ? répondit Lise. L’eau est une ressource précieuse sur le champ de bataille. Je n’envisagerais jamais un bain comme quelque chose à savourer.
— Heureusement que tu n’avais pas ce problème quand tu vivais dans la capitale, alors.
— Je n’aimais pas davantage les bains à l’époque, à cause de toutes ces servantes. Au final, où que je sois, j’entre et je ressors aussitôt. Je ne comprends tout simplement pas l’idée d’y prendre plaisir.
Sa remarque me fit éprouver une nouvelle admiration pour les servantes du château. Cela devait être terrifiant d’entrer dans le bain avec elle et de lui laver le corps. Enfin, si elles commençaient à s’inquiéter de ce genre de choses, elles ne feraient jamais leur travail. Être servante était vraiment une tâche difficile. Je décidai qu’un jour, j’apporterais un petit présent aux servantes de ma mère.
— Le bain est un lieu où l’on se trouve vulnérable, fit remarquer Jurgen. Peut-être est-ce pour cela que, inconsciemment, vous ne les aimez pas.
— Oh ! Brillant ! s’exclama Lise avec un sourire. Tu peux vraiment te montrer perspicace, parfois, Jurgen.
Puis elle lui tendit un biscuit, comme une récompense accompagnant son compliment.
Je n’en croyais pas mes yeux.
Ma sœur venait-elle vraiment de donner quelque chose à quelqu’un ?
C’était un choc. Lise s’attachait énormément à ce qu’elle considérait comme sien. Dans mon esprit, on pouvait même appeler cela de la dévotion.
Je pouvais compter sur les doigts d’une main le nombre de fois où elle m’avait offert quelque chose.
Un jour, l’un de ses subordonnés avait suscité la colère d’un noble puissant et s’était fait battre au point de nécessiter des soins. Quand Lise l’avait appris, elle s’était introduite de force chez ce noble et lui avait dit :
« Mes subordonnés m’appartiennent. Je suis responsable de leurs vies. Cela signifie que vous venez d’endommager ma propriété. »
Puis elle l’avait passé à tabac.
L’incident avait fait grand bruit, et je me souvenais encore nettement du prince héritier tirant certaines ficelles pour régler l’affaire avant qu’elle ne dégénère en véritable désastre.
Et cette même sœur venait d’offrir un biscuit à Jurgen. Bien sûr, à l’origine, ces biscuits étaient ceux de Jurgen, et ils avaient probablement été servis pour que nous les partagions à trois. Mais tout de même, venant d’elle, c’était extrêmement inhabituel. Ce geste, à lui seul, montrait que Lise appréciait raisonnablement Jurgen.
— Merci infiniment.
Jurgen accepta le biscuit avec une gratitude immense.
— Hmm.
Lise reçut sa réponse comme si cela allait de soi.
Peut-être était-elle particulièrement de bonne humeur aujourd’hui. Pour vérifier cette hypothèse, je me préparai mentalement et tendis la main vers un biscuit.
L’instant suivant, ma tête tournait et mon dos me faisait mal. Je réalisai que j’étais allongé sur le dos, au sol.
— Tes manières semblent s’être dégradées depuis la dernière fois que je t’ai vu, Arn, me réprimanda Lise.
Elle tenait encore le poignet de mon bras droit tendu.
— Toi, en revanche, tu es exactement la même.
Apparemment, elle avait, d’une seule main, tordu mon poignet et m’avait jeté à terre. Et elle avait pris soin de le faire avec assez de douceur pour ne pas me blesser.
Tout ça pour un simple biscuit.
— C’est étrange… Je croyais que tu étais de bonne humeur.
— Je le suis. Ce n’est pas souvent que je peux te voir. Je suis toujours heureuse de revoir mon frère inconsidéré, toujours trop occupé à faire l’idiot dans la capitale pour venir rendre visite à sa pauvre sœur. Je suis une sœur merveilleuse, tu ne trouves pas ?
— Je n’en sais rien. Tu viens de jeter ton frère au sol parce qu’il a essayé de prendre un biscuit. Je doute que beaucoup de gens appellent ça être une sœur merveilleuse.
— Je n’ai fait ça que parce que tu essayais de voler ma nourriture.
— Ça n’a aucun sens. Il y a assez de biscuits pour trois, non ? Ils étaient censés être partagés entre nous.
— Ils étaient clairement devant moi. Cela signifie qu’ils sont à moi.
Lise mordit joyeusement dans un biscuit.
Je gardai le silence.
Sur les lignes de front, les occasions de savourer des desserts n’étaient pas nombreuses. En tant que maréchale, ma sœur pourrait se permettre du luxe si elle le souhaitait, mais elle vivait selon le principe qu’un commandant doit montrer l’exemple à ses soldats. Ces biscuits devaient donc être les premières douceurs qu’elle mangeait depuis longtemps. Elle semblait, en tout cas, fort satisfaite.
Jurgen contemplait son plaisir avec une joie tout aussi visible.
Pourquoi ?
Pourquoi étais-je le seul à avoir le poignet immobilisé ?
C’était complètement absurde.
Je me débattais depuis tout à l’heure, mais je n’avais toujours pas réussi à me libérer de l’emprise de ma sœur.
— Lise. Tu voudrais bien me lâcher maintenant ?
— Pourquoi ?
— Comment ça, pourquoi ?!
— Je ne peux pas te lâcher tant que tu ne t’es pas excusé, non ?
— Mais ces biscuits étaient pour nous trois—
— Ils sont à moi.
— … Je suis vraiment désolé d’avoir essayé de voler ton biscuit.
— Je crois que tu oublies quelque chose.
— Je suis vraiment désolé d’avoir essayé de voler le biscuit de ma parfaite et merveilleuse chère grande sœur.
— Mieux.
Lise accepta ma seconde réponse et me relâcha enfin.
En me massant le poignet, je regagnai ma chaise. C’est alors que je remarquai que presque tous les biscuits avaient disparu.
— Tiens ? fit Lise en regardant l’assiette. Jurgen, mes biscuits ont disparu.
— Ne dis pas ça comme s’ils s’étaient volatilisés, protestai-je. C’est toi qui les as mangés.
— Je vais en faire apporter d’autres tout de suite, proposa Jurgen.
— Hmm.
Je retombai dans un silence profondément vexé.
Pourquoi fallait-il qu’elle ignore dans leur totalité toutes mes bonnes répliques ?
Jurgen frappa dans ses mains, et des servantes apparurent avec des parts de gâteau. Cela sentait le sucré, mais pas de manière écœurante. Du cheesecake, peut-être ? En tout cas, cela avait l’air délicieux.
La première part fut déposée devant Lise.
La seconde fut placée devant moi…
Et aussitôt saisie par Lise, qui l’attira à côté de la sienne.
C’en était trop.
— Hé ! m’écriai-je. Tu ne peux pas faire ça !
— Faire quoi ?
— Tout ça ! Pourquoi as-tu pris l’assiette qui était devant moi ?! Tu as déjà ton propre gâteau !
— En réalité, non, me corrigea Lise.
— Tu l’as déjà mangé ?! C’était rapide ! Mais peu importe, cette part est à moi ! Ne l’engloutis pas aussi !
— Ce qui est à toi est à moi.
— C’est le raisonnement le plus tyrannique que j’aie jamais entendu ! Et si ton frère disait la même chose de tes affaires ?
— Je n’écoute pas les absurdités.
— Tu quoi ?! Grrr !
Comprenant qu’il était inutile de discuter, je décidai de recourir à la force brute et tendis la main pour récupérer mon gâteau.
Mais Lise repoussa ma main d’une seule des siennes et se mit à manger mon gâteau de l’autre.
Là, elle allait voir.
Déterminé à récupérer ma part coûte que coûte, j’essayai de m’en emparer avec mes deux mains, mais elle déjoua ma tentative tout en finissant le reste de mon gâteau de son autre main.
Je poussai un lourd soupir.
— Je vous en prie, prenez le mien, Votre Altesse Arnold.
— Duc Reinfeldt… merci. C’est vraiment aimable de—
— Ne viens-je pas de te dire que tout ce qui est à toi est à moi ? l’interrompit Lise.
Le gâteau de Jurgen fut intercepté avant même de pouvoir m’atteindre, et finit lui aussi dans l’estomac de Lise.
Absolument ridicule.
Je n’obtins pas une seule bouchée.