THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 1 PARTIE 5

La querelle secrète au coeur de la capitale (5)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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— Votre Altesse ! Nous avons appris que la princesse Zandra tente de rallier le vicomte Helmer à sa cause !

— Envoyez des émissaires pour le convaincre de rester de notre côté ! Ne la laissez pas nous arracher davantage d’influence !

— Votre Altesse ! Le commandant Roemer, de la garnison de la capitale, est passé du côté de la princesse Zandra !

— Quoi ?! Kuh ! Nous ne pouvons pas laisser un autre déserteur s’échapper ! Utilisez toutes les forces disponibles, nous devons protéger nos partisans ! Je pars aussi !

Dans la capitale impériale, une bataille faisait rage dans la nuit.

Depuis que j’avais repris le plan de Zandra, elle s’était mise à priver Leo de ses partisans en guise de représailles. Leo avait fort à faire.

— Ça doit être dur pour toi.

— Aide-nous aussi, mon frère ! C’est toi qui as commencé, non ?

— Non, non, c’est moi qui ai suggéré d’aider le pauvre comte, mais c’est toi qui as accepté, non ? Je m’excuse que les choses en soient arrivées là, mais même si nous restons ici, l’autre camp finira par venir à nous. Ce n’est pas mieux ainsi ?

— Donne-moi un coup de main alors…

— Les bagarres, ce n’est pas mon truc. Je ne peux rien faire de toute façon.

— Si mon frère ne peut rien faire, je ne peux rien faire non plus, n’est-ce pas ?

— Hé, hé, trop de modestie, ce n’est pas bon. Si tu y vas toi-même, tes partisans hésiteront à quitter ta faction, n’est-ce pas ? Au final, il ne restera que tes vrais partisans. Bon, accroche-toi.

— Tu parles comme si tu n’avais rien à voir avec ça. Sérieusement, je vais absolument te demander de m’aider avec le travail d’ambassadeur, d’accord ?

Leo enfila sa veste et quitta la pièce. Je poussai un long soupir.

Zandra avait lancé son attaque, mais le noyau de notre faction n’avait pas bougé. Ceux qu’elle avait écartés n’étaient que des ralliements récents. Les perdre n’aurait pas d’incidence majeure.

Le problème était de garder ceux qui formaient le cœur de la faction. Cela, c’était l’affaire de Leo.

Ce à quoi je devais réfléchir, c’était ce que nos ennemis préparaient dans l’ombre.

— Sebas.

— Maître, qu’y a-t-il ?

— Si tu étais Zandra, que ferais-tu ? Qui prendrais-tu pour cible ?

— Si c’était moi, je ne lancerais aucune attaque. Je peux évidemment utiliser d’autres stratagèmes pour obtenir le même résultat. De plus, si je prévoyais d’agir, j’attendrais un peu. Je pense que le plus important est avant tout de protéger mes propres partisans.

— Je sais, mais nous avons affaire à Zandra, qui a déjà le sang qui lui monte à la tête. Dans ce cas, que penses-tu qu’elle prépare ?

Sebas réfléchit un instant, regarda le sac de bonbons posé sur le bureau et murmura. L’avait-il remarqué ? Bien sûr. N’importe qui l’aurait remarqué en y réfléchissant un peu.

— C’est Dame Finne, n’est-ce pas ? Si c’était moi, je m’en prendrais à Dame Finne.

— C’est vrai. Une fois que nous serons partis, il ne restera plus que Finne dans notre faction. C’est pourquoi, s’ils veulent s’en prendre à quelqu’un, ce sera Finne.

— Oui. Cependant, cela poserait un problème s’ils s’en prenaient simplement à Dame Finne, n’est-ce pas ?

— Oui, mon père ne resterait pas silencieux. Mais, par exemple, que se passerait-il si Finne était attaquée par des voyous alors qu’elle court partout pour protéger nos partisans ? La colère de mon père se retournerait contre nous, n’est-ce pas ?

— Alors, devrions-nous laisser Dame Finne dans le château ? Je ne vois pas comment cela pourrait se passer.

— Non, je l’ai déjà envoyée dans un endroit sûr. Je ne peux pas dire que cet endroit soit sûr non plus, je serais inquiet s’ils utilisaient quelqu’un du château pour la faire sortir.

La sécurité au château impérial était stricte — mais seulement contre les menaces extérieures. De l’intérieur, c’était une autre affaire. Les étages supérieurs où vivait l’Empereur étaient bien gardés, certes, mais ce n’était pas parce qu’il y avait un danger que je pouvais envoyer Finne auprès de lui.

— Un endroit sûr ? À ma connaissance, l’endroit le plus sûr est à vos côtés, non ?

— Non, puisqu’ils savent que c’est moi qui ai convaincu le comte Baelz de se rallier à nous, la personne que Zandra veut tuer à tout prix en ce moment, c’est probablement moi. Je ne peux pas la mettre à mes côtés en sachant cela.

— Je vois. Alors, n’était-ce pas une erreur de rallier le comte Baelz à notre cause ? Il est possible que Son Altesse Zandra ait remarqué que vous cachez vos griffes après tout. Je ne pense pas que le comte vaille la peine de prendre ce risque.

— Ce fait ne pourra pas rester secret éternellement. Mon père s’en doute probablement déjà depuis que je lui ai envoyé Elna. De plus, il suffira d’un peu de recherche pour qu’ils découvrent que tu es à l’origine un assassin célèbre. Pour l’instant, je vais les laisser croire que tout est ton œuvre.

— Ce serait mal de mépriser trop vos frères et sœurs. L’optimisme est un tabou, vous savez ? Après tout, vos trois frères et sœurs ont aussi le sang de votre estimé père dans les veines.

— Je sais. Ne t’inquiète pas, je ne les sous-estime pas. Au contraire, je pense que personne ne reconnaît leurs capacités mieux que moi. C’est parce que j’ai pris la plus grande précaution que je la tiens éloignée de moi. Cette attaque de Zandra vise sans aucun doute Finne. Si elle ne parvient pas à l’éloigner de moi, elle continuera à nous priver de nos partisans. Bon, cela causera plus ou moins de dégâts à notre faction, mais c’est certainement mieux que de perdre Finne.

— On dirait que vous ne les prenez vraiment pas à la légère. Vous semblez beaucoup plus sérieux que d’habitude. Est-ce parce que Dame Finne est concernée ?

— Eh bien oui. Finne est la fille du duc Kleinert. Si elle est enlevée, tu peux considérer que nous sommes hors course.

— C’est vraiment le cas ? Si vous connaissez l’objectif de votre adversaire, le seigneur Arnold aurait immédiatement lancé une contre-attaque. Mais cette fois-ci, non seulement vous n’avez pas mis en place de contre-attaque, mais vous avez également élaboré un plan défensif parfait. N’est-ce pas parce que vous ne voulez pas voir Dame Finne en danger ?

— Que veux-tu dire ?

— Non, je pense que c’est une bonne chose. Dame Mitsuba sera heureuse aussi.

Quand j’essayai de me plaindre à Sebas, je refermai aussitôt la bouche en voyant son air suffisant.

Quoi que je lui dise, ce majordome aurait toujours la réplique parfaite.

Je me préparai à sortir sans un mot.

— Vous sortez ?

— Oui, un certain majordome m’a dit de ne pas sous-estimer mon ennemi, alors je vais sortir pour vérifier un peu la sécurité.

— C’est super. Si vous lui dites que vous êtes inquiet quand vous la rencontrerez, ça serait parfait.

— Je ne le ferai pas.

— C’est dommage. Mais où avez-vous caché Dame Finne ?

— C’est un endroit que tu connais bien. L’endroit le plus sûr de la capitale impériale, là où vit la personne la plus puissante de la capitale.

— Je vois. Le manoir Amsberg, c’est ça. En effet, personne ne pourrait lever le petit doigt dans cet endroit.

Exactement.

Ayant obtenu l’approbation de Sebas, nous nous dirigeâmes vers le manoir Amsberg.

 

***

La résidence des Amsberg se trouvait près du château.

À mon arrivée, on me fit entrer sans attendre. Parmi les princes, j’étais probablement le seul à qui l’on accordât un tel accès.

Elna, Leo et moi étions amis d’enfance, mais depuis tout petits, c’est moi qui avais le plus fréquenté cette famille. Je ne savais plus combien de fois Elna m’avait traîné jusqu’ici en larmes. Au bout d’un moment, les chevaliers en faction avaient pris l’habitude de me saluer comme une vieille connaissance. Cette familiarité, à l’époque, m’avait un peu effrayé.

Même après plusieurs années d’absence, le gardien m’accueillit d’un « Bienvenue à la maison ». Pour les gens de cette maison, j’étais l’ami de leur adorable petite princesse, après tout.

— Quand on y pense, pourquoi disais-tu « Bienvenue à la maison » à un enfant qui pleurait ?

— Du point de vue des adultes, cela donne l’impression que les enfants s’entendent bien, non ?

— Et toi, qu’en penses-tu ?

— Je sais bien que le seigneur Arnold détestait ça, bien sûr.

— …

Les mots « Alors arrête de faire ça » me vinrent à la bouche, mais je les ravalai. Leur répondre convenablement n’aurait fait que leur donner le dessus — je n’aurais plus pu m’en sortir. Tout cela appartenait au passé, et c’est ce passé qui m’avait permis de confier Finne à cette famille si facilement.

Je parvins ainsi à l’entrée. Une femme s’y tenait, aux cheveux de la même couleur que ceux d’Elna, les yeux bleus. Jeune et belle. Sans qu’on lui dise rien, on aurait pu la prendre pour la sœur aînée d’Elna…

— Ça fait longtemps, Arn.

— Moi aussi, Anna.

— Rien d’inhabituel pour toi non plus, Sebas ?

— Non. Dame Amsberg.

C’était Anna von Amsberg, épouse du chef de famille et mère d’Elna.

Ma mère était presque à l’identique, mais la jeunesse d’Anna tenait du prodige. Le temps semblait ne pas avoir de prise sur elle. C’est ce qui m’avait autrefois fait hésiter à l’appeler Grand-Mère et finalement renoncé.

Anna me guida en souriant à l’intérieur du manoir.

— Malheureusement, mon mari est absent pour le moment. Ah, tu es déjà un prince accompli, non ? Je ne devrais peut-être pas te parler ainsi, cela pourrait être irrespectueux.

— Non, restez comme vous êtes. Je me sentirais mal à l’aise si vous deviez me parler avec tant de formalité.

— Oooh, je vais suivre ton conseil. Elna et Finne sont dans le bain en ce moment. Tu peux les rejoindre si tu le souhaites.

— Je ne veux pas mourir, alors permettez-moi de décliner votre invitation.

— Tu es si difficile. Vous aviez l’habitude de prendre le bain ensemble autrefois, n’est-ce pas ?

— C’était quand j’étais enfant, et vous vous souvenez encore qu’Elna m’a presque noyé dans cette baignoire ?

— C’est vrai. Et tu te souviens quand vous avez pleuré ensemble ? Tu pleurais quand Elna t’apprenait à te défendre contre les brutes, et Elna a fini par pleurer aussi parce que tu ne t’améliorais pas, quoi qu’elle fasse.

— Ce n’est pas raisonnable de me demander ça maintenant.

Comme je le pensais, cette femme était mon ennemie jurée. C’était étrange de ne pas en avoir gardé de traumatisme grave. Avec un esprit plus fragile, cela aurait pu me pousser au suicide.

Elle était également dangereuse quand elle souriait.

— Pour l’instant, peux-tu attendre dans la chambre d’amis la plus à l’intérieur ?

— D’accord.

— Sebas, peux-tu m’aider à servir le thé ?

— Certainement.

Sebas m’accompagnait souvent ici. Il suivit Anna comme s’il était son propre majordome.

On m’avait indiqué la chambre d’amis la plus éloignée. Je m’y dirigeai et tournai la poignée sans réfléchir. La porte s’entrouvrit, et je perçus une présence à l’intérieur, puis une voix de femme.

Je crus à une femme de chambre en train de faire le lit et ouvris quand même.

Ce fut une erreur.

— …

— Cette robe vous va vraiment bien, Dame Elna. Et si vous essayiez cette robe blanche ensuite ?

— F…Finne… tu peux arrêter de me changer comme une poupée…

À l’intérieur se trouvaient deux femmes en sous-vêtements. Finne portait une robe blanche immaculée, Elna une rose ornée de jolis volants.

Leur peau, qu’elles ne montraient normalement à personne, était exposée. Elles devaient penser qu’il n’y avait que des filles ici. Finne portait d’habitude des vêtements amples — elle était bien plus séduisante qu’on ne l’aurait cru. Elna n’avait guère grandi depuis la dernière fois, mais beaucoup d’hommes appréciaient les silhouettes fines.

Elles me remarquèrent pendant que je réfléchissais à tout cela.

Un instant de stupeur, puis leurs visages s’empourprèrent.

Elna attrapa un oreiller et se mit en position de lancer.

Il était inutile de résister. Je n’avais plus qu’à accepter ma punition.

J’avais oublié. La personne la plus redoutable ici, c’était Anna. Qui aurait cru qu’elle me guiderait exprès pour me faire surprendre sa fille célibataire. Une vraie malveillante, qui prenait plaisir à observer les réactions à ses méfaits.

— Arn !? Espèce de…!

— Seigneur Arn !?

Réalisant que j’étais tombé dans un piège, je me retrouvai avec un oreiller lancé à une vitesse ridicule sur le visage.

 

 

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