THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 1 PARTIE 4

La querelle secrète au coeur de la capitale (4)

—————————————-
Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
———————————————– 

— Est-ce vrai !?

L’empereur Johannes jeta les documents présentés par le comte Baelz devant le ministre de l’Ingénierie.

Une flamme de colère brûlait dans ses yeux.

Le ministre, dont la liaison venait d’être dévoilée, s’agenouilla aussitôt et implora son pardon.

— Pardonnez-moi, Votre Majesté ! J’ai été induit en erreur !

— C’est un crime de s’intéresser à la femme d’un autre ! En tant que ministre, tu le sais bien, n’est-ce pas ? De plus, c’était la femme de ton subordonné, n’est-ce pas ? À quoi pensais-tu ?

— C’est, c’est… C’est Bettina qui m’a abordé ! Je vous supplie de me pardonner ! J’ai été séduit ! C’est sûrement l’œuvre de quelqu’un qui veut me nuire !

—Tu penses que c’est acceptable d’avoir une liaison avec la femme d’un de tes subordonnés si elle t’a séduit ? Alors si l’une de mes concubines te séduisait, tu aurais une liaison avec elle ?

— Ce n’est pas…

— C’est la même chose ! Comment oses-tu blâmer la femme pour ton infidélité ?

La colère de Johannes était incontrôlable.

Il avait confié son travail à ce ministre pendant des années. Il lui avait même présenté la fille d’un ami pour en faire sa femme. Que l’homme lui rendit la pareille de cette façon le mettait dans une rage froide. Mais ce n’était pas tout. La femme avec laquelle il avait une liaison était l’épouse du comte Baelz — un homme en qui l’Empereur avait pleinement confiance.

C’est lui qui avait autorisé l’enquête sur la comtesse. Il avait même dit au comte, qui hésitait, que s’il y avait des problèmes, c’est lui qui trancherait. Telle était l’estime qu’il lui portait.

Le plan de Zandra reposait précisément sur cette confiance. Elle avait misé sur le fait que Johannes ne pouvait imaginer le comte nuire à son supérieur — et que le comte était effectivement incapable d’une telle chose. Aux yeux de l’Empereur, l’affaire prenait donc l’apparence d’une tentative du ministre de faire tomber son subordonné en se servant de sa propre femme.

En cela, tout s’était déroulé comme Zandra l’avait prévu. Sans la confiance que Johannes accordait au caractère du comte, on aurait pu retourner la situation contre ce dernier. Mais cette confiance avait tout protégé.

Johannes avait déjà entendu le comte lui confier ses souffrances. Il éprouvait de la sympathie pour lui.

Il prit sa décision rapidement.

— Démissionne de ton poste ! Rentre chez toi et attends ta punition !

— Pitié, pardonnez-moi ! Pardonnez-moi, Votre Majesté !

— Que le comte Baelz avance !

Johannes déclara sans s’apaiser. Le comte Baelz, qui avait légèrement reculé, s’avança devant lui et présenta ses excuses.

— Je vous présente mes excuses les plus sincères ! Tout cela est dû à mon manque de surveillance envers mon ex-femme !

— Baelz… Que dis-tu ? Tu n’as pas à t’en prendre à toi-même.

— Mais…

— Je te fais confiance. Tu as peut-être été trop naïf et t’es laissé piéger par une mauvaise femme, mais j’aime bien ça chez toi. J’apprécie le sérieux et l’enthousiasme dont tu fais preuve dans ton travail. Je voulais quelqu’un comme toi comme ministre. Qu’en dis-tu, tu veux bien devenir mon ministre de l’Ingénierie ?

— J…je ne peux pas accepter un tel poste ! C’est ma femme qui a commis un péché ! Je vous prie de la punir, Votre Majesté !

— Elle n’est plus ta femme. De plus, le ministre a également sa part de responsabilité dans cette affaire. Il ne peut pas être pardonné, même s’il a été séduit. Je n’ai pas l’intention de te punir pour cette affaire et je punirai également quiconque te calomnie.

— V…Votre Majesté…

— Je vais répéter mon ordre. Je nomme le comte Baelz ministre de l’Ingénierie. Tu dois travailler plus dur que jamais pour l’Empire.

— …Je n’oublierai jamais votre gentillesse, Votre Majesté. Au nom de la maison Baelz, permettez-moi d’accepter cette responsabilité.

C’est ainsi que le comte accepta le poste de ministre de l’Ingénierie.

Johannes échangea quelques mots avec lui et congédia le comte pour la journée. Puis il s’enfonça profondément dans son trône et poussa un soupir.

— Les choses commencent enfin à s’animer.

— …Bonjour, Franz.

L’homme qui apparut sans permission était du même âge que Johannes.

Cheveux d’un argent pâle, habit blanc semblable à celui des fonctionnaires civils. Il n’existait qu’un seul poste dans l’Empire qui autorisait à porter cet habit.

Le chef de tous les fonctionnaires. Le Premier ministre.

Il s’appelait Franz Seebeck. L’absence de « von » dans son nom disait tout : cet homme n’était pas noble. Par sa seule intelligence, il était passé du statut de fils d’aubergiste à celui de Premier ministre, le poste le plus élevé de l’Empire.

Johannes prit la parole.

 

— La lutte pour un poste de ministre est toujours liée à la guerre de succession. Tous les ministres actuels devraient bien le savoir. C’est pourquoi ils doivent être prudents. Se laisser séduire par la femme d’un subordonné est hors de question. Il finira par nuire à l’Empire. Si je ne le remplace pas maintenant, les dégâts pourraient s’étendre à moi aussi.

— Je n’ai rien à redire sur la façon dont Votre Majesté traite cette affaire. Cependant, à quoi pensiez-vous lorsque vous avez nommé le comte Baelz ministre ? Cette affaire sent le complot, après tout.

Franz était l’officier d’état-major de Johannes depuis qu’il était encore prince. À ses yeux, l’entourage du comte lui paraissait suspect.

S’il n’avait pas poussé les investigations, c’est qu’il lui était interdit d’intervenir dans la guerre de succession. Sans cela, il aurait déjà mené l’enquête.

— Cela m’importe peu qu’il s’agisse d’un complot. Baelz a les capacités requises pour ce poste et ce n’est pas lui qui a imaginé ce complot. Dans ces conditions, je ne vois pas d’inconvénient à le laisser à son poste. De plus, s’ils ne sont pas capables d’orchestrer au moins un complot de cette envergure, ils ne sont de toute façon pas aptes à devenir empereurs.

— Votre Majesté dit des choses étranges. N’est-ce pas moi qui ai imaginé tous les complots lorsque Votre Majesté était prince ?

— C’est ainsi qu’est un empereur. Pour devenir empereur, il faut être capable de reconnaître les talents des autres et de les exploiter. J’ai su remarquer tes talents assez rapidement. C’est pourquoi je t’ai laissé t’occuper de tous les complots. Grâce à cela, c’est moi qui suis assis ici aujourd’hui.

— Ne plaisantez pas. Même si je n’avais pas été là, vous auriez quand même pris le trône. Vous étiez déjà très ingénieux, Votre Majesté.

En disant cela, Franz repensa brièvement au passé. Johannes aussi.

Ses enfants cherchaient à suivre le chemin qu’il avait lui-même emprunté autrefois. Un chemin trempé de sang. Johannes le savait, et il ne pouvait pas les en détourner. C’était cette lutte pour le trône qui avait fait de lui ce qu’il était. Devenu empereur au sortir de cette épreuve, il avait vécu pleinement.

L’Empire était une puissance, certes, mais non sans rivaux. Il fallait se battre pour exister. C’est pourquoi il avait besoin d’un empereur fort, capable d’exceller. La guerre de succession était une épreuve à cette fin — un entraînement avant le trône.

Ceux qui ne parvenaient pas à la surmonter n’avaient pas le droit de régner. C’était une tradition qui se transmettait de génération en génération.

— Votre Majesté s’est elle-même ridiculisée. Bien que vous soyez l’aîné, vous avez autrefois été surnommé le prince prodigue, n’est-ce pas ?

— Être en tête d’une guerre de succession est dangereux après tout. Il y a aussi le risque d’être assassiné. Mon fils était comme ça aussi…

— Nous n’avons pas trouvé de preuves que le prince héritier ait été assassiné. Votre Majesté et moi-même avons enquêté sur tout ce qui concernait cette affaire. Malgré cela, vous soupçonnez toujours qu’il a été assassiné ?

— Oui, j’en suis convaincu. Le prince héritier a été assassiné. Il était excellent, mais trop gentil pour son propre bien. Quelqu’un a dû profiter de cela. J’aimerais qu’il y ait au moins quelqu’un qui puisse le récompenser pour cela.

— C’est le destin. Mais à propos, ne trouvez-vous pas la quatrième faction intéressante ?

Johannes sourit aux paroles de Franz parce qu’il était d’accord avec lui.

— Vous pensez aussi ? À première vue, cela semble être dû au charisme de Leonard, mais il y a certainement quelqu’un qui tire les ficelles en coulisses. Sinon, sa faction ne pourrait pas se développer aussi rapidement.

— Peut-être pensez-vous au prince Arnold ?

— Oui, il me ressemble beaucoup. J’ai l’impression qu’il se fait passer pour un incompétent.

— Je partage votre avis, mais contrairement à vous, je ne perçois aucune ambition de sa part pour le trône. De plus, il semble s’être efforcé de se discréditer. En fait, il ne riposte jamais, quoi qu’on lui fasse. Actuellement, il est complètement méprisé par les nobles.

— Je ne sais pas ce qu’il pense, mais lors du dernier incident, il a été le premier à agir et à envoyer Elna me chercher. De plus, il a cassé son bracelet afin qu’Elna et les chevaliers ne soient pas tenus pour responsables si quelque chose arrivait. Cela prouve qu’il a envisagé différentes issues possibles à Kiel. Au moins, il n’est pas aussi incompétent que le dit le public. Bien sûr, c’est peut-être une surestimation de ma part.

— C’est pour cela que vous l’avez nommé assistant de Son Altesse Leonard ? Ce n’est pas une bonne idée, n’est-ce pas ? Il n’y aura plus personne pour commander la faction du prince Leonard une fois qu’il sera parti.

— Eh bien, j’avoue que j’étais un peu ému à ce moment-là. Je n’aimais pas l’air insouciant d’Arnold. Il avait l’air de penser que tout se passait comme prévu, ça m’a un peu énervé…

Franz faillit dire : « Vous étiez simplement agacé parce qu’il vous ressemble ? » Il ravala ses mots.

Johannes l’aurait nié. Mais Franz savait.

Arnold ressemblait à Johannes bien plus que ce dernier ne le croyait. La différence, c’était la volonté. Johannes avait voulu le trône de toutes ses forces. Chez Arnold, Franz ne ressentait rien de tel.

Ceux qui n’ont ni volonté ni conviction ne font que semer le chaos. Et davantage encore quand ils ont du pouvoir.

Si Arnold possédait un désir aussi fort, il surmonterait cette crise par tous les moyens. C’est ce que Johannes voulait voir.

Ce n’est qu’alors, après avoir tout traversé, qu’Arnold et Leonard seraient reconnus par lui.

— Il semble que nous devrons attendre de voir ce que nos jumeaux maléfiques ont dans leur sac, n’est-ce pas ?

— Jumeaux maléfiques, hein… C’est un joli nom. Ces deux-là sont identiques. Leonard, qui est vertueux, a vraiment l’air d’un prince héritier. Si Arnold agit comme son ombre et l’aide en coulisses, ils pourraient vraiment monter sur le trône, hein ?

— Je me demande. Les autres princes et princesses qui ont suivi un tel chemin sont tous excellents. À une autre époque, il ne serait pas étonnant que l’un d’entre eux devienne empereur.

— C’est une bonne chose. Lorsque des personnes excellentes se disputent le trône, un empereur sage naît. L’Empire sera en sécurité ainsi, n’est-ce pas ?

Pour Johannes, qui avait toujours pensé à l’Empire avant tout, c’était une bonne nouvelle. Mais au fond, il éprouvait autre chose.

Il aurait voulu que ses enfants n’aient pas à verser autant de sang.

Sachant qu’il ne pouvait pas se permettre de tels sentiments en tant qu’empereur, il partit pour sa prochaine réunion.

error: Pas touche !!