THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 1 PARTIE 3

La querelle secrète au coeur de la capitale (3)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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— Était-ce vraiment une bonne idée ?

Alors que je rangeais quelques papiers, Finne préparait du thé tout en posant cette question.

— De quoi parles-tu ?

— Le fait d’avoir ajouté le comte Baelz à nos alliés. J’ai certes ressenti de la sympathie pour lui, mais on ne peut nier qu’il subissait également les conséquences de ses actes. S’il a donné à sa jeune épouse tout ce qu’elle demandait, puis a divorcé parce qu’il finissait par perdre le contrôle sur elle… Je ne pense pas pouvoir accepter cela en tant que femme.

— Eh bien, si tu le vois sous cet angle, le comte doit passer pour le pire des hommes, n’est-ce pas ?

— Y a-t-il d’autres perspectives ?

Si elle me le disait aussi directement, c’est qu’elle devait être sincèrement mécontente. On parlait d’amour, après tout — on ne pouvait pas simplement le mettre de côté quand cela n’arrangeait plus.

Du point de vue d’une femme, c’était une réaction naturelle. Mais cette affaire ne concernait pas seulement ces deux-là.

Je commençai à lui expliquer tout en rassemblant les documents.

— Bettina, l’ex-femme du comte est issue d’une noble lignée du sud, la maison Baum. Ce comte Baum est un parent de l’un des nobles les plus puissants du sud, le duc Kruger. Ce nom te dit quelque chose ?

— Bien sûr. Je me souviens très bien que l’une des concubines de Sa Majesté était issue de la maison Kruger, n’est-ce pas ?

— Oui, la cinquième concubine est la sœur de l’actuel duc Kruger. En d’autres termes, c’est une maison ducale qui entretient des liens étroits avec la famille impériale. Maintenant, réponds-moi : qui est l’enfant de la cinquième concubine ?

Finne réfléchit un moment, puis frappa dans ses mains.

Elle répondit aussitôt avec assurance.

— La princesse Zandra…

— Le neuvième prince aussi. Mais son petit frère n’a rien à voir avec cela pour l’instant. Le lien important est celui qui existe entre Zandra et Bettina.

— Un lien… ? Je ne pense pas que les parents du côté maternel soient si étroitement liés.

— Normalement, oui. Mais dans ce cas-ci, c’est un peu différent. Au fait, Finne, tu te souviens de la base du pouvoir de nos rivaux ?

— Ah, oui. Le prince Erik a le soutien des fonctionnaires civils, le prince Gordon était soutenu par l’armée, et la princesse Zandra a le soutien des mages, c’est ça ?

Elle s’en souvenait donc. Si ça n’avait pas été le cas, cela m’aurait posé problème.

Quand je lui dis qu’elle avait donné la bonne réponse, Finne se réjouit et dit

— J’ai réussi.

Je poursuivis la conversation en me demandant pourquoi elle plaçait la barre si bas.

— Alors, selon toi, qui sont les partisans les plus faibles au sein de la capitale impériale ?

— Au sein de la capitale ? Pas de cet Empire ?

— Oui, de la capitale.

— Hum… Les plus forts devraient être ceux du prince Erik, donc il reste le prince Gordon et la princesse Zandra, mais… Ah, j’ai trouvé ! C’est le prince Gordon !

— Pourquoi ?

— Comme les officiers militaires sont au front, son influence devrait être plus faible dans la capitale.

— L’idée n’est pas fausse, mais c’est incorrect. Il y a aussi des officiers militaires qui ne sont pas au front. La bonne réponse est Zandra.

— Aïe, je me suis trompé… Mais pourquoi la princesse Zandra est-elle la moins soutenue ?

Je réfléchis à la manière de lui expliquer simplement et pris les bonbons posés sur mon bureau. Krista était sans doute passée par là — aujourd’hui, c’étaient des biscuits en forme d’animaux.

Je saisis un lion, un oiseau et un loup. Je plaçai le lion et l’oiseau sur une assiette, puis écrasai le biscuit en forme de loup et en dispersai les miettes autour d’eux.

— Aaah… et dire que j’avais réussi à bien les faire cette fois-ci…

— Bon, désolé pour ça. Maintenant, sur cette assiette, il y a le soutien d’Erik et de Gordon, d’accord, et celui de Zandra est éparpillé. Maintenant, tu comprends ce que j’essaie de dire ?

— ???

— Tu ne comprends pas, hein. Bon. Les fonctionnaires civils et militaires sont souvent présents dans la capitale impériale. Cependant, les mages n’ont pas de fonction officielle au sein de notre gouvernement. Bien sûr, certains fonctionnaires sont des mages, mais ils occupent des postes très variés, comme nobles à la cour, nobles locaux ou officiers militaires à la frontière. Ils sont trop dispersés.

— Je vois ! Il n’y a donc pas beaucoup de personnes qui peuvent soutenir la princesse Zandra à l’intérieur de la capitale, n’est-ce pas ?

— Eh bien, c’est le cas. Mais voici le point principal.

— Hein… ? Ce n’était pas le point principal… ?

Finne tremblait légèrement, craignant que la conversation ne prenne une mauvaise tournure. Je lui adressai un sourire amer et tentai de lui expliquer aussi simplement que possible.

— En termes simples, Zandra a moins de partisans aux postes clés de l’Empire en raison de la nature de sa base de pouvoir. Gordon a les militaires et Erik est en bons termes avec les fonctionnaires, ces personnes peuvent transmettre leur volonté à l’empereur. Zandra, en revanche, n’a aucun moyen de le faire. C’est gênant pour Zandra, n’est-ce pas ?

— Je vois. Je pense que cela ferait vraiment une différence si vos partisans avaient un siège au conseil privé.

— Exactement. C’est pourquoi Zandra a toujours essayé d’obtenir un siège de ministre pour ses partisans.

— Est-ce possible ? La nomination des ministres ne peut-elle pas être faite que par l’empereur lui-même ?

— Eh bien, il y a un moyen de contourner cela.

Sur ces mots, j’empilai les biscuits verticalement sur l’assiette.

Finne pencha la tête. Pour qui n’était pas habitué, ce geste était franchement adorable — de quoi se faire voler le cœur. Je ne pouvais surtout pas montrer ça au comte Baelz. Il risquait de lui demander sa main séance tenante.

Je ne me laissai pas distraire et écrasai le biscuit en forme de lion posé sur le dessus.

— AAh !? Encore !?

— Il allait être mangé de toute façon, non ? Eh bien, c’est comme ça qu’on installe la personne qu’on veut au poste de ministre.

— Comment ça ?

— Je vais te l’expliquer autrement. Le lion est l’actuel ministre. L’oiseau en dessous est candidat à ce poste. Si le lion en haut se casse, le poste reviendra à l’oiseau.

— Je vois ! Donc, vous préparez un candidat pour le prochain ministre tout en sapant l’actuel, c’est ça !

Elle avait de l’imagination. Finne n’était pas douée pour les complots, mais elle n’était pas stupide pour autant. Simplement trop franche, parfois, au point d’en être inquiétante.

— C’est exactement ça. Si ton partisan est un vice-ministre ou occupe un poste similaire, tu peux renverser le dirigeant actuel et installer ton propre ministre.

— Je vois… Et quel est le rapport avec le comte Baelz ?

— Aah… Quel est le poste actuel du comte Baelz ?

— Vice-ministre de l’Ingénierie… Eh ?

Elle avait enfin compris. C’était assez compliqué, on n’y pouvait rien.

— Zandra manipulait Bettina par l’intermédiaire de ses parents, Bettina elle-même a dû recevoir l’ordre de jouer le jeu. Mais elle danse joyeusement au rythme de la musique. Et récemment, Zandra lui a donné un autre ordre.

— Il y a encore plus…

— C’est important après tout. Bettina a une liaison avec l’actuel ministre de l’Ingénierie. Il semble que ce soit le ministre lui-même qui ait initié la relation, mais c’est probablement Bettina qui l’a séduit en premier. De plus, la femme du ministre est la fille d’un ami proche de l’empereur. Apparemment, c’est l’empereur lui-même qui les a mis ensemble. S’il apprend cette liaison, il sera sûrement furieux.

— … Ne me dites pas, depuis le début ?

— C’est exact. C’est un scénario conçu par Zandra. Elle a envoyé une belle femme au comte Baelz, qui n’est pas doué avec les femmes, afin de le faire souffrir. En parallèle, elle s’occupe du ministre afin de se débarrasser de lui. Plus tard, elle aidera le comte en informant l’empereur de leur liaison au moment opportun. Et là, ô surprise, mon allié deviendra soudainement ministre.

— Attendez, attendez une minute ! Si, si c’est le cas, alors…

Je souris devant l’expression incrédule de Finne. Elle avait tenu ce plan pendant toutes ces années. Elle avait peut-être commencé à le tisser dès la mort du prince héritier. Elle n’était plus qu’à un pas de réussir.

— Oui, j’ai complètement ruiné le plan de Zandra. Elle doit être furieuse en ce moment.

— Pas possible ! les seigneurs Arn et Leo vont bientôt quitter l’Empire. Pourquoi mettez-vous Son Altesse Zandra en colère maintenant ?

— C’est justement parce que nous partons que nous devons perturber son plan. Tant que nous ne sommes pas dans la capitale, ils viendront inévitablement attaquer notre faction. Mais que se passera-t-il si nous perturbons l’équilibre de leur lutte à trois ? D’un seul coup, nous avons réussi à détruire le plan de Zandra. L’équilibre devrait être rompu à présent. Erik et Gordon ne manqueront pas cette occasion. Ils peuvent se débarrasser de nous à tout moment, mais ils n’ont que quelques instants pour attaquer Zandra affaiblie. Si j’étais à leur place, je profiterais de cette occasion pour affaiblir le pouvoir de Zandra.

— Vous avez pensé à tout ça ?

— C’est grâce à Sebas. Il a réussi à soutirer des informations importantes aux assassins, c’est lui qui a enquêté sur le comte Baelz pour moi.

Zandra avait aussi commis une erreur.

Elle avait envoyé contre moi les assassins dont elle s’était servie pour manipuler le comte Baelz.

C’est ce qui lui avait coûté son plan. Je ne voulais pas médire, mais elle semblait nous sous-estimer un peu.

— Euh… Je me demande depuis un moment, mais qui est Sebas ?

— Je ne te l’ai pas dit ? Sebas était autrefois un assassin. Il était même assez célèbre sur le continent. On le surnommait « la Faucheuse ».

— !? Qu’est-ce qu’une telle personne fait comme majordome du Seigneur Arn !?

— Je t’en parlerai plus tard. C’est une longue histoire. Maintenant, après avoir entendu mes explications, as-tu toujours des objections à ce que j’aide le comte ?

— N…non…

— Exactement. La raison pour laquelle il est si faible face aux femmes est probablement aussi l’œuvre de Zandra. Après tout, il a été vice-ministre pendant trois ans. Normalement, ce serait plutôt les femmes qui courraient après lui.

— D’une certaine manière, il est assez pitoyable, n’est-ce pas…

— Oui, il a dû être à la merci de Zandra pendant des années après son mariage, et nous avons enfin réussi à aider un comte aussi pitoyable. Bon, il est toujours utilisé par nous, mais bon.

Sur ces mots, je continuai à parcourir les documents.

C’était le dossier sur l’affaire du ministre de l’Ingénierie. Je demanderais au comte Baelz de le soumettre à l’Empereur. Zandra se retrouverait empêtrée dans cette querelle pendant un moment. Gordon ne manquerait pas l’occasion d’en profiter, et la guerre de succession s’embraserait.

Peu importait. Gordon se ferait un ennemi de Zandra, or Zandra était précisément le genre d’ennemie qu’il valait mieux ne pas se faire. S’ils s’entre-déchiraient, nous en sortirions gagnants. Et dans une telle situation, Erik ne bougerait pas non plus. Qu’ils s’épuisent tant qu’ils voulaient, loin de nous.

C’est avec cette pensée que je mis les biscuits écrasés dans ma bouche.

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