THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 1 PARTIE 2

La querelle secrète au coeur de la capitale (2)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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— Bonjour, comte Baelz.

— Oh, mais c’est le prince Arnold. Que puis-je faire pour vous aujourd’hui ?

Le comte Baelz était un noble de cour sans territoire, établi dans la capitale impériale. De génération en génération, les Baelz avaient occupé des fonctions importantes au sein de l’Empire. L’actuel comte était vice-ministre de l’Ingénierie, chargé du génie civil et de la lutte contre les inondations.

Il s’était toujours tenu à l’écart de la guerre de succession. Son poste n’avait pas d’influence directe sur son cours, et les trois autres ne s’y intéressaient guère.

Si j’étais venu ici, à sa résidence, c’était pour une certaine rumeur.

— En fait, j’ai entendu une rumeur, voyez-vous.

Le comte Baelz était un homme dans la trentaine, le crâne chauve et l’air timide — le genre d’homme sur lequel aucune femme ne s’attarde.

Il s’était pourtant marié quelques années auparavant. Héritier d’une famille illustre, vice-ministre de surcroît, il aurait dû ne manquer ni de prétendantes ni d’occasions. Mais il avait commis une erreur.

— Une rumeur, dites-vous… ?

— Oui, ce n’est qu’une rumeur, mais il semblerait que votre femme s’amuse tous les soirs de manière extravagante. Elle se présente comme si elle était de la royauté et tout le monde se demande d’où vient tout cet argent. C’est une rumeur qui circule.

— Ce… ce n’est qu’une exagération. Certes, ma femme aime s’amuser, mais elle ne s’est jamais comportée ainsi, elle était, elle était…

 

Le comte Baelz essuya la sueur sur son front avec un mouchoir. Les informations de Sebas étaient exactes.

D’après Sebas, le comte se plaignait de sa femme à qui voulait l’entendre. Son mécontentement était tel qu’il parlait souvent de divorcer, et que faute de pouvoir le faire, il se suiciderait.

À en juger par ses réactions, il trouvait le comportement de sa femme insupportable. La question était de savoir jusqu’où cet homme était prêt à aller.

— Comte Baelz.

— Oui, oui !

Quand je changeai de ton et le fixai, le comte se redressa aussitôt. Mauvaise conscience, ou simple tempérament ?

— Il y a aussi cette rumeur. On dit que vous utilisez l’argent détourné de l’Empire pour votre femme.

— Je n’ai jamais fait une chose pareille ! J’ai toujours travaillé dur en tant que ministre loyal de l’Empire ! Je vous en prie, croyez-moi !

— Même si vous dites cela. Cette fois-ci, je suis venu ici parce que la rumeur est déjà parvenue jusqu’au château. Ce serait grave si cela venait aux oreilles de mon père, vous comprenez ? Je veux clarifier les choses avant que cela n’arrive.

Le sang quitta le visage du comte.

Un homme facile à lire. Sa nature timide suffisait sans doute à expliquer qu’il redoutât qu’une telle rumeur parvînt jusqu’à l’Empereur. Il y avait peut-être quelque chose à espérer.

— V…Votre Altesse ! Prêtez-moi votre pouvoir ! Aidez-moi, je vous en prie !

— Je n’ai pas l’intention d’aider un criminel. Leo non plus, bien sûr.

— Je n’ai vraiment pas touché aux fonds de l’Empire !

— Alors d’où vient cet argent ? Votre femme ne pouvait pas se permettre de telles dépenses avec le salaire d’un comte.

— Ça venait de nos économies, donc ça allait au début… mais elles ont rapidement fondu, alors j’ai emprunté de l’argent à des connaissances et récemment, j’ai dû emprunter aussi à des marchands… Je me sens mal vis-à-vis de mes connaissances, mais la date limite approche, que dois-je faire…

Pourquoi avait-il épousé une telle femme.

Je n’avais pas eu le temps de pousser plus loin cette pensée grossière que la porte s’ouvrit avec violence.

— Chéri ! Il n’y a pas assez d’argent ce mois-ci !?

— B…Bettina !? Sors immédiatement ! J’ai une conversation importante avec le prince !

Celle qui entra était une beauté éclatante aux cheveux dorés, à peu près de mon âge, peut-être un peu plus. Bien jeune pour avoir épousé un homme dans la trentaine.

Tout ce qu’elle portait criait la richesse. La robe était celle des femmes de cour, les bijoux qui l’ornaient semblaient authentiques.

Je comprenais pourquoi il voulait divorcer.

— Prince ? Lequel ?

— Hé, hé !?

— C’est Arnold Lakes Adler. Désolé de vous déranger, Dame Baelz.

— Arnold ? Ah ! Ce Prince Insipide ? J’ai entendu parler de vous par le fils du duc Horsvath. Le prince misérable qui s’est fait prendre tout ce qu’il avait par son frère, c’est ça ? Qu’est-ce qu’un incompétent comme vous fait dans notre maison ?

— …

Le comte Baelz resta sans voix.

Moi aussi, à vrai dire. La seule personne qui m’eût jamais ridiculisé en public de la sorte, c’était Gied. Elle pensait sans doute pouvoir se le permettre, puisque Gied s’en tirait toujours à bon compte. Mais Gied était mon ami d’enfance et le fils d’un duc. Leurs positions n’avaient rien de comparable.

Quelle idiote. En la voyant agir ainsi, je ressentis de la sympathie pour le comte.

— Sors d’ici immédiatement…

— Hein ? C’est un ordre ?

— Peu importe, sors d’ici !

C’était probablement la première fois que le comte s’emportait ainsi contre sa femme. Déconcertée, Bettina quitta la pièce avec une moue mauvaise.

— Veuillez pardonner le manque de respect de ma femme, Votre Altesse !

— Je m’en fiche. J’y suis déjà habitué après tout. Mais c’est une femme assez absurde, n’est-ce pas ?

— … Ma femme est venue me voir quand elle avait dix-sept ans. Elle est la fille d’un noble local qui était célèbre pour sa beauté, je suis tombé amoureux d’elle dès notre première rencontre. Après cela, je lui ai donné tout ce qu’elle voulait parce que je ne voulais pas qu’elle me déteste, mais les choses ont dégénéré. À présent, elle se prend pour une sorte de princesse ou une noble de haut rang…

— Bien sûr, je pense que c’est la faute de votre femme, mais c’est aussi votre responsabilité en tant que mari de l’avoir encouragée. Si vous êtes son mari, vous devriez la réprimander pour son comportement, n’est-ce pas ?

— Oui… vous avez raison, Votre Altesse.

Son cœur était peut-être déjà brisé. La silhouette du comte, la tête baissée, avait quelque chose de tragique.

Que faire, maintenant ? Il fallait revoir le plan. L’idée initiale était de gagner progressivement sa confiance, mais le laisser seul risquait de le conduire au suicide.

Je n’avais pas le choix.

— Si vous n’avez pas encore divorcé, c’est parce que vous l’aimez toujours ?

— Oui, mais… quand j’ai annoncé à Sa Majesté que je l’avais épousée, il était très heureux… nous avons également reçu de nombreux cadeaux de félicitations.

— Je vois. Cela doit être difficile de divorcer.

Ce n’était pas seulement la faiblesse du comte envers sa femme qui avait retenu mon attention. Mon père l’appréciait beaucoup.

Je regardais probablement le prochain ministre de l’Ingénierie. Loyal, discret, peu enclin aux excès — le comte était exactement le genre d’homme en qui un employeur pouvait avoir confiance.

Si l’Empereur avait su dans quelle situation il se trouvait, il aurait soutenu le divorce lui-même. Mais il ne pouvait pas connaître chacun de ses sujets aussi intimement. Pour l’instant, il fallait un intermédiaire.

— Comte Baelz. Je sais que vous n’êtes pas idiot. Vous devez savoir pourquoi je suis ici, n’est-ce pas ?

— O-oui… pour m’ajouter à la faction du prince Leonard, c’est bien ça ?

— Oui. Si possible, j’aimerais passer plus de temps avec vous pour gagner votre confiance, mais… il semble que nous n’ayons pas beaucoup de temps. Je vais demander à Leo de transmettre votre situation à mon père. Ensuite, si la réponse de mon père est favorable à votre divorce, alors faites-le immédiatement. Je m’occuperai de la lettre à envoyer à la maison parentale de votre femme, ne vous inquiétez pas.

— Vraiment ? C’est vrai ?

Le comte me regardait comme s’il regardait son sauveur. À quel point était-il acculé.

C’était un peu égoïste de ma part, soit. Mais c’était aussi pour la guerre de succession. Que cette dame goûte un peu aux larmes — il s’agissait de subir les conséquences de ses actes. Le comte, lui, avait son utilité. Pas sa femme.

Restait à expliquer tout cela à Leo. Autant lui parler en face. Mais si possible, à l’abri de cette femme — elle risquait de le traumatiser pour la vie.

— Comte Baelz. Excusez-moi, mais pourriez-vous écrire une lettre d’appel à Leo ?

— Une lettre ?

— Oui, immédiatement. Ce sera plus facile de le persuader ainsi.

— Persuader ?

— Leo est un bon garçon, vous voyez. Si je lui en parle moi-même, vous risquez de me prendre pour intermédiaire. Vous ne voulez pas cela, n’est-ce pas ?

— O-oui, je vais écrire la lettre tout de suite !

À ma demande, le comte se mit à rédiger la lettre destinée à Leo.

Né dans une famille illustre, héritier d’une grande maison — et une femme avait suffi à le réduire à cet état. Quelle femme, au juste.

Il fallait choisir avec soin.

Un instant, les visages de Finne et d’Elna me traversèrent l’esprit. Rien que de les imaginer en épouse me terrifiait. L’une ou l’autre promettait son lot de complications. Mieux valait ne pas y penser.

Quoi qu’il en soit, je voulais une femme normale.

— V-Votre Altesse, est-ce que cela vous convient…?

— Laissez-moi voir.

Mon visage se déforma quand je jetai un œil à sa lettre.

Ce qu’il avait écrit là était une longue plainte contre sa femme. Chaque mot suintait le ressentiment accumulé. Je soupirai. On aurait pu qualifier ça de malédiction.

— Faites attention aux pièges tendus par des femmes après avoir commencé à coopérer avec nous, d’accord ?

— Oui, oui ! Je ne regarderai plus aucune femme ! Je servirai fidèlement le prince Leonard et le prince Arnold de toutes mes forces !

— Ne vous méprenez pas. Nous avons simplement besoin de votre aide. Votre seigneur est toujours Sa Majesté l’Empereur. Pas nous.

— Pardonnez mon impolitesse.

Il fallait enfoncer le clou.

Si le comte traitait Leo comme son seigneur, nous nous créerions un ennemi de plus. Je voulais éliminer cette possibilité.

— Très bien, j’ai bien reçu ta lettre. Vous connaîtrez le résultat dans quelques jours, alors attendez patiemment.

— Oui ! Merci beaucoup.

Je quittai le manoir du comte.

En sortant, je surpris le regard de Madame planté dans le dos de son mari. J’espérais qu’il tiendrait encore quelques jours.

Quand Leo lut la lettre, sa réaction fut immédiate : « Pourquoi a-t-il épousé une telle personne ? » Une question tout à fait naturelle. Je le convainquis, il transmit le message à mon père, et celui-ci soutint le divorce sans hésiter. L’affaire fut réglée en un rien de temps.

Pour mon père, voir l’avenir de son candidat au ministère brisé par la fille d’un noble de province devait être insupportable.

Le comte Baelz rejoignit la faction de Leo. L’influence de ce dernier s’en trouva légèrement renforcée.

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