Hole in my heart t1 - CHAPITRE 4 PARTIE 6
La cité de Sylmenia (6)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Pourquoi cette graine avait-elle survécu ? Par hasard, un canal d’irrigation était en train d’être nettoyé à proximité.
Le jour où l’emballement du donjon avait commencé.
À côté de ce jardin, un petit canal avait été temporairement barré pour être nettoyé. Mais lorsque le débordement s’était produit, les ouvriers avaient fui dans la panique, laissant le barrage en place.
En conséquence, l’eau avait débordé, inondant le jardin adjacent.
Les fleurs sacrées qui avaient éclos à la surface avaient fané sous l’effet du miasme. Mais leurs racines avaient produit des graines, et ces graines, protégées par la terre et l’eau, avaient été préservées du miasme.
Un miracle né d’erreurs et de chance.
Et le résultat des efforts acharnés de ceux qui avaient cru et continué à chercher.
— Le sixième jour des recherches, une seule graine fut trouvée dans la terre boueuse du jardin.
◆
— …
Konoe se tenait au bord de la tour, observant la ville.
Au loin, renforcé par la magie, il voyait la foule en liesse et Telnerica en son centre.
Alors que les habitants se rassemblaient, Telnerica s’agenouilla au milieu du jardin, les mains jointes. Quelques autres autour d’elle firent de même.
— …Une prière au dieu de la forêt.
La voix de Telnerica parvenait faiblement depuis la distance.
Puis, une lumière verte jaillit du sol. Elle se rassembla autour de l’unique graine, brillant intensément, teintant le ciel déjà assombri de la couleur de la forêt.
— …
À la lisière du champ de vision de Konoe, un changement commença.
Depuis la minuscule graine, une pousse émergea, des racines s’étendant. En quelques instants, une tige grandit, s’épaissit, et forma un bouton à son extrémité.
Puis, le bouton s’ouvrit.
— Une grande fleur s’épanouit. Des pétales semblables à ceux d’un chrysanthème.
Une unique fleur blanche, brillante comme la lune dans le ciel nocturne.
— !!
Des acclamations retentirent dans la nuit.
Les habitants s’embrassaient, débordants de joie.
Au milieu d’eux, la fleur se fana aussi vite qu’elle avait éclos. Elle devint brune, sa base gonfla. Un fruit se forma, puis commença à se flétrir.
— …
Telnerica tendit la main sous le fruit. Il se fendit, et des dizaines de minuscules graines s’en échappèrent.
Des dizaines de graines.
Telnerica les transféra soigneusement dans un sac.
Au même moment, la lumière verte autour de la fleur s’estompa peu à peu.
— …
Konoe observait la ville de loin.
— …?
À cet instant, une nouvelle lumière enveloppa la ville.
Alors que la lumière de la fleur s’éteignait, une lumière bleue, et non verte, baignait désormais la ville.
Konoe sursauta, mais ce n’était pas une présence inquiétante. Calmement, il se tourna pour en trouver la source.
— …La tour protectrice ?
Depuis le centre de la ville, la tour illumina la zone de lumière et de pouvoir divin. Cela signifiait que…
— …Ah, la barrière est de retour.
Une lumière bleue se répandit dans le ciel nocturne. La couleur du dieu des frontières. Elle formait des motifs dans l’air, enveloppant toute la ville.
— !!!!
Une acclamation encore plus forte que la précédente résonna à travers la ville. Les bonnes nouvelles s’enchaînaient.
Konoe écoutait ces voix… tout en scrutant les alentours, restant sur ses gardes.
— …
…Aucun problème. Aucun ennemi, et la ville était enveloppée par la barrière.
Konoe laissa échapper un léger souffle. C’était à cet instant que son travail dans cette ville prit fin.
◆
Un certain temps passa. Pendant ce temps, Konoe resta au sommet de la tour de guet.
La ville était en pleine effervescence, les acclamations atteignant le château même sans renforcement magique. La barrière avait été restaurée aujourd’hui. La fleur sacrée avait été trouvée. Ainsi, tout le monde riait.
Bien sûr, beaucoup de choses restaient inachevées. Personne ne savait combien de temps prendrait la reconstruction. Mais pour aujourd’hui, tous célébraient de toutes leurs forces.
— …
Konoe était assis sur le banc de la tour de guet, loin de la ville.
Le banc était trop large pour une seule personne. Il s’y installa, buvant un thé depuis longtemps refroidi, ce qu’il restait de celui que Telnerica lui avait donné ce matin-là.
— …
Konoe expira doucement.
Il faisait un peu frais, mais il n’avait pas envie de retourner dans sa chambre. Trop d’émotions tourbillonnaient dans sa poitrine pour qu’il puisse y retourner seul.
Il ne savait pas quelles étaient ces émotions. Elles lui étaient étrangères.
Konoe, trop habitué à vivre seul, ne pouvait pas leur donner de nom. À cause de sa longue solitude, la présence des autres rendait même ses propres sentiments incompréhensibles.
…Il ne comprenait pas. Konoe ne comprenait rien.
Pourquoi le visage de Telnerica apparaissait-il lorsqu’il fermait les yeux ? Il ne le savait pas. Sans comprendre, sa vie dans cette ville touchait à sa fin. Bientôt, il retournerait à ses anciennes habitudes…
— …
…Le regard de Konoe s’abaissa naturellement. Il observa ses pieds.
Le sol en pierre de la tour de guet. Un endroit où lui seul se tenait. Un endroit où il n’y avait personne d’autre. Konoe y était seul…
— …?
…Mais c’est alors qu’il remarqua quelque chose.
Un bruit monta depuis en bas. Des pas. Légers, comme ceux d’une jeune fille.
— …!
— Maître Konoe !
Une voix l’appela. Depuis les escaliers, une jeune fille apparut. Une jeune fille aux cheveux dorés. Une jeune fille en tenue de soubrette, à bout de souffle, avec la voix qui avait été à ses côtés pendant ces trente jours.
— Je suis désolée. Je suis en retard.
— …
Les joues de Telnerica étaient rougies. Ses cheveux collaient à sa nuque. L’air était frais, le soleil déjà couché.
…Elle avait dû courir jusqu’ici, à en juger par son état.
— Maître Konoe, puis-je m’asseoir à côté de vous ?
— …Oui.
— Merci.
Telnerica s’assit dans l’espace vide à côté de Konoe.
Un espace laissé libre depuis le début. Un banc trop étroit pour deux. Et pourtant, pour une raison quelconque, Konoe l’avait laissé libre.
— Telnerica était à ses côtés.
— …
Puis, le corps de Telnerica se pencha vers lui. Exactement comme la première fois où ils s’étaient assis si près l’un de l’autre sur la tour de guet.
Toc.
Son épaule, sa tête, vinrent toucher Konoe.
— Un instant plus tard, sa chaleur l’atteignit.
— …
— …
Un moment de silence s’écoula. Konoe, bien sûr, ne dit rien, et Telnerica non plus.
Il y avait pourtant de nombreux sujets, la fleur sacrée, la barrière, mais Telnerica garda le silence, restant proche de Konoe.
Il n’y avait que la chaleur.
Aucun mot, seulement la douce tiédeur là où ils se touchaient.
C’était tout.
— …
Mais cette chaleur… Cette chaleur humaine qu’il n’avait jamais connue pendant si longtemps était là.
Konoe sentit, très légèrement, ses yeux larmoyer. C’était comme si la chaleur de Telnerica atteignait les profondeurs de son cœur.
— …
— …
Les lumières et le tumulte de la ville étaient lointains, ne laissant que la lumière de la lune et le bruit de leurs respirations.
Deux personnes sur la tour de guet étroite. Rien que tous les deux.
Le vent soufflait par moments non sans fraicheur. Mais cela rendait d’autant plus nette la sensation de leur contact.
— …Ah.
À cet instant, une rafale particulièrement forte souffla. Elle emporta non seulement le froid, mais aussi les cheveux de Telnerica, qui se soulevèrent et s’épanouirent sous le ciel nocturne.
— …
Un éclat fugace sous la pâle lumière bleutée de la lune et des étoiles. C’était une vision qui le fit plisser les yeux. Une teinte dorée qu’il aurait voulu contempler éternellement.
◆
— Combien de temps s’était écoulé ?
Telnerica rompit le silence.
— …Maître Konoe.
— … Oui.
— Je dois vous dire « je suis désolée ».
— …? Désolée ?
Pourquoi Telnerica devait-elle s’excuser, se demanda Konoe.
— Je vous ai compris, juste un peu. J’ai compris quel genre de personne vous êtes.
— …Toi, moi ?
— Oui, juste un peu.
— Après tout, pendant presque trente jours, je n’ai regardé que vous, murmura Telnerica à Konoe, sa voix d’une douceur infinie.
Si proche que son souffle semblât effleurer son oreille.
…Et ainsi, elle poursuivit.
— C’est pourquoi, Maître Konoe, il y avait tant de choses que je voulais vous dire.
— …
— Il y avait tellement d’autres choses que je voulais faire… Je voulais rester à vos côtés plus longtemps.
À ces mots, Telnerica laissa échapper un léger souffle.
— Mais je ne le pouvais pas. Je suis née dans la maison Sylmenia. Née et élevée en tant que noble. Je devais protéger la ville. C’était le devoir qui m’avait été confié par mon père, ma mère et mon frère.
— …Les fleurs sacrées.
— Oui, je devais protéger les fleurs sacrées. Je devais me tenir à l’avant parmi les habitants. …Au final, je ne l’ai fait qu’à moitié.
Pour la première fois, Konoe se tourna vers Telnerica. Elle le regardait avec des yeux tristes, brillants de larmes retenues.
À cette vue, Konoe retint son souffle.
— Alors, je suis désolée.
— …
— Vous m’avez sauvée. Ce jour-là, alors que j’étais sur le point de mourir, incapable de faire quoi que ce soit, vous m’avez trouvée, vous m’avez relevée. Vous avez protégé cette ville, les choses qui me sont précieuses. Je vous en suis profondément reconnaissante. Je n’ai jamais rien connu d’aussi chaleureux.
Telnerica pressa doucement sa joue contre le bras de Konoe.
— Mais…
— Et pourtant, je n’ai rien pu faire pour vous, dit-elle.
Sa voix était emplie de tristesse, de regret. Instinctivement, Konoe voulut le nier. Ce n’était pas vrai. Cela ne pouvait pas être vrai. Pour Telnerica, Konoe était….
— …Je suis désolée.
— …
Mais Konoe ne parvint pas à lui transmettre ces mots à Telnerica qui s’excusait.
Il ne savait pas exprimer ses sentiments aux autres. C’est ainsi qu’il avait vécu. Konoe ne pouvait rien faire. Il pouvait tuer des monstres, guérir des maladies, devenir fort, devenir un Adepte.
Mais Konoe ne pouvait pas exprimer ses propres sentiments.
Konoe restait, toujours, socialement maladroit.
— …Alors, au moins.
— …
— Je tiendrai la première promesse que nous avons faite.
Avant que Konoe ne puisse dire quoi que ce soit, Telnerica se leva. Elle s’éloigna du banc, faisant un pas, puis deux.
Puis, se retournant, elle lui adressa un sourire d’une infinie douceur.
— …?
Konoe, pour une raison inconnue, ressentit un malaise.
Cette atmosphère, ces mots première promesse, éveillèrent en lui une vague prémonition irrationnelle.
Quelque chose d’important n’allait pas.
Il ne comprenait pas le sens de « promesse », mais cela lui semblait terriblement de mauvais augure…
Pourtant, Konoe ne savait pas quoi dire.
— …Telnerica ?
— Oui.
Son sourire répondit aux mots qu’il avait à peine réussi à prononcer.
Telnerica afficha un sourire espiègle.
— Maître Konoe, avez-vous déjà choisi une maison ?
— …N…Non.
— …Je vois. Assurez-vous d’en choisir une bonne, d’accord ?
Telnerica aborda ce sujet sans prévenir, puis redressa sa posture.
— Et s’inclina profondément, très profondément.
— Maître Konoe, merci infiniment pour votre aide. Pour avoir sauvé la ville, les habitants, aucune gratitude ne pourra jamais suffire. Je jure de ne jamais oublier cette dette tant que je vivrai.
— …
— Vous avoir rencontré ce jour-là a été, sans aucun doute, la plus grande chance de ma vie.
Ces mots étaient parfaitement sincères, sans la moindre hésitation. Ils portaient une émotion si profonde que même Konoe ne pouvait en douter.
Après quelques instants,
— Maître Konoe. Une fois votre maison achetée, je pourrais venir vous rendre visite ?
— …H-Hein ? Oui.
Sa question avait été posée sur un ton légèrement informel.
Déconcerté, Konoe acquiesça. Puis…
— Merci.
Telnerica souriait, sincèrement heureuse. Son sourire captiva Konoe.
…Mais, comme toujours, il ne put rien dire.
À cet instant, Telnerica s’inclina une fois de plus, dit adieu, puis se retourna. Elle se mit à courir. Sur cette tour de guet étroite, elle atteignit rapidement les escaliers…
…Et disparut à l’intérieur.
Telnerica ne fut plus visible. Konoe voulut la retenir. Mais il ne put pas.
Il était troublé. La Telnerica de tout à l’heure lui avait donné l’impression de lui dire adieu, mais…
— …Il reste encore demain.
Oui, Konoe terminerait son contrat demain à midi et retournerait à la capitale.
Mais demain matin, il serait encore en ville. Si Telnerica venait comme d’habitude le matin, ils se reverraient.
C’est ce qu’il pensait.
◆
Le lendemain matin, Telnerica ne rendit pas visite à Konoe dans sa chambre.
