Hole in my heart t1 - CHAPITRE 5 PARTIE 1
Doré (1)
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Traduction : Calumi
Correction : Raitei
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Ce matin-là, tôt, le portail s’activa. Konoe le sut sans que personne n’ait besoin de le lui dire. Ses sens affinés d’Adepte, même dans son sommeil, s’éveillaient brusquement dès qu’une énergie magique importante s’agitait à proximité. Son esprit se mit en alerte.
…Ainsi, Konoe sut que quelqu’un avait utilisé le portail pour quitter la ville vers un autre endroit.
◆
— …
Ce matin-là, Telnerica ne vint pas dans sa chambre. À la place, une autre servante arriva. C’était celle avec qui il avait déjà parlé de la famille de Telnerica. Elle était venue en remplacement, préparant le petit-déjeuner et les vêtements pour Konoe. Le repas était délicieux. Les vêtements soigneusement disposés.
Mais tout ce à quoi Konoe pensait, c’était Telnerica.
— …
Les événements de la veille au soir le hantaient. Ses paroles d’adieu. Que voulait-elle dire par cette première promesse ? Et le portail ce matin.
Un terrible pressentiment le saisit. Quelque chose n’allait pas. Peu à peu, l’anxiété s’insinua en lui, mais il ne comprenait rien.
— …Telnerica.
— …Je suis désolée. La princesse est souffrante aujourd’hui.
Lorsque Konoe posa la question, la servante baissa les yeux.
Konoe acquiesça et proposa d’utiliser de la magie de soin, mais elle répondit que le guérisseur du château s’était déjà occupé d’elle, et que ce n’était donc pas nécessaire.
— …Il arrive que même la princesse ne puisse pas se montrer. Je vous prie de le comprendre.
— …Je vois.
Ses paroles fermes laissèrent Konoe sans voix.
Il voulait aller vérifier son état immédiatement. Mais puisqu’on lui disait qu’elle ne pouvait pas le voir, Konoe n’était pas du genre à balayer cela d’un simple « peu importe ». Ce n’était pas ainsi qu’il vivait.
De plus, ce refus par l’intermédiaire de la servante le troubla. Le rejet ne lui était pas étranger, pourtant le fait qu’il vienne de Telnerica rendait ses mouvements lourds.
— …
Konoe baissa les yeux, tenté au moins de confirmer sa présence en la percevant, mais ce n’était pas le bon choix. Cela empiéterait clairement sur sa vie privée. Détecter la présence de quelqu’un était une chose, mais identifier une personne précise révélerait ce que faisaient tous ceux qui se trouvaient à proximité.
…Konoe avait décidé de rester droit, il ne pouvait donc pas agir de manière inappropriée.
— …
De toute façon, il n’avait aucune preuve pour justifier des mesures aussi extrêmes. Ce n’était que de l’anxiété. Tout ce qu’il avait, c’était l’attitude étrange de Telnerica la veille, l’activation du portail, et ses adieux précipités.
Rien de plus.
Même s’il avait un mauvais pressentiment, la servante, qui semblait en savoir quelque chose, restait calme, ce qui lui donnait l’impression qu’il se faisait des idées.
…Peut-être que son absence ce matin n’avait rien de particulier. Peut-être était-elle simplement fatiguée de s’occuper de lui. Cela paraissait plus probable.
Après tout, n’était-ce pas toujours ainsi ?
— …
— Au fait, Grand Adepte, voici un rapport. Le portail est en cours de préparation. Votre transfert vers la capitale devrait avoir lieu à midi.
— …Je vois.
Alors que Konoe s’enfonçait davantage dans la morosité, une nouvelle information lui parvint. C’était l’annonce de l’heure de son départ. La fin de son travail.
Le dernier moment avec cette ville, et avec Telnerica.
— …
Konoe ne savait pas quoi faire.
L’inquiétude pour Telnerica, un mauvais pressentiment et le doute envers lui-même s’emmêlaient, le laissant incapable de comprendre ce qu’il désirait réellement.
…Et, indifférent au trouble de Konoe, le temps continua de s’écouler.
◆
Cela arriva sans prévenir, à un tel moment. Non pas Telnerica, comme il l’espérait, mais quelque chose de tout autre.
— ?
Un bruit retentit avec force. Un Crash ! Comme quelque chose qui se brise.
Ce n’était pas simplement une assiette cassée, mais un son distinct, discordant, impossible à oublier une fois entendu.
— …Je vois. Un noyau miasmatique.
Konoe parvint rapidement à la réponse. Le noyau miasmatique. La cause de l’emballement du donjon. La source de tous les désastres qui avaient frappé cette ville. Un emballement commençait lorsqu’un donjon produisait un noyau miasmatique.
C’était facile à oublier, avec la barrière de scellement qui retenait le miasme et les monstres, mais un emballement ne prenait fin que lorsque le noyau était détruit. Ce n’était qu’alors qu’une région pouvait réellement retrouver la paix.
— Il a été détruit avec succès.
Le son entendu à l’instant ressemblait fortement à celui de la destruction d’un noyau miasmatique qu’il avait déjà entendu auparavant. Cela signifiait que l’emballement, qui avait commencé quarante-cinq jours plus tôt, était terminé.
L’Adepte chargé de la mission devait avoir bien fait son travail. En sondant les profondeurs souterraines, Konoe sentit la présence malveillante s’estomper.
…Les choses continuent d’avancer.
Konoe réfléchit. Il pensait à l’enchaînement des événements depuis la veille.
La fleur sacrée avait été trouvée, la barrière restaurée, et maintenant le noyau détruit. De bonnes choses continuaient d’arriver pour la ville.
…Eh bien, la destruction du noyau miasmatique ne semblait pas aussi marquante, grâce à la barrière de scellement.
« Cela ne changeait pas grand-chose », pensa Konoe.
— Grand Adepte, ce bruit… est-ce que le noyau a été détruit ?
— …Hm, oui.
Mais la servante à proximité réagit différemment. Aux paroles de Konoe, ses yeux s’illuminèrent. Elle s’excusa, demanda la permission de se retirer, puis quitta la pièce.
— …Et notre seigneur…
Bientôt, le château devint agité. Même sans prêter attention, Konoe pouvait entendre le tumulte et des voix lointaines.
…Ah, oui, leur seigneur.
À partir des bribes de conversation, Konoe comprit. Oui, les parents et le frère de Telnerica. La famille noble de cette cité était chargée de créer la barrière de scellement. Avec la destruction du noyau miasmatique, ils pourraient bientôt revenir.
C’était pour cela que le château était en effervescence, sans doute en train de se préparer à les accueillir. Cela ne se ferait pas aujourd’hui, mais peut-être dans quelques jours.
…De toute façon, Konoe, qui partait aujourd’hui, ne les rencontrerait probablement pas.
— …
Konoe laissa échapper un léger soupir.
Puis il se dit qu’il allait prendre l’air.
La servante était partie, et il avait envie de se vider l’esprit.
◆
Konoe monta dans la tour de guet.
L’endroit où il avait passé les derniers jours. Désormais inutile pour la chasse aux monstres, il lui restait pourtant familier. L’endroit où il avait été avec Telnerica. Où ils avaient parlé la veille au soir. Konoe s’assit sur le banc et regarda la ville en contrebas.
— …
Peu importe où il allait, tout ce à quoi il pensait, c’était Telnerica.
Mais il ne comprenait pas la situation. Il ne savait pas où elle se trouvait à présent.
Son attitude de la veille, le portail, tout cela restait ancré dans son esprit, impossible à chasser, et pourtant, une part de lui se demandait s’il ne réfléchissait pas trop. Était-ce prétentieux de supposer qu’il y avait un problème simplement parce qu’elle n’était pas venue ?
Il se moqua de lui-même.
…Oui, pour commencer…
— …
…Avait-il seulement le droit de s’inquiéter pour Telnerica ?
Un mauvais pressentiment ne justifiait rien. Pour qui se prenait-il ? Qu’était-il pour Telnerica ? Juste un homme engagé. Il avait accepté un travail et l’avait accompli.
Employeur et employé. Rien de plus, n’est-ce pas ?
Quoi qu’il se passe, d’après son comportement de la veille, n’était-ce pas Telnerica qui agissait de sa propre volonté ? Avait-il le moindre droit d’intervenir ?
…Il n’était qu’un étranger. Une personne socialement maladroite, à peine capable de soutenir une conversation. Pensait-il vraiment que quelques échanges avec Telnerica faisaient de lui quelqu’un d’important ?
— …
De sombres pensées traversaient l’esprit de Konoe. Infériorité. Mépris de soi. Toute sa vie jusqu’à présent. Son passé, sa véritable nature, se moquaient du Konoe actuel.
Et à mesure qu’il pensait ainsi, son esprit s’embrouillait.
Il ne comprenait pas. Il n’arrivait même pas à saisir ce qu’il voulait.
— … Je…
Le soleil se levait, l’heure de retourner à la capitale approchait. En se concentrant légèrement, il perçut la magie du portail en train de se renforcer.
Cet instant approchait, inexorablement.
Konoe regarda la ville. Le va-et-vient des habitants. Ceux qui s’activaient pour la reconstruction. Un homme déblayant les décombres, une femme préparant des repas. Un enfant reposant à l’ombre, épuisé, et des personnes âgées à ses côtés.
À l’entrée de la ville, des chevaliers se rassemblaient, occupés à quelque chose…
— …?
Comme pour échapper à la réalité, Konoe se demanda ce que faisaient les chevaliers. Intrigué, il les observa un moment, son regard flottant sans véritable intention.
— …!!
Puis, les chevaliers commencèrent à marcher vers le centre de la ville, portant des caisses, des caisses de la taille d’un être humain. Il y en avait trois, noires. Les chevaliers, deux par caisse, les transportaient avec précaution.
— …?
En regardant de plus près, Konoe aperçut un emblème d’ailes blanches au centre des caisses. Le même emblème que sur son manteau, le symbole de la divinité de la Vie.
Cela signifiait que ces… caisses de la taille d’un être humain, marquées de ce symbole.
— Des cercueils ?
…Quelqu’un était-il mort ? Quand ? Konoe était perplexe.
Aujourd’hui ? Non, forcément. On l’aurait informé sinon. Donc quelqu’un venait de mourir à l’instant ?
Avec la barrière en place ? Y avait-il eu un combat soudain dans la forêt ?
…Non, quelque chose clochait.
Si quelque chose s’était produit, on l’aurait appelé. Si quelqu’un était en train de mourir, Konoe pouvait facilement le soigner.
Même s’il était déjà mort, tant que la tête était intacte, il pouvait parfois intervenir. Pourtant, ils transportaient calmement des cercueils, sans se presser, en les manipulant avec précaution.
…Et quand avaient-ils préparé ces cercueils ? Il n’y en aurait pas de prêts pour quelqu’un qui venait de mourir.
Alors, qui se trouvait dans ces cercueils ?
— …!
Il ne savait pas. Mais son cœur bondit.
Il sentit qu’il devait savoir. S’il ne découvrait pas qui se trouvait dans ces cercueils…
— …!
Konoe quitta la tour de guet. Canalisant sa magie, il marcha dans les airs. En un instant, il atteignit les chevaliers qui transportaient les cercueils.
Lorsqu’il eut fini de réfléchir, ils étaient déjà près du centre de la ville, entourés d’une grande foule. Les gens s’agenouillaient autour des cercueils, les mains jointes, offrant des prières.
— …Capitaine.
— Noble Adepte !
— …Que se passe-t-il ici ?
Konoe aperçut le capitaine parmi eux et atterrit derrière lui pour poser la question.
Les yeux du capitaine s’écarquillèrent un instant, puis son expression devint à la fois triste et fière.
Konoe fronça les sourcils.
— Nous accueillons notre seigneur.
— …?
— Le seigneur, son épouse et le jeune maître, enfin, enfin, nous les avons ramenés en ville. Ceci est leur accueil.
…Comment ?