THE INSIPID PRINCE T3 – CHAPITRE 2 PARTIE 2

Le duc Reinfeldt (2)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
Relecture : Ostinliss
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— Vous êtes plutôt doué !

— Vous aussi, Votre Altesse ! Je n’avais encore jamais affronté quelqu’un d’aussi proche de mon niveau !

Nous nous échangions des coups à l’aide d’épées de bois.

Ni lui ni moi n’avions le moindre talent pour les arts martiaux. Notre maniement était faible, instable, et dénué de puissance, mais de notre point de vue, il s’agissait d’un combat acharné. Peu importait ce qu’en pensaient les autres.

Le duel prit fin, et je me tournai vers Sebas, qui nous avait observés du début à la fin.

— Alors ? demandai-je, le souffle court. Comment c’était ?

— Absolument sans intérêt. Regarder deux enfants jouer avec des bâtons m’aurait donné davantage d’espoir.

— Oh…

Jurgen laissa tomber les épaules, abattu.

Apparemment, notre duel équilibré mais inepte était si lamentable que notre spectateur le classait en dessous d’un jeu d’enfant. Cela dit, je m’y attendais plus ou moins. Tout le monde me répétait qu’il était mauvais, alors je voulais simplement voir à quel point il l’était.

Le duc et moi essuyâmes nos visages en sueur avec des serviettes, puis réfléchîmes à la suite.

— L’épée semble donc exclue. Avez-vous un autre domaine dans lequel vous vous débrouillez ?

— Eh bien… il y a une arme que je pratique depuis quelque temps.

— Laquelle ?

— La hallebarde.

Sebas alla chercher une hallebarde d’entraînement parmi les armes qu’il avait préparées.

Une hallebarde était, pour faire simple, une lance dont l’extrémité était surmontée d’une lame de hache. Polyvalente, certes, mais aussi lourde et difficile à manier. Entre des mains expertes, elle pouvait devenir une arme redoutable, mais pour un humain ordinaire, mieux valait s’en tenir à une lance classique. J’étais presque certain qu’elle avait été inventée par les nains afin de compenser leur faible allonge.

— Pourquoi la hallebarde ? demandai-je.

— Lorsque j’avais quinze ans, je suis allé rencontrer personnellement la princesse Liselotte afin de lui demander sa main. Elle m’a alors déclaré qu’elle n’épouserait personne incapable de manier une arme. Je m’y étais attendu, alors je m’étais entraîné à la lance. Mais cela n’a pas suffi.

— Je m’en doute.

Lise était une maréchale remarquable, mais aussi une combattante terriblement puissante à titre individuel. Elle maîtrisait toutes les armes imaginables. Espérer l’impressionner avec un entraînement superficiel relevait de l’impossible.

— Elle m’a alors dit que mes frappes manquaient de puissance, poursuivit Jurgen. À l’époque, en plus d’être petit, j’étais extrêmement maigre. Il m’était physiquement impossible de porter des coups susceptibles de la satisfaire. J’ai donc choisi une arme plus lourde. Au début, je perdais l’équilibre à chaque fois que j’essayais de la manier, alors…

— Ne me dites pas que…

— Si. J’ai commencé à manger davantage pour prendre du poids. Avec ma petite stature, me muscler ne suffisait pas.

Quelle tristesse.

Lorsque je regardais Jurgen manier la hallebarde, il paraissait plutôt stable, et ses coups d’entraînement possédaient clairement une certaine puissance. Il commençait même à avoir une forme de grâce. Mais penser qu’il avait sacrifié sa silhouette pour en arriver là me faisait mal au cœur.

Lise, avais-je envie de dire, tes paroles ont changé toute la vie de cet homme. Comment ne pas le prendre en pitié ?

Tout en me lamentant intérieurement auprès de ma sœur absente, je me tournai vers Sebas.

— Qu’en penses-tu ?

— Ce n’est pas mal du tout. Cependant, je ne suis pas certain que cela suffise à atteindre le niveau attendu par Son Altesse.

— Si le critère consiste à égaler Lise, seuls des généraux ou des chevaliers impériaux pourront y parvenir. Même elle ne doit pas exiger un tel niveau.

— Peut-être. Quoi qu’il en soit, il montre bien plus de potentiel avec la hallebarde qu’avec l’épée. L’arme ne demande pas tant de technique si l’on s’appuie sur son poids pour donner de la force aux frappes, et il possède l’équilibre nécessaire pour en supporter la masse. Il a dû s’entraîner énormément. D’après ce que j’ai vu de son épée, son talent naturel pour les arts martiaux est du même niveau que le vôtre, Maître Arnold.

— Autrement dit, presque inexistant, hein ? répondis-je avec un sourire amer. Le fait qu’il ait réussi à obtenir un résultat concret avec ne serait-ce qu’une seule arme est impressionnant. Sur ce point, il me dépasse largement.

Jurgen avait étudié le commerce et transformé sa modeste maison ducale en un domaine prospère. Il me paraissait évident que ses talents se prêtaient davantage à la voie des affaires. Et pourtant, il avait continué à s’entraîner. Tout en sachant que sa voie se trouvait dans le commerce, il avait déployé d’immenses efforts pour transformer sa faiblesse en force, simplement parce qu’il voulait obtenir la reconnaissance de ma sœur.

— Duc Reinfeldt.

— Oui ? Qu’y a-t-il ?

— Avez-vous déjà envisagé une autre femme ?

— Non, répondit-il fermement. J’ai déclaré mon amour à la princesse Liselotte. Je ne laisserai pas ces paroles devenir un mensonge. On disait souvent que la sincérité de mon père était sa seule qualité, mais c’était précisément ce que j’aimais chez lui. Je veux devenir le même genre d’homme. Un homme capable d’aimer une seule femme sans jamais faillir et sans rien demander en retour. Je trouve cet amour beau, et je crois aussi que rien de moins ne pourra convaincre la princesse de me donner une chance.

— Sebas, dis-je en me tournant vers lui, je commence à avoir l’impression que c’est nous qui sommes en tort.

— Eh bien, que votre sœur accepte ou non la demande du duc relève entièrement de sa décision. Si l’on pouvait se marier à force d’efforts, tout le monde y parviendrait. Le travail et la persévérance sont admirables, mais ils ne garantissent rien. Le cœur d’une femme, en particulier, ressemble au ciel d’automne, changeant et imprévisible. Il existe d’innombrables récits où une femme s’éprend non pas de l’homme qui lui est dévoué, mais d’un vaurien irresponsable.

— Hé, le duc est à genoux !

— Ce sont des choses qui arrivent. Au bout du compte, tout dépendra du bon vouloir de la princesse Liselotte.

Le duc était allé si loin grâce à sa détermination à rester optimiste. Il avait probablement évité, de manière délibérée, de prêter l’oreille à ce que disaient les autres.

Notre conversation avait dû lui asséner une vérité cruelle.

Je m’approchai pour tenter de lui remonter le moral.

— Allons, duc Reinfeldt. Ne vous laissez pas abattre.

— Argh ! Me voilà bouleversé par une chose aussi futile ! Je ne suis pas digne de la princesse Liselotte ! Quelle faiblesse !

— Euh…

— Si elle aime les hommes irresponsables, poursuivit Jurgen, alors je devrai jouer ce rôle moi aussi ! Prince Arnold, enseignez-moi vos secrets !

Il se redressa brusquement et me supplia.

— Comment puis-je devenir plus irresponsable, comme vous ?!

Son élan soudain me fit reculer instinctivement jusqu’aux côtés de Sebas.

— Il ne renonce vraiment jamais, remarqua Sebas.

— Et tu ne trouves pas impoli qu’il me demande comment devenir irresponsable ?

— Je pense qu’il n’a pas entièrement tort. Nul, dans la capitale impériale, ne s’est engagé aussi profondément que vous sur la voie de l’irresponsabilité.

— Ne va pas inventer une prétendue “voie de l’irresponsabilité”. Je ne me souviens pas avoir choisi de suivre quoi que ce soit de ce genre. Je n’ai simplement choisi aucune voie, voilà tout.

— Je vois ! s’exclama Jurgen, accroché à mes paroles. Il ne faut donc rien choisir dès le départ ! Voilà un enseignement précieux !

— …

— …

Sebas et moi restâmes sans voix.

À ce stade, je ne pouvais qu’être impressionné par la profondeur de son aveuglement. Voilà donc ce que l’amour pouvait faire aux gens. J’en avais clairement sous-estimé la puissance.

— Ma sœur aime fondamentalement les gens forts. Il doit bien exister un moyen de lui faire voir la force du duc, non ?

— La princesse Liselotte observe les progrès du duc Reinfeldt depuis plus de vingt ans. Peut-être reconnaît-elle déjà cette forme de force chez lui ?

— Elle n’en voit que le résultat. Ce que je veux lui montrer, c’est l’ampleur de ses efforts. Voir quelqu’un travailler dur pour atteindre un objectif, c’est attirant. Tu ne crois pas ?

— Cela se tient, admit Sebas.

— Prince Arnold, intervint Jurgen. Je ne voudrais pas paraître impoli, mais puis-je vous poser une question ?

— Vous avez déjà été largement impoli, alors allez-y.

— Oh, merveilleux. Qu’avez-vous fait pour gagner l’affection de la princesse Liselotte ?

Il n’avait décidément aucune retenue.

Je repensai au moment où Lise avait commencé à m’apprécier.

C’était il y a onze ans. J’avais menti pour éviter des ennuis à une fille, et l’on m’avait enfermé pendant une semaine. Mon frère aîné avait appris la vérité par notre père, puis avait dit à Lise que j’étais en prison parce que j’avais endossé la faute d’une autre enfant.

À partir de là, elle était venue me voir chaque jour.

Elle m’avait répété que si je lui disais simplement qui était cette fille, elle plaiderait ma cause auprès de Père. Naturellement, j’ignorais qu’elle connaissait déjà la vérité. J’avais donc continué à prétendre que j’étais seul responsable.

Avec le recul, ce n’était peut-être rien d’autre que de l’entêtement. J’avais déjà menti pour aider cette fille et passé une semaine en cellule. Si j’avouais, tout cela n’aurait servi à rien.

Alors j’avais gardé le secret jusqu’au bout.

Lorsque j’étais sorti, Lise m’avait tapoté la tête et m’avait dit…

— Je suis vraiment fière de toi.

— Pardon ? demanda Jurgen.

— C’est ce qu’elle m’a dit autrefois, quand j’étais petit. Elle m’a félicité pour être resté fidèle à ma décision et à mes principes. C’est après cela qu’elle s’est particulièrement attachée à moi. Je suppose qu’elle a apprécié ma manière d’agir.

— C’est une bonne nouvelle, intervint Sebas. Cela prouve au moins que le duc Reinfeldt allait dans la bonne direction.

— Oui. Elle devrait apprécier sa persévérance, puisqu’elle aime les gens qui travaillent dur et ne renoncent pas. Cela dit, je n’ai pas vraiment idée de ce qu’elle recherche chez un homme. Le plus rapide serait sans doute de la voir directement.

Je me levai aussitôt.

Penser qu’une affaire aussi importante pouvait se régler par lettres avait été une erreur.

— Sebas, prépare nos affaires. Nous partons pour le territoire des Reinfeldt.

— Tout de suite.

— V-Votre Altesse ?! s’étrangla le duc.

— Votre territoire est bien plus proche de l’endroit où se trouve ma sœur que la capitale. Si je m’y rends, elle viendra peut-être me voir. Et si elle ne vient pas, alors j’irai la voir moi-même.

J’exposai mon plan avec un sourire.

Il était ridicule d’essayer de négocier avec Lise depuis la capitale.

Il était temps de rejoindre le front de notre bataille.

Cela dit, il me fallait un ou deux présents pour ma sœur. Et d’autres préparatifs s’imposaient pour un voyage d’une telle distance.

J’espérais seulement que personne ne viendrait faire obstacle à mes projets entre-temps.

Malheureusement, plusieurs personnes me vinrent aussitôt à l’esprit.

— Mieux vaut rester sur mes gardes, au cas où.

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