THE INSIPID PRINCE T2 – CHAPITRE 4 PARTIE 2

La conquête du dragon des mers (2)

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Traduction : Moonkissed
Correction : Raitei
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Le lendemain matin, je fis savoir à tout le monde que j’étais malade et m’enfermai dans ma chambre.

J’avais laissé sur le lit une illusion de moi-même endormi ; quiconque viendrait vérifier penserait donc que je dormais paisiblement.

De là, j’utilisai la magie de transfert pour gagner une ville proche de la frontière sud de l’Empire, puis l’employai une seconde fois afin de rejoindre directement la capitale impériale.

J’apparus dans la pièce secrète de Grand-père.

Un visage familier m’y attendait. Ce n’était pas Grand-père. Lui devait probablement se reposer dans son livre à l’heure qu’il était. Il n’existait peut-être plus que sous forme de pensée, mais cela ne signifiait pas qu’il pouvait rester éveillé en permanence. S’il ne se reposait pas correctement, son esprit risquait de s’effondrer

— Bon retour parmi nous.

— Sebas, hein. Comment savais-tu que je reviendrais aujourd’hui ?

— Je ne le savais pas. Je vous ai simplement attendu ici tous les jours.

— Tous les jours… Tu es vraiment assidu.

— On ne peut pas être majordome sans l’être, après tout.

Sur ces mots, Sebas me tendit un masque argenté et une robe noire.

Tout en revêtant la tenue de Silver, je l’interrogeai sur la situation.

— Alors, où en est-on ?

— La guerre entre factions se déroule favorablement. Dame Lynfia s’est montrée remarquable.

— Vraiment ? On dirait que j’ai fait le bon choix.

— Il semblerait. En revanche, Dame Finne a quelque peu…

— Finne a fait quelque chose ?

À sa manière de parler, il ne semblait pas que Finne elle-même fût en danger. Si quelque chose lui était arrivé, Sebas n’aurait pas été aussi calme. Rassuré sur ce point, j’attendis sa réponse.

— Sur proposition de Dame Lynfia, elle a rencontré la représentante de la société Demi. Dame Finne est parvenue à la convaincre de coopérer avec nous, mais…

— Mais ? Je t’avais dit de ne pas la quitter, non ? Je fais confiance à Lynfia, mais il est encore trop tôt pour lui accorder une confiance totale.

— Je vous présente mes excuses. J’ai pensé que si j’accompagnais Dame Lynfia, l’autre partie se montrerait plus méfiante à notre égard.

— Peu importe. Alors ? Comment Finne a-t-elle convaincu leur représentante ?

— Elle s’est offerte en monnaie d’échange. Elle leur a proposé de faire d’elle ce qu’ils voulaient, puis leur a demandé ce qu’ils pouvaient offrir en retour. Finalement, incapables de proposer quoi que ce soit d’une valeur équivalente, ils ont capitulé et accepté nos conditions sans difficulté. En échange de leur coopération, ils souhaitent seulement utiliser le nom de Dame Finne. Une requête tout à fait raisonnable, si je puis me permettre.

— Aah… Sérieusement.

Elle avait vraiment fait quelque chose d’imprudent.

Je savais qu’elle se valorisait peu, mais à ce point ? Qu’aurait-elle fait s’ils avaient réellement eu quelque chose d’une valeur équivalente à lui offrir ?

— C’est vraiment une enfant difficile, n’est-ce pas ?

— Tu peux parler.

Un vieil homme au corps légèrement transparent apparut soudain. C’était mon maître, mais aussi mon arrière-grand-père. Grand-père.

— Qu’est-ce que tu veux dire par là, Grand-père ?

— Tu accordes toi aussi bien peu d’importance à ta réputation. Ce détachement désabusé, chez toi, ressemble beaucoup au sien, tu ne crois pas ?

— Laisse-moi tranquille. Ma position actuelle me facilite les choses.

— Cette fille doit penser exactement la même chose. « Je suis très bien comme ça. C’est mieux ainsi. » Le monde est vraiment déprimant, n’est-ce pas, Sebas ? Il est triste que les enfants ne puissent pas simplement rester des enfants.

— Tout à fait.

Les deux vieillards soupirèrent de concert.

Je ne savais pas pourquoi, mais cela me mettait mal à l’aise. On aurait dit que j’étais le méchant dans l’histoire. Ne vous en prenez pas à moi.

— J’aurais pu vivre éternellement comme un enfant normal si une certaine personne avait aboli la coutume de la guerre de succession lorsqu’elle était empereur.

— Eh bien, si un empereur sage naissait naturellement, ce serait possible… mais cela n’arrive jamais. C’est pour cela que la guerre de succession existe. Elle a été créée pour ceux qui possèdent les qualités nécessaires pour devenir empereur. Après tout, il est rare de voir autant de candidats excellents réunis en même temps.

Il imposa sa logique sans ciller.

Le mécontentement accumulé en moi menaçait d’exploser, mais comme le laisser sortir ne servirait à rien, je me dirigeai vers la porte sans rien dire.

— Arn.

— Quoi ?

— Ne reproche rien à cette fille. Tu comprends, n’est-ce pas ?

— …Tu n’as pas besoin de me le dire.

Je n’ai pas le droit de lui faire la leçon.

Je murmurai ces mots dans mon cœur, me dissimulai derrière un sortilège d’illusion, puis quittai la pièce.

 

***

 

La chambre de Leo.

Même en notre absence, elle servait toujours de quartier général à Finne et aux autres. C’est donc là que je l’attendis.

Finne et Lynfia revinrent bientôt dans la pièce, sans doute après avoir terminé leur entretien avec nos partisanes.

— !? M…Messire Silver !?

— Silver…

— Bonjour. Dame Finne. J’ai quelque chose à vous dire.

— O…oui…

Je tournai alors les yeux vers Lynfia.

Elle semblait naturellement décidée à rester pour écouter, mais je ne pouvais pas le permettre.

— Peux-tu nous laisser seuls un instant ? Femme aventurière, je t’ai rencontrée dans le territoire du duc Kleinert.

— Je suis honorée que vous vous souveniez de moi, mais pour le moment, je suis l’escorte de cette personne.

— Je veux lui parler seule. Donne-moi un instant.

— … Je ne doute pas de vous, mais je ne peux pas simplement dire « oui, d’accord ». Veuillez m’excuser.

L’attitude inflexible de Lynfia était très rassurante.

Je ne lui aurais pas confié Finne si elle avait été du genre à céder aussi facilement. Mais pour l’instant, elle me gênait. Alors que je cherchais comment m’y prendre, Sebas me lança une bouée de sauvetage.

— Dans ce cas, permettez-moi de rester ici pour veiller sur elle. Rassurez-vous, je ne vous dérangerai pas.

— …D’accord.

— Très bien, Dame Lynfia. Pouvez-vous rester en attente dans une autre pièce ?

— …Si Sebas le dit.

Sur ces mots, Lynfia quitta enfin la pièce. Après s’être assuré qu’elle était partie, Sebas gagna la pièce adjacente. Nous étions enfin seuls.

— Bon retour parmi nous. Puisque vous êtes revenu ici, il a dû se passer quelque chose là-bas, n’est-ce pas ?

— Il s’est passé beaucoup de choses, oui… mais ce sera pour une autre fois.

— Hm ? Pour une autre fois ?

Surprise, Finne pencha la tête avec curiosité.

Elle pensait sans doute qu’il n’y avait rien d’autre à dire pour le moment. C’était parce qu’elle accordait très peu d’importance à ce qui la concernait elle-même.

— …J’ai entendu dire que tu avais rencontré la représentante de la société Demi.

— Oui ! Les négociations se sont bien passées ! La représentante était aussi une personne très sympathique.

En disant cela, Finne sourit. Ce sourire était difficile à regarder.

Je savais très bien d’où venait mon amertume. J’avais l’impression de contempler dans un miroir mon propre reflet déformé. Je ne regrettais pas ce que je faisais. C’était nécessaire, et je referais probablement les mêmes choix à l’avenir. Mais je me sentais coupable de faire ressentir cela aux personnes qui m’entouraient.

— … Dis, Finne. Je sais que je ne suis sans doute pas le mieux placé pour te dire ça. Tu vas peut-être même me détester pour ces paroles. Mais même si c’est le cas, je veux quand même te les dire.

— Oui ?

— Je veux que tu prennes davantage soin de toi.

C’était comme me lancer un boomerang en plein visage. Combien de fois Leo m’avait-il dit exactement la même chose ? Mais moi, j’avais choisi cette situation. Je ne m’étais pas battu ni sacrifié pour quelqu’un d’autre comme Finne le faisait.

Je pouvais facilement imaginer sa réaction.

Mais c’était précisément pour cela que je devais le lui dire.

— Cela me fait mal de te voir te rabaisser ainsi, Finne. Je sais que tu voulais seulement te rendre utile, mais tu n’as pas besoin d’aller aussi loin.

— …Même comme ça… Je… je veux vous être utile Seigneur Arn…

Finne murmura ces mots, le visage au bord des larmes. En la voyant ainsi, je fus envahi par le regret. J’avais été inconsidéré. Je pensais que tant que je ne me plaignais pas et que je ne faisais pas d’histoires, tout irait bien.

Finne n’avait jamais quitté le territoire du duc. Il était évident qu’elle serait perdue en arrivant dans la capitale avec moi. Et malgré cela, elle cherchait désespérément à se rendre utile.

Je n’avais rien fait pour elle à ce sujet. Combien de fois l’avais-je emmenée dehors ? Lui avais-je seulement offert un instant de répit ? Je n’avais eu en tête que la guerre de succession. Pour être honnête, je n’avais pas eu la moindre marge de manœuvre.

Les paroles de ma mère me revinrent alors à l’esprit.

« Tu es toujours comme ça. » Elle me les avait dites lorsque je l’avais quittée au palais intérieur. Sur le moment, je n’y avais pas prêté attention, mais peut-être avais-je été imprudent depuis le début. Je n’avais pas eu le temps de me reposer, mais j’aurais dû prendre ce temps malgré tout.

Si cette situation avait continué, j’aurais pu perdre Finne.

— Finne… tu es spéciale.

En disant cela, je retirai mon masque argenté.

Les seules personnes devant lesquelles je pouvais retirer ce masque étaient Sebas et Finne. Comme Sebas avait toujours su la vérité, Finne était la seule personne à avoir découvert mon identité par elle-même.

— Seigneur Arn…

— Les seules personnes à qui je peux montrer mes deux visages ainsi sont Sebas et toi. Sebas est mon tuteur. Il est comme un parent pour moi. C’est pourquoi… la première personne à qui je peux vraiment montrer ces deux visages, c’est toi. À partir du moment où tu connais mon secret, tu n’es plus une simple personne à mes yeux. Leo est mon seul et unique petit frère, et toi, tu es la seule personne avec qui je partage ce secret. Rien ne changera cela. Je suis heureux que tu sois restée à mes côtés.

Avoir quelqu’un avec qui partager mon secret de cette manière… tu n’imagines pas à quel point cela me soulage.

Oui.

C’était plus facile ainsi.

Peut-être m’étais-je trop reposé sur elle.

En le comprenant, je me sentis encore plus coupable.

— Je… je ne suis pas quelqu’un de spécial… Je ne suis pas quelqu’un d’aussi remarquable que vous, Seigneur Arn, ou que le seigneur Leo… Mais puisque je connais votre secret… je dois me rendre utile…

— Oui, tu m’as sauvé. Merci. Et pardon, j’aurais dû te le dire plus tôt. Ce dont j’avais besoin, c’était simplement que tu sois heureuse, en tant que personne.

Malgré tout, je ne l’avais jamais dit à Finne. C’était sans doute pour cela qu’elle s’était sentie si anxieuse.

Le simple fait de connaître mon secret lui imposait déjà une pression immense. C’est pourquoi elle avait cessé de penser à elle. Elle ne songeait plus qu’aux intérêts de notre faction. Elle devait croire que cela me rendrait heureux.

Si je devais le dire moi-même, c’était méprisable.

Je détestais cette partie de moi.

En entendant mes paroles, des larmes coulèrent des yeux de Finne. Puis elle se couvrit le visage de ses deux mains et se mit à pleurer.

Finne n’était encore qu’une jeune fille de seize ans. Même si elle l’avait voulu, je l’avais arrachée à son territoire et entraînée dans une guerre de succession où les gens n’hésitaient pas à s’entre-tuer.

J’avais le devoir de veiller aussi sur son esprit.

— Pardonne-moi. Je n’avais pas le temps de penser à toi avant.

— Snif ! Snif ! Ce n’est… pas comme ça… ce n’était… pas… de ta… de votre faute Seigneur Arn…

— Alors mettons ça sur notre conscience. Réfléchissons-y ensemble.

En disant cela, je caressai doucement les cheveux de Finne. Elle était ma seule et unique confidente. Nous devions y réfléchir ensemble, et trouver le moyen d’être heureux. Je continuai à lui caresser les cheveux jusqu’à ce qu’elle se calme. Et Puis :

— …Tout va bien maintenant…

— Vraiment ?

— Oui… je vais bien.

Sur ces mots, Finne leva vers moi ses yeux rougis. Son regard était pur, mais ferme. J’y lisais une volonté inébranlable.

— S’il vous plaît, dites-moi… ce qui se passe dans le Sud. Je veux vous aider.

— Oui, je compte sur toi.

Je commençai alors à lui expliquer la situation dans le Sud, sans rien lui cacher. Le dragon des mers allait bientôt passer à l’action. Quelqu’un, dans l’Empire, cherchait à profiter de la situation. Et il fallait l’en empêcher.

— Voilà, en gros. Il n’y a qu’un seul homme capable de vouloir mener l’armée pour intervenir dans le Sud. Qu’il échoue n’est pas le problème, mais les soldats sacrifiés au passage sont à plaindre. Je pense que la meilleure solution est de limiter autant que possible l’intervention de l’Empire et de vaincre le dragon des mers par nos propres moyens.

— Oui. Je le pense aussi. Alors… j’ai une idée. Un moyen de réduire l’intervention de l’Empire tout en sauvant le Sud.

— Quelle coïncidence. Moi aussi, j’ai une idée. Le problème, c’est de savoir si nous pourrons persuader la personne clé d’agir. Mais je ne peux pas le faire moi-même. Je peux te confier cette mission ?

— Oui. Je vais la persuader pour vous.

À ma demande, Finne m’adressa un doux sourire avant de s’incliner avec grâce.



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